CHAPITRE III
DES BHÉTEUll^.
On appelle rhéteurs ceux qui faisaient profession d'enseigner réloquence , et qui en ont laissé des préceptes.
L'éloquence est Fart de bien parler. On pourrait croire que pour Tacquérir il suffirait d'écouter et de suivre la voix de la nature. Elle nous dicte, ce semble , en chaque occasion , ce qu'il faut dire , et souvent môme la manière de le dire. Ne voit-on pas tous les jours une infinité de personnes qui, sans art, sans étude, et par la seule force du génie , savent mettre de l'ordre , de la netteté, de l'éloquence , et surtout du sentiment dans leurs discours? Que faut-il davantage ?
11 est vrai que sans le secours < de la nature les préceptes ne^ sont d'aucun usage ; mais il est vrai aussi qu'ils l'aident et la fortifient beaucoup, en lui servant de guide et de règle. Les préceptes ne sont autre chose que des observations qu'on a faites sur ce qu'il y avait de beau et de défectueux dans les discours qu'on entendait : car, comme le dit fort bien Cicéron », l'éloquence n'est point née de l'art, mais Tart est né de l'éloquence. Ces réflexions, mises par ordre, opt formé ce qu'on appelle rhétorique. Or, qui doute qu'elles ne puissent être d'un grand secours pour acquérir et perfectionner le talent de la parole ?
Quintilien , dans le troisième livre dé ses Institutions oratoires, fait un assez long dénombrement des anciens rhéteurs ,
tant grecs que latins. Je ne m'arrêterai que sur ceux dont le
'«Ulad iroprimis testandumest, nihii cio, sed artificium ex eloquentia na-
praecepta atque artes yalere nisi ad- tom. » (Cic.rfe Orat. 1. 1, n. 146. )
jaYante natura. > (QOINTIL. in Proœm. « Initiumdicendi dédit natura; ini-
l»b. 1.) tium artis observatio. » (Quint, lib. 3,
* • Non esae eloquentiam ex artifi- cap. 2.}
44 HISTOIBE ANCIENNE.
nom et Tliistoire sont plus connus , et je passerai légèrement sur les autres , et même j*en omettrai plusieurs. M. Gibert , qui professe la rhétorique au collège Mazarin depuis près de cinquante ans, avec beaucoup de réputation , et qui a rempli longtemps, à plusieurs reprises, et toujours avec un égal succès, rhonorable place de recteur dans Funiversité de Paris , a composé sur le sujet que je traite ici un ouvrage plein d^érudition ,* dont il m'a permis, en qualité d'ancien ami, défaire tout Tusage que je voudrais.
ARTICLE PBEMIEB.
Des Rhéteurs grecs,
EHPÉDOCLE. COBAX. TIBIAS.
Empédocle d'Agrigente , célèbre philosophe , passe pour le premier qui ait eu quelque connaissance de la rhétorique ' ; Gorax et Tisias, tous deux Siciliens, pour les premiers qui en aient donné les règles. Ils eurent plusieurs disciples , plus conclus sous le nom de sophistes : il en sera parlé dans la suite.