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occasion, ni argent pour encourager les arts, mais protecteur toujours dévoué , car aucune peine ne lui coûtait pour obliger le talent ou secourir le malheur. Pasquier l’a avoué et même écrit : « J’ai peu connu d’hommes doués d’un « cœur plus excellent et dont la réputation d’honnêteté fût « mieux établie. » Aussi, bien des gens prétendaient que ces manières familières, cette inépuisable bonté, ces mœurs simples, ce caractère facile, appartenaient à un autre temps. On disait tout bas que Frochot datait de 1789 et non de 1800, que le serviteur de Napoléon était encore l’ami de Mirabeau, et que sous l’habit du conseiller d’État battait le cœur du patriote. Malet ne s’y trompa pas, et quand il osa mettre sur la liste de son gouvernement le nom du préfet de l’Empereur, il mettait le comble à son coup d’audace en confisquant la popularité de Frochot.
La disgrâce de 1812 ébranla cette popularité sans la renverser. Elle étourdit un instant l’opinion publique, qui revint presque aussitôt par la gratitude et la pitié. Le souvenir des services rendus dirigea certainement ce retour d’opinion ; mais le prestige attaché aux gloires administratives le fixa pour jamais. En France, les révolutions peuvent succéder aux révolutions, les constitutions aux constitutions, les dynasties aux dynasties; l’administration grandit toujours, se fortifie et s’impose au point de devenir par les lois et par les mœurs, par l’affaissement des libertés publiques et les usurpations du pouvoir central, le fond même de la société française. Si les gloires politiques ont toujours l’honneur d’être l’objet des controverses et des calomnies, les gloires administratives ont presque toujours l’avantage d’être l’objet de l’estime et de la reconnaissance universelles. L’Empire avait profité des services de Frochot ; la Restauration soutint sa vieillesse; le gouvernement de 1830 honora sa mémoire.
Napoléon lui avait donné sa confiance; Louis XYITI lui assura une pension; Louis-Philippe lui éleva une statue. Nouvelle et irrécusable preuve que tous les gouvernements sont solidaires, quand il s’agit des grands intérêts et des vraies gloires de la France !