‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 4)Chapitre 205 sur 407 · Voir l II, p. 442, n · texte numérisé non relu

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Sicile, de Sardaigne, et même d'Italie et d'Espagne*, en une saison où le mauvais temps eût suffi, à défaut des ennemis, à rendre la navigation périlleuse. Peut-être le général, dont les pouvoirs expiraient au printemps, se demanda-t-il parfois avec angoisse ce qu'à Rome on déciderait de lui et de l'expédition qu'il avait voulu entreprendre. Son commandement fut pourtant prorogée

Pendant l'hiver, des pourparlers furent engagés entre Scipion et Syphax. Selon Polybe, ce fut Publius qui en prit l'initiative, désirant détacher des Carthaginois le roi des Masaesyles^ Mais celui-ci, dominé par Sophonisbe, n'avait

1. Tile-Live, XXIX, 36, 1 ; XXX, 3, 2. Dion, fragm. 56, 72. Scipion disposait en outre des vivres dont il avait pu s'emparer en pillant les campag-nes voisines d'Utique : Tite-Live, XXIX, 36, 1; conf. Dion, l. c, Appien [Lib., 18) parle d'une ville de l'intérieur, Tholous, qui aurait servi de place d'armes et d'approvisionnements aux Romains et que Syphax aurait prise par trahison. Il est difficile de croire que Scipion ait maintenu des troupes en dehors de son camp : c'eût été les exposer à une perte certaine. On peut tout au plus admettre quelques rapides sorties de la cavalerie, qui ne devaient pas être d'une bien grande utilité pour le ravitaillement de l'armée.

2. Tite-Live, XXX, 1, 10 : « P. Scipioni, non temporis, sed rei gerendae fine, donec debellatum in Africa foret, prorogatum imperium est ». Cela ne semble pas être exact, puisque, en 202 et en 201, des décisions intervinrent, d'après Tile Live (XXX, 27, 3: XXX, 41, 1), pour conserver à Scipion son commandement. Donc, en 203, comme en 204 (v. supra, p. 204), ses pouvoirs furent prorogés pour un an seulement, et non pour toute la durée de la guerre. Cette mesure fut prise aussitôt après l'entrée en charge des consuls, c'est-à-dire après le 15 maî« du calendrier officiel. Ce fut probablement au mois de mars julien que Scipion attaqua et incendia les deux camps ennemis (voir p. 224, n. 4). Il est impossible de savoir si la nouvelle de cette grande victoire parvint à Rome avant la prorogation, car nous ne saurions indiquer avec précision quel était alors l'écart du calendrier romain et de Tannée astronomique (sur celle question, v. infra, p. 237, n. 3; p. 246, n. 1). Tite-Live raconte l'incendie après avoir mentionné l'entrée en charge des consuls et la prorogation de Vintperium de Scipion (XXX, 1, et XXX, .T . Mais il n'est pas certain qu'il suive rigoureusement l'ordre des temps. Zonaras (IX, 12, p. 438, b-d) place aussi l'incendie dans l'année des consuls de 203-2.

3. XIV, 1,3; conf. Tite-Live, XXX, 3, 4. D'après Appien {Ub., 17) et Diott (fragm. 56, 75; Zonaras, IX, 12, p. 438, c), les négociations auraient été, aa contraire, engagées par Syphax.

nullement l'intention d'abandonner ses alliés*. Il souhaitait cependant reprendre le rôle de conciliateur qu'il avait déjà songé à jouer lors de l'entrevue de Siga^, et éviter ainsi les risques d'une guerre. A son avis, les Carthaginois devaient évacuer l'Italie, les Romains l'Afrique, et les uns et les autres rester maîtres de ce qu'ils possédaient en dehors de ces deux contrées : telles étaient les conditions de paix qu'il ne cessait de proposer à Scipion^ Conditions acceptables pour Carthage, qui ne pouvait plus abattre sa rivale par des succès décisifs en Italie, qui, même après une victoire complète en Afrique, eût été incapable, dans son épuisement, de reconquérir aussitôt l'Espagne, la Sicile, la Sardaigne; acceptables pour Rome, également épuisée : car elle eût été délivrée d'IIannibal et de Magon et eût gardé, comme prix de la guerre, la péninsule ibérique. Cependant elles ne convenaient pas à Publius*. Peutêtre, malgré sa situation critique, ne se résignait-il pas à quitter le continent africain avant d'y avoir accompli des faits d'armes glorieux; peut-être jugeait-il qu'il fallait imposer à Carthage un traité qui lui enlevât l'espoir d'une revanche.

Il n'en continua pas moins les négociations avec Syphax, en lui laissant entrevoir la possibilité d'une entente ^ Mais il n'était pas sincère et ne pensait qu'à rendre plus facile l'exécution d'un projet qu'il avait conçu. Ses députés l'avaient informé que les Carthaginois s'étaient construit dans leur camp d'hiver des cabanes en bois et en feuillage; que les Numides avaient

1. C'est sans doute à tort qu'Appicn {Lib., 14 et 17) et Dion (frajîin, 56, 67) nous montrent Sy[)linx se livrant à un double jeu, môme après le debaniuement de Scipion. Selon Dion (50, 70), il ne se serait déclaré franchement pour les Carthaginois (lu'à la suite de la prétendue trahison de Masinissa; selon Appien l^Lib., 18)» que |)lus tard encore.

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