DIOGÈNE LAËRCE
Diogène Laërce , ou de Laérte , a vécu sous Antonin , ou peu après lui. D'autres ne le mettent que sous Sévère et ses successeurs. 11 a écrit en dix livres les Vies des philosophes , dont ij rapporte avec soin les sentiments et les apophthegmes. Cet ouvrage est fort utile pour connaître les différentes sectes des anciens philosophes.
Le surnom de Laêrte, qu'on a accoutumé de lui donner, marque apparemment » son pays , qui pouvait être le château ou la ville de Laërte dans la Cilicie.
On tire de ses écrits qu'après avoir bien étudié l'histoire et
' (.nmroecrrivain, Hérodote et Polybe ' Certainement. — I,. s )Qt ses modèles. — L.
'J50 HISTOIRE ilNCXENNE.
les dogmes des philosophes., il avait embrassé la secte des épicuriens , les plus éloignés de la vérité et les plus opposés à la vertu.
DION CASSIUS (COCCEIUS OU COCCEIANUS ).
Dion était deNicéeeuBithynie. Il a vécu sous les empereurs Commode , Pertinax, Sévère , Caracalla , Macrin , Héliogabale, Alexandre , qui eurent toujours pour lui une grande considération, et lui confièrent les gouvernements et les postes de l'empire les plus importants. Alexandre le nomma pour être un^ seconde fois consul. Après ce consulat > , il obtint la permission d'aller passer le reste de sa vie en son pays , à cause de ses infirmités.
Il a écrit en huit décades, c'est-à-dire en quatre-vingts livres , toute l'histoire romaine * , depuis la venue *d'Énée en Italie jusqu'à l'empereur Alexandre. Il nous apprend lui-même ^ qu'il employa dix ans à ramasser des mémoires de tout ce qui s'était passé depuis la fondation de Rome jusqu'à la mort de Sévère , et douze autres années à en cx)mposer l'histoire jusqu'à c«lle de Commode. Il y joignit ensuite celle des autres empereurs avee le plus d'exactitude qu'il pût jusqu'à la mort d'Héliogabale 4 , et un simple abrégé des huit premières années d'Alexandre , parce qu'ayant été peu en Italie pendant ce temps-là il n'avait pas pu si bien savoir comment les choses s'étaient passées.
Photius remarque que son style est élevé , et proportionné à la grandeur de son sujet ; que ses termes sont magnifiques , que sa phrase et son tour sentent l'antiquité; qu'il a pris Thucydide pour son modèle , qu'il l'imite excellemment dans sa manière de narrer et dans ses harangues, et qu'il l'a suivi presqu'en tout, sinon qu'il est plus clair. Cet éloge est bien favorable à Dion; mais je ne sais s'il ne passe pas un peu les bornes du vrai.
Vossius dit , et Lipse avait pensé de même avant lui , qu'on ne peut pardonner à cet historien de n'avoir pas su estimer la vertu selon son prix , et d'avoir décrié les plus grands hommes de l'antiquité , comme Cicéron, Brutus , Cassius, Sénèque , soit par une malignité d'esprit, soit par une corruption de mœurs
« An. J. C 229. 3 Dio , 1. 72 , pag. 829.
2 Suidas. Phot. * Id. lib. 80, p. 917.
et de jugement. Le fait est constant ; et , quoi qu'il en soit du motif, la chose en soi ne peut jamais lui faire d'honneur.
Il avait fait, comme nous avons dit, quatre-vmgts livres de l'histoire romaine : mais il ne nous reste qu'une bien petite partie de ce grand ouvrage : car les trente-quatre premiers livres sont perdus , avec la plus grande partie du trente-cinquième , hors quelques fragments. Les vingt suivants, depuis la fin du trentecinquième jusqu'au cinquante-quatrième , sont ce qu'on en a de plus entier. Vossius croit que les six suivants , qui vont jusqu'à la mort de Claude , le sont aussi. Mais Buchérius soutient qu'ils sont fort tronqués : et cela paraît fort vraisemblable. Nous n'avons des vingt derniers que quelques fragments.
Ce qui supplée un peu à ce défaut, c'est un abrégé de Dion, depuis le trente-cinquième livre et le temps de Pompée jusqu'à la (in , composé par Jean Xiphilin , patriarche de Constantinople dans le onzième siècle. On trouve que cet abrégé est assez juste, Xiphilin n'ayant rien ajouté à Dion qu'en très peu d'endroits où cela était nécessaire , et s'étant d'ordinaire servi de ses propres termes. Lliistoire de Zonare se peut dire encore un abrégé de Dion ; car il le suit fidèlement, et nous apprend quelquefois des choses que Xiphilin avait omises.
HEBODIEN.
On ne sait de la vie d'Hérodien autre chose sinon qu'il était d'Alexandrie , fils d'un rhéteur nommé Apollonius le Dyscole ou le Difficile, et qu'il suivit la profession de son père. Il est fort connu par les huit livres qu'il nous a donnés de l'histoire des empereurs, depuis la mort de M. Aurèle jusqu'à celle de Maxime et de ^Balbin. 11 nous assure lui-même que l'histoire de ces soixante années est celle de son temps et de ce qu'il avait vu. Il avait été employé en divers ministères de la cour et de la police, ce qui lui avait donné moyen de prendre part à plusieurs des événements qu'il rapporte.
Pour son histoire , Photius en fait un jugement fDrt avantageux : car il dit que son style est clair, élevé , agréable ; que sa diction est sage et tempérée, tenant le milieu entre l'élégance affectée de ceux qui dédaignent les beautés simples et naturelles ,
et les discours bas et sans vigueur de ceux qui se font Imnneur d'ignorer ou de mépriser toutes les délicatesses de Tart; qu'il ne recherche point un faux agrément par les discours inutiles, et n'omet rien de nécessaire ; qu'en un mot il cède à peu d'auteursdans toutes les beautés de Thistoire. La traduction qu'Auge Politien a faite de l'ouvrage d'Hérodien soutient dignement et égale presque l'élégance de l'original. La version française que nous en a donnée M. l'abbé Mongaut enchérit beaucoup sur ta latine.
EUNAPE.
Eunape était de Sardes en Lydie. Il vmt à Athènes ' à l'âge de seize ans. Il étudia l'éloquence sous Proérèse, sophiste chrétien, et la magie sous Chrysanthe, qui avait épousé sa cousine. Nous avons une histoire des Vies des sophistes du quatrième siècle par Eunape. On y trouve beaucoup de particularités pour l'histoire de ce temps-là. if commence par Plotin , qui parut au milieu du troisième siècle, d'où il passe à Porphyre, à Jamblique et à ses disciples, sur lesquels il s'étend particulièrement. Il avait aussi écrit une histoire des empereurs en quatorze livres, qui commençaient en l'an 268 , au règne de Claude , successeur de Gallien, et se terminaient à la mortd'Eudoxie, femme d'Arcade, en l'an 404. Il nous reste quelques fragments de cette histoire dans les extraits de Constantin Porphyrogénète sur les ambassades, et dans Suidas. On y voit qu'il était extrêmement envenimé contre les empereurs chrétiens, surtout contre Constantin. On remarque la même aigreur dans ses Vies des sophistes , principalement contre les moines. Il ne faut pas s'étonner qu'un magicien fût ennemi de la religion chrétienne.