‹ Histoire ancienne de lÁfrique du nord (volume 2)Chapitre 160 sur 307 · P. 121 et · texte numérisé non relu

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flsELL. — Afrique du Nord. VT.

prend un vague aspect d'idole, mais cette ébauche, ou cette misérable caricature, n'a pas fait d'elle une vraie divinité.

Le sentiment religieux est puissant chez les Berbères, mais leur faculté d'invention se meut dans des limites étroites : ils ont, en général, emprunté, non créé, les grands dieux dont ilsont été ou sont les zélés dévots.

C'est ainsi qu'ils ont reçu d'Egypte Amon, ou Ammon K Que cet Amon, sous sa forme primitive de dieu bélier, ait été importé de Libye à Thèbes, à une époque fort lointaine, on n'a pas de bonnes raisons de l'admettre ; l'assertion qu'ammon était en langue libyque le nom du bélier^ ne peut être accueillie qu'avec une grande réserve et, si divers groupes de Libyens ont adoré cet animal, des Egyptiens ont pu en faire autant, sans avoir besoin de suivre leur exemple. Ce qui est certain,, c'est qu'à Thèbes, le dieu bélier primitif prit un aspect particulier. Il fut représenté en homme, ne gardant du bélier que la tête^; il devint le dieu solaire Amon-Ré. C'est sous cette forme complexe qu'il prit possession de l'oasis de Syouah, — l'oasis d'Ammon '% — au vi^ siècle au plus tard^ Les Grecs de la Cyrénaïque l'y connurent alors ^ et, l'ayant adopté, en firent

1. Sur la nature et les origines de l'Ammon libyque, voir H. Basset, mémoire cité supra, p. 126, n. 2.

2. Voir les textes de Servius et de saint Atlianase mentionnés t. I, p. 252, n. 2.

3. Les images d'Amon entièrement en bélier sont tout à fait exceptionnelles: Maspero, dans Rec. de travaux relat. à la philol. égypt., II, p. 114-5.

4. Hérodote, IF, 42, et IV, 181 ; conf. Gsell, Hérodote, p. 18G-7. Il y avait dans l'oasis une source du Soleil : Gsell, ibid., p. 106.

5. Selon Bâtes {l. c, p. 189 et suiv.), il s'y serait combiné avec un autre dieu, qui y aurait auparavant rendu des oracles. Celui-ci aurait été représenté sous la forme d'un corps replié et ligoté, comme l'étaient les morts dans un rite funéraire en usage chez les Libyens. Conf. H. Basset, Quelques notes^ p. 20. Remarquons que, selon Hérodote (IV. 172), les Nasamons, peuple de la grande Syrte, vont, quand ils veulent savoir l'avenir, demander des révélations à leurs parents morts; or, ils les ensevelissaient dans une attitude repliée (Hérodote, IV, 190. dit qu'ils les enterraient assis). Cependant, à cette hypothèse séduisante de Bâtes, on pourrait objecter que les rites de l'oracle d'Ammon étaient purement égyptiens : Maspero, Éludes de mylhol. el d'archéol. égypt., VI, 1912, p. 266 et suiv.

6. Des monnaies représentant Zens Ammon ont été frappées à Cyrène dès le- VI» siècle : Babelon. Traité des monnaies gr. el rom., 2" partie, 1, p. 1359-1361,. a"' 2016 et suiv.

un Zeus, auquel ils ne laissèrent que les cornes enroulées du divin animal.

Son culte se répandit aussi chez les Libyens : comme les (Irecs, comme d'autres encore, ils venaient consulter l'oracle fameux qui se manifestait dans le sanctuaire de l'oasis \ Ce dieu qu'ils y trouvaient, ils étaient d'autant plus disposés à l'adorer qu'il était apparenté à leurs béliers sacrés. A ceux-ci, Ammon dut se substituer dans beaucoup de régions. Et, puisqu'il était le Soleil", les indigènes adorèrent en lui un grand dieu de la nature '\

Des textes assez nombreux montrent combien Ammon devint populaire autour des Syrtes. Plusieurs lieux y portaient son nom^. Ce nom s'y conserva intact : Ammon n'y fut pas identifié, comme ailleurs, avec un dieu punique, avec un dieu latin. Au début de notre ère, c'est le Seigneur Ammon, et non pas Baal Hammon, c{u'une inscription, rédigée pourtant en langue punique, invoquait près de la vieille colonie phénicienne de Leptis la Grandet En pleine époque byzantine,^ les indigènes de la Tripolitaine étaient encore des fidèles. d'Ammon^ Mais il s'était avancé bien plus loin vers l'Occident. Il avait, semble-t-il, des dévots dans la population de sang mêlé, punique et libyque, de certaines villes du littoral

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