CAUSES ESSENTIELLES ET DETERMINANTES
Les causes immédiates et déterminantes des mouvements convulsifs dans les personnes magnétisées sont une longue application des mains, la chaleur (1) produite par cette application, l'irritation excitée par le frottement.
plupartdesopérations dites magnétiques \ et nous pouvons ledire dès à présent, dans tous les faits par nous examinés, faits revêtus dune authenticité incontestable et accompagnés de détails suffisants (ces conditions sontderigueurpour nous, elles seules donnent de la valeur aux expériences), nousavonspu trouver possible cette même alternative , constamment nous avons trouvé à ces faits une interprétation rationnelle; ou bien notez ceci (car d'autres ne l'ont pas noté), la supercherie avait été possible. On dira, si Ton veut, que nous sommes mal organisés, portés à mal croire, mais entre un miracle et une supercherie reconnue possible, nous admettons de préférence la supercherie.
(1) L'intervention de la chaleur, reconnue par les commissaires comme cause des effets attribués au magnétisme, ne doit pas être passée sous silence. On verra dans le rapport fait par de Jussieu que pour ce commissaire dissident, la cause principale, sinon unique de ces effets, serait non pas l'imagination, comme le pensaient les commissaires de l'académie des sciences, mais une communication de la chaleur animale, donc il n'y avait pas une dissidence bien formelle entre de Jussieu et ses collègues ; mais au reste, ce n'est pas là le fait capital, et nous y reviendrons plus tard avec détail. Le fait capital est l'existence du magnétisme animal qui était en question ; or tous les commissaires, et en cela de Jussieu est parfaitement d'accord avec ses collègues, tous, disonsnous, nient formellement celle existence ; qu'imporle après cela que de Jussieu ail été en dissidence sur l'admission d'une autre cause rationnelle, plus ou moins satisfaisante?
Les parties sur lesquelles on applique les mains, sur lesquelles on fait des frictions, sont les plus sensibles, les plus irritables, celles où les plexus nerveux sont les plus multipliés, où un plus grand nombre de nerfs s'unissent, où par le moyen des paires appelées grand et petit sympathiques, leurs rameaux communiquent les uns avec les autres, et par leur connexion établissent entre les différentes régions du corps une correspondance, une réaction des plus intimes et des plus étendues.
Il est de raisonnement et de fait, que la chaleur communiquée, la gène produite sur ces parties par une longue imposition des mains, et surtout la sensation excitée par le frottement, suffisent pour augmenter la sensibilité et l'irritabilité, poulies porter à leur comble, pour exciter dans les régions sur lesquelles on agit en magnétisant, des mouvements convulsifs qui s'étendent de proche en proche , par la connexion des rameaux nerveux, et se répandent dans toute l'habitude du corps. C'est par le frottement sur la région du ventre, que des personnes qui n'ont aucune notion du magnétisme se provoquent à aller à la garde-robe ; sorte de toucher dont les effets sont très -anciennement connus et résultent de la pression mécanique du foie, de la vésicule du liel et des intestins ; et c'est par une cause analogue, par l'irritation d'une partie sensible communiquée à l'estomac, que le doigt, une plume présentés à l'entrée de l'œsophage, déterminent le vomissement. 11 est donc des causes déterminantes, évidentes, sensibles et. connues des convulsions dans lesquelles tombent les personnes que l'on magnétise par le contact immédiat.
DES CAUSES ACCESSOIRES EX rUÉXUSroSAKTES.
Les causes accessoires et prédisposantes de ces convulsions dépendent des faits et des circonstances dont nous avons parlé, en traitant des personnes que l'on soumet au magnétisme el du lieu où l'on magnétise. Parmi ces causes dont rémunération deviendrait trop longue, nous choisirons les principales, celles dont plusieurs peuvent produire seules el d'elles-mêmes des mouvements convulsifs.
Ces causes sont, de la pari des malades, leur constitution
sensible et irritable, l'activité de leur imagination, son pouvoir sur les nerfs, l'habitude que ces personnes ont de s'occuper de leur état, la mélancolie et l'ébranlement qui en résultent, et dont les effets se propagent dans les libres organiques et musculaires.
Les causes accessoires et prédisposantes, dépendantes du lieu où l'on magnétise, sont la chaleur qu'on y éprouve, la qualité de l'air chargé et pesant que l'on y respire, le tableau sérieux, même imposant que l'on y a sous les yeux, le recueillement et la tristesse que cet appareil inspire; la gêne, qui est la suite nécessaire d'un séjour un peu long dans le lieu où l'on magnétise. Souvent quelques-unes de ces causes, comme la chaleur, un air pesant, la contrainte que l'on éprouve, suffisent pour que des personnes très-sensibles, très-irritables, soient attaquées de mouvements convulsifs : c'est ce qu'il n'est pas rare d'observer dans les différents endroits où le public se rassemble. Mais à ces premières causes on doit en ajouter une dont l'effet est beaucoup plus puissant et plus ordinaire ; c'est la vue d'autres personnes déjà tombées en convulsions. Cette vue est si puissante et produit tant d'effet sur les sujets très-sensibles, principalement sur ceux qui ont déjà éprouvé des mouvements convulsifs, qu'il est très-fréquent de les voir entrer en spasme ou être repris de l'accès du mal qu'ils ont déjà ressenti, à la seule vue d'autres personnes qui en sont atteintes.
11 existe donc des causes accessoires et prédisposantes, qui aident la cause essentielle et déterminante des convulsions, dans les personnes que l'on magnétise; qui augmentent l'action de cette cause, et qui rendent son effet plus facile, plus prompt, plus considérable; et plusieurs de ces causes suffisent seules pour exciter les convulsions les plus fortes dans certaines circonstances, comme tant de faits le démontrent (4).
(1) Cette longue énumération de causes est un peu fastidieuse; et dans l'état actuel des connaissances médicales, elle ne paraîtra guère satisfaisante; nous n'hésitons pas aie dire, car pour prouver la nullité du magnétisme animal, il n'est pas besoin d'approuver tout ce qui a été écrit dans un sens contraire. On a dû déjà remarquer combien ce rapport est inférieur :i celui des commissaires
DES MOUVEMENTS CONVULSIFS QUI SE RENOUVELLENT AT-RES UNE REMISSION, PAR LA DIRECTION DU DOIGT OU d'un CONDUCTEUR , A QUELQUE DISTANCE.
On doit porter sur ces mouvements secondaires le même jugement que sur les mouvements convulsifs primitifs produits par le contact, c'est-à-dire qu'ils ne prouvent point l'existence d'un agent particulier et inconnu, parce qu'il existe pour ces mouvements secondaires, comme pour les premiers, une cause suffisante, connue et évidente, et des causes probables aussi connues.
On continue souvent d'appliquer et de tenir une main en contact sur des personnes tombées en convulsions ; ou, après avoir cessé pendant quelque moments de les toucher, on revient par intervalles à cette méthode. C'est un moyen suffisant pour renouveler les mouvements convulsifs, et au sujet duquel nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons observé sur les effets du contact immédiat.
Une autre cause qui peut se renouveler et augmenter l'état convulsif, lorsque l'on n'agit que par la simple direction du doigt ou d'un conducteur à une certaine distance, est l'impression de l'air agité par les mouvements que l'on exécute : deux autres causes non moins vraisemblables concourent avec celle-ci, et suffisent, quand elle n'a pas lieu, pour la suppléer; ces causes sont la chaleur communiquée! par la proximilé de la main et l'émission de l'insensible transpiration.
de l'académie des sciences; ces développements sont diffus, oiseux et prouvent peu de choses. Pourquoi expliquer avec tant de subtilité, et à l'aide de suppositions pour la plupart hasardées, la production des phénomènes convulsifs? il suffisait, et les commissaires avaient d'abord pris cette voie, il suffisait d'instituer convenablement les expériences, de mettre à chaque instant en défaut les manœuvres magnétiques pour en prouver l'inanité : dès que le magnétisme est mis hors de cause, dès qu'on a prouvé clair comme le jour que tel magnétiseur qui annonce des convulsions n'en produit pas, et que lorsqu'il ne les annonce pas il en produit ;dès que cela est prouvé, disons-nous, qu'est-il besoin d'aller au delà? Or ces expériences si concluantes, en fait de crises, avaient été instituées, et elles avait couvert de confusion les magnétiseurs, donc il n'était nullement besoin de se livrera toutes ces divagations.
Les causes que nous venons d'assigner paraîtront peut-être faibles au premier coup d'œil ; mais lorsqu'on aura fait réflexion à l'état de sensibilité, à l'irritabilité des personnes tombées en convulsions, quand on se sera rappelé que l'on a beaucoup d'exemples de semblables résultats dans des circonstances pareilles , alors on ne doutera pas que ces causes ne soient suffisantes pour produire l'effet que nous leur attribuons (1).
Le souffle le plus léger, le plus faible ébranlement de l'air suffisent pour renouveler les mouvements convulsifs dans les malheureux qui en ont déjà éprouvé, par l'effet du virus hydropbobique , et en qui la sensibilité et l'irritabilité sont portées au plus haut degré. La vue des fluides , celle d'une glace ou d'un corps quelconque poli et brillant , le seul éclat des yeux, renouvellent également ces mouvements convulsifs dans ces infortunés, par la simple réflexion de la matière de la lumière. Ainsi, le plus faible ébranlement de l'air, le plus léger contact de la substance la plus ténue, suffisent pour reproduire les spasmes, lorsque la sensibilité et l'irritabilité ont été préalablement excitées par une cause plus puissante. Les causes que nous avons assignées suffisent donc pour renouveler les mouvements dont il a été question (2).
(1) Ces causes sont faibles en effet, si faibles que les commissaires auraient dû s'abstenir d'insister sur celle explication; nous reviendrons ici sur ce que nous venons de dire. Pourquoi chercher à expliquer des phénomènes de cette nature quand l'intervention d'un nouvel agent, c'est-à-dire du magnétisme anima! , a été reconnue complètement hypothétique? Pourquoi aller supposer une action de la part de l'air agile par les mains, et sous les passes des magnétiseurs? pourquoi recourir à la communication de la chaleur, à une émission prétendue de l'insensible transpiration? c'est la faute dans laquelle est tombé de Jussieu en se séparant de ses collègues. Il y avait simplement ce fait à examiner : les convulsions d'abord, étaient-elles chez ces sujets réelles ou supposées? Ce fait une fois éclairci par des expériences, restait à examiner celui-ci : les convulsions étant réelles, pouvait-on les provoquer (n'importe comment) sans l'intervention du magnétisme supposé; pouvait-on aussi les voir manquer malgré l'intention formelle et les gestes des magnétiseurs?
(2) C'est une faute en médecine de chercher constamment à mettre une explication à la place d'une autre; nous sommes si souvent placés entre des