‹ Histoire ancienne de l'église (volume 3)Chapitre 18 sur 49 · H. E., VI · texte numérisé non relu

H. E., VI

4 Cod. 109.

s Sur ce point, le témoignage de Photius est confirmé par Rufin (Jérôme, Apoi. adv. lïbr. linfini, II, 17).

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ment, le Verbe n'avait pris de la chair que l'apparence. Du reste, il admettait deux ou trois Verbes, comme le montre la phrase suivante: « Le Fils aussi est appelé Verbe, du même nom que le Verbe du Père: mais ce n'est pas lui qui s'est fait chair: ce n'est pas non plus le Verbe du Père, mais luie puissance de Dieu, une sorte de dérivation de son Verbe, qui, devenue intelligence (voO; Y£vôf7,£vo:), habite dans le cœur des hommes » . Ces doctrines, qui provoquaient la réprobation de Photius, peuvent avoir eu moins de relief qu'il ne leur en donne, éparses qu'elles étaient au milieu de commentaires exégétiques. Le fait est que les débuts théologiques de Clément ne l'empêchèrent pas d'être agrégé au corps presbytéral d'Alexandrie. Cette union personnelle entre l'église et l'école profita sensiblement à celleci. Les autres livres de Clément ne donnent pas lieu aux mêmes objections que les Hypot^-poses. Les principaux sont les Stromates et le Pédagogue. Dans le premier l'enseignement est surtout théorique: l'autre a plutôt pour but la formation morale du disciple. Les Stromates comprennent sept livi'es entiers, dont les quatre premiers sont antérieurs à la rédaction du Pédagogue. Après avoir terminé ce dernier ouvrage. Clément se remit aux Stromates, qu'il n'eut pas le temps d'achever ^

^ Le huitième livre ou ce que, depuis Eusèbe, on appelle ainsi, n'est qu'un recueil d'extraits tirés des philosophes profanes; il devait probablement servir, avec les «Abrégés de Théodote», et les «Extraits des Prophètes», à la continuation de l'ouvrage.

DucHESxx. Hist. anc. de VEgl. - T. I. ^

Clément était extrêmement érudit. Il possédait à fond toute la littérature biblique et chrétienne, authentique et apocryphe, et non seulement la littérature orthodoxe, mais encore les productions gnostiques. Il n'est pas moins informé sur les œuvres des poètes et des philosophes païens. Ses citations, car il cite beaucoup \ ont conservé nombre de fragments de livres perdus.

Ce n'est pas un esprit synthétique. Il court souvent d'un sujet à l'autre et donne beaucoup à faire à qui recherche dans ses œu^Tes un dessein médité et surtout un plan réalisé. Au début de son Pédagogue il semble s'ouvrir à ce sujet et disting-ue entre les trois fonctionsque le Yerbe remplit par son organe: il convertit (llpo- TC£TTTiy.6;), il éduque (riatSayori'ô;, formation morale), il instruit (lu^a(7/,a>.ix.o:, formation intellectuelle). Si les- Stromates, comme cela est probable, correspondent à cette troisième fonction, c'est que le gnostique chrétien^ tel que le concevait Clément, n'avait guère besoin de synthèse. L'ouvrage est tout en digressions, en proposdétachés. Et cela est d'autant plus étonnant que lesécoles rivales, celles de Yalentin et de Basilide, se distinguaient au contraire par la forme synthétique de leur enseignement. Origène devait combler cette lacune.

Clément ne finit pas sa carrière à Alexandrie. La persécution s'abattit sur l'Egypte en 202; comme elle visait spécialement les catéchumènes, elle dut avoir des

^ Il est possible qu'elles ne soient pas toujours de première main et qu'il ait puisé à des f orilèges.

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conséquences lâcheuses pour l'institution à laquelle il présidait. Les deux premiers livres de ses Stromates, écrits en ce moment, contiennent plus d'une allusion à cette crise. Finalement il fut obligé de s'éloigner. On le retrouve peu après à Césarée de Cappadoce, près de l'évêque Alexandre, qui avait suivi ses leçons après celles de Pantène. Là aussi la persécution sévissait cruellement ; Alexandre fut jeté en prison : Clément prit à sa place la direction de l'église, raffermit les fidèles et provoqua des conversions nouvelles. Ce témoignage lui est donné en 211 ou 212 par Alexandre lui-même, dans une lettre ^ qu'il écrivit à l'église d'Antioche et que Clément se chargea de porter à destination. Il était connu des fidèles d'Antioche. Dans une autre lettre ^, écrite vers 215 et adressée à Origène, Alexandre parle de lui comme d'un mort.

Outre ses livres de pédagogie théologique. Clément en avait écrit d'autres, d'ordre moins spéculatif, comme le fameux discours sur le salut des riches, que nous avons à peu près en entier, et ses homélies sur le jeûne et sur la médisance. Il prit part aux controverses qui s'élevèrent de son temps à propos de la Pâque. Son livre sur ce sujet ^ était en rapport avec un ouvrage analogue de Méliton: un autre, dédié à son ami Alexandre, semble,

* Conservée en partie par Eusèbe, H. E., TI, 11. Clément y est l'objet de grands éloges: o'.à K).r;-'.cVTc; tsù y.a/.apis-j 77p-o[^j- Tî'po'j, àvopô; svap-Tû'j /-ai osx.ty.s-j.

2 Eus., //. E., Yl, U.

3 Eus., H. E., TV, 26; V, LS.

à en juger par son titre, « Canon ecclésiastique, contre les Judaïsants » , se rattacher au même ordre d'idées, Les bizarreries théologiques ne sont pas ce qu'il y a de plus critiquable dans l'œuvre de Clément. On peut lui faire à lui, comme à Origène et sans doute comme à leurs prédécesseurs, une objection fondamentale, c'est qu'ils donnent à la science, la science religieuse, bien entendu, une valeur excessive. Le fidèle gnostique, c'est-à-dire théologien, est, dans leur esprit, religieusement supérieur au fidèle tout court. Cette conception est, à la vérité, très différente de la distinction hérétique entre psychiques et pneumatiques, distinction fondée sur la nature même des âmes. Comme celle-ci, cependant, elle se rattache à la philosophie platonicienne, d'après laquelle la science, au lieu d'augmenter la responsabilité de l'homme, ajoute à sa moralité. Le didascalée d'Alexandrie avait la prétention de former des chrétiens non seulement plus instruits, mais meilleurs que les autres. Ceci était difficile à concilier avec les principes généraux de l'organisation ecclésiastique. L'Eglise locale finit par le sentir et peu à peu s'incorpora, en en modifiant l'esprit, tant en ceci que sur d'autres points, une institution qui aurait pu mettre en question l'unité nécessaire.

On ne sait au juste si Clément était né à Athènes ou à Alexandrie. Origène ^ son nom l'indiquerait tout

1 II dérive de celui d'Horus, divinité égyptienne. — Sur la biographie d'Origène, v. surtout le livre VI de l'Histoire ecclé-

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seul, est un fils de la terre égyptienne. Ses parents étaient chrétiens et de condition honorable : il eut pour premier maître son père Léonide. Dès sa plus tendre enfance l'enthousiasme le possède et le dévore ; tout l'exalte, la science, le martyre, l'ascétisme. Léonide, victime d'une dénonciation, est condamné comme chrétien (202-3). Son fils, faute de pouvoir mourir avec lui, l'exhorte à confesser la foi. Privé des biens paternels, sur lesquels s'est abattue une sentence de confiscation, il trouve le moyen de vivre et de soutenir la famille nombreuse dont il est devenu le chef à dix-sept ans. L'école des catéchèses vient d'être dispersée par la persécution ; mais l'exemple des martyrs convertit des païens honnêtes, qui vont se grouper autour de cet enfant, célèbre déjà par sa science autant que par sa foi. L'évêque Démétrius l'accepte comme catéchiste. Mais l'édit de Sévère fait de nouvelles victimes dans l'école à peine reformée. Le docteur adolescent conduit ses disciples ^ au martyre ; d'autres se forment autour de lui ; rien n'arrête son zèle; il finit par attirer sur sa, personne toute la rage des païens fanatiques.

siastiqne d'Eusèbe, en tenant compte de la tendance apologétique de l'historien. Il avait pu consulter des personnes qui s'étaient trouvées en rapport avec Origène ; la bibliothèque de Césarée contenait toutes les œuvres du maître ; quant à ses lettres, c'est Eusèbe lui-même qui en fit le recueil (YI, 36) ; elles lui ont fourni beaucoup de détails biographiques.

^ Plutarque, frère d'Héraclas, Serenus, Héraclide, Héron, un autre Serenus, une femme Héraïs, Basilide, Potamienne, Marcella. Eus., VI, 4, 5.

Viennent des jours plus calmes ; à la bravoure qu'il a déployée sous le feu de la persécution succède l'enivrement de Tascèse. Par sa vie mortifiée, Origène est un précurseur des Antoine et des ffilarion. Il ne tient pas à lui que le cliristianisme orthodoxe le cède en ascétisme aux philosophes les plus durs à leur chair, aux gnostiques et aux montanistes les plus acharnés contre elle. Il va même plus loin, trop loin. Au temps de samt Justin \ un jeune chrétien d'Alexandrie, pour démentir les calomnies qui diffamaient les mœurs chrétiennes, avait demandé au préfet d"Eg3^pte l'autorisation de faire le sacrifice de sa virilité. Origène ne demande pas la permission : il la prend, prétendant ainsi couper court aux soupçons que ses fonctions de catéchiste pouvaient soulever chez les ennemis du nom chrétien.

Instruit de ce sacrifice plus généreux que raisonnable, révêque Démétrius maintient pourtant Origène à la tête de son école. Le jeune docteur devient bientôt la gloire d'Alexandrie. Tout en distribuant son enseignement à des disciples chaque jour plus nombreux, il ne cesse pas de s'instruire lui-même. Justin, Tatien, Clément, étaient passés du paganisme au christianisme: leur formation avait été d'abord philosophique, puis religieuse. Origène suivit Tordre inverse. Elevé dans les principes de la foi chrétieinie, il n'emprunta d'abord au monde profane que les éléments des sciences indifférentes, de la grammaire surtout. Ce n'est que plus tard ^,

» Jpol., I, 29.

2 Eus., VI, 19.

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à mesure qn'il sentit le besoin de connaître les doctrines qu'il avait à combattre, qu'il se mit à étudier les diverses philosophies helléniques et les livres des hérétiques. Il suivit alors les leçons d'Ammonius Sacctas, en compagnie d'un de ses . disciples plus âgé que lui, Héraclas, qui l'avait précédé de cinq ans dans cette école \ En même temps qu'il donnait carrière, dans toutes les directions scientifiques, à son puissant esprit, il cherchait à vérifier la tradition, à discerner quel était au juste l'enseignement authentique de l'Eglise. C'est, il me semble, dans cette préoccupation qu'il fit, vers 212, le voyage de E-ome, « désireux, disait-il, de voir cette très ancienne église » ^ De même cet exégète si hardi dans ses interprétations de la Bible sentit plus que personne le besoin d'en fixer le texte par des recherches critiques. Il apprit l'hébreu et chercha de tous côtés des versions différentes de celle des Septante, qui servissent à contrôler celle-ci. Ses voyages étaient d'utiles occasions pour de telles recherches. On le trouve sans

1 Porphyre, dans Eus., YI, 19, § 5, 13. Ammonius Saccas est considéré comme le premier maître de l'école néoplatonicienne. Il n'a rien écrit. Porphyre [l. c.) dit qu'élevé dans le christianisme, il abandonna sa religion pour se faire païen. Ce renseignement n'est pas très sûr, car, au même endroit, Porphyre attribue à Origène contre toute vérité, l'évolution contraire. Eusèbe, lui, a confondu ici le philosophe Ammonius Saccas avec un autre Ammonius, auteur de quelques livres, notamment d'un traité « sur l'accord de Moïse et de Jésus », peut-être aussi d'une harmonie des évangiles qu'Eusèbe cite dans sa lettre à Carpianus.

2 Eus., ^a, 14.

344 CHAPITRE XVIIT.

cesse sur les clieniins, à Rome, en Grèce, à Nicopolis d'Epire, à Nicomédie, à Antioclie, en Palestine, en Arabie. Héraclas, déjà associé par lui à son enseignement, prenait en son absence la direction de l'école. Ce n'était pas toujours la curiosité seule qui mettait le docteur en mouvement. Sa renommée de savant chrétien le faisait appeler auprès des grands personnages soucieux de se renseigner sur le christianisme. C'est ainsi que le légat d'Arabie le fit demander par exprès, et que, vers 218, la princesse Mammée, mère du futur empereur Alexandre Sévère, l'envoya chercher d' Antioclie avec une escorte de cavaliers.

Quelque temps avant ce voyage, lors du sac d'Alexandrie par les troupes de Caracalla, Origène avait été obligé de s'enfuir; il se réfugia en Palestine, auprès des évêques Théoctiste de Césarée et Alexandre d'-^lia. Ces prélats, amis de la science et fiers de montrer à leurs fidèles le célèbre catéchiste d'Alexandrie, le décidèrent à parler dans leurs églises, non plus seulement aux catéchumènes, mais aux fidèles eux-mêmes; Démétrius protesta vivement contre ce qu'il considérait comme une irrégularité et réclama son fils spirituel. Les évêques palestiniens s'excusèrent en citant des précédents \

Quinze ans se passèrent encore. L'évêque d'Alexandrie, fier de ses succès et du renom de son école, le

' Evelpius, autorisé à prêcher par l'évêque de Laranda, Néon ; Paulin, par celui d'Iconium, Gelse ; Théodose, par Atticus de Synnada. Ces personnages ne sont pas autrement connus (Eus., VI, 10).

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laissait enseigner à sa guise et ne songeait nullement à lui interdire ces hardiesses de pensée qui, vers le temps où nous sommes, commencèrent à se révéler dans ses premiers ouvrages, surtout dans le fameux livre des Principes ^ Un ami aussi riche que dévoué, Ambroise, mettait à sa disposition tout un personnel de sténographes et de copistes. Les commentaires du maître jouissaient ainsi, en dehors même de l'école, de la plus large publicité.

Cette situation fut troublée par sa rupture avec l'évêque. Origène, appelé en Achaïe pour combattre certaines hérésies, fut ordonné prêtre à son passage en Palestine, par ses amis les évêques d'^Elia et de Césarée. Démétrius s'était abstenu de lui conférer cette dignité. En laissant Origène dans la condition laïque, il le confinait dans l'enseignement extérieur, celui des catéchumènes, et lui interdisait toute prédication à l'église. Il n'en avait pas usé de même avec Héraclas, qui avait été admis dans le corps presbytéral, sans avoir à renoncer à ses études philosophiques, ni même à déposer le manteau de philosophe ". Peut-être l'usage d'Alexandrie était-il déjà contraire à l'ordination des eunuques ^. Eusèbe insinue et saint Jérôme déclare que le prélat s'inspirait uniquement d'une jalousie mesquine. Cela est

^Origène, dans Eus., VI, 19.

^ Cent ans après, le concile de Nicée, où l'évêque d'Alexandrie eut une grande influence, ouvre la série de ses canons par une disposition en ce sens.

346 CHAPITRE XVITl.

possible. Les évêques palestiniens auxquels Démétrius défendait de laisser prêcher Origène parce qu'il n'était pas prêtre, voulurent sans doute éliminer ce prétexte. Ils n'avaient pas, au sujet des eunuques, les mêmes principes que leur collègue d'Alexandrie. Ils ne firent non plus aucune difficulté d'ordonner un fidèle d'une autre église K Quoi qu'il en soit, Démétrius réclama très énergiquement, mais sans faire valoir d'autre objection que la mutilation volontaire. Origène, après une tournée en Achaïe, en Asie-Mineure et en Syrie, revint en Egypte et essaya de reprendre la direction de son école. Mais l'évêque a^j opposa. Deux conciles réunis consécutivement déclarèrent qu'il cesserait d'enseigner, qu'il quitterait Alexandrie, enfiji qu'il serait déposé de la prêtrise. Ces sentences furent communiquées aux autres évêques et ratifiées sans discussion par un grand nombre d'entre eux. Il semble qu'on les ait reçues à Rome, comme plus tard on reçut une sentence semblable, portée contre Arius \

' Dès le couimencemeiit du IV® siècle il est reconnu dans tous les conciles que nul n'a le droit d'ordonner les clercs d'un^ autre église ; plus tard cette prohibition fut étendue aux laïques. Origène, malgré l'importance des services qu'il rendait à l'église d'Alexandrie, n'était encore que laïque.

^ Eusèbe (VI, 23) renvoie ici au 11'^ livre de son apologie d'Origène, ouvrage perdu. Photius l'cod. 118), qui en a sauvé quelques traits, semble y avoir lu qu 'Eusèbe et Pamphile ne faisaient intervenir dans la condamnation d'Origène d'autres évêques que ceux d'Egypte. Saint Jérôme iRufin, ApoL, II, 20) paraît avoir eu vent d'une adhésion épiscopale plus large: Damnatur a Dem>efrio episcopo ; e.rceptis ralaestinae et Arabiae et Fhoenices afque Achaiae sacerdotibus in damuatlonem eius

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En Palestine, au contraire, en Cappadoce et jusqu'en Achaïe, la considération d'Origène était assez forte pour résister à ce coup. Il trouva asile et protection auprès des évêques palestiniens, s'installa à Césarée et continua sur ce nouveau terrain son enseignement d'école, ses publications et ses prédications devant les fidèles.

Sa personne seule avait été repoussée d'Alexandrie. Sa doctrine y demeura, interprétée par son ancien collaborateur, Héraclas. Peu après le départ d'Origène, Démétrius mourut : Héraclas lui succéda. Il semble que son amitié pour Origène se fut affaiblie dans les derniers temps, et que, devenu évêque, il ait maintenu à son égard l'attitude de son prédécesseur ^ Le maître demeura en Palestine, et l'un de ses disciples, Denys, prit la direction des catéchèses. Malgré l'incontestable valeur de ce nouveau maître, l'école d'Alexandrie n'était plus à Alexandrie. C'est à Césarée que l'on voyait affluer les plus illustres disciples, comme Grégoire, le futur

coHH^iitit orbùi; Borna ij)sa contra hune cogit sénat nm ; non ])r(tpter dogmatum novitatem nac pr opter haeresim, ut nunc advcrsHS eum rahidi canes simulant, sed quia gloriam elfKju^ntiae eius et scientiae ferre non poterant, et illo dicente onines niuii j)utabantur.

' Je ne vais pas plus loin, malgré Harnack, Chronot., t. II, p. 25 (cf. Ueberlief., p. 332) et Bardenhever, Gesch., t. II, p. 80. Le texte de Photius, sur lequel on se fonde, dérive de quelque légende malveillante comme il y en eut tant sur Origène. Voir ce texte dans Dollinger, Hippolgt unil Kallist, p. 2o4, et dans Harnack, Ueb?rlief., p. 332 (cf. Migne, P. G., t. CIV, p. 1229). Avant qu'il n'eût été amélioré par Dollinger, Tillemont avait déjà débrouillé très clairement les traditions sur ce point [Hist, eccL, t. III, p. 769).

Thaumaturge, et son frère Athénodore. C'est à Césarée qu'arrivaient à Origène les lettres des plus illustres prélats d'Orient, comme Firmilien, évêque de Césarée en Cappadoce. C'est là qu'il entreprit les plus considérables de ses pubblications, notamment ses fameuses éditions des Hexaples et des Octaples. C'est là encore qu'on venait le cherclier pour résoudre les difficultés doctrinales, réfuter les hérétiques et argumenter contre les évêques qui s'écartaient de l'enseignement traditionnel. Sa science, sa dialectique, son éloquence, étaient invincibles. A tout cela, du reste, s'ajoutait le charme de la sainteté la plus douce et le prestige d'un ascétisme éclatant. Sa gloire était universelle; ses écrits, ses lettres, se répandaient dans tout l'Orient et jusqu'à Rome, où pourtant on ne le lisait guère, car on commençait à désapprendre le grec. En même temps qu'il édifiait l'Eglise par sa vertu et illustrait la foi par son enseignement, il la défendait contre tous ses ennemis: hérétiques, juifs, païens, il faisait face à tout. C'est à cette dernière période de sa vie qu'appartient son fameux traité contre Celse. Une gloire lui manquait encore, celle des confesseurs de la foi. Déjà, en 235, la persécution de Maximin l'avait forcé de quitter la Palestine et de se réfugier en Cappadoce. Deux de ses amis, Ambroise et le prêtre Protoctète, de Césarée, furent jetés en prison. Il reprit alors la plume avec laquelle, encore enfant, il avait encouragé son père à mourir pour la foi, et adressa aux deux confesseurs son « Exhortation au martyre » . La tempête passa : mais,

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quinze ans après, la persécution de Dèce le trouva et le saisit à son poste de maître chrétien. On le mit à la question; il fut jeté en prison, chargé de chaînes, soumis à la torture de l'écartement des jambes. On le menaça du feu, on le fit passer par d'autres supplices. Hien ne put vaincre sa constance. Pourtant, moins heureux que son ami Alexandre, qui mourut en prison, Origène atteignit vivant le terme de la persécution. Il survécut deux ou trois ans, pendant lesquels il eut le temps de s'associer aux mesures miséricordieuses prises par les grands évêques du temps, Corneille, Cyprien, Denys, envers les fidèles qui avaient défailli dans les mauvais jours ^ Son ami Ambroise mourut avant lui. Une des dernières lettres qu'il reçut lui vint de son ancien disciple Denys, maintenant évêque d'i^lexandrie : elle traitait du martyre '. Il mourut enfin, couronné de toutes les gloires auxquelles un chrétien peut aspirer en ce monde et pauvre jusqu'à son dernier jour. C'est à Tyr qu'il rendit à Dieu sa belle âme : son tombeau y fut longtemps visité.

Je n'ai pas dit vénéré. En ce temps-là leB honneurs de l'anniversaire solennellement fêté n'étaient encore décernés qu'aux martyrs, et, en un certain sens, aux évêques. Il n'eut pas de légende: si grande qu'elle ait été, son activité scientifique a dit peu de chose au populaire. D'ailleurs son œuvre doctrinale fut bientôt discutée; les luttes qui s'engagèrent autour de sa mé-

1 Eus., YI, 39.

2 Eus., VI, 4G.

moire n'étaient pas propres à lui donner une auréole. Il trouva des défenseurs excessifs et maladroits, plus souvent des ennemis : peu de noms ont été plus maudits que le sien. Mais il est facile à l'historien de discerner les passions, les unes avouables, les autres inexcusables, qui ont excité contre lui les Démétrius, les Méthode, les Epiphane, les Jérôme, les Théophile, les Justinien. Bien que nous n'ayons pas, à beaucoup près, toutes ses œuvres, il en reste assez pour le juger, pour apprécier en particulier le rapport entre ses idées et la doctrine reçue de son temps, et surtout pour se convaincre de l'absolue pureté de ses intentions.

Son œuvre littéraire est immense. Pour la plus grande part elle est consacrée à la Bible. Il faut mentionner tout d'abord le célèbre recueil des Hexaples^ où figuraient en colonnes parallèles le texte hébreu en lettres hébraïques et en lettres grecques, les versionsdes Septante, d'Aquila, de Symmaque et de Théodotion, ainsi que diverses traductions partielles. Ce livre monumental existait encore à Césarée au temps d'Eusèbe: il 'est douteux qu'il se soit conservé jusqu.'au temps de saint Epiphane et de saint Jérôme. On en fit une transcription, qui comprenait seulement les quatre versions grecques (Tétraples). Origène avait établi aussi une recension des Septante où des obèles signalaient les passages qui manquaient à l'hébreu, et des astérisques encadraient certains suppléments empruntés à la version de Théodotion, quand l'hébreu semblait plus

l'école chrétienne d'alï:xanduie 351

complet que les Septante. A ces travaux critiques fait suite, logiquement sinon chronologiquement, une masse énorme de commentaires, différents de forme (scliolies, homélies, traités ou tÔ'xol), mais embrassant tous les livres de l'Ancien et du Xouveau Testament.

En dehors de ces travaux bibliques, Origène laissa d'autres ouvrages sur des sujets particuliers, ses traités de la prière et de la résurrection, son exhortation au martyre, dix livres de Stromates et ses deux œuvres les plus célèbres, la réfutation de Celse et le traité des Principes, UzqI ôtzyorK Une centaine de lettres avaient été réunies par Eusèbe et formaient un important supplément à cette littérature. Deux d'entre elles étaient adressées à l'empereur Philippe et à sa femme Otacilia Severa.

Saint Epiphane évalue à six mille volumes la production littéraire d'Origène. Ce chiffre énorme n'est pas invraisemblable, si l'on tient compte des usages de la librairie antique et de la faible étendue des rouleaux {vohimina, Toy-oO sur lesquels on transcrivait. Quoiqu'il en soit, une partie seulement de cette grande œuvre s'est conservée jusqu'à nous. Les anathèmes qui s'abattirent bientôt sur elle détournèrent les transcripteurs, surtout les transcripteurs grecs. Les Latins furent plus cléments. Grâce à eux nous avons encore le traité des Pr/»c«2^ev, œuvre fondamentale, sur laquelle on peut juger la s^'nthèse théologique d'Origène. Encore ne nous en reste-t-il qu'une version retouchée en plus d'un endroit. Pufin, le traducteur, nous en prévient dans sa

préface. Saint Jérôme en avait fait une autre, plus exacte; malheureusement, de cette version, comme du texte original, il ne subsiste plus que des fragments. L'idée même d'une synthèse est caractéristique. Depuis saint Justin, pour ne pas dire depuis saint Jean, on avait souvent cherché dans la philosophie, dans ses conceptions et dans sa langue, le mo^^en d'expliquer la tradition chrétienne. Mais ce n'étaient là que des efforts partiels. On développait en langage philosophique les points que l'on entendait faire valoir ou défendre; pour le reste on s'en tenait à la tradition. Justin et les autres apologistes, plus tard Irénée, Hippolyte et Tertullien, en sont ici au même point. Leur théologie, comme telle, demeure toujours partielle, fragmentaire. La synthèse doctrinale était représentée par le symbole, où, depuis Dieu tout-puissant jusqu'à la résurrection de la chair, les fidèles trouvaient en raccourci tout ce qu'ils avaient à croire et à espérer. En dehors de cette formule, simple et populaire, il n'y avait que les systèmes gnostiques, complets eux aussi, depuis l'Abîme ineffable jusqu'au retour à Dieu des âmes prédestinées. Clément avait philosophé sur le christianisme sans que des nécessités de controverse eussent attiré sa pensée sur des points particuliers, mais aussi sans éprouver le besoin de grouper les éléments de la doctrine en un système harmonique. C'est Origène qui, le premier parmi les penseurs chrétiens, eut l'idée d'une synthèse théologique et la réalisa. Je vais en donner un résumé, d'après le traité des Principes.

l'école chrétienne d'alexandrie 353

Dieu est essentiellement simple, immuable et bon. En vertu de sa bonté il se manifeste et se communique, en vertu de son immutabilité il se manifeste et se communique éternellement. Pour cela, comme il est impossible d'admettre des rapports directs entre l'essentielle simplicité et la pluralité contingente, Dieu doit d'abord ^ se mettre lui-même dans un état susceptible de telles relations. De là la production du Verbe, personne distincte, divinité dérivée, 626;, non ô 0£6: ni surtout aj- TÔOîo;. Origène ne recule pas devant le terme « second Dieu » . Le Verbe, engendré de la substance du Père, lui est coéternel et consubstantiel. Cependant, outre qu'il procède du Père, le Verbe d' Origène a encore une autre infériorité, c'est qu'il contient l'archétype des choses ■finies, de la pluralité. A ce point de vue il rentre dans la catégorie du créé, il est créature, /.Tt'juLa, comme dit la Bible \

Ici encore, comme chez les apologistes, la producction du Verbe est nécessitée par la création. Les créatures n'existeraient pas, que le Verbe n'aurait aucune raison d'être. Mais — et ici Origène est conséquent — la bonté essentielle de Dieu exige qu'il y ait toujours des créatures, de sorte que le Verbe est nécessaire et éternel.

^ Ordre logique; la chronologie n'a rien à voir ici.

^ Prov., VIII, 22, suivant le grec: '0 Kûpio; i/.Ttas ;-».£ hz/hi ûo<Ù» xjT&u. S. Jérôme traduit: Domi)ius jjossed if ?ne. Ailleurs^ Gen. XIV, il rencontre deux fois le même verbe (qânâ), au participe présent (qôné) ; la première fois (v. 19) il le rend par qui creavif, la seconde (v. 22) par j^ossessor.

Duchesse. Ilist. anc. de VEgl. - T. I. 23

Dans ce système, toujours comme dans celui des apologistes, on ne voit pas quelle place peut occuper une troisième personne divine. La théorie proposée n'a nul besoin du Saint-Esprit. Origène Tadmet pourtant, comme tous ses prédécesseurs orthodoxes, car il est fourni par la tradition \ et cela avec une telle évidence qu'il est impossible de biaiser. Le Saint-Esprit complète donc la Trinité, ou plutôt la hiérarchie des personnes divines, hiérarchie dont les degrés se caractérisent relativement aux créatures en ce que le Père agit (indirectement) sur tous les êtres, le Yerbe sur les êtres raisonnables ou esprits, l'Esprit-Saint sur les êtres raisonnables et saints.

Tel est le monde divin, constitué par les trois personnes « immuables » : au dessous vient le monde des esprits inférieurs, sujets au changement. Ils ont été créés libres, et, tout aussitôt, ont abusé de leur liberté ^^ de telle sorte qu'une réjDression et une correction est devenue nécessaire. A cet effet est créé le monde sensible. Les corjDS sont destinés à fournir aux esprits une sorte d'épreuve ]3uriiicatrice. Suivant la gravité de leur faute, les esprits sont pourvus d'un corps subtil (anges),, pesant (hommes) ou difforme (démons). Ainsi la création

^ Cepedant la tradition ne lui semblait pas décider si l'Esprit-Saint était devenu ou non i^;vrr.-:b^ r, à-j'-'vr.To;), ni s'il était ou non Fils de Dieu (I, li. Cf. ci-dessus, p. 233.

2 Cette conception du péché originel, commis en dehors du monde sensible, diffère notablement de celle de l'Eglise. Elle se rapprocherait plutôt de celle de Yalentin. Cepedant, selon Valentin, la faute primordiale est attribuable à un être divin,, ce qui n'est pas le cas ici.

l'école chrétienne d'Alexandrie 355

des corp8 est corrélative à celle des esprits; il n'y a pa^' de matière incréée.

L'union des corps et des esprits fournit à ceux-ci une occasion de lutte et de mérite. Dans cette lutte où leur liberté demeure intacte, les hommes sont aidés par les anges, contrariés par les démons. Mais le conflit prendra fin ^ ; le mal n'est pas étemel ; la purification s'étendra même aux démons.

Ici se place la théorie de la rédemption. Le Verbe, s'intéressant à l'épreuve soutenue par les âmes humaines, leur a envoj^é des aides, esprits d'élite, qui ont pris un corps : ce sont les Prophètes : il a même fait de tout un peuple un instrument de salut : enfin, tous ces intermédiaires étant demeurés inefficaces, il est venu lui-même. Une âme absolument pure ^ a pris corps : il s'est uni à cette âme, laquelle conserve sa liberté, et demeure susceptible de mérite ou de démérite. De ià une croissance du Christ extérieur. Le salut, c'est, pour Je chrétien ordinaire, l'œuvre de la croix, le sacrifice, rançon de la dette, émancipation de la servitude du démon : pour le chrétien gnostiqiie, c'est un enseignement d'ordre supérieur. Ni pour Fuii ni pour l'autre ce n'est le Verbe fait chair, divinisant la nature humaine par une intime communion. Devant le chrétien du. commun le Christ d'Origène écarte des obstacles : au chrétien gnostique il offre modèle et lumière : mais c'est tout.

' Fin relative, bien-entendu, et qui ne concerne que les êtres en particulier, car le roulement des choses est éternel. ° Exception au péché universel.

356 CHAPITRE XVITI.

La fin des choses n'est que relative, les choses devant toujours exister et le roulement recommencer. La vie terminée, ce qui reste à expier l'est d'une autre façon, par un feu immatériel et purificateur. Après quoi l'esprit créé prend son état définitif. E-evêtu d'un corps glorieux, qui n'a rien à voir avec les formes humaines, il est désormais déterminé au l^ien. La matière abandonnée par les uns sert ensuite pour d'autres, et cela dans un éternel recommencement.

Tel est le système. La méthode suivie pour le construire est exposée au début du livre des Principes. Origène commence par dresser l'inventaire des points clairem.ent admis par l'Eglise : il sépare avec soin ce qu'il trouve dans la prédication officielle de ce qui n'est qu'opinion particulière ou croyance vague. Il s'en faut que l'enseignement authentique lui donne la clef de tous les problèmes: c'est cependant sur lui qu'il entend fonder sa synthèse : « Yoilà les éléments, les fondements dont » il faut se servir si l'on veut, suivant le précepte « Eclai- » rez-vous de la lumière de la science » , former un en- » semble doctrinal et comme un corps rationnellement » disposé. On aura recours à des déductions claires et » incontestables ; on empruntera à la Sainte Ecriture ce » qu'on y trouve directement et ce qu'on en peut dé- » duire par voie de conséquence : puis, de tous ces ensei- » gnements on formera un seul et même corps ».

On ne saurait imaginer une méthode plus louable. Malheureusement il est sous-entendu que l'Ecriture sera traitée par l'exégèse allégorique, qui permet de trouver

l'école chrétienne d'alexaxdrie 357

n'importe- quelle doctrine en n'importe quel texte; c'est la porte ouverte au sens privé, aux hardiesses de la pensée, aux spéculations de la philosophie ambiante. Ainsi Origène est arrivé à construire un système où le christianisme pouvait difficilement se reconnaître, une sorte de compromis entre l'Evangile et la gnose, une théologie où la tradition est plutôt côtoyée qu'incorporée, où même les éléments qui satisfont d'abord, si on les considère à part, deviennent inquiétants dès qu'on tient compté de leur voisinage.

Après la mort de son auteur, la doctrine d' Origène souleva beaucoup de critiques, mais plutôt sur des points particuliers que pour l'ensemble: on ne cite personne qui se soit attaqué au système comme tel. Encore cette opposition tarda-t-elle à se produire. Le Uept àp/wv n'est pas un des derniers ouvrages de son auteur, loin de là. Il l'écrivit à Alexandrie, avant ses démêles avec l'évêque Démétrius. Celui-ci ne s'en effaroucha pas ; il ne doit pas, du reste, avoir été très difficile en fait de doctrines, car c'est de son temps déjà que Clément avait publié ses Hypotyposes. Quand il entra en conflit avec Origène et le dénonça à l'Eglise entière, il ne lui reprocha que sa mutilation volontaire et son ordination par des évêques étrangers. Héraclas, ami et collaborateur d' Origène au moment où celui-ci publiait le Flsp-l à:px cov, ne protesta ni alors ni quand il fut devenu évêque d'Alexandrie. Denys, qui gouverna l'église après Héraclas, était luimême disciple d' Origène: jusqu'à la fin il se maintint en bons termes avec lui. On sait en cruelle vénération

le tenaient les évêques de Palestine, d'Arabie, de Pliénicie, de Cappadoce, d'Achaïe. A Rome on accepta les sentences de l'évêque Démétrius, qui n'avaient, on l'a vu, aucun considérant doctrinal, et d'abord on s'en tint là. Sur la fin, cependant, des rumeurs fâcheuses s'élevèrent et parvinrent au pape Fabien. Origène se crut obligé de lui écrire, ainsi qu'à d'autres évêques, « sur son orthodoxie » . Il se plaignait beaucoup des gens qui falsifiaient ses écrits et même de l'indiscrétion d'Ambroise \ toujours empressé à publier les productions de son ami, sans lui donner le temps de les revoir ^. D faudrait être bien optimiste pour accepter cette explication les yeux fermés. Cependant il demeure certain, non seulement qu' Origène est mort dans la communion de l'Eglise, mais que sa doctrine, quelque étonnement qu'elle ait pu causer ici ou là, ne fut jamais, de son vivant, l'objet d'une réprobation officielle.

1 Eusèbe, H. E., VI, 36. Cf. Jérôme, ep. LXXXIV, 10 et Rufin, in Hier., I, 44. Voici ce que dit saint Jérôme : Ipae Origenes in epistola quam scrihit ad Fabianum, Romanae iirhis episcopum paenitentiam agit cur talia scripserit et causas temeritatis in Amhrosium refert quod secreto édita in puhlicum protulerit. — Si saint Jérôme avait alors eu le moindre vent d'une condamnation doctrinale prononcée à Rome contre Origène vivant, on peut être sur qu'il s'en fût fait un argument dans sa querelle avec Rufin.

^ V. note précédente ; v. aussi la lettre d' Origène à ses amis d'Alexandrie, dans Rufin, De adidter. librornm Origenis, Migne, P. G., t. XVII, p. 624.

CHAPITEE XIX.

L'Eglise et l'Etat au III® siècle.

La persécntiou par édits spéciaux. — Septime-Sévère interdit les con- ■versions. — Le syncrétisme religieiix : Jnlia Domna, Elagabal, Alexandre Sévère. — Edit de Maximin contre le clergé. — Pei'séciitions de Dèce, de <jrallu8, de Valéi-ien. — La propriété ecclésiastique.

Les dernières années de Marc-Aurèle sont marquées dans l'histoire chrétienne en traits sanglants. La persécution, comme tant d'autres choses, se relâcha sous Commode, non cependant en ce sens que la jDrohibition du christianisme ait été abolie alors: mais, le gouvernement central s'abstenant d'insister et se montrant même assez tolérant à Rome, les autorités provinciales avaient plus de facilité pour être, suivant leur gré et les circonstances, ou sévères ou complaisantes. En Asie, le proconsul Arrius Antoninus (184-5) se distingua par son zèle à poursuivre les chrétiens. Un jour qu'il instrumentait contre eux, tous les fidèles de la ville se présentèrent en masse devant son tribunal. Il en fit exécuter quelquesuns et dit aux autres : « Mais, malheureux, si vous te- » nez tant à mourir, il y a des cordes et des précipi- » ces». Situation caractéristique, où se révèle bien le conflit entre la rigueur de la loi et la difficulté de l'ap-

pliquer. A Eome, en dépit de l'affaire d'ApoUoDius, on était assez tranquille. Il en était de même en Afrique. TertuUien signale, en ce temps-là, des proconsuls bienveillants \

Ces fluctuations de la justice romaine et le système des condamnations individuelles n'étaient guère propres à entraver sérieusement les progrès du christianisme. Le danger politique, dont Celse s'était préoccupé si vivement, finit par exciter les empereurs à prendre des mesures plus efficaces. Pendant tout le IP siècle la persécution n'avait eu d'autre base légale que la prohibition dont nous avons plus haut recherché l'origine. On va maintenant, sans révoquer cette prohibition générale, porter des édits nouveaux, spécifiant les catégories de chrétiens à poursuivre, la procédure, les pénalités, les confiscations, les mesures de police. Leur application ne sera plus abandonnée au zèle des gouverneurs; ceuxci devront se mettre en campagne et suivre de point en point le plan de répression tracé par la chancellerie impériale. De là des persécutions beaucoup plus violentes que celles d'autrefois, mais, en revanche, d'assez courte durée: les changements d'empereurs et même, dans certains cas, l'insuccès des mesures de rigueur amèneront assez vite le retrait des édits.

1 Ad Scap., 4 : « Cincins Severus, qui Thysdri ipse dédit remediiim quomodo responderent christiani ut dimitti possent ; Vespronius Candidus, qui christianum quasi tumultuosum civibus suis satisfacere dimisit » .

l'église et l'état au iii« siècle 361

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