Jug., LXXX
2. Car la polygamie exige, de la part du mari, de la richesse, ou, du moios, quelque aisance : donc un bien-être dont ses femmes profitent.
elle aussi, une institution juridique, un cadre sans doute formé, en tout cas adopté par une société pour y distribuer ses membres.
C'est un groupe composé d'un nombre plus ou moins grand de mâles, descendant en ligne masculine d'un ancêtre commun. A ces mâles sont agrégées leurs femmes. Quant aux filles, elles n'appartiennent au groupe, comme à la famille restreinte, que jusqu'à leur mariage.
En latin, ce groupe de parents par les mâles, d'agnats, agnatij était appelé gens \ Chez les Kabyles, c'est la thakherroubt, terme arabe (kharouba) légèrement berbérisé; au Maroc, c'est Vikhs. Nous l'appellerions volontiers clan, si les sociologues les plus récents n'avaient décidé de qualifier ainsi des groupes d'une organisation différente.
On s'attendrait à le trouver appelé gens dans les textes latins concernant les indigènes africains. Mais ce mot a été appliqué par les Romains aux tribus, peut-être parce qu'ils les ont tout d'abord connues superficiellement, avant de bien discerner les groupes familiaux qui les composaient.
Ce sont les termes familia et tribus que les Latins ont employés pour la famille étendue des Africains, Parlant des nomades de l'intérieur, Pomponius Mêla - dit qu'ils vivent en familiae, composées d'agnati. Familia se retrouve avec la même signification, croyons-nous, dans un passage de Pline l'Ancien ^ et dans une inscription de Tunisie * : « xVlathun, Massiranis filius, princeps familiae Medid. » [nom écrit en abrégé, peut-être celui de l'ancêtre commun] ^ Nous avons,
1. Chez les Grecs, yévo;, qui peut désigner, soit la famille restreinte, soit la famille étendue.
2. I, 42 : « Quauquam in familias passim et sine lege dispersi nihil in commune consultant, tamen, quia singulis aliquot simul coniuges et plures ob id liberi adgnatique sunt, nusquam pauci. »
3. V, 17 : « (gens) Maurorum ... attenuata bellis ad paucas recidit familias ».
4. Gagnât et Merlin, Iiiscr. Lai. d'Afrique, 107 (= Dessau, Inscr. lat. sel., 9 410).
5. Voir peut-être aussi Gsell, Inscr. lat. de rAlgérie, I, 3 869. Sur une autre inscription concernant une tribu, le mot familiae paraît désigner les esclaves des indigènes : C. /: L., Vlll, 21 486.
d'autre part, des inscriptions latines où le nom d'un indigène est accompagné de la mention de la trU)us à laquelle il appartenait '. 11 s'agit d'un groupe moins étendu que celui que nous appelons en français tribu et auquel les Romains ont appliqué abusivement le terme gens : la <jens est une fois indiquée en même temps que la tribus-. Dans ces inscriptions, le mot tribus est suivi d'un nom propre, qui paraît bien désigner un homme. Il y a lieu de croire que la tribus était un groupe d'agnats, dénommé d'après l'ancêtre commun à ses membres.
Un culte de cet ancêtre et des autres ascendants décédés était-il un des éléments de la solidarité du groupe? Un passage d'Hérodote % sur lequel nous reviendrons *, pourrait être allégué comme indice, non comme preuve : « Pour faire de la divination, les Nasamons vont aux tombeaux de leurs ancêtres et s'endorment par-dessus après avoir prié; ils se conforment à ce qu'ils voient en songe. »
Du reste, si c'était la parenté du sang qui constituait le groupe, c'était la vie commune qui le maintenait : chez les nomades, dans leurs déplacements, dans leurs séjours temporaires en divers lieux; chez les sédentaires, soit dans une habitation unique, soit dans un ensemble d'habitations contiguës ou très rapprochées. Cette communauté d'existence a pu avoir primitivement pour corollaire l'indivision des biens, de ceux, du moins, que leur nature même (objets de parure, armes, etc.) ne destinait pas à l'usage personnel.
1. Gsell, Inscr. lai. de VAlgérie, I, 138 : « Nabdhsen, Cotuzanis f(ilius), lrib{u) Misictri ». Ibid., 156 : « Chinidial, Misicir f(ilius), tribu [M]isictri ». Pour la tribu de ce nom, voir probablement aussi ibid., 174. — Ibid., 2 836 : « tribu ... »; 2 853 : « tribu Mu... »; 3 144 : « ... Musulami, tribu Gubul ». — Peut-être aussi Chabot, Punica, p. 228 : « [Fausjtus, As[p]reaatis f(ilius), N(...?), tr(ibu?) ...t.. .ici ».
2. Gsell, l. c, 3 144 (voir note précédente), où le mol Musulami désigne la ijens à laquelle appartenait l'individu mentionné.