Sur cette bataille, voir Diodore, XIX
8. La bataille d'Ecnome fut livrée à l'époi^ue de la canicule (Diodore, XIX, 109,
EXPÉDITION D'AGATIIOCLE. 21
parcourut une partie de l'île, traitant avec douceur les gens des lieux qu'il traversait : aussi les indigènes et même les Grecs s'empressèrent-ils de lui faire leur soumission. Après un séjour à Gela, Agathocle était retourné à Syracuse. Il la mit en état de soutenir le siège qui paraissait imminent. Une flotte ennemie tenait déjà la mer en avant de la ville.
Un événement inattendu se produisit alors : le tyran transporta la guerre en Afrique.
Ce ne fut point un coup de tête. Agathocle avait atteint la cinquantaine, âge où, d'ordinaire, on n'agit pas sans quelque réflexion. Très audacieuse, sa décision ne fut nullement déraisonnable et il est probable qu'elle lui évita une catastrophe. Les Carthaginois étaient maîtres de la Sicile presque entière; Agathocle n'y avait plus aucun allié. Il aurait pu prolonger la défense de Syracuse, mais, incapable de se ravitailler, il devait fatalement succomber. Du reste, les troupes et la population accepteraient-elles les souffrances d'un siège dont l'issue n'était que trop certaine et lui resteraient-elles fidèles jusqu'au bout? Ses adversaires politiques étaient encore nombreux; ils guettaient une occasion de le renverser et de rappeler les bannis, qui, loin de désespérer, se tenaient en armes dans l'Est de l'île. Carthage n'avait rien fait pour protéger son territoire africain. Elle n'y avait pas d'armée et la plupart de ses citoyens ne savaient point se battre. Il était à prévoir que ses sujets, durement traités par elle, n'opposeraient pas de résistance, que des indigènes encore indépendants se joindraient aux envahisseurs, pour p-articiper au butin. Avec des soldats dont la guerre était le métier, Agathocle obtiendrait de rapides succès; il s'attacherait ces hommes en leur livrant une contrée fertile, enrii liio
5). Des ôrudils ont adoplc la date de 310 (voir, entre autres, Mell/er, I, p. 52i; Beloch, III, 2, p. 203; G. de Sanctis, Per la scienza dcW anlichità. p. 103). Mais Airathocle ayant (juilté Syracuse le li août 310 pour se rendre en Afrique, il faii>irail trop resserrer les événements qui se en^^ijèrcii dans l'intervalle : voir Schubert, GeschiclUe des Agalhoklcs, p. 85-87.
par une longue paix, pleine de ressources. Les victoires qu'il remporterait en Afrique rendraient courage aux assiégés de Syracuse, modifieraient peut-être les sentiments d'une partie des autres Siciliens, en tout cas contraindraient les Carthaginois à détourner leur effort de l'île, au moment où ils croyaient l'avoir enfin conquise. Il n'avait sans doute pas l'ambition de prendre Cartilage : la ville était bien fortifiée et il ne disposait pas des moyens d'anéantir ses flottes et de la bloquer du côté de la mer. Mais il pouvait espérer que la République, pour se débarrasser de lui, consentirait à un traité qui lui abandonnerait la Sicile. Il délivrerait ainsi les .Grecs d'une menace séculaire. Le plus gros risque de cette expédition était, en somme, la traversée ^
Le tyran ne s'ouvrit à personne de son dessein^. Comme il avait besoin d'argent ^ il s'en procura de diverses manières, s'emparant des biens des orphelins, sous prétexte qu'il les garderait plus fidèlement que leurs tuteurs, empruntant aux marchands, exigeant des femmes leurs bijoux, pillant les temples*. Dans une assemblée du peuple, il s'apitoya par avance sur les maux qu'allaient souffrir les assiégés et il engagea ceux qui ne se croiraient pas capables de les supporter à aller se mettre en sûreté ailleurs. Plusieurs centaines de gens riches, hostiles à Agathocle, jugèrent prudent de suivre ce conseil; dès qu'ils eurent franchi les portes, il les fit massacrer et dépouiller par des mercenaires ^ Il décida d'emmener des citoyens dont il
1. Pour Ips motifs qui déterminèrent Agathocle, voir Diodore, XX, 3, et, dans Justin (XXII, 5, 3 et suiv.), le discours, naturellement forgé de toutes picces, que le tyran aurait adressé à ses troupes après son débarquement en Afrique. Voir aussi Valère-Maxime, VII, 4, ext., 1.