G. Maspero, de CarehemU oppidi situ, p
tèrent, en un mot, ce qu'elles étaient avant la conquête. Elles formaient une sorte d'çmpire féodal dont le Pharaon était le suzerain^ et les chefs syriens ou nègres les grands vassaux. Les vassaux devaient hommage au suzerain, lui payaient tribut, accordaient aux troupes égyptiennes et refusaient aux ennemies le libre passage sur leur territoire. Pour Le reste, ils étaient maîtres chez eux et pouvaient s'attaquer les uns les autres, faire la paix, chercher des alliances, sans que le suzerain songeât à s'y opposer.
Un empire établi de la sorte n'était pas des plus solides. Tant que le pouvoir suprême était aux mains d'un prince énergique, ou plutôt tant que le souvenir de la défaite restait assez vivant dans l'esprit des vaincus pour étou£fer '' leurs velléités d'indépendance, les chefs syriens demeuraient fidèles à leur vasselage et payaient l'impôt. Mais la mort du souverain régnant et l'avènement d'un nouveau souverain, un échec ou simplement le bruit d'un échec subi par les généraux égyptiens, le moindre événement suffisait à soulever une révolte générale. Chaque peuple refusait l'impôt, les différents royaumes redevenaient indépendants, l'Egypte se trouvait en quelques jours réduite à son seul territoire. Il fallait alors recommencer tout à nouf veau. D'ordinaire une coalition se formait et ses troupes réui nies attendaient le choc sous Mageddo ou sous Kadesh. Une ] ou deux batailles avaient raison de cet effort : les alliés se sé- I paraient et couraient se fortifier chacun dans son royaume ou dans sa ville. Les Égyptiens ne trouvaient plus devant ^ eux de grandes armées ; mais ils devaient poursuivre chaque prince rebelle et l'assiéger longuement avant de le ré- . duire. La révolte avait renversé l'empire en un jour : il 4 fallait plusieurs années de combat, parfois même tout un long règne pour le rétablir en son intégrité. C'est en vain que le vainqueur avait recours aux moyens de rigueur, saccageait les campagnes, enlevait les troupeaux, rasait les forteresses, mettait les villes à feu et à sang, déposait et faisait mourir les chefs, emmenait des tribus entières en esclavage : rien n'y faisait. Après avoir conquis le pays pendant la durée de chaque règne, on le perdait
au commencement du règne suivant, pour le reconquérir et le reperdre plus tard^ sans arriver jamais à rien fonder qui durât.
Quelque temps avant sa mort, Thotmès I*"" avait associé au trône sa fille Hatasou^ et l'avait mariée selon l'usage à son jeune frère Thotmès II *• Le règne de Thotmès II dura quelques années à peine et ne fut marqué par aucun événement considérable. Quelques expéditions contre les Syriens et les Nègres suffirent à maintenir la suzeraineté de TÉgypte sur l'Asie et sur TÉthiopie. Les tribus du Soudan, sans cesse en armes depuis l'époque d'Ahmès I, semblèrent enfin se résigner à la perte de leur indégendance. Elles formèrent une vice-royauté qui s'étendit de la première cataracte aux montagnes d'Abyssinie. D'abord confié à de grands fonctionnaires, le gouvernement de TÊthiopie devint bientôt une des charges les plus importantes de l'État, et l'usage s'établit à la cour d'Egypte d'y nommer l'héritier de la couronne avec le titre de prince de Roush. Quelquefois ce titre était purement honorifique : le jeune prince demeurait auprès de son père tandis qu'un chet administrait pour lui le pays. Souvent il gouvernait lui-même et faisait dans les régions du haut Nil l'apprentissage de son métier de roi.
La reine Hatasou tenait du chef de sa mère Ahmès et de sa grand'mère Ahmès Nowertari des droits supérieurs même à ceux de son père et de son mari. Elle était aux yeux de la nation l'héritière légitime du trône et le représentant direct des dynasties anciennes. Aussi quand Thotmès !•', sur la fin de ses jours, prit le parti de l'appeler au pouvoir, la raison d'état eut au moins autant de part que l'affection paternelle à sa résolution. L'autorité de la reine, consacrée par le chef de la famille, ne fit que grandir pendant la vie de Thotmès II, et parvint à l'apogée quand ce prince mourut sans laisser d'héritiers mâles. Hatasou, chargée de la régence pendant la minorité
l. Ou. bien HaUhepou, — 2. De Rougé, Étude des mofiuments du maitif de Kamah, dans les Jâélangm d* archéologie égyptienne y t I, p. 50,
de son second frère, ne tarda pas à mettre de côté le souverain enfant et à s'attribuer la plénitude du pouvoir*. Elle construisit et dédia des temples en son nom, offrit le sacrifice royal, commanda les armées ; elle alla même îus- ^'à se faire représenter en homme avec la barbe postiche des souverains. Elle sut d'ailleurs maintenir intacte la la souveraineté sur les pays du Sud et du Nord, reçut -comme son père le tribut des Routen ou peuples de la Syrie septentrionale, et fit reconnaître le To-nouter, où nul égyptien n'avait mis le pied. Le To-nouter confinait au Ponnt et comprenait toutes les régions inconnues situées à l'orient de l'Egypte, entre autres l'Arabie. Située entre les deux grandes régions commerciales de l'ancien monde, rinde et l'Asie sémitique, TYémen était une sorte d'en* trepôt général pour le négoce des nations orientales. Les ^sseauz du Deccan y apportaient leurs marchandises, que lés Arabes et les Ghaldéens transportaient à Babylone, en Assyrie, au Naharaîn, en Phénicie, et jusque sur les côtes égyptiennes de la mer Rouge, où les marchands de Goptos venaient les recevoir. Hatasou, maîtresse de la Syrie et de TÊthiopie, résolut de « connaître la terre de Pount, jus- ^'aux extrémités du To-nouter », et d'y aller chercher directement par mer les bois de luxe, les gommes, les aromates, l'or, l'argent, le lapis-lazuli, les pierreries, toutes les denrées précieuses que l'Egypte recherchait pour les besoins du culte et de la civilisation. Elle lança sur la mer Rouge une escadre de cinq vaisseaux qu'un voyage heureux mena chez Tune des tribus qui habitaient la côte du pays des Aromates. Les Égyptiens descendus à terre y trafiquèrent en paix avec les habitants et échangèrent les denrées qu'ils apportaient contre les richesses du pays. On voit parmi les objets qu'ils se firent donner à cette occasion trente-deux arbrisseaux à parfum disposés dans des paniers avec des mottes de terre. La reine les fit planter ensuite
1. De Rougé^ Étude des monumethU du massif de Karnotk, dans les Jaékmges d'areMologie égypUenifM, t. I^p. 44, 50-51 .
dans ses jardins de Thëbes. C'est là, je crois, le premier essai connu d^accliznatation^
Hatasou mourut vers Tan XXI du règne officiel de son jeune frère Thotmès Ul, et sa mort fut suivie bientôt d'une violente réaction contre sa mémoire. On se plut à considérer comme une usurpatrice la femme dont la vie avait été si glorieuse pour l'Egypte. Les inscriptions où. étaient racontées ses grandes guerres furent martelées, ses cartouches effacés, ses titres remplacés par ceux de ses frères.
Une formidable insurrection marqua l'arrivée du nouveau roi aux affaires. Le Routen refusa l'impôt, et les contrées voisines suivirent son exemple : en qpelques jours la Syrie entière était perdue, à l'exception de Gaza. Thotmès se rendit dans cette viJle, y célébra les fêtes de son couronnement et prit lentement la route du nord : dix jours après son départ, il n'était encore qu'à une vingtaine de Ueues de Gaza, près du bourg de Jouhem, et attendait les rapports de ses éclaireurs pour régler définitivement son plan de campagne. Le 16, il apprit enfin que les confédérés, commandés par le prince de Kadesh, s'étaient rétranchés un peu en avant de Mageddo, au débouché des gorges du Carmel et couvraient avec des forces imposantes la route du Liban. Quelques généraux égyptiens, redoutant les dangers que pouvait présenter une attaque de front, proposèrent de tourner la position par le chemin qui passait k Tsewta et tombait dans la plaine de lezréel entre Mageddo et Thabor sur les derrières de l'ennemi. Thotmès rejeta leur avis, qu'il trouvait entaché de lâcheté. Trois jours de marche rapide l'amenèrent au bourg d'Aaloun, que les Syriens avaient négligé d'occuper. Parti d'Aaloun, le 20 de bon matin, il franchit le col sans rencontrer d'autre obstacle que la difficulté du terrain, s'arrêta un instant sur le versant septentrional de la montagne pour rallier son arrière-garde attardée, et déboucha en plaine vers la
1. Les textes relatife à cette campagne ont été publiés par J. Dûmi- ^len dans son grand ouvrage, Die Flotte einer jEgyptiséhen Kônigin. CL Mariette, Biitoiire, p. 48-51 ; de Rougé, Étude des monuments du massif de Kamak, dans les Mélanges d'archéoU^ie égyptienne, t. î, p. 49.
septième heure. Comme il était trop tard pour rien entreprendre le jour même, il établit son, camp au bord du Qina, en face du camp ennemi.
Le 21, dès Tàube, Tarméé égyptienne se rangea en bataille. La droite s'appuyait au torrent de Qina, la gauche s'étendait en plaine jusqu'au nord-ouest de Mageddo, sans doute afin de déborder l'ennemi et de le rejeter sous les murs de la ville : le roi était au centre. Les Syriens, surpris par une brusque attaque, furent saisis de panique. Ils abandonnèrent leurs chars et leurs chevaux et s'enfuirent dans la direction de Mageddo ; comme ils se précipitaient pour pénétrer dans Tenceinte, la garnison, craignant de voir entrer les Égyptiens après eux, leur ferma les portes. C'est tout au plus si l'on consentit à hisser les gé^ néraux sur le rempart au moyen de cordes. Le reste de l'armée se dispersa et gagna la montagne avec tant de rapidité qu'elle n'eut pas le temps d'essuyer des pertes considérables. Il n'y eut que quatre-vingt-trois morts et trois cent quarante prisonniers ; mais les Égyptiens trouvèrent sur le champ de bataille deux mille cent trente-deux ché-' vaux, neuf cent quatre-vingt-quatorze chars, et tout le butin que les Asiatiques avaient abandonné dans la déroute. Mageddo, qui à elle seule valait « mille villes y> , tint à peine quelques jours : elle se rendit avec tous les princes qui s'y trouvaient renfermés et sa chute décida du succès de la campagne*. Les chefs de la Syrie et de la Mésopotamie, celui du pays d'Assour tout le premier, se hâtèrent de payer le tribut et de rendre hommage au vainqueur.
Mais bientôt le prince de Kadesh, remis du trouble où l'avait jeté la défaite de Mageddo, reprit les armes et souleva le nord de la Syrie. L'an XXIX, Thotmès s'empara de Tounep, de Khalep et d'Arad : l'an XXX, il vint mettre le siège devant Kadesh même. La ville fut enlevée d'assaut et pillée, son enceinte fortifiée détruite en partie ; la prise
1. De Rougé^ Annales de Touthmès III, p. 8-9^ 26-28; Sur quelques textes inédits du règne de Touthmès III, p. 35-40.
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d€ Simyra et d'Arad acheva la campagne. Thotmès reçut les chefs à mercî^ mais se fit livrer leurs fils et leurs frères^ qu'il envoya en Egypte. Si quelqu'un des princes régnants venait à mourir, il le remplaçait par un des otages. Après s!être assuré ainsi de la fidélité des provinces syriennes, il franchit TEuphrate en Tan XXXIII, non loin de l'endxoit où son père Thotmès I avait dressé sa stèle de victoire, à l'occident du fleuve, et s'enfonça dans les plaines de la Mésopotamie. Il vainquit les Araméens et les mit en fuite « sans que nul osât regarder derrière lui », traversa le Khabour, parvint. aux bords du Tigre et remonta jusqu'à Ninive. Le chef du pays d'Assour n'offrit aucune résistance et l'expédition se changea en marche triomphale. L'armée se livra avec passion à la chasse des grands animaux qui peuplaient alors l'Asie antérieure: cent. vingt éléphants furent tuéç et leurs défenses rapportées en Egypte parmi les tribut^ des nations étrangères. Thotmès revint de cette lointaine expédition sans rencontrer aucun obstacle : les peuples tributaires lui apportaient sur son passage les provisions nécessaires aux troupes et l'impôt annuel dont il les avait grevés. L'Asie semblait soumise à tout jamais, et pourtant dès Tannée suivante la guerre recommença, la Syrie du nord reprit les armes en l'an XXXIV, la Mésopotamie en l'an XXXV. Kadesh, sortie.de ses ruines, so plaça à la tête d'une nouvelle coalition et fut emportée d'assaut en l'an XLII. La révolte toujours comprimée éclatait toujours à nouveau, sans que ni rigueur ni clémence pussent la prévenir *.
Au sud, il ne se passait guère d'année où le vice-roi d'Ethiopie n'eût affaire aux Ouàouà. Les tribus nègres du haut Nil, habituées de longue date à trembler devant les Égyptiens, tenaient à peine et cherchaient un refuge dans le désert, les montagnes ou les marais ; le vainqueur entrait dans les villages abandonnés, pillait et brûlait les cabanes, y faisait quelques prisonniers, ramassait les trou-
!• CL Ebers, Thaten und Zeit Tothmes lll, dans la Zeitschrift, 1873; p.\, Bqq., et Cbabas, Mél. égypt,, 3* série, t. II, p. 279 sqq.
ape CHAPITRE V.
peaux et les objets précieux, bois d'omemeiït, poudre et lingots d'or, yases demôtal émaillés ou ciselés, plumés d'autrucbe, que les pauvres gens n'ayaient pas eu le temps de cacher ou d'emmener avec eux, puis rentrait triomphalement 0n Egypte après quelques semaines de victoires far ciles. Au sud comme au nord le long règne de Thotmès m ne fut qu'une série de guerres toujours heureuses : aussi n'est-ce pas sans raison qu'on a donné à ce prince le nom de Grand. Sans cesse en marche d'une extrémité de son empire à l'autre, une année sous les murs de Ninive et Tannée d'après au fond de l'Ethiopie, il rendit à ses successeurs le monde Égyptien plus large qu'il ne l'avait reçu et tel qu'il ne fut jamais après lui : quoi d'étonnant si ces guerres incessantes ont inspiré dignement les poètes assemblés à sa cour :
ce Je suis venu 3t> lui dit le dieu Ammon sur une stèle découverte à Kamak, «je suis venu, je t'accorde d'écraser les princes de Tsahi; je les jette sous tes pieds à travers leurs contrées ; — je leur fais voir ta majesté, telle qu'un seigneur de lumière, lorsque tu brilles sur leurs tètes comme mon image.
(c Je suis venu, je t'accorde d'écraser les barbares d'Asie, d'emmener en captivité les chefs des peuples Routennou; — je leur fais voir ta majesté couverte de ta parure [de guerre], quand tu saisis tes armes, sur le char.
« Je suis venu, je t'accorde d'écraser la terre d'Orient; Kewa et Asi sont sous ta terreur; — je leur fais voir ta majesté comme un taureau jeune, ferme de cœur, muni de ses cornes auquel on n'a pu résister.
« Je suis venu, je t'accorde d'écraser les peuples qui résident dans leurs ports et les régions de Mâden tremblent sous ta terreur; — je leur fais voir ta majesté commfl l'hippopotame, seigneur de l'épouvante sur les eaux, et qu'on n'a pu approcher.
« Je suis venu, je t'accorde d'écraser les peuples qui résident dans leurs Ues; ceux qui vivent au sein de la mer sont sous ton rugissement; — je leur fais voir ta majesté comme un vengeur qui se dresse sur le dos de sa victime.
« Je suis venu, je t'accorde d'écraser les Tahennou ; le* îles des Danaens sont au pouvoir de. ton esprit; — je leur fais voir ta majesté telle qu^un lion furieux qui se couche sur leurs cadavres à travers leurs vallées.
« Je suis venu, je t'accorde d'écraser les contrées mari^ times, tout le pourtour de la grande zone des eaux est lié à ton poing; — je leur fais voir ta majesté tôlle que le maître de l'aile (l'épervier), qui embrasse en un clin d'œil ce^ ([oi loi plaît.
a Je suis venu, je t'accorde d'écraser les peuples qui résident dans leurs lagunes, de lier les maîtres des sables (Heroushâ) en captivité; — je leur fais voir ta majesté semblable au chacal du midi, seigneur de vitesse, coureur ({oi rôde à travers les deux régions.
a Je suis venu, je t'accorde d'écraser les barbares de Nubie ; jusqu'au peuple de Pat, tout est dans ta main; — je leur fais voir ta majesté semblable à tes deux frères, dont j'ai réuni les bras pour assurer ta puissance ^ »
Thotmès m mourut le dernier jour de Phamenoth après cimpiante-quatre ans de règne *. Le souvenir de ses victoires était encore si présent à l'esprit des chefs syriens qu'ils accueillirent sans révolte l'avènement d'Amenhotepn. Seuls les rois d'Assyrie qui se croyaient suffisamment garantis par la distance, osèrent se déclarer indépendants^ Le roi se mit en marche pour aller les châtier : Û franchit l'Euphrate et « comme un lion furieux » se dirigea vers Ninive. Le 26 Tybi, il se trouvait sur les bords du fleuve Arasât qu'U franchit le jour même après une reconnaissance dirigée vers le pays d'Anat par des cavaliers syriens auiiliaires, une bataille décisive s'engagea dans laquelle les Égyptiens furent vainqueurs. Amenhotep hiverna en Mésopotamie et ne reprit les.opérations qu'au mois d'Épiphi
1. Kariette, Berne ginérale de VArchitecture, 1860, t. XVin, col. ^7} 60, et Notice des principaux monuments exposés au musée de Bou» i^, 3* ëdit, p. 78-80; Birch, Arehœologia, t. XXVIII ; de Rougé, Bévue (Xtthiologiquey 1861; Maspero, Du genre épistolaire, p. 85-89. -* !• Eben, Thaten und Zdt Tothmes III, dans le Zeitschrift, 1873, p. 7. La durée exacte est cinquante-quatre ans et onze mois.
r,''^'^f^.^Ky
âÔ8 CHAPITRE V.
, de Tan IL Le 10 Ëpiphi, il était devant Ninive, qui se soumit saiis combat : « les habitants, hommes et femmes, étaient sur les murs pour hoDi^rer Sa Majesté. » H des-
. cendit ensuite le cours du Tigre et parvint jusqpi'à la ville d'Âccad, dont il s'empara ^ L'an lU, après une campagne d'environ deux ans, la révolte était complètement étouffée et le Pharaon put rentrer en Egypte. Sa barque triomphale portait suspendus à la proue les corps de sept chefs du pays de Takhis qu'il avait tués lui-même au cours de ses victoires. La tète et les mains de six d'entre eux furéiit exposées sur les murs de Thèbes ; le septième fut transporté à Napata, pour servir d'exemple aux petits princes nègres et leur apprendre à respecter l'autorité de Pharaon ^ Amenhotep II parvint à conserver et même à étendre l'em-
Iûre : son fils, Thotmès lY, sans porter ses armes aussi oin, sut commander le respect aux nations étrangères par des expéditions heureuses en Syrie et en Ethiopie'. Sous Amenhotep III qui succéda à Thotmès lY, les limites de la domination égyptienne étaient] fixées vers l'Euphrateau nord, au sud vers le pays des Gallas*. Les guerres n'avaient plus pour but la conquête : c'étaient des razzias, des chasses à l'esclave entreprises pour recruter la population ouvrière et sùffîi\e aux grandes constructions qui s'élevaient dans la vallée du Nil.
Les premiers rois de la dix-huitième dynastie, Ahmès et Amenhotep, avaient assez à faire de chasser les pasteurs et de réorganiser l'Egypte. Ils se bornèrent à rouvrir les carrières voisines de Memphis et à réparer les monuments qui avaient le plus souffert pendant l'invasion et la guerre de l'indépendance. Thotmès I*% ' au retour de son expédition d'Asie, employa comme maçons les nombreux prisonniers qu'il ramenait à sa suite et commença de grands travaux, que ses successeurs continuèrent sans interruption.
1. Ghampollion, NoL man., t. II, p. 185-186. — 2. Lepslus, Denkm,, III, pi. 65, 1. 16-20. — 3 Lepsius, /6id., III, pi. 69, «, f; Sharpe, Eg. Insc, pi. 93, 1. 5-6; Louvre, G, 202. —4. Lepsius, X>enAm., III, pL 77, c; Louvre, Salle historique, vitrine N, 582; British Mus0um^ n* 138; d, Brugsch, Histoire^ t. I, p. 115,
Tonte la yallée du Nil de la quatrième cataracte à la mer se couvrit de moiiumen.ts. A Napata, Amenhatep m fonda un temple dont les avenues sont précédées de béliers accroupis en guise de sphinx; il embellit le temple de Tbotmès III à Soleb, entre la deuxième et la troisièiîie cataracte. Tbotmès in restaura le temple élevé à Semneb en rhonneur du grand conquérant de la douzième dynastie, Ousortesen m, et commença près d'Amada la construction d'un temple de Kâqui nous a conservé quelques-uns des textes historiques les plus curieux de l'épociue *. A Eléphantine, à Ombos, à Ësnehy à Eilithyia, à Goptos, dans la plupart des grandes villes de l'Egypte propre, on trouve encore aujourd'hui les traces de l'activité des Pharaons de la dix-huitième dynastie. Seule Tajiis, la capitale des rois Pasteurs et le centre du culte do Soutekh, fut négligée par eux. Ahmès avait démantelé la ville^ ses successeurs l'oublièrent systémati-
Au temps des rois Memphites, Thèbes n'était qu'une petite ville de province, bâtie sur la rive droite du Nil et sans autre monument d'importance qu'un sanctuaire consacré à la triade d'Ammon, Moût et Khons. Sur l'autre rive, àDrahabou'l Neggah, s'élevaient les pyramides funéraires <ies princes de Thèbes et les tombeaux de leurs sujets. Les rois de la douzième dynastie travaillèrent de leur mieux à l'embellissement de la ville. Amenemhat P' a laissé sur la rive gauche, à l'Assassif, les traces de son passage ^ Ousortesen P' commença la construction d'un temple de granit et de grès, auquel travaillèrent Amenemhat II et «Vmenemhat III*. Les monuments de cette époque, entretenus soigneusement pendant la domination des Pasteurs, existaient encore sous les rois de la dix-huitième dynastie ; Thotmès P' n'y toucha point et les entoura d'un cercle d'édifices dont la construction fut achevée par Tbotmès II et par la régente Hatasou. Tbotmès III éleva un second
1. Cf. sur ce temple Ghabas, Une inscription historique du temps de SéH r» — 2. Mariette, lettre à M. de fiougrf.— 3.Wilkinson,fli»nd6oofc of • <fa««««r,p. 328, — 4* J5W., p. 328, 376, 378; Champollion, Not. man., *• I,p.45; cf. Mariette, Karnakin.'-toU 1875, avec un Yol.in-4»(ie Texte,
ÎIO CHAPITRE V.
sanctuaire en granit^ dans les cours duquel il fit graver, le récit de ses victoires. Ses successeurs ^ Amenhotep II^ Thotmès IV, Amenhotep m, continuèrent les travaux des rois précédents et en entreprirent de nouveaux; le temple, agrandi par ces additions successives, finit par former un tout imiveiise dont les diverses parties étaient rattachées les unes aux autres, soit par de- longues avenues de sphinx, soit par des murs en briques crusse
Au sud de Karnak, Amenhotep m fonda un autre tem* pie, consacré au culte d'Ammon* Il est construit au bord du .fleuve, à l'endroit nommé maintenant Louqsor, et peut passer pour un des chefs-d'œuvre de l'art égyptien*. Sur la rive gauche du Nil, les souverains de la dix-huitième dynastie ont laissé des traces nombreuses de leur pass^^e. Us travaillèrent à l'Assassif, à Médinet-^Habou, à Beir-el- Bahari, où la reine Hatasou fit peindre et sculpter en détail sa campagne contre l'Arabie. Devant le temple construit par Amenhotep III et aujourd'hui ruiné, se dressaient deux statues colossales qui firent pendant longtemps l'étonnement du monde ancien. L'une d'elles fut brisée pendant le grand tremblement de terre de l'an 27 av. J. G. ; la partie supérieure se détacha et tomba sur le sol, l'inférieure resta seule en place. Bientôt après le bruit se répandit que du socle de la statue sortaient chaque matin, au lever du soleil, des bruits semblables au son que produit en se brisant une corde de harpe ou de lyre'. Les touristes accoururent, et bientôt une légende se forma. Malgré le témoignage des habitants de Thèbes^, les Grecs se refusèrent à voir dans la statue vocale un colosse du Pharaon Amenhotep m : ils la prirent pour une image de Memnon l'Éthiopien, fils de Tithon et de l'Aurore, qui après la mort d'Hector était venu au secours de Priam contre les Grecs et avait été tué par Achille. Tous les matins, Memnon, en fils bien élevé, saluait d'une voix harmonieuse l'Aurore, sa mère. Vers le milieu du second siècle de notre ère,
1. De Rougé, Sur les monuments du massif de Kamak, dans les Jfélangss d^ archéologie, 1. 1, p. 3&-&1, 66-74. — 2. Mariette, Kamak. — 3. StialMn, 1. XVU, c. 1. — 4. Pausanias, I, 42, 2.
Temperem* Hadrien et Timpéràtrice Sabine entreprirent le voyage de la Haute Egypte pour entendre sa voix miraculense. La piété toujours croissante des adorateurs de Memnon finit par leur inspirer le désir de restaurer la statue divine ; l'empereur Septime Sévère la fit rétablir telle qu'elle était avant sa chute. Mais, contre toute attente, Memnon se tut. « Je ne nie pas la réalité des harmonieux accords que tant de témoins affirment unanimement avoir entendus moduler par le merveilleux colosse aussitôt qu'il était frappé des premiers rayons du soleil. Je dirai 6eu7 lement que plusieurs fois, assis au lever de Taurore sur ies immenses genoux jdc Memnon, aucun accord musical sorti de sa bouche n'est venu distraire mon attention du mélancolique tableau que je contemplais, la plaine de Thàbes, où gisent les membres épars de cette atnée des villes royales*. »
Amenhotep m avait épouse une ibmme d'origine et de idigion étrangères, la reine Ta! ^. H en eut un fils, qui lui succéda sous le nom d'Âmenhotep IV. Le portrait d' Amenhotep IV, tel que nous le font connaître les monuments, nous force à « reconnaître dans tout l'ensemble de sa personne ce type particulier et étrange que la mutilation imprime sur la face, les pectoraux et l'abdomen » des eunuques. D'autre part, on sait qu'il épousa fort jeune la reine Nowertiouta et en eut sept filles. « Il est donc probable que s'il éprouva réellement le malheur dont ses traits semblent porter l'évidence, ce fut pendant les guerres ^'Amenhotep III, au milieu des peuplades nègres dv sud. L'usage de mutiler les prisonniers et les blessés est parmi ces peuplades aussi ancien que le monde'. » Amenhotep IV, sans doute imbu des idées religieuses de sa m&re, maiiifesta une grande horreur pour le culte d'Ammon et reporta ses hommages sur les divinités solaires, principalement sur le dis^e. La crainte de soulever une
1. ChampoUion, Lettres écrites ^Égypte^ p. 312. Cf. pour l'histoire aoecdotique du colosse, les mémoires de Letronne sur La statue vocaU ^ Jrramon, in-4*, 183a. — 2. Brugsch, Histoire, 1. 1, p. 118. — 3. Marietta^dans le Bulletin archéologique, 1855, p. 57.
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révolte parmi ses sujets l'empêcha d'abord d'a£Schèr trop ouvertement son hérésie. Il se contenta de changer son nom d'Amenhotep, qui renfermait le nom d'Ammon, contre celui de ^ounaten, splendeur du disque solaire, et continua de rendre hommage en même temps à son père Amenhotep et au dieu Ammon lui-même^. Plus tard le fanatisme religieux l'emporta sur la prudence. Le culte d' Ammon fut proscrit, son nom effacé partout où l'on put l'atteindre. Les Égyptiens de race pure, devenus suspects pour cause de religion, disparurent de l'entourage du roi : Ils cédèrent la place à des personnages asiatiques modelés à l'image du Pharaon et privés comme lui de la virilité. Thèbes, remplie de monuments consacrés au dieu disgracié, perdit son rang de capitale; Ehounaten se construisit à Tell-el-Amarna une capitale nouvelle où rien ne pouvait lui rappeler le souvenir de l'antique religion.
Le soleil était le dieu principal de la religion nouvelle * toutes les anciennes divinités solaires, Râ, Harma' kbis, Hor, furent respectées^ Les monuments nous montrent le, dieu sous forme d'un disque dont les rayons descendent vers la terre ; chaque rayon est terminé par une main qui tient la croix ansée, emblème de vie. Le disque se nommait Aderiy Aten, et ce n'est peut-être pas sans raison qu'on a comparé ce nom à celui d'Adonaï dans les religions sémitiques. Partout où va le roi, le disque solaire raccompagne et répand sur lui la bénédiction. Les préoccupations religieuses n'empêchèrent pas Khounaten d'être, à l'exemple de ses ancêtres, un grand constructeur et un conquérant. Il travailla en Ethiopie, à Thèbes, à Memphis', et continua d'exercer l'autorité souveraine sur la Syrie aussi bien que sur l'Afrique. A sa mort, la couronne passa au prince Aï, son frère de lait et le mari de sa fille aînée Taï. Le nouveau roi, sans renoncer à la religion du disque, suspendit les persécutions dont Ammon avait été l'objet et rendit un culte aux anciennes divinités du pays.
1. Lep sius, Dcnfcm., III, 91, 110. — 2. Birch, On a remarkable ohject in thi Àrch^ Joum., 1851. — 3. Nicholson. 0» some remains of the
Il eut pour successeurs deux de ses teaux-frères, Toutankhamen et plus tard Râsâakakheprou, dont le régné assez court paraît avoir été prospère. Au moins Toutankhamen est-il représenté comme un Pharaon tout-puissant auquel les peuples étrangers rendent hommage en tremblant. Mais, après eux, des guerres civiles et religieuses désolé-* rent l'Egypte : on vit passer successivement sur le trône des princes éphémères dont les noms mêmes nous sont inconnus. Le roi Haremheb (Armais) rétablit la paix, supprima la religion solaire, détruisit les monuments do Khounaten et restaura partout Tancidn culte. Au dehors, il reconqpiit l'Ethiopie un moment perdue, imposa un tribut à la terre de Pount, mais ne tenta aucune expédition en Syrie. Les conquêtes des Thotmès et des Amenhotep, si chèrement achetées de ce côté, avaient été perdues pendant les guerres de religion. Les petits princes locaux avaient cessé de payer le tribut : pour les réduire à nouveau, il fallut toute une génération de conquérants.
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Haremheb mourut sans laisser d'héritiers directs, et la , couronne passa dans une famille nouvelle. Le chef de la dixneuvième dynastie, Ramsès I, parait avoir été originaire des districts sémitiques de la Basse lËgypte et se rattachait peut-être à la race royale des Pasteurs ^ Après avoir servi sous Aï et sous Haremheb, il finit par arriver au trône dans un âge assez avancé et profita de son autorité pour rétablir dans le pays l'ordre et la paix. Une expédition de Tan n contre TÉthiopie •, une courte campagne contre les Syriens, suivie d'un traité avec les Ehêtas, signalèrent au dehors son passage sur le trône. Au bout de six à sept an« nées il mourut, laissant pour successeur son fils Séti, le Séthos des traditions grecques.
Dès les premiers jours de son règne,. Séti s'annonça