LA CURE DES MALADIES NE PROUVE PAS DAVANTAGE
La cure que l'on cite le plus en faveur du magnétisme est celle de M. le baron de ***; la cour et la ville en ont été également instruites. On n'entrera point ici dans la discussion des faits ; on n'examinera pas si les remèdes précédemment employés ont pu contribuer à cette cure. On admet d'une part le plus grand danger dans l'état du malade , et de l'autre l'inefficacité de tous les moyens de la médecine ordinaire; le magnétisme a été mis en usage, et M. le baron de *** a été complètement guéri. Mais une crise de la nature ne pouvait-elle pas seule opérer cette cure! Une femme du peuple et très-pauvre, demeurant au Gros-Caillou , a été attaquée en 4779 d'une lièvre maligne très-bien caractérisée ; elle a refusé constamment tous les secours , elle a demandé seulement qu'on lui tînt toujours plein d'eau un vase qui était auprès d'elle : elle est restée tranquille sur la paille qui lui servait de lit , buvant de l'eau tout le jour, et ne faisant rien autre chose. La maladie s'est développée, a passé successivement par ses différents périodes, et s'est terminée par une guérison complète (c). Mademoiselle G. . ., demeurant aux petites écuries du roi, portait au sein droit deux glandes qui l'inquiétaient beaucoup; un chirurgien lui conseilla l'usage de l'eau du Peintre comme un excellent fondant , lui annonçant que si ce remède ne réussissait pas dans un mois il faudrait extirper les glandes. La demoiselle, effrayée, consulta M. Sallin,qui jugea que les glandes étaient susceptibles de résolution ; M. Bouvart, consulté ensuite, porta le même jugement. Avant de commencer les remèdes, on lui conseilla la
personnifiée en quelque sorte par les anciens médecins sous le nom de nature médicatrice ; tendance tellement efficace que les malades, ainsi que le disait un de nos contemporains, peuvent guérir avec des médicaments, sans médicaments et malgré les médicaments; et vous iriez chercher dans la guérison la preuve et de l'existence et de l'efficacité de l'agent magnétique !
Les commissaires ont donc agi sagement en récusant les effets qu'on observe dans le cours des maladies comme preuve de l'existence du magnétisme.
(c) Cette observation détaillée a été donnée à la faculté de médecine de Paris, dans une assemblée de prima mensis, par M. Bourdois de lu Molhe, médecin de charité de Saint-Sulpice, qui a exactement visité la malade tous les jours.
dissipation; quinze jours après, elle fut prise à l'Opéra d'une toux violente et d'une expectoration si abondante, qu'on fut obligé de la ramener chez elle; elle cracha, dans l'espace de quatre heures, environ trois pintes d'une lymphe glaireuse; une heure après, M. Sallin examina le sein, il n'y trouva plus aucun vestige de glande. M. Bouvart, appelé le lendemain, constata l'heureux effet de cette crise naturelle. Si mademoiselle G*** avait pris de l'eau du Peintre, le Peintre aurait eu l'honneur de la cure.
L'observation constante de tous les siècles prouve, et les médecins reconnaissent que la nature seule et sans aucun traitement guérit un grand nombre de malades. Si le magnétisme était sans action, les malades soumis à ses procédés seraient comme abandonnés à la nature. 11 serait absurde de choisir, pour constater l'existence de cet agent, un moyen qui, eu lui attribuant toutes les cures de la nature, tendrait à prouver qu'il a une action utile et curative, lors même qu'il n'en aurait aucune.
Les commissaires sont en cela de l'avis de M. Mesmer. Il rejeta la cure des maladies lorsque ce moyen de prouver le magnétisme lui fut proposé par un membre de l'académie (]c> sciences. C'est, dit-il, une erreur de croire que celte espèce de preuve soit sans réplique ; rien ne prouve dêmonstrativement que le médecin ou la médecine guérissent les malades (d).