Guénin, l. c, p
3. Les archéologues oublient trop que l'Afrique est restée très cultivée, très peuplée pendant les siècles qui ont suivi l'invasion arabe. II suffit, pour s'en convaincre, de lire les géographes, El Yacoubi, Ibn Haucal, El Bekri. Beaucoup de ruines qu'on qualifie de romaines pourraient bien être des ruines de constructions berbères, dans lesquelles avaient été employés des matériaux datant de l'époque romaine. Je parle ici des habitations, et non pas des édifices officiels et religieux, qu'il est aisé de dater, au moins approximativement.
4. Pour les forêts de l'Oranie, voir Battandier et Trabut, dans Bull, de la Société botanique de France, XXXVIII, 1891, p. 320 (« ces forêts semblent s'éteindre naturellement par suite d'un changement climatologique, survenu à une époque relativement récente »). Les forêts de cèdres des monts de Batna et du massif de l'Aurès sont aussi en décadence : Vaissière, Revue africaine, XX.WI, 1892, p. 128; Battandier et Trabut, l'Algérie, p. 40. '
des hommes et du bétail, et quelle est celle du climat dans le dépérissement progressif de ces forêts*. Si le dessèchement est réel, il importerait de déterminer, dans la mesure du possible, quand il a commencé : il peut être dû à des causes récentes.
Enfin, on a souvent indiqué, comme preuve d'une modification de climat, l'existence de l'éléphant dans l'Afrique du Nord à l'époque antique.
Les textes mentionnant des éléphants dans cette contrée sont très nombreux et se rapportent à une période de plusieurs siècles^. Hannon en signale, vers le cinquième siècle avant Jésus-Christ, dans le Maroc actueP; Hérodote, au même siècle, dans le pays qui, selon lui, se trouve à l'Occident du fleuve Triton, c'est-à-dire en Tunisie \ Puis viennent Aristote, qui dit qu'il y a dans la région des Colonnes d'Héraclès des éléphants, comme en Inde^; Agatharchide " ; Pol3'^be, qui affirme que la Libye est pleine d'éléphants'' et raconte, d'après le roi Gulussa, fils de Masinissa, que, dans le Sud de l'Afrique (Berbérie actuelle), aux confins de l'Ethiopie, les défenses d'éléphants sont tellement abondantes qu'on s'en sert pour faire des poteaux, des haies, des clôtures de parcs à bestiaux^; le poète Manilius®; le roi Juba*°, auquel sont probablement empruntés la plupart des passages d'Elien relatifs aux éléphants afri-
1. On attribue la décadence actuelle des forêts de cèdres de la province de Constantine à une cause accidentelle, — une période de grande sécheresse, qui a duré de 1875 à 1881 et qui a tué beaucoup de vieux arbres, — et aux ravages causés depuis lors aux jeunes sujets par les chèvres. M. Lapie (dans Revue de Géographie, III, 1009, p. 119), qui constate aussi la décadence des boisements de cèdres du Djurdjura, croit que la faute en est aux indigènes et à leurs troupeaux.
2. Sur les éléphants de l'Afrique du Nord, voir en particulier : Armandi, Histoire militaire des éléphants, p. 13 et suiv., 131 et suiv. ; Lacroix, dans Revue africaine, XIII, 1869, p. 173-5, 350-1; Tissot, Géographie, I, p. 363-373.