‹ Histoire ancienne de l'Afrique du nord (volume 5)Chapitre 40 sur 404 · IV · texte numérisé non relu

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d'oliviers, de vastes champs d'orge, d'innombrables troupeaux de moutons' ». Ce n'est plus cependant le paradis décril pal- Hérodote. Peut-être l'informateur de celui-ci a-t-il exagéré2.

Quoiqu'elle reçoive aussi un peu de pluie, la région du Djebel est moins favorisée. Il serait sans doute impossible à des éléphants d'y vivre.

L'examen des textes et des documents archéologiques dont nous disposons peut donc autoriser quelques hésitations. Pourtant il parait certain que, dans le demi-millénaire qui précéda l'ère chrétienne et dans celui qui la suivit, la lisière septentrionale du Sahara était déjà une zone sèche. Mais il est permis de croire que les montagnes qui la bordent recevaient un peu plus de pluie. Elles accaparaient l'eau du ciel; plus boisées peut-être qu'aujourd'hui ', mieux garnies de terre végétale, elles emmagasinaient mieux cette eau, qui ressortait ensuite par des oueds, ou formait des nappes souterraines, qu'on atteignait par des puits.

Il nous reste à étudier le climat de la Herbérie proprement dite. On produit quelques arguments pour soutenir qu'il était plus humide dans l'antiquité que de nos jours.

C'est d'abord le dessèchement ou l'abaissement d'un certain nombre de sources et de puits1. Plusieurs causes peuvent être

1. Méhierde Mathuisieulx, dans Publications de V Issociatlon histoi ique de V Afrique

ira, V, 1906, p. 67.

2. S'il pleuvail dans cette région, les pluies n'y étaienl pas 1res abondantes, du moins sous la domination romaine. On y a aménagé les eaux avec le plus grand soin. M. de Mathuisieulx {l. c.) parle de barrages colossaux, de vastes citernes, de puits profonds.

3. Les bois épais de la colline des Grâces onl disparu, de mê | :eux qui

sonl indiqués par Strabon (XVII, :i. 18) au cap Céphales, aujourd'hui cap Misrata, à l'Est de l'embouchure du Cinyps : conf. Tissot, 1. |>. 2115-6.

1. Carton, dans \nnalcs de la Société géologique du Nord, XXIV, 1896, p. 32» La Blanchère, dans Archives • /<•.< missions, troisième série, X, 1883, p. 63.

Invoquées pour expliquer ces faits : 1° la diminution des pluies; 2° l'aggravation du ruissellement, conséquence du déboise ment, de la destruction des terrasses construites eio étages sur les pentes, de la diminution des étendues ameublies par les labours; ■!' les mouvements du sol, qui ont pu modifier ou obstruer les issues des sources et bouleverser les nappes souterraines : on sait que les tremblements de terre sont fréquents daas l'Afrique du Nord. Dans les deux dernières hypothèses, il s'agirait de phénomènes locaux, qui n'intéresseraient pas le climat. Ajoutons que l'assèchement de certains puits, la disparition de certaine-; sources ne sont sans doute qu'apparents. Sources et puits sont simplement obstrués, par la faute des indigènes, qui négligent de les curer1. Bien différente était la conduite des anciens, qui recherchaient les sources avec beaucoup de soin: il y avait, dans l'Afrique romaine et même vandale, des ingénieurs spéciaux {aquilegi) dont c'était le métier-. D'autres fois, le point d'émergence de la source s'est seulement déplacé !. Ailleurs, on constaste qu'une source cesse de couler pendant quelque temps, puis reparaît4, qu'une autre, importante à l'époque romaine, mais aujourd'hui misérable, coulait assez abondamment il y a peu d'années : ces caprices doivent être attribués soit à des mouvements de terrain, soit

1. Voir, par exemple, Poulie, dans Recueil de Constantine, XVIII, ISTIJ-T, p. 568- 570; Mougel, dans Bull, de l'Académie d'Hippone, XX. 1883, p. 166-7; Notice sur L'hydraulique agricole en Algérie (Alger, 1900), p. 62-63; Bourde, Rapport sur les cultures fruitières dans !<■ centre de la Tunisie (édit. de 1899), p. 6; Payen, Rec. de Constantine, VIII. 1864, |>. 3.

2. Cassiodore, Var. épis t., III, 53 : - Comperimus aquilegum Romani venisse de partibus Africauis, ubi ars ipsa pro locorum siccilate magno studio semper excotitur, qui aridis locis aquas dare i >< i- - i t imaliles, ni beneflcio suo babitari racial loco aimio steiilitate siccata. » — Uni' inscription du troisième siècle 1 <;. l. I... VIII. 8809) mentionne dans la Medjana, au Sud-Ouesl de Sétif, une

- ce qui, depuis longtemps, avail disparu, » aqua fontis quae multo tempore

deperieral ». Des lra> aux y remédièrent : •■ innovato opère aquae ductus abundans in fonte esl perducta ».

X Enquête sur les installations hydrauliques romaines eu Tunisie. I. \i. liti et 70; II. I>. 149, 150. Carton, dans Bull, archéologique du Comité, 1908, p. 128. 1. Papier, dans Rec. de Constantine, XIX, 1878, p. 286.

a. Enquéle Tunisie. I. p. 73.

aux alternatives de périodes d'années pluvieuses et de sécheresse.

Il faudrait donc, pour que l'argument eût une réelle valeur, l'appuyer sur des constatations certaines, nombreuses et embrassant des régions étendues. Jusqu'à présent, on ne dispose que de quelques observations, faites, pour ainsi dire, au hasard1. Plusieurs méritent de ne pas être perdues de vue, bien qu'on ne puisse pas encore en tirer une conclusion générale. Dans le pays des Némenchas, au Sud-Ouest et au Sud de Tébessa, M. Guénin2 a remarqué que « de nombreux puits antiques, déblayés de nos jours, sont demeurés à sec ». Entre Gafsa et Sfax et autour de Sfax, le nettoyage de beaucoup de puits n'a pas donné de meilleurs résultats3. Il s'agit, on le voit, de pays peu éloignés du Sahara.

La plupart des sources qui alimentaient des centres romains existent encore : c'est même pour cette raison que nos villages de colonisation s'élèvent presque toujours sur l'emplacement de ruines. Leur débit a-t-il diminué depuis une quinzaine de siècles? Il nous est impossible de répondre avec précision, mais de rares constatations permettent de croire qu'en divers lieux, ce débit ne s'est pas modifié4.

Cependant, dans certains pays, qui sont couverts de ruines attestant l'existence d'une population nombreuse, les sources sont rares aujourd'hui et très peu abondantes, ou bien elles manquent tout à fait. Tel est le cas pour les régions situées à

1. Mercier, dans Bull, archéologique du Comité, ISSS. p. 109 (région de Guelma). Carton, Élude sur les travaux hydrauliques des Romains en Tunisie, p. su (au Sud de la Medjerda); M. Carton observe : « C'est le seul exemple bien net que j'aie rencontré d'une source c plètement disparue depuis l'époque romaine. » Germain

de Montauzan, dans Nouvelles Archives des missions, XV, mus, p. st : le débit de l'aqueduc de Carthage devail Être a l'époque romaine notablement supérieur au débit actuel. Mais l'auteur ajoute : « nu peut attribuer cet appauvrissement soit au déboisement des montagnes, soil a l'obstruction des veines d'eau souterraines. ■•

2. Nouvelles Archives des missions, XVII. 1909, p. Tii. :t. Enquête Tunisie, I, p. 2.'ili. Carton, Étude, p. 12.

i. \ Lambèse : Moll, dans Annuaire de Constantinc, lit, 1856-7, p. 159-160. A Thelepte, Cillium, Sufetula : Bourde, Rapport, p. 0.

l'Est de Saïda, au Sud et au Sud-Est de Tiaret1, au Sud de Sétif, au Sud-Est de Khenchela, au Sud de Tébessa'2, et aussi pour la Tunisie méridionale. Il faudrait étudier très attentivement les moyens que les anciens ont employés dans ces différentes régions, afin de se procurer, indépendamment des sources, l'eau dont ils avaient besoin et dont ils paraissent s'être servis surtout pour l'alimentation: il conviendrait d'examiner si ces moyens ne permettraient pas encore un peuplement aussi dense. D'autre part, nous répéterons ici une observation déjà faite plus haut. Ces ruines peuvent se répartir sur une assez longue série de siècles3. Deux bourgs, dont les vestiges se rencontrent à peu d'intervalle, ne sont peut-être pas contemporains : l'un a pu remplacer l'autre. Il ne serait pas prudent d'additionner les populations de ces divers centres, pour essayer de fixer un total s'appliquant à une époque déterminée. Il n'y a donc pas là une preuve péremptoire de la diminution des sources et, par conséquent, des pluies.

On a fait observer que certaines forêts sont en décadence, que les vieux arbres y meurent d'épuisement, sans être remplacés, en quantité suffisante, par de jeunes sujets*. La diminution des pluies en serait cause. Là encore, une enquête minutieuse serait nécessaire pour déterminer quelle est la part

!. La Blanchère, dans Archives des missions, 3e série, X, iss:i. p. G0-6I, 63. Conf. Jnly, dans Association française pour l'avancement dès sciences, Lille, 1909, 11. p. 885.

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