Polybe, III, 24. o
3. Voir Kahrstedt. dans Klio, XII, 1912, p. 471. Il va jusqu'à nier tout commerce carthaginois avec Kome à l'époque du premier Irailé.
■î. De même, Marseille, rivale de Garthage sur mer, resta pendant longtemps confinée dans ses remparts.
le pays appartenait aux indigènes. Elle payait même, depuis sa fondation, un tribut annuel pour le loyer du sol qu'elle occupait ^
Il est vrai qu'elle avait pu s'affranchir de cette redevance pendant une partie du vf siècle. Justin^ nous dit, sans préciser davantage, que, sous le commandement de Malchus, les Carthaginois « accomplirent de grandes choses contre les Africains ». S'agissait-il de repousser ou d'attaquer des voisins menaçants? Nous l'ignorons. Ce qui est certain, c'est que Carthage cessa, pendant de longues années, de payer le tribut. Mais, vers la fin du vi" siècle, après une guerre malheureuse, entreprise à l'époque où les fils de Magon dominaient l'Etat, elle dut se soumettre de nouveau à l'obligation qu'elle avait acceptée jadis \
Plus tard, les Africains furent contraints de renoncer à la redevance \ Ce succès de Carthage se place vers 47o-4.50, peu de temps après la grande expédition de Sicile; malgré la défaite et la mort d'Hamilcar, la famille des Magonides dirigeait encore la république et faisait prévaloir sa politique belliqueuse °.
1. Justin, XVIII, 5, 14 : « Itaque, consentientibus omnibus, Karthngo conditur, slatuto annuo vectigali pro solo urbis » ; conf. XIX, 1. 3, et XIX, 2, 4 (passages cités ci-après). Il n'y a aucune raison de rejeter ces indications : voir Gsell, dans Recueil de mémoires publiés par l'École des Lettres d'Alger (1905), p. 347, n. l.
2. XVIII, 7, 2 : « ... ducem suuin .Malchum, cuius auspiciis... adversus Afros magnas res gesserant. »
3. Justin, XIX, 1, 3-4 : « Adversus Afros quoque, vectigal pro solo urbis multorum annorum repetentes dimicatum. Sed Afrorum sicuti causa iuslior, ita et fortuna superior fuit, bellumque cum his solutione pecuniae, non armis finitum. » — Justin (XIX, 1, 13) dit encore que les Carthaginois prétextèrent des « adsidua finilimorum bella », pour éluder l'ordre que Darius leur aurait donné (au début du v siècle) de participer à l'expédition contre la Grèce. On peut penser à des guerres contre les Africains, à supposer que cette indication ait quelque valeur.
4. Justin, XIX, 2, 4 : « Afri compulsi stipendium urbis conditae Karthaginiensibus renuttore. » Pour la date, voir Meltzer, I. p. 22.5: II, p. 85 et 92-93.
5. Après avoir donné les noms des fils d'Hamilcar et d'Asdrubal, Justin (XIX, 2) ajoute : <> Per hos res Karthaginiensium oa tempeslate gerebantur », et il parle aussitôt après des guerres contre les Maures et les Numides et de l'obligation (jui fut imposée aux Africains de renoncer au tribut. L'un des fils d'Hamilcar s'appelait Hannon. C'est peut-être lui qui est mentionné dans le sommaire du livre XIX de Troguc-Pompée : « Undevicensimo volumine continenlur res Car*
i64 COLONISATION PHÉNICIENNE, EMPIRE DE CAIIÏHAGE.
La suppression du tribut fut accompagnée ou suivie ' de la constitution d'un territoire carthaginois dans l'Afrique septentrionale. Un demi-siècle environ après cet affranchissement, en 409 et en 406, nous constatons dans les armées puniques la présence de Libyens, enrôlés par recrutement, et non engagés comme mercenaires^ : c'étaient donc des sujets. Au début du IV' siècle, on signale des révoltes de Libyens, qui vivaient évidemment sur le territoire punique. Il y a lieu d'admettre que ce territoire fut formé dans le cours du siècle précédent.
Aucun texte n'indique les motifs qui déterminèrent Carthage à étendre sa domination à l'intérieur de l'Afrique. Mais nous-.' pouvons aisément les deviner. Cette ville, dont la population fut de bonne heure nombreuse, avait besoin de campagnes assez vastes pour lu>^ fournir au moins une partie des subsistances qui lui étaient nécessaires. L'aristocratie qui gouvernait l'Etat désirait sans doute s'assurer, par la possession d'importants domaines, une source de fortune moins aléatoire que le commerce maritime. D'autre part, il n'était pas prudent de laisser en armes, aux portes d'une grande cité, même défendue par de solides murailles, des barbares qui convoitaient ses richesses, guettaient l'occasion de s'en emparer et voyaient dans le paiement du tribut une marque de faiblesse. Une fois soumis, ces hommes vigoureux et braves pouvaient devenir d'excellents soldats pour les expéditions lointaines qu'exigeaient le maintien et l'expansion de la puissance punique sur les
thaginiensium in Africain per Sabellum (nom sans doute altéré) Annnnriii gestae. » Cela paraît corre^^pondre à ces indications que Justin donne dans son abrégé du livre XIX. Allusion possible aux guerres et conquêtes africaines du même Hannon dans Dion Chrysostome : voir plus haut, p. 422, n. 1.
1. Hérodote (IV, 193-4), parlant des Zauèkes et des Gyzanles (babilanls de la cùte orientale de la Tunisie), ne dit pas qu'ils soient soumis a. Carthage. Mais cela ne prouve pas qu'ils aient été encore libres vers 450-430. Voir l'observation faite p. 4.50.
2. Diodore, XIII, 44; 54; 80. Il faut ajouter que Diodore (XI, 1), anticipant sans doute, indique dès Tannée 480 des levées de Libyens par les Carthaoriaoi.s : coof. Meltzer, II, p. 4U6.
rivages méditerranéens ^ Après le désastre d'Himère, Carthage devait se préoccuper d'accroître la force de ses armées.
On ignore l'étendue du territoire dont elle se rendit maîtresse^. Vers la fin du m'' siècle, le fossé qui bornait la contrée soumise à son autorité directe passait probablement à l'Ouest des Grandes Plaines (région de Souk el Arba) et à l'Est de Madauros (Mdaourouch, au Sud de Souk Ahras); il ne devait guère s'écarter de la frontière actuelle de la Tunisie et de l'Algérie ^ Mais nous n'avons aucune mention certaine de ce fossé avant la guerre d'Hannibal et il n'est peut-être pas beaucoup plus ancien. Rien ne prouve que les frontières puniques se soient avancées jusque-là dès le v" siècle. Mais, même si elle se contint alors dans des limites plus étroites, Carthage, grand port méditerranéen, capitale d'un vaste empire marilime, devint désormais, par surcroît, une capitale africaine. Elle répandit sa civilisation dans la contrée qu'elle s'annexa, puis au delà de son territoire, chez ses vassaux et alliés.
Nous ne savons à peu près rien sur sa domination dans l'Afrique septentrionale jusqu'à la fin du iv^ siècle, époque de l'expédition d'Agathocle.
Au début de ce siècle, une grande révolte éclata, à la suite du désastre d'Himilcon devant Syracuse (en 396). Ce général avait abandonné les Africains qui servaient dans son armée, pour s'enfuir avec les citoyens : trahison qui exaspéra les sujets de Carthage, déjà las d'une administration tyrannique. Des esclaves se joignirent aux rebelles. Deux cent mille insurgés* marchèrent sur la ville, qu'ils bloquèrent étroitement, après s'être emparés de Tunis et avoir remporté des succès dans plu-
1. Cette dernière raison est indiquée par Meltzer, I, p. 19"), cl II, p. 8(i.
2. Meltzer (I, p. 226; II, p. 87) est disposé à croire que ce territoire corrcspon dait à peu près à la province créée par les Romains en 146 avant J.-C. Mais il ne donne pas de bons arguments en faveur de son opinion.