‹ Histoire ancienne de l'Afrique du nord (volume 5)Chapitre 309 sur 404 · Voir plu- haut, p · texte numérisé non relu

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2. Le roi d'Egypte Taharqou se sérail avancé jusqu'aux Colonnes d'Héraclès : Mégasthène, apud Strabon. XV. 1. d i= Fragm. hist. <jraec., II. p. 116, a conf. Strabon, 1. 3. 21. On peut se demander -i cette légende n'eul pas pour origine l'Alliance qui attacha Tyr à ce souverain, vers 073 (Maspcro, Histoire, III, p 308]

3. Jôsèphe, Anliq.jad., X, 11. I (227 . citant Mégasthène (= Fragm. hist. grâce .

II. p. i 17. h 22). Stral XV, 1 . 6, dit, d'après Mégasthène (il s'agit sans doute

du même passage . que Nabuchodorosor s'avança jusqu'aux Colonnes d'Héraclès et, revenant d'Espagne, conduisil son armée en Thrace >•! dans le l'ont.

i. Hérodote, III. 17 el 19.

5. La cynophagie était peut-être un emprunt des Carthaginois aux indigènes. Elle s'esl maintenue cà cl là en \frique : voir Guyon, Voy< (Alger, 1852), p. 242; Bertholon, dans l'Anthropologie, VIII, 1897, p. 300-3; les

références il lées paT Vivien de Saint-Marèin, le Nord de l'Afrique dans l'antiquité,

p. 109, n. 2. .-i par M Jtzer, l, p. 199.

0. Justin, XIX, l, 10-12 : - Legati m Dareo, Persorum rege, K.arthaginem vcnerunl adferentcs ediclum, quo Poeni tiumanas hoslias immolare el canins vesci prohibebantur mortuorumque corpora cremare polius quani Icrr.i obruere o rege iubebnntui : petentes -nu ni auxilia aêversus i. ihit i;i m. cui in In lu rus bellum Du reus eral ■ Vprès d'autres .et malgré Gui ohmid cl Meltzer il. p. i"'1 |e croi que, dans eu leste il faut intervertir les mots cremare el Un il voii

U n / ■■ i 1903), p. 10, n. i. — Dans l'inscription Cunéruii

L'union morale du monde phénicien subsistait. Mais les colonies d'Occident étaient désormais livrées à elles-mêmes, en face des Grecs et des barbares. Elles auraient probablement sucoambé les unes après les autres, si Cartilage, se substituant à Tyr, ne les avait pas défendues.

Le rôle qu'elle joua alors s'explique, dans une large mesure, par sa position géographique. Llle s'élevait au seuil de la Méditerranée occidentale, dont les Grées entreprenaient la conquête, vis-à-vis de la Cyrénaïque et de la Sicile, où ils avaient déjà pri-. pied, mais dans une contrée où ils n'avaient pas encore pénétré et où elle conservait sa liberté d'action. Un courant aidait ses vaisseaux à atteindre le fond des Syries, que les Grecs allaient menacer, après s'être établis sur le plateau de Cyrène; un autre courant facilitait la navigation vers la Sicile, à travers le bras de mer qui unit les deux bassins de la Méditerranée.

Cependant id' autres villes, qui restèrent dans un rang secondaire, Bizerte et surtout Utique, plus ancienne que Cartilage, étaient aussi favorablement situées pour devenir riches et puissantes par le développeanenJ de leur commerce et pour diriger lalutte contre les Crées. On peut supposer que Carthage tira de ses origines mêmes le droil el la force d'accomplir la grande œuvre qui, pour la première luis, lii entrer l'Afrique du Nord dans la lumière de l'histoire. Si. comme nous sommes assez disposé à l'admettre, elle fut véritablement fondée .par une princesse royale, qu'accompagnail une partie de l'aristocratie tyrienne. si elle Eut appelée la Nouvelle ville parce que ses fondateurs voulurenl faire d'elle une nouvelle Tyr, il était naturel el légitime qu'elle devînt un jour la protectrice el la

Darius (Weissbacli, die Keilinsehriflen der Ichàmenidan, p. 88-89, § 3), on til le

ii.iii Karkâ à la lin de l'énu ration des peuples soumis au roi. .1. Opperl (dans

Zeitschrlft ier deulschen morgenlândischen Gcsellschafl, XI, 1857, p. 135; le P

el la langue des Vides, p. 203] ol d'autres après lui pensonl que ce mol désigne les

Coithaginois. Mais c'esl là une hypothèse contestée.

suzeraine des Phéniciens de L'Ouest, à la place de la vieille Tyr. trop éloignée et tombée en décadence. Cette riche aristocratie., aussi habituée au commerce qu'à la politique, qui avait fait la grandeur de la métropole, devait aussi faire celle de la cité africaine '.

11 est certain que Carthage eut alors la bonne fortune d'être gouvernée par des hommes qui comprirent les nécessités du présent et surent prévoir l'avenir. Ils virent que l'empire maritime et commercial de l'Occident appartiendrait à ceux qui empêcheraient la ruine des colonies phéniciennes et s'opposeraient à l'expansion des Grecs. Ils créèrent les flottes et les armées que cette tâche exigeait. Plusieurs d'entre eux obéirent sans doute à des pensées d'ambition personnelle. La guerre mettait à leur disposition les forces et les ressources de la république; la victoire les rendait populaires.

Parmi les artisans de la grandeur punique, nous connaissons Malchus J. qui combattit pendant de longues années en Afrique, en Sicile, en Sardaigne, et qui finit par se servir de ses troupes pour exécuter un audacieux coup d'état, vers le milieu du vi' siècle3. Après lui1, la famille de Magon détint le pouvoir pendant trois générations5 et engagea

1. Il n'est pas impossible que l'état précaire de Tyr depuis la lin du vnr siècle ait déterminé d'autres familles aristocratiques a émigrer vers Carthage : Meltzer, I. p. lit ii'unl'. Movers, 11. I. p. 475). Mais nous n'en avons aucune preuve.

2. Nom incertain. Les manuscrits de Justin (XVIII, 7. 2 ci 7i donnent tfazeus, Maleus, Maceus. Mazeus si' retrouve dan- Pau) Orose (Ado. paganos, IV. 6, 7 m 8), qui copie Justin. Vossius a corrigé Malchus, ce qui a fie en général adopté. Pour .Mï>7>j:. Matchus, nom dont l'origine esl certainement sémitique, moi- les exemples cités par Pape, Wôrterbuch der griechischen Eigennamen, el par de Vit,

licon.

:(. Justin, XVIII. 7.

4. Justin, XVIII, 7. 19 : ■■ Huic (a Malchus) Mago imperator successil ".

.'i. Justin (XIX, h indiq [ue Magon mil pour fils Asdrubal et Hamilcar. Le

premier mourut en Sardaigne, vers la lin du vr siècle, le second, en Sicile, en 480. Il esl vrai qu'Hérodote (VII, 165) qualifie Hamilcar de Bis d'Hannon. On peul supposer soit qu'il se tromj ;e qui paratl l'hypothèse la plus vraisemblable), soil que le second iil> de Magon s'appelail Ha m el qu'Hamilcar

étail en réalité le petit-flls de ce Magon, D'après Justin (XIX. 2. 1-2), imis (Ils d'Asdrubal (Ht bal, Isdrubal el Sapho) >'i in>is Mis d'Hamilcar (Himilcon,

Carthage dans une longue suite d'expéditions et de conquêtes '. qu'elle rendit possibles par l'emploi de mercenaires. Elle ne nous est guère connue que par de brèves indications de Justin. Elle joua cependant un rôle fort important dans l'histoire carthaginoise-, rôle analogue à celui des Barcides au m" siècle. Si la colonie de Tyr devint la capitale d'un grand empire, elle le dut peut-être surtout à la politique hardie et aux talents militaires de Magon3, de ses lils et de ses petits-iils.

Carthage, nous l'avons dit, ne brisa pas les liens de respect tîlial i|iii l'unissaient à Tyr. Mais elle s'affranchit tout à l'ait de sa

Hannon ri Giscon) dominèrent l'État, dans uni' période que l'un peul placer

approximative ni entre 480 ii 150 (Giscon est aussi mentionné par Diodore,

XIII, 43). Cette famille reparut à la tête de la république, avec Hannibal et Himilcon (Diodore, XIII, i3; 59; 62; 80), à la lin du v siècle, époque a laquelle Carthage reprit la guerre en Sicile. Sur 1rs Magonides, voir Heeren, de la Politique et du commerce des [jeuples de l'antiquité, trad. français!'. IV. p. 72, 382 et suiv.; Schàfer, Rheinisches Muséum, XV. (860, p. 398; Meltzer, I. p. 192 ri suiv.; Gutschmid, Kteine Schriften, II. p. s:(-S.">: Beloch, dans Klio. VII. HUIT. p. 2:i et suiv.. p. 28.

1. Voici les événements que l'on peut placer au temps de la domination des Magonides : vers 535, expédition contre les Phocéens d'Alalia; — vins le dernier ifuarl du vi" siècle, expéditions commandées par 1rs deux frères Asdrubal el Hamilcar (Justin, XIX, I. 7. dit qu'Asdrubal fui onzr fois général : « dictaturae iindecim ri triuraphi quattuor »); guerres en Sardaigne; guerre malheureuse contrr Ir- Africains; expédition contre Dorieus, sur la côte des Syrtes; — vrrs la fin du vr siècle, après la mort d'Asdrubal, guerre contre Dorieus, dans l'Ouest de la Sicile; -- vers 190-485, guerre contre Gélon, tyran de Gela; — en 4811, expédition d'Himère, commandée par Hamilcar; —entre 180 el 1-50 environ, guerres contre 1rs Numides et 1rs Maures; guerre qui amena l'abolition du tribut payé par Carthage aux indigènes. Peut-êlre faut-il ajouter 1rs deux expéditions d'Hannon et d'Himileon sur les côtes de l'Océan : voir chapitre suivant. Cette liste est évidemment très incomplète : nous tic savons rien des guerres importantes ri des conquêtes qui furent faites sous Ir commandement de Magon.

' Vius aurons à examiner plus tard quelle lui dans l'Étal la situation ofticielle de ces Magonides. Les textes leur donnent soit Ir titre d'intpentor : Justin, XVIII, 7. 19, ri XIX. 1. 1, a propos de Magon; idem, XIX, 2. ."i : « l'aniilin tanta imperatoruin » : — soit celui de dictator : idem, XIX. 1, 7 (1rs ■■ dictaturae unde nui " d'Asdrubal); — soil celui de paasÂsûç : Hérodote, Vil. Hi.'i ri 166, à propos d'Hamilcar; l'Hannon du Périple, qui étail peut-être nu Magoaide, porte le même titre dans la traduction grecque de la relation 'Ir son expédition : Geogr. ijc min , I. p. I (titre); Pline l'appelle > Carthaginiensium dux » (V, 8) ri « Poenorum imperator - (VI, 211111.

3. Justin ilil de lui (XVIII, 7. 19) : « Mago imperator..., cuius industrio ri opes

Karthag nsium ri imperii Murs rt bellicosae gloriae laudes creverunl ~. ri

(XIX, l. I) : « Mago, Karthaginiensium imperator, cum primus omnium, ordinaia disciplina militari, imperium Poenorum condidisset, viresque civitatis non minus bellandi arte quam virtute Hrmasset... •

422 COLONISATION PHENICIENNE, EMPIRE DE CAHTHAGE.

tutelle politique ' : peut-être même diminua-t-elle de bonne heure La valeur îles offrandes qu'elle envoyai! Ions les ans au temple de Melqart et qui, à l'origine, atteignaient le dixième de ses revenus publics, qui. par conséquent, étaient un très lourd tribul J. Quant aux Phéniciens <l '< accident, elle forma un faisceau de leurs forces, sous son hégémonie. Elle lutta ainsi avec plus de chances de succès contre les Grecs, qui ne surent ou ne purent pas s'unir. Cette hégémonie, que Carthage exerça durement, ne fut sans doute pas acceptée partout de bon gré. Toutes les cités phéniciennes ne se croyaient pas menacées par les (Irecs et les barbares au point d'accueillir avec reconnaissance une protection qui leur coûtait leur liberté. Plus d'une devait être jalouse de la prospérité de cette jeune ville, fondée peut-être près de trois cents ans après les premières colonies de Tyr. Il est probable qu'il fallut du temps, qu'il fallut plusieurs siècles pour que la suprématie carthaginoise fût reconnue par tous les l'héniciens de l'Ouest3. Un certain nombre d'entre eux semblent

I. 1 > ii >i i Chrysostome [Discours, XXV : édit. L. Dindorf. tome I. p. 313) parle d'un llannon qui » avait transformé les Carthaginois, de Tyriens qu'ils étaient, en Libyens; grâce à lui, ils avaient habité la Libye, au lieu de la Phénioie; acquis beaucoup de richesses, de nombreux marchés» ports et trirèmes, et dominé au loin sur terre et sur mer ». .Millier (Geoijr. gr. min.. I. p. \x: conf. Gutsohmidi Kleine Schriften, II. p. 71) croit qu'il s'agil de l'Hannon qui, au dire d'Hérodote; fut le père d'Hamilcar, tué en 180; il est disposé a admettre que cet Hannon n'est autre que le Magon de Justin : hypothèses très contestables. Le texte de Dion, fort obscur el d'une exactitude douteuse, comporte diverses interprétations. Selon Movers (II, I, p. 17i el 9uiv.), il ferait allusion a des immigrations de

Tyriens a Carthage. Gutsch I (Le.) suppose qu'Hannon émancipa les l'ariha-

ginnis de leur métropole. .Mais ce passage contient peut-être nue allusion à la consiiiuiioii d'un territoire punique dans l'Afrique du Nord (Meltzer, I. p". 228i conL p. 504; E. Meyer, Geschichte, III. p. 682) : dans ce cas, il faudrait reporter rilanniin donl parle Dion au \' siècle, el H serait permis de penser au Magonide

tlaii (Ils d'Hamilcar. Quelques savants (Schâfer, Rheinisches Muséum, XV, I860j

p. 399; Meltzer, p. 228; Fischer, De Hannonis Carthaginiensis Periplo, p. 105;

B. Meyer, /. c.) veuleni retrouver dans le personnage de Dion l'Han du

Périple, celui qui fonda des oolonies au delà du détroil de Gibraltar et s'avança au loin le long de la côte d'Afrique : on peut à la rigueur découvrir une allusion a cette expédition dans le texte du rhéteur.

l!. Diodore (XX, 14) parle de celle diminution, mais il ne dil pas à quelle c|iim| Ile eni lieu. Voir plus liant, p. 396i

:;. I tique n'accepta peul cire l'alliance de Carthage qu'au cours du v* siècle : voir plus loin, s VI.

FORMATION DE LKMPIUE iJE CARTHAGE. fe23

avoir conservé en droit leur indépendance : ils étaient les alliés, et non Les vassaux de Cartûage1'. Mais leur fortune était liée à la sienne et c'était Carthage (jui les dirigeait en fait. Elle étendit el fortifia son empire en créant elle-même de nombreuses colonies, qu'elle maintint dans une sujétion très étroite-.

Les auteurs anciens ne nous donnent que des indications clairsemées et très brèves sur les étapes de l'hégémonie de Carthage et les péripéties de sa lutte contre les Grecs.

Nous savons par Diodore de Sicile * que les Carthaginois établirent une colonie à Ebesos, dans l'île Pityuse (Ibiça)3, cent soixante ans après la fondation de leur ville, par conséquent en 654-3 avant notre ère. Ibiça offrait aux navires antiques un bon port, sur la route qui, de la Sardaigne, conduisait par les Baléares vers le Sud de l'Espagne : il importait d'empêcher des rivaux de s'y installer4.

1. Pour Utique, voir plus loin; pour Cossura, voir p. 411. Diodore (XVII, 113) mentionne des ambassades envoyées auprès d'Alexandre, à Babylone, non soulement par les Carthaginois, mais encore par des Libyphéniciens I Uëvçoivr/eç), c'est-à-dire par des Phéniciens de Libye, qui exerçaient ainsi une sorte de droit

de souveraineté (évidemment avec l'assenti ni de Carthage). Justin (XII, 13, I)

indique aussi des envoyés vomis de Sardaigne, sans doute des villes phéniciennes de l'Ile. — D'autre pari. Movers (II, 2, p. 659) croil que 1rs Phéniciens d'Espagne restèrent officiellement dans la dépendance de Tyr. D'après ce savant,

ce sont eux qu'un traité conclu entre Roi i Carthage, au milieu du iv" siècle,

qualifie de Tyriens (Polybe, III. 24, l ef 3). Mais il est beaucoup plus probable qu'il s'agit des Tyriens de Tyr (conf. Meltzcr, 1, p. 340) : voir plus haut, p. 306.

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