‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 127 sur 205 · Cyprien, op. cit · texte numérisé non relu

Cyprien, op. cit

€t inscrites sur les registres. La plupart des chrétiens connus comme tels étaient munis d'un certificat de sacrifice. Quelques entêtés, soumis au régime de la prison finiraient à la longue par se soumettre aux formalités prescrites. Mais on oubliait une foule de gens qui avaient réussi à dissimuler leur qualité de chrétiens ou à dépister les recherches de la police. Si tant d'évêques, de prêtres, de diacres, étaient parvenus à se cacher et même à exercer leur ministère aux moments les plus critiques, c'est que la police ne pouvait ou ne voulait pas tout voir. La persécution finie, il resta un très grand nombre de fidèles qui, n'ayant pas été mis en demeure de sacrifier, n'étaient ni apostats ni confesseurs. Le succès de l'édit, complet en apparence, se trouvait être en réalité fort restreint. De plus, ces mêmes apostats qui avaient sacrifié ou reçu des certificats de sacrifice, n'étaient pas pour cela ralliés à la religion de l'empire ni détachés du christianisme. En règle avec l'autorité, ils ne l'étaient pas avec leur conscience. Bien avant que la tranquillité ne fut revenue, les prêtres, les évêques, les virent arriver, pleins de larmes et de repentir, demandant pardon et sollicitant leur réintégration dans la société des fidèles. L'empereur avait réussi à faire commettre beaucoup de lâchetés; mais non pas à diminuer le nombre des chrétiens. Cette épreuve eut même pour effet de fortifier les courages. Les fidèles de Rome s'associèrent en masse, sous Gallus, à la confession de leur évêque : ils n'en

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avaient pas fait autant pour Fabien, au début de la persécution. L'opinion publique elle-même, celle des masses païennes, si parfois elle réclamait des rigueurs contre les chrétiens, tendait cependant à s'apaiser. Les vieilles calomnies tombaient chaque jour, à mesure que la multiplication des fidèles rapprochait, enchevêtrait davantage les deux sociétés et permettait de se mieux connaître. Il n'y avait que dans les temps de calamités publiques que l'on entendait encore retentir le cri des foules : «Aux lions les chrétiens ! ». Les scènes de martyre, qui exaltaient l'enthousiasme des fidèles et troublaient la conscience des apostats, arrachaient parfois des protestations aux païens eux-mêmes^. En somme, depuis le III^ siècle, les empereurs qui laissèrent les chrétiens tranquilles paraissent avoir été d'accord avec le sentiment public, beaucoup plus que ceux qui les persécutèrent.

3°. — La persécution de Valérien.

Saint Denys d'Alexandrie nous a laissé un tableau de la paix dont jouit l'Eglise dans les premières années (254-257) du règne de Valérien. Jamais la tranquilité n'avait été plus profonde ni les chrétiens mieux traités, pas même sous le règne de leur coreligionnaire Philippe. Ils étaient en si grand nombre dans l'entourage immédiat de l'empereur que sa maison formait comme « une église de Dieu ». Denys attribue le

1. « Cruelle sentence, ordres injustes », murmurent les païens à la vue du supplice de saint Carpus et de ses compagnons.

changement d'attitude de Valérien à l'influence d'un de ses ministres, Macrien, qu'il appelle au figuré le chef des magiciens de l'Egypte, et qui parait en effet avoir été un païen fanatique, adonné à la magie, et comme tel ennemi acharné des chrétiens.

L'empire ne se relevait pas de ses malheurs. Toutes les frontières étaient assaillies ; le Rhin, le Danube, livraient passage aux Francs, aux Alamans et autres peuples pillards de la Germanie. Les Goths, voisins de la mer Noire, se faisaient pirates, écumaient les côtes, ravageaient l'Asie Mineure et se montraient jusque dans la mer Egée. A l'est de l'Empire, les Perses se rendaient maîtres de l'Arménie et de la Mésopotamie. Il n'est pas jusqu'aux tribus du Sahara qui ne se missent en mouvement contre les postes de la Numidie. Valérien, honnête, mais faible, perdit la tête au point de s'abandonner aux conseils fanatiques et de recommencer contre les chrétiens cette guerre qui avait si mal réussi à Dèce.

Ce fut, encore une fois, une guerre implacable i. Il ne s'agissait plus d'arrêter les progrès de l'Eglise, mais de la détruire. On espéra d'abord y arriver par

1. sur la persécution de Valérien v. 1° Denys d'Alexandrie, lettres à Hermammon (Eus., VII, 10) et à Germanus (VII, 11) ; dans cette dernière il reproduit le procès-verbal de sa comparution devant le préfet d'Egypte, en 257 (remarquer que la lettre à Domitien et Diuyme qu'Eusèbe donne ensuite, se rapporte à la persécution de Dèce, non à celle de Valérien) ; — 2° Cyprien, Ep. LXXVI-LXXIX ; — 3» Passion de saint Cyprien ; — 4» Vie de saint Cyprien par son diacre Pontius ; — 5° Passions des saints Fructueux, évêque de Tarragone, et de ses compagnons, des saints Marien et Jacques, des saints Montanus, Lucius, etc. ; — 6° Eusèbe, VII, 12.

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des moyens relativement modérés, sans effusion de sang. Puis, les premières mesures ayant été jugées inefficaces, on eut recours aux exécutions. De là deux édits, dont les dispositions se sont assez bien conservées. Le premier parut au mois d'août 257, le second un an après. Le premier^ ne concernait directement que le haut clergé, évêques, prêtres, diacres. Il leur était enjoint de sacrifier aux dieux de l'empire, sans qu'il leur fût interdit d'honorer le leur, pourvu qu'ils l'honorassent en leur particulier en dehors de toute réunion de culte. C'était le syncrétisme religieux étendu au Dieu des chrétiens et imposé par l'autorité publique. En cas de refus, le magistrat devait prononcer une sentence d'exil.

Nous savons par de bons documents comment les choses se passèrent à Alexandrie et à Carthage. Les deux évêques, mandés devant le gouverneur, subirent un interrogatoire identique, et, sur leur refus de reconnaître la religion romaine, furent internés dans des localités déterminées. Cyprien comparut seul.

1. Comparution de saint Cyprien devant le proconsul d'Afrique Aspasius Paternus, le 30 août 257. Le proconsul dit à l'évêque : Qui Romanam religionem non colunt debere Romanas caeremonias recchgnoscere... Non soliun de episcopis verum etiam de presbyteris mihi scribere dignati sunt (Valerianus et Gallienus impp.)... Praeceperunt etiam ne in aliquibus locis conciliabula fiant nec coemeteria ingrediantur. Si guis itaque hoc tam salubre praeceptum non observaverit, capite plectetur. Dans le procès-verbal relatif à saint Denys d'Alexandrie, le préfet d'Egypte énumère les mêmes dispositions, presque dans les mêmes termes ; voir surtout ce qui se rapporte aux réunions :

•^ elç là y,aÀo6[j-£va /.o'.;j,ry-:v;pia sWiévai. De ce dernier document il résulte que l'édit était appliqué aux diacres.

Denys était accompagné d'un prêtre, de trois diacres et d'un certain Marcellus, venu de Rome, sans doute un prêtre ou un diacre romain. En Numidie, le légat impérial prononça une peine plus grave et condamna aux mines un certain nombre d'évêques, de prêtres et de diacres ; des fidèles figuraient avec eux ^. Peutêtre avaient-ils enfreint la défense de tenir des assemblées.

Le second édit, rendu l'année suivante en Orient, où la guerre contre les Perses avait appelé l'empereur, fut adressé par lui au sénat, avec des instructions pour les gouverneurs des provinces. Nous en avons l'analyse dans l' avant-dernière lettre de saint Cyprien^ Outre le clergé, il visait aussi les laïques de certaines conditions. Les évêques, prêtres et diacres, devaient être exécutés sur le champ ; les sénateurs et chevaliers dégradés et privés de leurs biens, puis, s'ils persistaient, décapités. Les matrones étaient soumises à la confiscation et à l'exil. Les césariens, c'est-à-dire les employés du domaine impérial, qui formaient un personnel immense répandu dans tout l'empire, devaient être dépouillés de leurs l)iens, enchaînés et enrégimentés dans les exploitations serviles (mines, fermes, etc.).

La teneur de cet édit fut apportée de Rome à

1. Cyprien, Ep. LXXVI-LXXIX. — Ces confesseurs étaient disséminés par groupes dans le metallum de Sigus, à quelques lieues au S. E. de Girta en Numidie. Les évêques avaient tous assisté au concile de Carthage, en 256.

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