Chap. Lxxxiv
6. On peut supposer qu'il y a eu entre Timée et le compilateur un intermédiaire, qui aurait modifié Timée d'après des informations particulières : peutêtre Posidonius-
quelques-uns même s'y établirent. Mais le gouvernement punique défendit sous peine de mort de naviguer vers cette ile et supprima tous ceux qui s'y étaient fixés, dans la crainte qu'on ne la fît connaître et qu'une population nombreuse ne devînt maîtresse de ses richesses et ne ruinât la fortune des Carthaginois.
Dans l'île de Timée on a reconnu avec probabilité Madère*. Mais il est bien difficile de savoir ce qu'il y a de vrai parmi les détails fort suspects donnés dans les deux textes que nous venons de citer. Il n'en faut peut-être retenir qu'une chose : c'est que les Gaditains, puis les Carthaginois ont visité Madère et sans doute aussi l'île voisine, Porto-Santo, plus rapprochée du détroit de Gibraltar ^ Quand les Phéniciens y abordèrent-ils pour la première fois? On s'est demandé ^ si des échos de leur découverte n'étaient pas parvenus aux Grecs dès le viii^ siècle, ou même plus tôt : il ne faudrait pas regarder comme une pure invention les îles des Bienheureux % qui étaient situées, dit Hésiode % aux extrémités de la terre, le long de l'Océan. Hypothèse des plus contestables : la croyance à des îles du Couchant, séjour des morts heureux, a été répandue chez divers peuples, entre autres chez les Egyptiens et les Celtes, et ne paraît pas avoir tiré son origine de connaissances géographiques.
Carthage, devenue maîtresse de l'entrée de l'Océan, se serait bornée à interdire à des rivaux l'accès de ces îles *'. Elles ne furent
1. Heeren, de la Politique, IV, p. 114. Mùllenhoff, l. c, p. 6i. Meltzer, I, p. 169. Etc.
2. Horace {Épodes, XVI, 59) aurait donc eu tort de dire, en parlant, autant qu'il semble, de ces îles :
Non hue Sidonii torserunt cornua nautae.
i. Mùllenhoff, p. 65.