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CHAPITRE II RELIGIONS

Un grand nombre de Berbères s'adonnent encore à des pratiques d'origine magique, rites mécaniques qui, pour produire les résultats souhaités, les imitent ou les amorcent. Ces rites sont mis en œuvre soit par des individus, ne cherchant que leur intérêt personnel, soit par des groupes qui agissent collectivement pour le bien de la communauté, d'ordinaire sans recourir à des prêtres, ni s'assembler dans des sanctuaires.

Il y a là un vaste champ d'études, qui commence à peine à être défriché : des travaux remarquables de ^FM. Doutté, W. Marçais, Bel, Destaing, Biarnay, H. Basset, Laoust, Desparmet, etc.', et d'un savant finlandais, M. Westermarck-, sont les premiers matériaux d'une enquête qui se poursuit heureusement.

1. Je ne mentionnerai que quelques-uns de ces travaux. Doutté, Magie et religion dans l'Afrique du A'ord (Alger, 1909). Bel, Quelques rites pour obtenir la pluir, dans Recueil de mémoires publié en l'honneur du XIV Congrès des Orientalistes par l'École des Lettres d\4.lger (Alger, 1905), p. 49-98. Destaing, L'Ennâyer chez les Bvni Snous, dans Rev. afric, XLIX, 1905, p. olJ-70; Fêtes et coutumes saisonnières chez les BeniSnous, ibid., L, 1906, p. 244-260. Laoust, Mots et choses berbères (Paris, 1920), surtout p. 204 et suiv. ; le môme, Noms et cérémonies des feux de joie chez les Berbères du Haut et de l'Anti-Atlas, dans Hespéris , 1921, p. 3-66, 253-316, 387-420. W. Marçais et Abderrahmàn Guiga, Textes arabes de Takroùna, 1 (1925), passim.

2. Cérémonies and beliefs conncclcd with agriculture, certain dates of the solar yenand the weather in Morocco (llelsingfors, 1913). Cérémonies du mariage au Maroc, trad. Arin (Paris, 1921).

Elle présente de grandes difficullés. La constatation exacte des faits exige une longue familiarité avec les mœurs et la langue des indigènes. Des rites d'origine commune se sont, selon les lieux, modifiés en divers sens. D'autres, d'abord indépendants, se sont juxtaposés ou enchevêtrés : par exemple^ le carnaval et les feux de joie, des opérations par lesquelles on veut se purifier et des rites agraires ou solaires. La croyance à l'existence de génies, de dieux, d'un Dieu unique, a mêlé des pratiques de propitiation aux procédés techniques de la magie. Des cérémonies dont l'objet ne s'explique que par les dates où elles étaient autrefois célébrées, ont été reportées à des jours de fêtes musulmanes. Il importe de discerner et d'écarter ces éléments étrangers, pour atteindre le fondprimitif. Et, lorsqu'on yparvient^ on se trouve en présence de rites souvent très compliqués, qui sont nés d'associations d'idées bizarres et confuses, rites dont le sens est presque toujours ignoré des populations chez lesquellesils ont subsisté. Des rites analogues, conservés dans d'autrescontrées, et étudiés par Mannhardt, Frazer et leurs disciples, guident, il est vrai, l'interprétation, quand les explications qu'on en a proposées peuvent être regardées comme vraiment acquises.

Nous connaissons mal encore ceux qui, dans l'Afrique du Nord, concernent les troupeaux et l'emploi de leurs produits'. Ceux qui se rapportent aux céréales sont nombreux. On en célèbre aux labours et aux semailles, à la moisson, au dépiquage. Il faut surtout obtenir la pluie, si nécessaire aux récoltes, et qui, trop souvent, se fait désirer sous le ciel africain. En divers lieux, des baignades ou des aspersions d'eau accompagnent, au solstice d'été, les feux de joie dont nousallons parler. En cas de sécheresse prolongée, ce sont aussi,, entre autres rites, des baignades, volontaires ou forcées. C'est la promenade d'une grande cuillère à pot, en bois (ghonja),

1. Voir IL Basset, Les rites du travail dr la laine à Rabat, dans Hespéris, 1922^ p. 1.39-160.

•qui, à l'origine, devait être simplement un substitut magique de la terre altérée \ mais qui, par un développement ultérieur des rites "", a pris une personnalité : on l'appelle « la P'iancée d'Anzar » (nom masculin, signifiant « la pluie ») et on l'affuble de chiffons, la transformant ainsi en une grossière poupée ^ Il faut aussi soutenir l'énergie du soleil, alors qu'elle commence à décroître : on y pourvoit par des feux qu'on allume au solstice d'été et qui répondent aux feux de la Saint-Jean. Des pratiques sexuelles, que nous avons déjà mentionnées*, ont sans doute pour objet de favoriser la fécondité de la nature, en particulier des plantes nourricières. D'autres rites doivent renouveler la force vitale de la végétation, affaiblie par l'âge. Le substitut magique de cette force est un « vieux », animal ou homme, que, primitivement, on mettait à mort, d'ordinaire par le feu, mais dont l'exécution n'est plus que simulée, ou qu'on remplace par un mannequin. Cérémonie qui, là où elle n'a pas été captée par des fêtes musulmanes, se célèbre à la fin de l'hiver ou au printemps, et qui répond au carnaval; comme en d'autres pays, elle donne lieu à des travestissements burlesques et à de bruyantes folies.

Ce sont encore des rites qui accompagnent les naissances, mariages, funérailles; d'autres, pour la construction et l'emménagement des maisons, le creusement des puits, etc.

Ceux qui sont destinés à expulser le mal, sous toutes ses formes, offrent une grande variété : bains, passage à travers des feux; combats où l'on échange des coups pour déloger l'ennemi ; transfert de ce mal dans une bête qu'on chasse ou qu'on tue, dans des chiffons qu'on noue à des arbres, dans des pierres qu'on ramasse et qu'on rejette.

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