La persécution de Vah'rkn
Saint Denj's d'Alexandrie nous a laissé un tal)leau de la paix dont jouit l'Eglise dans les premières années (254- 2oî ) du règne de Yalérien. Jamais la tranquillité n'avait été plus profonde ni les chrétiens mieux traités, pas même sous le règne de leur coreligionnaire Philippe. Ils étaient «n si grand nombre dans l'entourage immédiat de l'empereur que sa maison formait comme « une église de Dieu » . Denj^s attribue le changement d'attitude de Yalérien à l'influence d'un de ses ministres, Macrien, qu'il appelle au figuré le chef des magiciens de l'Egypte, et qui pa-
' « Cruelle sentence, ordres injustes », murmurent les païens à la vue du sui^plice de saint Carpus et de ses compagnons.
raît en effet avoir été un païen fanatique, adonné à la magie, et comme tel ennemi acharné des chrétiens.
L'empire ne se relevait pas de ses malheurs. Toutes les frontières étaient assaillies; le Rhin, le Danube, livraient passage aux Francs, aux Alamans et autres peuples pillards de la Germanie. Les Goths, voisins de la mer Noire, se faisaient pirates, écumaient les côtes, ravageaient l'Asie Mineure et se montraient jusque dans la mer Egée. A l'est de l'empire, les Perses se rendaient maîtres de l'Arménie et de la Mésopotamie. H n"est pas jusqu'aux tribus du Sahara qui ne se missent en mouvement contre les postes de la Numidie. Yalérien. honnête, mais faible, perdit la tête au point de s'abandonner aux conseils fanatiques et de recommencer contre les chrétiens cette guerre qui avait si mal réussi à Dèce.
Ce fat, encore une fois, une guerre implacable '. B ne s'agissait plus d'arrêter les progrès de l'Eglise, mais de la détruire. On espéra d'abord 3^ arriver par des moyens relativement modérés, sans effusion de sang.
1 Sur la persécution de Yalérien v. 1° Denys d'Alexandrie, lettres à Herniammon (Eus. VII, 10) et à Germanus (VU, 11): dans cette dernière il reproduit le procès-verbal de sa comparution devant le préfet d'Egypte, en 257 (remarquer que la lettre à Domitien et Didyme qu'Eusèbe donne ensuite, se rapporte à la persécution de Dèce, non à celle de Valérien); — ^'^ Cyprien, Ep. LXX^^E-LXXIX ; — 3° Passion de saint Cyprien: — 4° Vie de saint Cyprien par son diacre Pontius; — 5" Passions des saints Fructueux, évèque de Tarragone, et de ses compagnons, des saints Marien et Jacques, des saints Montanus, Lucius etc., — 6° Eusèbe, YII, 12.
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Puis, les premières mesures ayant été jugées inefficaces, on eut recours aux exécutions. De là deux édits, dont les dispositions se sont assez bien conservées. Le premier parut au mois d'août 257, le second un an après. Le premier ^ ne concernait directement que le haut clergé, évêques, prêtres, diacres. Il leur était enjoint de sacrifier aux dieux de l'empire, sans qu'il leur fût interdit d'honorer le leur, pourvu qu'ils l'honorassent en leur particulier, en dehors de toute réunion de culte. C'était le syncrétisme religieux étendu au Dieu des chrétiens et imposé par l'autorité publique. En cas de refus, le magistrat devait prononcer une sentence d'exil.
Nous savons par de bons documents comment les choses se passèrent à Alexandrie et à Carthage. Les deux évêques, mandés devant le gouverneur, subirent un interrogatoire identique, et, sur leur refus de reconnaître la religion romaine, furent internés dans des localités déterminées. Cyprien comparut seul. Denys était
' Comparution de saint Cyprien devant le proconsul d'Afrique Aspasius Paternus, le 30 août 257. Le proconsul dit à l'évêque: Qui Bomanani religionem non colunt debere Bomanas caeremonias recognoscere . . . Non solum de eplscopis verinn etiam de presbyteris mihi scribere dignati sunt (Valerianus et Gallienus impp.)... rraeceperunt cHam ne in aliqidbus locis conciliahiila fiant nec coemeieria inyrediantur. Si qiiis ifaque hoc tcnn aaliibre praecepfum non observaverif, capite plectetur. Dans le procès-verbal relatif à saint Denys d'Alexandrie, le préfet d'Egypte énumère les mêmes dispositions, presque dans les mêmes termes; voir surtout ce qui se rapporte aux réunions: Oùoaaw; 51 i;iaTai 'j-j.I^ o'j-i âX).;'.; Ttaî-j r. cs'j-^io^'j; TTjt-Taôaî r: ai; Ta naXsûaiva y.5';/v;Trp'.a ÛGii-ioLi. De ce dernier document il i-ésulte que l'édit était appliqué aux diacres.
accompagné d'un prêtre, de trois diacres et d\m cer- | tain Marcellus, venu de Rome, sans doute un prêtre ou | un diacre romain. En Numidie, le légat impérial pro- | nonça une peine plus grave et condamna aux mines uu | certain nombre d'évêques, de prêtres et de diacres ; des ! fidèles figuraient avec eux \ Peut-être avaient-ils enfreint la défense de tenir des assemblées.
Le second édit, rendu Tannée suivante en Orient, où la guerre contre les Perses avait appelé l'empereur, , fut adressé par lui au sénat, avec des instructions pour I les gouverneurs des provinces. Nous en avons 1" analyse dans l'avant-dernière lettre de saint Cyprien -. Outre le clergé, il visait aussi les laïques de certaines conditions. Les évêques, prêtres et diacres, devaient être exécutés sur le champ; les sénateurs et chevaliers, dégradés et privés de leurs biens, puis, sïls persistaient, décapités. Les matrones étaient soumises à la confiscation et à l'exil. Les césariens, c'est-à-dire les employés du domaine impérial, qui formaient un personnel immense répandu dans tout l'empire, devaient être dépouillés de leurs biens, enchaînés et enrégim3ntés dans les exploitations serviles (mines, fermes, etc.).
La teneur de cet édit fut apportée de Bome à saint Cyprien. Au moment où ses messagers quittèrent la capitale,
i Cyprien, Ep. LXXYI-LXXIX. - Cas confesseurs étaient disséminés par groupes dans le m-tcdlum de Sigus, à quelques lieues au S.E de Cirta, en Numidie. Les évêques avaient tous assisté au concile de Carthage, en 256.
« Ep. LXXX.
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le pape 'Kyste II et quatre de ses diacres avaient été exécutés dans le cimetière (6 aoûtj. Deux autres, Félicissime €t Agapit, le suivirent de près: enfin le dernier survivant du collège diaconal, saint Laurent, fut brûlé le 10 août. A Cartilage, Cyprien comparut une seconde fois devant le proconsul, qui, sur son refus de sacrifier, lui fit trancher la tête. En Espagne, l'évêque de Tarragone Fructuosus fut brûlé vif Tannée suivante, avec ses deux diacres Eulogius et Augurius. Les deux passions des saints Jacques et Marien pour la Xumidie, des saints Montan, Lucius et autres pour la province proconsulaire, nous montrent que la persécution sévissait encore en 259 dans les provinces africaines. A côté de membres du clergé on y trouve des martj-rs qui étaient de simples fidèles et des gens de condition commmie. Ceux-ci furent sans doute victimes de la défense de tenir des réunions ; cette défense était à peine de mort '.
Les documents font défaut pour les provinces orientales. Denj's fut tiré de son exil et rapproché d'Alexandrie; cependant, quoiqu'il ait eu beaucoup à souffrir, il ne fut pas exécuté. A Césarée de Palestine le clergé parvint aussi à échapper. Eusèbe - ne peut citer que
' Sur les mart^Ts de la Massa Candida, pi'ès d'Utique, v. le mémoire de M. Pio Franchi de' Cavalieri dans les Studi e Testi de la bibliothèque vaticane, fasc. 9, p. 39 et suiv. Du même auteur, dans le même recueil, fasc. 3, un travail important sur les deux passions de Montan et de Marien.