Behistom, Col. I, § II
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LA CONQUÊTE PERSÇ. 53^
peuples Toîncus, il les dispensa pour trois ans de Timpôt et du service militaire^. Six mois durant il régna sans que personne soupçonnât Timposture et vit en lui autre chose que l'héritier légitime du trône, le fils du grand Kyros et le frère de Eambysès.
À la fin pourtant la crédulité publiG[ue commença de s'ébranler. Les révélations faites par le dernier roi sur son Kt de mort n'avaient trouvé d'abord que peu de créance : on les avait attribuées à la jalousie ou à la haine fraternelle et on avait passé outre. D^autres faits survinrent qui semblaient montrer que Eambysès avait eu raison de parler comme il Tavait fait. Selon l'usage, le nouveau roi avait pris avec la couronne le harem de son prédécesseur ; on sut que les femmes en étaient tenues séquestrées et ne pouvaient plus communiquer entre elles ou avec le monde extérieur que par messages secrets au péril de leur vie. On apprit même, s'il faut en croire la tradition, que le prétendu Bardiya était essorillé, et Ton conclut de eette mutilation qu'il n'était pas le fils de Kyros*. Sept des principaux personnages de la cour, et parmi euxDaryavous (Darios'), fils de Vistaçpâ (Hystaspês), qui appartenait à la famille akhéménide, surprirent Gaumatâ dans son palais, et le forcèrent à se réfugier en Médie dans le fort de Sikthaouvatis. Il y fut tué avec les Mages qui l'avaient soutenu, et Darios monta sur le trône en sa place (521). Il avait régné six mois ♦.
1. Hérodote, III, 67.-2. Id., ibid. — 3.Strabon savait déjà que le véritable nom du prince appelé AapeToc par les Grecs était Aapiauv];. — 4. Tous les récits d'Hérodote, III, 68-88, sur la mort du faux Smerdis,sur la délibération des sept conjurés, sur la manière dont Darios fut élu roi grâce à une ruse de son écuyer, doivent être mis au rang des légendes. L'inscription de Behistoun (col. 1,§ 13) dit simplement : « Je priai vers Àouramazda, et Aouramazda me fut secourable. Le 10 du mois de BagayadiSj avec mes fidèles, je tuai ce Gaumatà, le Mage, et ceux qui étaient ses principaux complices. Le fort Sikthaouvatis, dans le district de Médie nommé Nisaya, c'est l que je le tuai. Je le dépossédai de Tempire. Par la grlce d' Aouramazda je devins roi; Aouramazda m'accorda le sceptre.... L'empire qui avait été enlevé à notre famille, je le recouvrai. •
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Les deux réyolations qui venaient de se succéder coup sur coup en moins d'une année avaient ébranlé la puissance des Perses. L'empire tel que l'avait établi K;jfros ne différait guère des anciens empires de TÉgypte, de TAssyrie et de la Ghaldée. Â part Tétendue, c'était le même assemblage hasardeux de provinces administrées par des gouverneurs, de royaumes vassaux, de villes et de tribus mal soumises. Tout prétexte était bon à révolte pour ces sujets impatients du maître. Au regret du souverain qui avait allégé leurs charges se mêla bientôt le désir de profiter de sa mort pour recouvrer l'indépendance. La Susiane se souleva la première sous la conduite d'un certain Atrina, et de Susiane la contagion passa sur-le-champ en Ghaldée. Nadintav-Bel, fils d'Aniri, se donna pour le fils de Nabou-nahid et prit le nom de Nabou-koudour-oussour, qui rappelait aux gens de sa race les souvenirs les plus glorieux de leur passé. Babylone s'insurgea (520), le reste du pays suivit bientôt cet exemple, et la révolte s'étendit à ce point que Darios, laissant à ses généraux le soin de battre Atrina, prit le commandement des troupes destinées à agir en CÛialdée. Il força le passage du Tigre, rencontra les rebelles sur les bords de l'Euphrate près d'un bourg nommé Zazannou, les battit et en jeta une partie à la rivière. Nabou-koudour-oussour s'échappa avec quelques cavaliers et courut s'enfermer dans Babylone. La ville n'était pas préparée à soutenir un long siège ; il dut se rendre après quelques semaines de résistance et fut mis à mort^ (519). La légende ne tarda pas à défigurer le récit de cette guerre; moins d'un demi-siècle plus tard on contait déjà que Darios, arrivé devant Babylone, l'avait trouvée toute prête à la défense. Les habitants avaient réparé les murs, coupé les canaux, assemblé des provisions, et s'étaient débarrassés des bouches inutiles en tuant toutes leurs femmes, excepté celles dont on avait
1. Behistoun, I, § 16; U, § 1; Cf. J. Menant, Us Àehéméuides, p. 108-109, et Scbrader, Die Assyrùch-Babyloniichê Keiiinsehri[tmt p. 344-345.
besoin pour faire le pain. Vingt mois s'étaient écoulés et les Perses commençaient à désespérer du succès, quand Zopyrod, un des sept, se coupa le nez et les oreilles, se déctura le corps à coups de fouet, et s'introduisit dans la place comme transfuge et victime des cruautés de son maître. Mis à la tête d'un corps de troupes, il fit plusieurs sorties heureuses, obtint la garde du rempart et livra deux portes aux assiégeants. Trois mille Babyloniens furent mis en croix ; les murs détruits et la ville repeuplée de colons étrangers*. L'antiquité entière admira sur la foi d'Hérodote la trahison de Zopyros ; la découverte des monuments originaux a prouvé que c'était un conte de plus à retrancher de l'histoire.
Darios était encore engagé en Ghaldée, lorsqu'une in^ surrection formidable éclata au nord et à l'est dans les provinces qui avaient fait partie de l'empire mède. La Médie, l'Arménie, l'Assyrie, reconnurent pour roi Fravartis, qui descendait de la race de Eyaxarès et prit en montant sur le trône le nom de Khshâtritâ. Avant de se lancer dans une lutte aussi redoutable, Darios voulut en finir avec les rebelles du sud. L'insuccès d'Atrina n'avait pas découragé l'Elam ; un Perse nommé Martiya s'y fit proclamer roi sous le nom d'Oumman. Darios n'eut qu'à paraître pour triompher de ce rival; à la nouvelle de son approche, les [Ëlamites saisirent Martiya et le mirent à mort *. Libre de ce côté, il dépêcha trois de ses généraux contra Fravartis ; il confia à Dâdarshis l'Arménien le commandement de l'armée destinée à agir en Arménie, à Yaoumiça le soin de réduire l'Assyrie, à Vidama, l'un des sept, la tâche plus difficile de reconquérir
1. Hérodote, III, 150-160. Gtésias {Persiea, § 22) place le siège de Babylone sous Xerxès; d'après lui ce fut Mégabyzos, fils de Zopyros, et non pas Zopyros lui-même, qui se mutila et livra la ville. Polyen (Stratag., VIII, 11, S 8) prétend que le stratagème de Zopyros fut conçu i l'imitation d'un Sace habitant au delà de TOxus. Les écrivains latins ont transporté Thistoire de Zopyros en Italie et Tont placée à Gables (Tite-Live, 1, 59-54 ; Ovide, FasUs, II, 683-710], mais Sextus Tarquin ne pousse pas le dévouement jusqu'à se mutiler. -^ 2. Békistoun, II, §§ 3, 4; J. Menant, kt Aehéménides, p. 109-110.
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542 CHAPITRE xm.
la Médie propre. Les trois généraux attaquèrent de concert les troupes du prétendant et les battirent à plusieurs reprises sans obtenir d'avantage décisif; THyrcanie et la Parthyène, qui jusqu'alors étaient restées indécises, se joignirent aux rebelles, et tout le bassin de la Caspienne fut perdu pour les Persçs, L'imminence du danger décida Darios à donner de sa personne ; il quitta Babylone, pénétra en Médie par la passe de Éerend, rallia Yidama et rencontra l'ennemi près du bourg de Koudourous. Pravartis battu s'enfuit vers le nord, sans doute afin de gagner la montagne et d'y prolonger la guerre; il fut pris près de Ragâ, conduit à Ecbatane et crucifié à la Tue de ses anciens sujets * ( 518 ) . Lui vaincu, la soumission des autres provinces ne fut plus qu'une affaire de temps. CStratakhma, qui tenait encore en Sagartie, succomba le premier; Vistâçpa, père de Darios, réduisit l'Hyrcanie, et le gouverneur de Bactres comprima un mouvement de la Margiane. Une révolte de la Perse et de l'Arachosie, à l'instigation de Vahyazdâta, qui se fit passer pour Bardiya, fils de Kyros, un second soulèvement de Babylone, une troisième insurrection de l'Élam, furent étouffés pi-omptement; les Saces, attaqués par Darios lui-même, ne posèrent les armes que longtemps après la défaite des autres rebelles^. Aucune des provinces occidentales n'avait bougé. Un instant seulement on put craindre quelques complications du côté de l'Asie Mineure. Droites, gouverneur de Lydie, affectait des allures d'indépendance et menaçait de devenir dangereux; il fallut l'assassiner pour s'en débarrasser. Bagœos, envoyé à Sardes, remet aux troupes perses qui s'y trouvaient Tordre royal de ne plus garder Oroitès. « Aussitôt ils mirent bas leurs piques. Lors, Bagœos, voyant qu'ils obéissaient à ce décret, prit courage et remit aux mains du secrétaire une dernière lettre où il était dit : « Le roi Darios commande aux Perses qui sont à
1. Behistoun, II, 5-13. C'est à cette révolte de Médie qu'Hérodote faitj allusion dans le livre 1, 130, de son histoire. — 2. Behisloun, II, 1?; IVf, 1 ; J. Menant, Us Achéménides, p. 110-119. /
« Sardes de tuer Oroitès. » Sur quoi les gardes tîrèrent leurs sabres et le tuèrent sur-le-champ*. » Vers le milieu de 516 tout était fini: Darios régnait en paix sur le territoire que Kyros et Kambysès avaient possédé *.
L'expérience de ces six années ne fut pas perdue pour lui. Il voulut rompre avec la tradition du passé et fonder, sur des principes nouveaux, un véritable état perse différent de ce qu'avaient été jusqu'alors les empires asiatiques. ' Il ne songea pas à fondre les races qui peuplaient son domaine. Loin de là, il les encouragea à retenir leur langue, leurs mœurs, leur religion, leurs lois, leurs constitutions particulières. Les Juifs obtinrent la permission d'adiever la construction de leur temple ' ; les Grecs d'Asie gardèrent leurs gouvernements variés, la Phénicie conserva ses rois et ses suffètes, l'Egypte ses nomarques héréditaires. Mais il y eut au-dessus de ces pouvoirs locaux une autorité unique, supérieure à tous et la même partout. Le territoire fut divisé en grands gouvernements, dont le nombre varia selon les temps. Au début, il y en avait vingt-trois :
1« La Parçâ ou Perse proprement dite ;
2* L'Ouvajâ, Êlam, où se trouvait Suse, l'une des résidences favorites de ûarios ;
3' Babirous, la Cîhaldée;
4* Athourâ, l'Assyrie du Khabour au mont Zagros;
5^ Arabayâ, la Mésopotamie entre le Khabour et l'Euphrate, la -Syrie, la Phénicie et la Palestine ;
6® L'Egypte (Moudrâya) ;
?• Les peuples de la Mer (Tyiya darayahyâ), parmi lesquels on comptait les Giliciens et les Chypriotes ;
8* L'Yaounâ, qui renfermait, outre la Lycie, la Carie et
I. Hérodote, II, 126-128. — 2. H. Rawlinson, The Pertian Cuneiform Irucription at Behistun, dans le Journal of the Royal Asiatic Society ^ t. X, 1849, et dans G. Rawlinson, Berodotut, t. II, p- 490-308; Oppert, les InscriptUms des Achéménides, Paris, 1852; Schrader, Die Atsyrisck' Babykmische Insehriften, p. 339-359; J. Menant, les Achiménides,^AOl' 126; G. Rawlinson, The five great Monarchies, 1. 111, p. 409-415; Spiegel, Erdnùche Alterthumskunde, t. II, p. 316-327. — 3. Exra, V, 2 ; i'^Ogai, I, 14.
la Pamphylie, les colons grecs de la côte. Ioniens, Eoliens et Doriens;
9* La Lydie et la Mysîe (Çpardâ) ;
lO^^LaMédie;
11* L'Arménie;
12* La Katpatouka, c'est-à-dire toute la région centrale de TArie Mineure, du Tauros au Pont-Euxin;
13* La Parthyène et THyrcanie (Parthava);
Ik^ La Zarânka (Zarangie);
15»L'HaraÏYa (Arie);
16'L'0uvârazmiya (Chorasmie);
17» La-Bactriane (Bakhtrîs) ;
18*» La Sogdiane (Çoughdâ) ;
19° La Gandarie (Grandara);
20^ Les Çaka ou Saces, aux plaines de la Tartarie, presque sur les confins de la Chine;
21" Les Thatagous ou Sattagydes, dans le bassin supé* rieur de PHelmend ;
22'» L'Haraouvatis (Arachosie) ;
23* Les Maka, qui habitaient les pays à l'occident de la Caspienne, entre le Caucase et le lac d'Ouroumiyèh. Ce nombre s'accrut encore par la conquête : à la fin de son règne, Darios comptait dans l'empire trente et une satrapies*.
Si chacun de ces gouvernements avait été régi par un seul homme, investi de pouvoirs royaux, et à qui il ne manquait du roi que le titre et l'hérédité, l'empire aurait couru le risque de se résoudre bientôt en un amas confus de principautés sans cesse en lutte contre la Perse. Pour éviter des révoltes perpétuelles, Darios évita de concentrer dans les mêmes mains l'autorité civile et le commandement militaire. Il établit dans chaque gouvernement trois officiers indépendants l'un de l'autre, et qui relevaient directement de la cour : le satrape*, le secrétaire royal
1. BehiHoufiy § 1, § 6. L'inscription de PersépoUs compte vingt-cinq satrapies; celle de Nach-i-Roustem en renferme trente et une; Hérodote (III, 90 95) n'en énumère que vingt. — 3. En perse : khshttirwpA, khshâtrapanj khshatrapdva.
/r/ija. Cleu7utrmi,-Gra'ff,Ihj%s
Dejnyinrpru^J. Gaultipr.
et le général. Les satrapes étaient choisis par le roi. Ils pouvaient être pris dans n'importe quelle classe de la nation, parmi les pauvres comme parmi les riches, parmi les gens de race étrangère comme parmi les Perses * : mais l'usage s'établit de ne confier les satrapies importantes qp*k des personnages alliés par le sang ou par un mariage à la famille roysde. Ils n'étaient pas nommés pour un espace de temps déterminé, mais restaient en charge aussi longtemps qu'il plaisait au souverain les y maintenir. Ils exerçaient le pouvoir civil dans toute sa plénitude, avaient des palais, des parcs ou paradis, une cour, des gardes du corps, des harems bien fournis, répartissaient l'impôt à leur guise, administraient la justice, possédaient le droit de vie et de mort en matière civile et criminelle., Ils avaient auprès d'eux un secrétaire royal; ce personnage, chargé ostensiblement du service de la chancellerie, n'était en réalité qu'un espion occupé à surveiller tous les actes et toutes les démarches de son chef pour en rendre compte à qui de droit. Les soldats perses, les troupes indigènes et les mercenaires cantonnés dans la province, étaient sous la main d'un général, souvent ennemi du satrape el du secrétaire. Ces trois pouvoirs rivaux se balançaient et se tenaient mutuellement en échec, de manière à rendre une révolte, sinon impossible, au moins difficile. Ils étaient en rapports perpétuels avec la cour par des services de courriers, régulièrement établis, qui transportaient leurs dépèches d'un bout de l'empire à l'autre en quelques semaines. Pour surcroît "de précautions, le roi envoyait chaque année dans les provinces des officiers qu'on nommait ses yeux et ses oreilles, parce qu'ils étaient chargés de voir et d'entendre pour lui ce qui se passait sur les parties les plus reculées de son territoire. Us paraissaient à l'improviste, examinaient l'état des choses, réformaient certains détails d'administration, réprimandaient et suspendaient au besoin le satrape : ils étaient accompagnés d'un
1. Hérodote, IX, 107, connaît au moins un satrape grec^ Xénagoraa d*Halicarna8se.
UST. ANO. 3â
546 CHAPITRE XIU.
corps de troupes qui appuyait leurs décisions et donnait à leurs conseils une autorité qu'ils n'auraient peut-être pas eue sans cela. Un rapport défavorable de ces officiers, une iésobéissance légère, même le simple soupçon d'une désobéissance, suffisaient à perdre un satrape ; quelquefois on Je déposait, souvent on le condamnait à mort sans procès, et on laissait aux gens de sa suite le soin de son exécution. Un courrier arrivait à l'improviste, remettait aux gardes l'ordre de tuer leur chef, et les gardes obéissaient sur simple vue du firman royal.
dette réforme administrative ne plut pas aux Perses : ils se vengèrent par des railleries de l'obéissance à laquelle Darios prétendait les plier. Kyros, disaientr-ils, avait été un père, Eambysès un maître : Darios n'était qu'un cabaretier affamé de gain ^ La division de l'empire avait eu un but financier autant et plus encore qu'un but politique : répartir, lever, verser l'impôt, était le grand devoir des satrapes. La Perse propre fut dispensée de charge régulière : ses habitants étaient seulement tenus de faire un^ cadeau au roi toutes et quantes fois il traversait leur pays. Le cadeau était proportionné à la fortune de l'individu; ce pouvait n'être qu'un bœuf ou un mouton, même un peu de lait ou de fromage, quelques dattes, une poignée de farine ou des légumes^. Les autres provinces furent frappées, en raison de leur étendue et de leur richesse, d'un tribut payable partie en argent, partie en nature. Le revenu en argent s'élevait à 1460 talents euboïques, ce qui fait en poids 82 799 866 francs, et en tenant' compte de la valeur relative de l'argent aux différentes époques, environ 663 000 000 de francs. Afin de rendre les payements moins difBciles, Darios mit en circulation une monnaie d'or et d'argent à laquelle on a donné son nom. Les doriques portent au droit une figure de roi armée de l'arc ou de la javeline : elles sont épaisses, irrégulières, grossières de
1. Aapetoc (làv ximiXoc K.a\i€C<n\ç Sk Seoicôrv);, Kûpoç Si icad|p» |aIv 6x1 ixaidjXtue «dbrra xà icpàTiuna.... (Hérodote, III, 89). — 2. HéfOdote, m, 97; Elien, Vwr. But., I, 31.
frappe. Tout l'argent brut qu'on recevait était coulé dans des vases de terre et conservé dans les trésors royaux, d'où il ne sortait que pour être monnayé selon les besoins ou le caprice du moment. L'impôt en nature n'était pas moins considérable. L'Egypte fournissait le blé nécessaire aux 120 000 hommes qui l'occupaient militairement *. Les Mèdes donnaient chaque année 100 000 moutons, 4000 mulets, 3000 chevaux; les Arméniens, 30 000 poulains*; les gens de Babylone, 500 jeunes eunuques; la Gilicie, 366 chevaux blancs, un pour chaque jour de l'année'. Les taxes royales n'avaient rien d'exagéré, mais elles ne sauraient donner la mesure des charges que supportait chaque province. Les satrapes ne recevaient aucun traitement de l'État : ils vivaient sur le pays avec leur suite et se faisaient payer largement par les indigènes. Le seul gouvernement de Babylone rendait chaque jour à Bon possesseur une pleine artabe d'argent* : l'Egypte, l'Inde, la Médie, la Syrie, ne devaient pas rapporter beaucoup moins, et les provinces les plus pauvres n'étaient pas les moins lourdement frappées. Les satrapes coûtaient à entretenir au moins autant que le roi.
Avec tous ses défauts, ce système était de beaucoup pré-' férable à celui qu'on avait employé jusqu'alors dans tout rOrient. Il assurait au souverain un budget régulier, mettait les provinces sous sa main, et rendait les révoltes nationales fort difficiles. La mort de chaque roi ne fut pas suivie comme autrefois de soulèvements dont la compres-r sion remplissait une bonne partie du règne suivant. Darios n'eut pas seulement la gloire d'organiser l'empire perse : il trouva une forme de gouvernement qui servit désormais de type aux grands États orientaux. Sa renommée d'organisateur a même nui à sa gloire militaire : on a trop souvent oublié qu'il avait agrandi ses domaines dans' le temps qu'il en régkdt l'administration. A force de victoires, les
1. Hérodote, 111,91. — S. Strabon, I. XI, 13, 14. — ^ 3. HérodcH^, Ut, 91; VI, 42/— 4. Id., I, 192. Gela fait par an, en poidà, près de 2 600 000 francs de notre monnaie.
548 , ' CHAPITRE Xin.
Perses en êtaienl arrivés à ne plus trouver d'issues que dans deux directions opposées, à Test vers Tlnde, à l'ouest vers la Grèce. Partout ailleurs ils étaient arrêtés par des > mers ou par des obstacles presque infranchissables aux lourdes armées de l'époque, au nord : la mer Noire, le Caucase, la Caspienne, les steppes de la Tartane ; au sud, la mer Erythrée, le plateau sablonneux de l'Arabie, le désert d'Afrique. Un moment, vers 512, on put croire qu'ils allaient se jeter à l'est*. Du haut des montagnes qui bornent l'Iran, ils dominaient au loin le^ immenses plaines de l'Heptahendou (Pendjab). Darios envahit ce pays, y conquit des territoires étendus, dont il forma une satrapie nouvelle, celle de llnde, puis, renonçant à pousser plus loin vers le Gange, fit reconnaître les régions du sud. Une flotte construite à Peukéla et placée sous les ordres d'un amiral grec, Skylax de Karyanda, descendit l'Indos jusqu'à son embouchure et soumit sur son passage les tribus qui bordaient les deux rives du fleuve. Parvenue à la mer, elle cingla. vers le couchant et releva en moins de trente mois les côtes de la Gédrosie et de l'Arabie.
Une fois engagés dans l'Inde, les Perses auraient pu y fournir sans grand péril une carrière brillante et lucrative. Je ne sais quelle circonstance les empêcha de poursuivre leurs premiers succès et ramena leur attention sur les pays de l'Occident, Darios forma le dessein de soumettre les Grecs d'Europe. Mais, avant de se lancer dans cette expédition, la prudence lui commandait de conquérir ou du moins d'effrayer les peuples qui auraient pu inquiéter sa marche : il attaqua les Scythes. Une première expédition, commandée par Ariaramnès, satrape de Cappadoce, franchit le Pont-Euxin, débarqua sur la côte opposée quelques milliers d'hommes et ramena des prisonniers qui fournirent aux généraux perses toutes les informations dont ils avaient besoin*. Darios^ renseigné
1. La satrapie de Tlnde n*est pas nommée dans rinscription de Béhistoun, mais se trouve sur les listes de Persépolis et de Naoh-i- Roustem. L'expédition de Darios doit donc se placer entre 515 et 512.— 2. Ctésias, Persica^ § 16.
par eux, franchit le Bosphore avec huit cent mille hommes , soumit la côte orientale de la Thrace et passa le Danuhe sur un pont de hateaux construit par les Grecs dlonie (508). Les Scythes n'acceptèrent point la bataille qu'il leur offrait : ils détruisirent les fourrages^ comblèrent les puits, emmenèrent le bétail et se retirèrent dans l'intérieur, le laissant aux prises avec la famine et les difficultés du terrain. L'intendance perse avait pris ses précautions et rassemblé toutes les provisions nécessaires: deux mois durant, ûarios parcourut les steppes de Tlster au Tanaïs. Il pénétra au cœur même de la Riisskj Lrtila les villages, saccagea tout ce qu'il rencontra, puis revint vers le sud sans autre perte que celle de quelques malades* Pendant son absence, les Barbares avaient engagé les Grecs à détruire le pont de bateaux et à retourner chacun dans sa ville. Miltiades d'Athènes, tyran de Clicrsonèse, voulait qu'on suivît leur conseil : HistiœosdeMilei s'y opposa, et son avis prévalut*. Darios, revenu sain et sauf, rentra en Asie, après avoir laissé à Mégabyzos une armée de quatre-vingt mille hommes qui soumit Tune après l'autre les tribus indigènes et les villes grecques de la Thrace et força le roi de Macédoine à se reconnaître tributaire (506). L'expédition de Scythie est considérée d'orflinaire comme un caprice de despote :en fait, ce fut une entreprise bien conçue et bien menée. Elle valut à la Perse une province nouvelle, la province de Thrace, et, ce qui valait mieux, elle assura à l'empire la tranquillité. Les Scythes terrifiés se gardèrent bien de l'inquiéter et en respectèrent désormais les frontières. Darios, assuré de ce côté, fut libre de poursuivre ses projets de conquête sur l'Occident.
La Thrace et la Macédoine soumises d'une part^ les Grecs de la Gyrénaïque réduits de l'autre (506), les Perses se trouvaient mis directement en contact avec la Grèce propre. L'invasion qu'ils méditaient fut prévenue par une révolte de la Grèce d'Asie. H n'entre pas dans le plan de