‹ Histoire académique du magnétisme animalChapitre 57 sur 107 · PARCE QUE LES IMTRSSIONS ET LES MOUVEMENTS SE COMMUNIQUENT · texte numérisé non relu

PARCE QUE LES IMTRSSIONS ET LES MOUVEMENTS SE COMMUNIQUENT

Si l'on objectait que l'attouchement n'est pas toujours nécessaire à ces effets, on répondrait que l'imagination peut avoir assez de ressources pour produire tout par elle-même, surtout l'imagination agissant dans un traitement public, doublement excitée alors par son propre mouvement et par celui des imaginations qui l'environnent. On a vu ce qu'elle produit dans les expériences faites par les commissaires sur des sujets isolés; on peut juger de ses effets multipliés sur des malades réunis dans le traitement public. Ces malades y sont rassemblés dans un lieu serré, relativement à leur nombre : l'air y est chaud, quoiqu'on ait soin de le renouveler ; et il est toujours plus ou moins chargé de gaz méphitique, dont l'action se porte particulière-

(1) Les explications auxquelles viennent de recourir les commissaires sont complètement inutiles, et d'ailleurs elles sont hypothétiques ; elles n'expliquent rien. Cette grande sensibilité du diaphragme, du centre nerveux, ses rapports avec l'estomac, le côlon, l'utérus, etc., tout cela n'est rien moins que prouvé ; ce qu'il a d'évident, c'est qu'en se mettant ainsi à malaxer le ventre de femmes irritables, on produira bien certainement dans beaucoup de cas une foule de phénomènes semblables : chez les unes des vomissements, chez d'autres des hoquets, chez d'autres des convulsions, des syncopes, etc., sans intervention aucune du fluide universel. Est-ce par le moyen du diaphragme, des ovaires? nous n'en savons rien, la cause prochaine nous échappe; mais la relation entre l'attouchement physique et l'accident est évidente, et ceci sufiit pour qu'on n'aille pas recourir à d'autres causes. Voilà ce que les commissaires auraient pu dire sans entrer dans des explications toutes gratuites.

ment à la lête et sur le genre nerveux. S'il y a de la musique, c'est un moyen de plus pour agir sur les nerfs et pour les émouvoir (1).

EFFETS DE L'IMAGINATION ET DE L'IMITATION DANS LES ASSEMBLEES NOMBREUSES.

Plusieurs femmes sont magnétisées à la fois, et n'éprouvent d'abord que des effets semblables à ceux que les commissaires ont obtenus dans plusieurs de leurs expériences. Ils Ont reconnu que, même au traitement, ce n'est le plus souvent qu'au bout de deux heures que les crises commencent. Peu à peu les impressions se communiquent et se renforcent, comme on le remarque aux représentations théâtrales, où les impressions sont plus grandes lorsqu'il y a beaucoup de spectateurs, et surtout dans les lieux où l'on a la liberté d'applaudir. Ce signe des émotions particulières établit une émotion générale que chacun partage au degré dont il est susceptible. C'est ce qu'on observe encore dans les armées un jour de bataille, où l'enthousiasme du courage comme les terreurs paniques se propagent avec tant de rapidité. Le son du tambour et de la musique militaire, le bruit du canon, la mousquelerie, les cris, le désordre ébranlent les organes, donnent aux esprits le môme mouvement, et montent les imaginations au môme degré. Dans cette unité d'ivresse, une impression manifestée devient universelle; elle encourage à charger, ou elle détermine à fuir. La môme cause fait naître les révoltes; l'imagination gouverne la multitude : les hommes réunis en nombre sont plus soumis à leurs sens, la raison a

(1) Ceci est parfaitement exact ; le morceau qui va suivie est plein de vérité ; jamais on n'a parlé avec autant d'éloquence et avec une aussi haute philosophie des effets moraux et physiques qui peuvent se propager tout à coup dans les masses; effroi, terreur, enthousiasme, désespoir, convulsions, cris déchirants, etc., tout se répand à la fois, et avec une rapidité électrique, dans de vastes réunions. II n'y a donc rien à ohjecter à ce tableau animé que tracent ici les commissaires; tout y est fait de main de maître. L'histoire leur avait déjà fourni de mémorables enseignements ; mais après les Ireinbleurs des Cévennes, les convulsionnaires de Saint-Médard , il semble qu'il manquait encore les scènes des baquets de Mesmer pour mettre ces vérités hors de doute, ou plutôt pour leur donner un dernier degré d'évidence.

inoins d'empire sur eux; et, lorsque le fanatisme préside à ces assemblées, il produit les trembleurs des Gévettnes (1). C'est

(1) M. le maréchal de Villars, qui termina les troubles des Cévennes, dit: « J'ai vu dans ce genre des choses que je n'aurais pas crues si elles ne s'étaient point passées sous mes yeux : une ville entière dont toutes les femmes et les fdles sans exception paraissaient possédées du diable. Elles tremblaient et prophétisaient publiquement dans les rues... Une eut la hardiesse de trembler et de prophétiser pendant une heure devant moi. Mais de toutes ces folies la plus surprenante fut celle que me raconta M. l'évêque d'Alais, et que je mandai à M. deChamillard en ces termes :

» Un monsieur de Mandagors, seigneur de la terre de ce nom, maire d'Alais, possédant les premières charges dans la ville et dans le comté, ayant d'ailleurs été quelque temps subdélégué de M. de Bâville, vient de faire une chose extraordinaire. C'est un homme de soixante ans, sage par ses mœurs, de beaucoup d'esprit, ayant composé et fait imprimer plusieurs ouvrages. J'en ai lu quelques-uns, mais dans lesquels, avant que de savoir ce que je viens d'apprendre de lui, j'ai trouvé une imagination bien vive.

;) Une prophétesse, âgée de vingt-sept à vingt-huit ans, fut arrêtée, il y a environ dix-huit mois, et menée devant M. d'Alais. Il l'interrogea en présence de plusieurs ecclésiastiques. Celte créature, après l'avoir écouté, lui répond d'un air modeste, et l'exhorte à ne plus tourmenter les vrais enfants de Dieu, et puis lui parle pendant une heure de suite une langue étrangère à laquelle il ne comprit pas un mot; comme nous avons vu le duc de la Ferlé autrefois, quand il avait un peu bu, parler anglais devant des Anglais. J'en ai vu dire, j'entends bien qu'il parle anglais, mais je ne comprends pas un mot de ce qu'il dit. Cela eût été difficile aussi à comprendre, car jamais il n'avait su un mot d'anglais. Cette fille parlait grec, hébreu de même.

» Vous croyez bien que M. d'Alais fît enfermer la prophétesse. Après plusieurs mois, cette fille paraissant revenue de ses égarements par les soins et avis du sieur de Mandagors qui la fréquentait, on la laissa en liberté; et de cette liberté, et de celle que le sieur Mandagors prenait avec elle, il en est arrivé que cette prophétesse est grosse (genre d'accident qu'on a vu aussi dans les relations magnétiques).

» Mais le fait présent est que le sieur de Mandagors s'est défait de loules ses charges, les a remises à son fils, et a dit à quelques particuliers et à M. l'évêque lui-même, que c'était par le commandement de Dieu qu'il avait connu cette prophétesse, et que l'enfant qui en naîtra sera le vrai Sauveur du monde. De tout cela et en un autre pays que celui-ci, l'on ne ferait autre chose que d'envoyer M. le maire et la prophélesse aux Petites-Maisons. M. l'évêque m'a proposé de le faire arrêter. J'ai voulu auparavant en conférer avec M. de Bâville; ordonnant cependant de l'observer et la prophélesse aussi,

pour arrêter ce mouvement si facilement communiqué aux esprits que dans les villes séditieuses on défend les attroupements. Partout l'exemple agit sur le moral, l'imitation machinale met enjeu le physique : en isolant les individus, on calme les esprits; en les séparant, on fait cesser également les convulsions, toujours contagieuses de leur nature : on en a un exemple récent dans les jeunes filles de Saint-Roch, qui séparées ont été guéries des convulsions qu'elles avaient étant réunies (1).

de manière qu'ils ne puissent s'échapper : ma pensée étant qu'au milieu des fous, ce qui regarde un fou de cette importance, doit faire le moins de bruit qu'il est possible; qu'il fallait par conséquent tâcher de le dépayser tout doucement, et s'en assurer ensuite. Car vous jugez bien que de déclarer publiquement pour prophète, un maire d'Alais, un seigneur de terres assez considérables, ancien subdélégué de l'intendant, auteur et jusqu'alors réputé sage, au milieu de gens qui sont accoutumés à l'estimer et à le respecter, tout cela pourrait en pervertir plus qu'en corriger; d'autant plus que, hors la folie de croire que Dieu lui a ordonné de connaître cette fille, il est très-sage dans ses discours, comme était Don Quichotte très -sage, hors quand il était question de chevalerie. L'avis de M. de Bàville fut comme le mien, de ne pas brusquer. Ses enfants le menèrent sans éclat dans un de ses châteaux, où on le retint, et la prophétesse fut renfermée. » Vie du maréchal duc de Villars. Page 525 el suiu.

(■]) Le jour de la cérémonie de la première communion, faite en la paroisse Saint-Roch, il y a quelques années (1780), après l'office du soir, on fit, ainsi qu'il est d'usage, la procession en dehors. A peine les enfants furent-ils rentrés à l'église et rendus à leurs places qu'une jeune fille se trouva mal et eut des convulsions. Cette affection se propagea avec une telle rapidité, que dans l'espace d'une demi-heure cinquante à soixante jeunes liiles, de douze à dix-neuf ans, tombèrent dans les mêmes convulsions, c'est-à-dire serrement à la gorge, gonflement à l'estomac, l'étoufl'ement, le hoquet el les convulsions plus ou moins fortes. Ces accidents reparurent à quelques-unes dans le courant de la semaine ; mais le dimanche suivant, étant assemblées chez les dames de Sainte-Anne, dont l'institution est d'enseigner les jeunes filles, douze retombèrent dans les mêmes convulsions, el il en serait tombé davantage si on n'eût eu la précaution de renvoyer sur-le-champ chaque enfant chez ses parents. On lui obligé de multiplier les écoles. En séparant ainsi les enfants, et ne les tenant assemblés qu'en petit nombre, trois semaines suffirent pour dissiper entièrement celte affection convulsive énidéinique. Voyez pour (les exemples semblables le Naturalisme des convulsions par M. llccquct.

On retrouve donc le magnétisme ou plutôt l'imagination

agissant au spectacle, à l'armée, dans les assemblées nombreuses comme au baquet, agissant par des moyens différents, mais produisant des effets semblables. Le baquet est entouré d'une foule de malades; les sensations sont continuellement communiquées et rendues; les nerfs à la longue doivent se fatiguer de cet exercice , ils s'irritent, et la femme la plus sensible donne le signal. Alors les cordes, partout tendues au même degré et à l'unisson, se répondent, et les crises se multiplient ; elles se renforcent mutuellement, elles deviennent violentes. En même temps les hommes témoins de ces émotions les partagent à proportion de leur sensibilité nerveuse; et ceux chez qui celte sensibilité est plus grande et plus mobile tombent eux-mêmes en crise.

Cette grande mobilité en partie naturelle et en partie acquise, tant chez les hommes que chez les femmes, devient habitude. Ces sensations une ou plusieurs fois éprouvées, il ne s'agit plus que d'en rappeler le souvenir, de monter l'imagination au même degré pour opérer les mêmes effets. C'est ce qu'il est toujours facile de faire en plaçant le sujet dans les mêmes circonstances. Alors il n'est plus besoin du traitement public, on n'a qu'à toucher les hypocondres, promener le doigt et la baguette de 1er devant le visage; ces signes sont connus. SI n'est pas même nécessaire qu'ils soient employés, il suffit que les malades, les yeux bandés, croient que ces signes sont répétés sur eux, se persuadent qu'on les magnétise; les idées se réveillent, les sensations se reproduisent, l'imagination employant ses moyens accoutumés, et reprenant les mêmes voies, fait reparaître les mêmes phénomènes. C'est ce qui arrive à des malades de M. Deslon, qui tombent en crise sans baquet, et sans être excités par le spectacle du traitement public.

ATTOUCHEMENT, IMAGINATION, IMITATION, SONT LES VRAIES CAUSES DES EFFETS ATTRIBUÉS AU MAGNETISME.

Attouchement, imagination, imitation (1), telles sont donc i Ajoutez supercherie.

les vraies causes des effets attribués à cet agent nouveau, connu sous le nom de magnétisme animal, à ce fluide que l'on dit circuler dans le corps et se communiquer d'individu à individu; tel est le résultat des expériences des commissaires, et des observations qu'ils ont faites sur les moyens employés et sur les effets produits. Cet agent, ce fluide n'existe pas; mais, tout chimérique qu'il est, l'idée n'en est pas nouvelle (4). Quelques auteurs, quelques médecins du siècle dernier en ont expressémeni traité dans plusieurs ouvrages. Les recherches curieuses et intéressantes de M. Thouret prouvent au public que la théorie, les procédés, les effets du magnétisme animal, proposés dans le siècle dernier, étaient à peu près semblables à ceux qu'on renouvelle dans celui-ci. Le magnétisme n'est donc qu'une vieille erreur. Celle théorie est présentée aujourd'hui avec un appareil plus imposant , nécessaire dans un siècle plus éclairé ; mais elle n'en est pas moins fausse. L'homme saisit, quitte, reprend l'erreur qui le flatte. Il est des erreurs qui seront éternellement chères à l'humanité. Combien l'astrologie n'a-t-elle pas reparu de fois sur la terre? Le magnétisme tendrait à nous y ramener. On a voulu le lier aux influences célestes, pour qu'il séduisit davantage et qu'il attirât les hommes par les deux espérances qui les touchent le plus, celle de savoir leur avenir, et celle de prolonger leurs jours.

l'imagination semble la plus poissante ; l'attouchement sert a l'ébranler, et l'imitation répand ses impressions.

Il y a lieu de croire que l'imagination est la principale des trois causes que l'on vient d'assigner au magnétisme. On a vu par les expériences citées qu'elle suffît seule pour produire des crises. La pression, l'attouchement, semblent donc lui servir de préparations; c'esl par l'attouchement que les nerfs commencent à s'ébranler, l'imitation communique et répand les

(1) C'est ce que nous avons suffisamment développé dans notre introduction; nous avons montré qu'à différentes époques, des théories analogues avaient été soutenues, qu'on avait aussi invoqué, pour rendre raison de faits extraordinaires, l'existence d'un fluide universel. Nous n'aurons donc aucune remarque à faire sur l'historique tracé ci par les commissaires.

impressions. Mais l'imagination est celle puissance active et terrible qui opère les grands effets que l'on observe avec étonnement dans le traitement public. Ces effets frappent les yeux de tout le inonde, tandis que la cause est obscure et cachée. Quand on considère que ces effets ont séduit dans les siècles derniers des hommes estimables par leur mérite, par leurs connaissances et parleur génie, tels que Paracelse, Vanhelmont, Kirker, etc., on ne doit pas s'étonner si aujourd'hui des personnes instruites, éclairées, si même un grand nombre de médecins y ont été trompés. Les commissaires admis seulement au traitement public, où l'on n'a ni le temps ni la facilité de faire des expériences décisives, auraient pu eux-mêmes être induits en cireur. Il faut avoir eu la liberté d'isoler les effets pour en distinguer les causes; il faut avoir vu comme eux l'imagination agir, en quelque sorte partiellement, produire ses effets séparés ei en détail, pour concevoir l'accumulation de ces effets, pour savoir se faire une idée de sa puissance entière et se rendre compte de ses prodiges. Mais cet examen demande un sacrifice de temps, et un nombre de recherches suivies qu'on n'a pas toujours le loisir d'entreprendre pour son instruction ou sa curiosité particulière, qu'on n'a pas même le droit de suivre, à moins d'être comme les commissaires chargés des ordres du roi, et honorés de la confiance publique (1).

m. deslon ne s eloigne f as de ces principes, et il croit utile d employer le pouvoir de l'imagination dans la pratique de la médecine.

M. Deslon ne s'éloigne pas de ces principes (2). Il a déclaré,

(1) Ce passage montre dans quelle erreur sont tombés ceux qui ont cru que les commissaires ne s'étaient pas consciencieusement acquittés de leur mandat. On voit que s'ils n'on', pas tenu à assister régulièrement et ensemble au traitement public de Deslon, ils ont agi bien plus sagement en provoquant des expériences particulières. Le traitement public consistait en scènes scandaleuses dans lesquelles on ne pouvait rien vérifier, tandis qu'en particulier il devenait facile d'interpréter les faits.

(2) M. Deslon était un homme accommodant; et véritablement il y aurait eu moyen de s'entendre avec lui : on aurait pu l'amener à admettre, ainsi que les commissaires le disent dans ce paragraphe, qu'en bonne philosophie il ne

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dans le comité tenu chez M. Franklin le 49 juin, qu'il croyait pou\ oir poser en fait que l'imagination avait la plus grande part dans les effets du magnétisme animal ; il a dit que cet agent nouveau n'était peut-être que l'imagination elle-même, dont le pouvoir est aussi puissant qu'il est peu connu: il assure avoir constamment reconnu ce pouvoir dans le traitement de ses malades, et il assure également que plusieurs ont été guéris ou infiniment soulagés. Il a observé aux commissaires que l'imagination, ainsi dirigée au soulagement de l'humanité souffrante, serait un grand bien dans la pratique de la médecine (/); et, persuadé de cette vérité du pouvoir de l'imagination, il les a invités à en étudier chez lui la marche et les effets. Si M. Deslon est encore attaché à la première idée que ces effets sont dus à l'action d'un fluide qui se communique d'individu à individu par l'attouchement ou par la direction d'un conducteur, il ne tardera pas à reconnaître avec les commissaires qu'il ne faut qu'une cause pour un effet, et que, puisque l'imagination suffit, le fluide est inutile. Sans doute nous sommes entourés d'un fluide qui nous appartient, la transpiration insensible forme autour de nous une atmosphère de vapeurs également insensibles; mais ce fluide n'agit que comme les atmosphères, ne peut se communiquer qu'infiniment peu par l'attouchement, ne se

faut qu'une cause pour un etï'el, et que, puisque l'imagination suffit, le tluide est inutile.

M. Deslon, homme raisonnable, aurait peut-être bien fini par laisser là son fluide, comme cause surabondante; mais de nos jours, quand bien même les magnétiseurs voudraient ainsi entrer à composition, ils ne le pourraient pas. Qu'est-ce que Deslon avait à expliquer? peu de chose au fond, quelques douleurs, des spasmes, des convulsions, et enfin des guérisons fort équivoques: donc il pouvait laisser là son fluide et se rejeter sur l'imagination ; mais aujourd'hui, comment expliquer les miracles qu'on nous annonce? la prévision des événements à venir, la vision sans le secours des yeux, la vision par l'épigastre, l'occiput, etc.; or pour tout cela il nous faut un fluide, diront les magnétiseurs, et dès lors il n'y a plus moyen de composer.

(/) M. Deslon avait déjà dit en 1780 : u Si M. Mesmer n'avait d'autre secret que celui de faire agir l'imagination efficacement pour la santé , n'en aurait-il pas toujours un bien merveilleux ! Car si la médecine d'imagination était lameilleure, pourquoi ne ferions-nous pas la médecine d'imagination? >> Ol/srrvaùom sur le magnétisme animal , p, 16 et il.

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dirige ni par des conducteurs, ni par le regard, ni par l'intention, n'est point propagé par le son, ni réfléchi par les glaces, cl n'est susceptible dans aucun casdes effets qu'on lui attribue.

I. IMAGINATION EST TRESQUE TOUJOURS NUISIBLE QUAND ELLE PRODUIT DES EFFET! VIOLENTS ET DES CONVULSIONS.

Il reste à examiner si les crises ou les convulsions produites par les procédés de ce prétendu magnétisme, dans les assemblées autour du baquet, peuvent être utiles et guérir ou soulager les malades (1). Sans doute l'imagination des malades influe souvent beaucoup dans la cure de leurs maladies. L'effet n'en est connu que par une expérience générale, et n'a point été déterminé par des expériences positives; mais il ne semble pas qu'on en puisse douter. C'est un adage connu que la foi sauve en médecine; celte foi est le produit de l'imagination : alors l'imagination n'agit que par des moyens doux; c'est en répandant le calme dans tous les sens, en rétablissant l'ordre dans les fonctions, en ranimant tout par l'espérance. L'espérance est. la vie de l'homme; qui peut lui rendre l'une contribue à lui rendre l'autre. Mais, lorsque l'imagination produit des convulsions , elle agit par des moyens violents ; ces moyens sont presque toujours destructeurs. Il est des cas très-rares où ils peuvent être utiles; il est des cas désespérés où il faut tout troubler pour ordonner tout de nouveau. Ces secousses dangereuses ne peuvent être d'usage en médecine que comme les poisons. 11 faut que la nécessité les commande et que l'économie les emploie. Ce besoin est momentané, la secousse doit être unique. Loin de la répéter, le médecin sage s'occupe des moyens de réparer

(t) Il y avait en effet deux questions capitales dans l'examen du magnétisme animal, tel qu'on l'exploitait du lemps de Mesmer. La première est celle de l'existence même d'un agent nouveau ; la seconde, celle qui se trouve posée ici, savoir : les effets réels ou simulés, provoqués ou non provoqués par les manœuvres des magnétiseurs autour de leurs baquets, sont-elles utiles ou complètement nulles, ou enlin nuisibles dans le traitement des maladies? Aux yeux des médecins, des amis de l'humanité, celte dernière question est la plus importante; nous allons voir comment elle a été résolue ici par les commissaires.

le mal nécessaire qu'elle a produit ; mais, au traitement du magnétisme, les crises se répètent tous les jours; elles sont longues, violentes; l'état de ces crises étant nuisibles, l'habitude n'en peut être que funeste. Comment concevoir qu'une femme dont la poitrine est attaquée puisse sans danger avoir des crises d'une toux convulsive, des expectorations forcées; et par des efforts violents et répétés fatiguer, peut-être déchirer le poumon , où l'on a tant de peine à porter le baume et les adoucissements ! Comment imaginer qu'un homme, quelle que soit sa maladie, ait besoin pour la guérir de tomber dans des crises où la vue semble se perdre, où les membres se roidissent, où, dans des mouvements précipités et involontaires, il se frappe rudement la poitrine; crises qui finissent par un crachement abondant de glaires et de sang? Ce sang n'est ni vicié ni corrompu ; ce sang sort des vaisseaux d'où il est arraché par les efforts, et d'oùil sort contre le vœu de la nature. Ces effets sont donc un mal réel et non un mal curatif; c'est un mal ajouté à la maladie quelle qu'elle soit (1).

(1) Cette conclusion est parfaitement juste; nous dirons même que son exactitude doit frapper aujourd'hui avec plus de force encore qu'à l'époque de Mesmer.

A cette époque en effet, la doctrine des crises était encore en faveur parmi les médecins. On croyait volontiers que dans le cours des maladies graves il y avait souvent de grandes perturbations, à partir desquelles le mal allait en décroissant ou même cessait tout à coup. Une saine observation a fait justice de la plupart de ces idées; mais, en outre, en quoi les scènes qui se passaient autour des baquets ressemblaient-elles aux phénomènes ditscritiques observés dans le cours des maladies aiguës : pour l'époque même de Mesmer, ce n'étaient pas là des crises. Mais aujourd'hui, si semblable prétention était reproduite, on insisterait avec plus de force et avec plus d'autorité encore que ne pouvaient le faire les commissaires; on dirait aux magnétiseurs: Citez d'abord les maladies que vous prétendez ainsi guérir, et puis dites-nous en quoi peuvent être utiles, dans le cours de ces maladies, les vociférations, les convulsions de vos énergumènes? Sera-ce dans le cours des inflammations? des inflammations cérébrales? des organes renfermés dans la poitrine? dans l'abdomen ? Vous n'oseriez avancer ces propositions. La preuve en est qu'il fallait à Mesmer, pour les traiter avec efficacité, non ces maladies grossières en quelque sorte et que tout médecin peut traiter par les méthodes ordinaires, mais tics affections distinguées, et qu'on nommait alors des vapeurs, genre de

CES CONVULSIONS PEUVENT DEVENIR HABITUELLES, SE REPANDRE DANS LES VILLES , ET SE COMMUNIQUER AUX ENFANTS.

Ces crises ont encore un autre danger. L'homme est sans cesse maîtrisé par la coutume; l'habitude modiiie la nature par degrés successifs, mais elle en dispose si puissamment que souvent elle la change presque entièrement et la rend méconnaissable. Qui nous assure que cet état de crises, d'abord imprimé à volonté, ne deviendra pas habituel? Et si cette habitude, ainsi contractée, reproduisait souvent les mêmes accidents malgré la volonté, et presque sans le secours de l'imagination, quel serait le sort d'un individu assujetti à ces crises violentes, tourmenté physiquement et moralement de leur impression malheureuse, dont les jours seraient partagés entre l'appréhension et la douleur, et dont la vie ne serait qu'un supplice durable? Ces maladies de nerfs, lorsqu'elles sont naturelles, font le désespoir des médecins ; ce n'est pas à l'art à les produire. Cet art est funeste, qui trouble les fonctions de l'économie animale, pousse la nature à des écarts et multiplie les victimes de ses dérèglements. Cet art est d'autant plus dangereux, que nonseulement il aggrave les maux de nerfs en en rappelant les accidents, en les faisant dégénérer en habitude; mais si ce mal est contagieux , comme on peut le soupçonner, l'usage de provoquer des convulsions nerveuses, et de les exciter en public dans les traitements, est un moyen de les répandre dans les grandes villes, et même d'en affliger les générations à venir, puisque les maux et les habitudes des parents se transmettent à leur postérité.

maladie qui n'avait rien de repoussant; il lui fallait des femmes plutôt que des hommes, de jeunes sujets plutôt que de vieilles gens; enfin il lui fallait des maladies et des sujets de bonne compagnie. Alors les crises avaient de l'effet; autrement, c'est-à-dire dans les cas de maladies réelles et sérieuses, Mesmer, s'il eût été de bonne foi, aurait avoué avec les commissaires que ses effets auraient été un mal réel et non un mal curatif, un mal ajouté à la maladie quelle qu'elle fût.

CONCLUSION. LE FLUIDE MAGNÉTIQUE n'eXISTE PAS, ET LES MOYENS EMPLOYE*. POUR LE METTRE EN ACTION SONT DANGEREUX.

Les commissaires ayant reconnu que ce fluide magnétique animal ne peut être aperçu par aucun de nos sens, qu'il n'a eu aucune action , ni sur eux-mêmes , ni sur les malades qu'ils lui ont soumis; s' étant assurés que les pressions et les attouchements occasionnent des changements rarement favorables dans l'économie animale, et des ébranlements toujours fâcheux dans l'imagination; ayant enfin démontré par des expériences décisives que l'imagination sans magnétisme produit des convulsions, et que le magnétisme sans l'imagination ne produit rien ; ils ont conclu d'une voix unanime, sur la question de l'existence et de l'utilité du magnétisme, que rien ne prouve l'existence du fluide magnétique animal ; que ce fluide sans existence est par conséquent sans utilité; que les violents effets que l'on observe au traitement public appartiennent à l'attouGhement, à l'imagination mise en action, et à cette imitation machinale qui nous porte malgré nous à répéter ce qui frappe nos sens. El m même temps ils se croient obligés d'ajouter, comme une observation importante, que les attouchements, l'action répétée de l'imagination pour produire des crises peuvent être nuisibles; que le spectacle de ces crises est également dangereux à cause de celle imitation dont la nature semble nous avoir fail une loi; et que par conséquent tout traitement public où les moyens du magnétisme seront employés ne peut avoir à la longue que des effets funestes (1) (g).

A Paris, ce 11 août 1784.

Signé B. Franklin, Majault, le Roy, Sallin, Bailly, d'Arcet, de Bory, Guillotin, Laaoisier.

(1) Arrivés au terme Je leurs travaux, les commissaires ont résumé avec une admirable précision l'ensemble des faits par eux observés et les conséquences qifon devait logiquement en inférer. Toutefois, et pour en faire bien sentir la justesse, nous allons scinder chaque assertion soutenue par les magnétiseurs, et placer en regard les conclusions auxquelles sont arrivés les corn-

missaires; ce sera rappeler brièvement les expériences exposées dans ce beau rapport.

Première assertion. Il existe en nous et hors de nous, et dans toutes les profondeurs de l'univers, un fluide.

Conclusion des expériences faites à ce sujet:

Comme ce fluide ne tombe pas sous les sens, comme il ne saurait être accusé par les instumenls les plus délicats, comme il ne s'est révélé ni par une action quelconque sur les commissaires eux-mêmes, ni sur les malades à eux soumis;

On n'est nullement fondé à admettre l'existence de ce fluide. Deuxième assertion. Pour provoquer des effets salutaires, en fait de magnétisme animal, il faut exercer des attouchements, des pressions, etc. Conclusion des expériences faites à ce sujet:

Les pressions et les attouchements exercés en présence des commissaires ayant eu pour effet réel ou supposé d'amener de grands mouvements d'extension ou de llexion, des pertes de connaissance, des vomissements et des garde-robes ;

On n'est nullement en droit de considérer ces manœuvres comme salutaires; on doit au contraire les considérer comme dangereuses, indépendamment de ce qu'elles ont d'immoral, ainsi que cela sera dit dans le rapport secret.

Troisième assertion. Les effets produits par le magnétisme ont beaucoup d'analogie avec ceux que peut produire l'imagination ; mais le magnétisme n'en est pas moins la cause efficiente.

Conclusion des faits observés par les commissaires :

Dans toutes les expériences faites en présence des commissaires, les faits qu'on supposait provoqués par le magnétisme étaient tous de nature à trouver une interprétation rationnelle dans les effets de l'imagination; mais déplus, ces mêmes faits ont été identiquement reproduits par cela seul que les sujets, induits à dessein en erreur, croyaient qu'on les magnétiserait;

Donc on ne saurait attribuer dans la production de ces faits une part quelconque à un agent autre que l'imagination, à un agent dont l'existence n'a pu d'ailleurs être démontrée :

Conclusion générale.

Le fluide magnétique n'existe pas, et les moyens pour le mettre en action sont dangereux.

Ici donc se termine ce beau rapport. C'est un modèle qu'il pourra être donné à d'autres d'imiter, mars non de surpasser. Le magnétisme animal, nous le concevons, ne s'est jamais relevé du coup que lui avait porté cette commission académique ; depuis cette époque, le magnétisme n'a plus fait que d'obscurs prosélytes; quelques hommes de bonne foi ont pu se laisser égarer, d'autres ont pu laisser surprendre, nous ne dirons pas leur intelligence, mais leur signature; la raison publique a toujours été au-dessus de ces jongleries. Jamais les corps savants n'ont donne leur sanction à des erreurs aussi grossières et aussi

ridicules que celles de Mesmer. Nous verrons si le magnétisme de nos jours a été plus heureux, si avec ses formes nouvelles il a pu présenter des raisonnements plus sérieux et des faits plus décisifs ; mais, avantde quitter l'ancienne académie des sciences, il nous reste à faire connaître le rapport secret.

(g) Si Ton objectait aux commissaires que cette conclusion porte sur le magnétisme en général, au lieu de porter seulement sur le magnétisme pratiqué par M. Deslon , les commissaires répondraient que l'intention du roi a été d'avoir leur avis sur le magnétisme animal; ils n'ont point par conséquent excédé les bornes de leur commission. Ils répondraient encore que M. Deslon leur a paruinstruitde ce qu'on appelle les principes du magnétisme, et qu'il possède certainement les moyens de produire des effets et d'exciter des crises.

Ces principes de M. Deslon sont les mêmes que ceux qui sont renfermés dans les vingt-sept propositions que M. Mesmer a rendues publiques par la voie de l'impression en 1779. Si M. Mesmer annonce aujourd'hui une théorie plus vaste, les commissaires n'ont point eu besoin de connaître celte théorie, pour décider de l'existence et de l'utilité du magnétisme ; ils n'ont dû considérer que les effets. C'est par les effets que l'existence d'une cause se manifeste; c'est parles mêmes effets que son utilité peut être démontrée. Les phénomènes sont connus par observation, longtemps avant qu'on puisse parvenir à la théorie qui les enchaîne et qui les explique. La théorie de l'aimant n'existe pas encore, et ses phénomènes sont constatés par l'expérience de plusieurs siècles. La théorie de M. Mesmer est ici indifférente et superflue ; les pratiques, les effets, voilà ce qu'il s'agissait d'examiner. Or il est aisé de prouver que les pratiques essentielles du magnétisme sont connues de M. Deslon.

M. Deslon a été pendant plusieurs années disciple de M. Mesmer. Il a vu constamment pendant ce temps employer les pratiques du magnétisme animal , et les moyens de l'exciter et de le diriger. M. Deslon a lui-même traité des malades devant M. Mesmer; éloignés, il a opéré les mêmes effets que chez M. Mesmer. Ensuite rapprochés, l'un et l'autre ont réuni leurs malades, l'un et l'autre ont traité indistinctement ces malades, et par conséquent en suivant les mêmes procédés. La méthode que suit aujourd'hui M. Deslon ne peut donc être que celle de M. Mesmer.

Les effets se correspondent également. Il y a des crises aussi violentes , aussi multipliées , et annoncées par des symptômes semblables chez M. Deslon et chez Mesmer; ces effets n'appartiennent donc point à une pratique particulière, mais à la pratique du magnétisme en général. Les expériences des commissaires démontrent que les effets obtenus par M. Deslon sont dus à l'attouchement, à l'imagination, à l'imitation. Ces causes sont donc cellesdu magnétisme en général. Les observations des commissaires les ont convaincus que ces crises convulsives et les moyens violents ne peuvent être utiles en médecine que comme les poisons; et ils ont jugé, indépendamment de toute théorie, que partout où l'on cherchera à exciter des convulsions, elles pourront devenir

habituelles et nuisibles; elles pourront se répandre en épidémie, et peut-être s'étendre aux générations futures.

Les commissaires ont dû conclure en conséquence que non-seulement les procédés d'une pratique particulière, mais les procédés du magnétisme en général , pouvaient à la longue devenir funestes.

^2 TIISTOTRE ACADÉMIQUE

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