Ibid
La première est qualifiée de colonia Sittianorum par Mêla', (C'est-à-dire par un auteur que Mêla a reproduit et qui, nous venons de le dire, dut écrire peu de temps après la mort de César ^. Si, entre 46 et 44, le pays de Cirta était une propriété de Sittius, ne faisant pas partie d'une province, il semble difficile d'admettre qu'une colonie romaine ait pu y être fondée', qu'une république de citoyens ait pu prendre place dans une •sorte d'Etat monarchique. Peut-être cette colonie ne fut-elle constituée qu'après la mort de Sittius, qui suivit de quelques semaines celle de César : les colons en furent, naturellement, les Sittiani établis dans la ville et aux alentours; ceux qui n'auraient pas encore possédé le droit de cité romaine l'auraient obtenu. En souvenir du dictateur, la colonie aurait reçu le nom de Iidia^ auquel on joignit peut-être le surnom de Sittiana^.
Quant aux trois autres colonies, nous n'en connaissons uc une mention antérieure au règne de Trajan% et même Ptolémêe, qui, pour l'Afrique, paraît avoir fait usage de documents contemporains de ce prince, ne joint pas le titre de colonie aux noms de Rusicade, de Ghullu et de Milev. Pline % — probablement d'après une source déjà ancienne, — qualifie Chullu et Rusicade, non de colonlae, mais simplement d^oppida. Cependant les surnoms que portent ces colonies permettent de supposer qu'elles furent fondées antérieurement à l'Empire, car, sous Auguste et ses successeurs, on n'aurait pas omis de
1. I, 30 : « Cirta, nunc Sittianorum colonia. qnondam regum domus ».
2. Voir aussi Pline (V, 22), qui se sert du tnème auteur : • colonia Cirta Sittiaaorum cognomine •■.
3. Celte difficulté a été vue par M. Fallu de Lessert, Mém. des Antiq. de France, LXXI, p. 72-73.
4. Ce qu'indique Pline : v. supra, note 2. 11 n'est pas impossible que cela soit exact, bien qu'aucune inscription ne qualifie Cirta de Siltiana. Mais il y avait dans celte ville un temple important de Caeleslis Sittiana : G. /. L., 19512 a; Rec. de Conslantine, XL, 1901), p. 4:10. ri» 463.
rappeler dans leur désignation officielle le nom du prince qui aurait décidé leur création. D'autre part, il est certain que l'épithète Sa7mensis dérive de Sarnus, nom du fleuve qui arrosait la ville natale de Sitlius, Nuceria en Campante, et il n'est pas impossible que Veneria et Minervia évoquent aussi des souvenirs campaniens : la Vénus de Pompéi et le promontoire de Minerve qui termine la presqu'île de Sorrente'. Ces noms seraient donc en rapports étroits avec la patrie de Sittius et d'une partie de ses compagnons : est-il vraisemblable qu'ils aient été donnés à Milev, Rusicade et Chullu longtemps après l'établissement de Sittius et des Sittiani en Numidie? Malgré l'absence de preuves, nous serions assez disposé à croire que ces colonies sont contemporaines de celle de Cirta : la vaste étendue du territoire des Sittiens rendait nécessaire la création de plusieurs centres officiels, où les citoyens romains pussent traiter les affaires exigeant leur présence. Les colonies ainsi fondées le furent auprès de trois vieilles villes, qui gardèrent sans doute leur constitution municipale, jusqu'au jour oîi la cité punique ou numide se fondit dans la cité romaine. Sous l'Empire, il n'y avait qu'un seul corps de magistrats et un seul conseil municipal pour l'ensemble des quatre colonies, les magistrats résidant et le conseil siégeante Cirta; dans les autres colonies, des préfets exerçaient par délégation l'autorité des magistrats supérieurs de la confédération^. Il dut en être ainsi dès l'époque où les quatre colonies prirent naissance ^
1. Voir E. Pais, lialia antica. II, p. 246, n. 2. Je serais moins afflrmatif que lui.