BUT, ANC
avait sa tombe isolée dans cette partie de la nécropole Memphite que les Grecs appelaient le Sérapéion. Elle se composait d'un édicule orné de bas-reliefs sous lequel on pratiquait une chambre carrée à plafond plat. Vers le milieu du règne de Ramsès II, au tombeau isolé on substitua un cimetière commun. On creusa dans la roche vive une longue galerie d'une centaine de mètres de long, sur chaque côté de laquelle ont été successivement percées quatorze chambres assez grossières; plus tard, le nombre des galeries et des chambres s'accrut à mesure que le besoin s'en faisait sentir. La momie d'Hapi une fois mise en place, les ouvriers muraient l'entrée de la chambre; mais les visiteurs ou les dévots avaient l'habitude de déposer, soit dans le mur même qui barrait l'accès du caveau, soit dans les parties voisines du rocher une stèle contenant leur nom . et une prière à l'Hapi mort. *. Ge culte, établi d'une manière définitive par le second roi de la deuxième dynastie, dura jusqu'aux derniers jours de l'Egypte. Mais alors, après la dispersion des prêtres, les tombes furent violées, puis abandonnées, et le désert s'en empara : au bout de quelques années le sable les avait recouvertes. Il était réservé à M. Mariette de les retrouver en 1851, après quatorze siècles et plus d'un oubli complet.
Telle est dans son ensemble la religion égyptienne. Nous devons reconnaître que, malgré l'étrangeté de certaines conceptions, elle ne manquait ni d'élévation ni de grandeur. Mais au cours des siècles elle s'altéra et se perdit. Dans les textes d'époque grecque et romaine, l'idée si haute de la divinité que s'étaient faite les premiers théologiens de l'Egypte perce encore par instants; on rencontre encore maints lambeaux de phrases, maintes épithètes qui prouvent que le principe de la religion n'était pas oublié. Mais le plus souvent ce n'est pas avec le Dieu infini et insaisissable des anciens jours que nous avons affaire, c'est avec un dieu de
L Cf. pour tout ce qui a rapport au culte d'Apis, Mariette, Mémoire sur la mère d'Apis, Paris, 18b6, m-4%
chair et d*os, qui vit sur la terre et s'est abaissé à n'être plus qu'un homme et qu'un roi. Ce n'est plus ce dieu dont on ne connaît ni la forme ni la substance : c'est Khnoum à Esneh, Hathor à Denderah ; c'est Hor-em-akhouti (Harmakhis) patron d'Edfou, roi de la dynastie divine. Il a une cour, des ministres, une armée, une flotte. Son fils aîné, Har-hout, prince de Koush et héritier présomptif de la couronne, commande les troupes; le premier ministre Thot, dieu de son métier et inventeur des lettres, connaît sa géographie et sa rhétorique sur le bout du doigt : il est d'ailleurs historiographe de la cour et se trouve chargé, par décret royal, du soin d'enregistrer les victoires de son seigneur et de trouver pour elles des noms sonores.
Quand le dieu fait la guerre à son voisin Typhon, il n'emploie pas contre l'ennemi les armes célestes* dont on pourrait supposer qu'il dispose à son gré. Il se met en expédition avec ses archers et ses chars, descend le Nil sur sa barque, comme aurait pu faire le dernier venu des Pharaons, ordonne des marches et des contre-marches savantes, livre des batailles rangées, soumet des villes, jusqu'au moment où l'Egypte entière se prosterne devant lui et reconnaît son autorité. C'est que les Égyptiens du temps des Ptolémées au dieu unique d'autrefois avaient substitué des dieux-rois, sur la légende desquels leur fantaisie a brodé maints détails. Que ces détails soient le plus souvent d'origine égyptienne et n'aient pas été empruntés aux nations étrangères, rien de mieux, le fait est certain. Toute cette végétation parasite de mythes et de traditions qui est venue se greffer sur l'ancien mythe et l'a presque étouffé est un produit authentique du sol national. Mais qu'on puisse légitimement s'appuyer sur ces élucubrations mystiques des bas âges pour reconstituer le système religieux des premiers Pharaons, c'est là ce que je n'admets à aucun prix. Nous devons nous borner à étudier dans les textes d'époque ptolémaïque la mythologie d'époque ptolémaïque et rien de plus. Essayer d'en induire la religion àa^ ^^wfe.rations antérieures serait au moins tèm&iaiTe \ ^xA^uX^t^
tendre restituer avec Yhellénisme de Julien^ ou le tnithraïsmej la religion des héros homériques*.
jfitiAlillMienieiit de la monarelile historique) Mena.
Dans les derniers temps de la période antéhistoriquc, la classe sacerdotale avait obtenu la suprématie sur les autres classes de la nation. Un homme, originaire de Théni, dans la Haute Egypte, et nommé Mena (Mènes), détruisit la domination des prêtres et fonda la monarchie égyptienne '.
Elle dura quatre mille ans au moins, sous trente dynasties consécutives, de Mena jusqu'à Nectanébo-. On divise d'ordinaire cet intervalle de temps, le plus long qu'ait enregistré l'histoire, en trois parties : l'Ancien Empire, de la première à la onzième dynastie ; le Moyen Empire, de la onzième dynastie à l'invasion des Pasteurs ; le Nouvel Empire, de l'invasion des Pasteurs à la conquête persane. Cette division a l'inconvénient de ne pas tenir un compte suffisant de la marche de l'histoire. Il se produisit en effet trois grandes révolutions dans la vie historique de l'Egypte. Au début des dynasties humaines, le centre de gravité du pays est à Memphis : Memphis est la capitale et le tombeau des rois, impose ses souverains au reste du pays, sert d'entrepôt au commerce et à l'industrie égyptienne. Vers la sixième dynasiie, le centre de gravité se déplace et tend à descendre vers le sud. Il s'arrête d'abord à Héracléopolis dans la Moyenne Egypte (neuvième et dixième dynasties), et finit par se fixer à Thèbes avec la onzième dynastie. Dès ce moment Thèbes devient la capitale réelle du pays et lui fournit ses rois : à l'exception de la quatorzième dynastie Xoïte, toutes les dynasties, de la onzième à la vingt et tiÉième, sont thébaines d'origine. Quand les Pasteurs envahissent l'Egypte, la Thébaïde devient le refuge de la n^ationalité égyptienne, et ses princes, après avoir lutté
pseûdant des siècles contre les conquérants, finissent par
i. Cf. Jtfaspero, sur la Littérature religieuse, p. 465-466. — 2. Hérodote^ If, 4, 99; Diodore, î, 45.
L KGYPTE PRIMITIVE. 53
affranchir toute la vallée du Nil au profit d'une dynastie thébaine, la dix-huitième, qui ouvre l'ère des grandes guerres étrangères. Sous la dix-neuvième dynastie, un mouvement inverse à celui qui s'était produit vers la lin de la première période reporte peu à peu le centre de gravité vers le nord du pays. Avec la vingt et unième dynastie Tanite,Thèbes cessa de tenir le rang de capitale, et les villes du Delta, Tanis, Bubaste, Mendès, Sébennytos et surtout Sais se disputèrent le premier rang. Désormais toute la vie politique du pays se concentra dans les nomes maritimes : les nomes de la Thébaïde, ruinés par les invasions éthiopiennes et assyriennes, perdirent leur influence ; Thèbes tomba en ruine et ne fut plus qu'un rendez-vous de touristes curieux. Je proposerai donc de diviser l'histoire d'Egypte en trois périodes correspondant chacune à la suprématie d'une ville ou d'une portion du pays sur le pays tout entier.
1"* PÉRIODE MEMPHITE (PREMiÈRE-DIXiÈME DYNASTIES].
— Suprématie de Memphis et des rois memphites.
2* Période thébaine (onzième-vingtième dynasties).
— Suprématie de Thèbes et des rois thébains. — Cette période est divisée en deux parties par l'invasion des Pasteurs:
a. Ancien Empire thébain. Onzième-seizième dynasties.
b. Nouvel Empire thébain. Seizième-vingtième dynasties.
3« PÉRIODE SAÏTE (viNGT ET UNIÈME-TRENTIÈME DYNAS- TIES). — Suprématie de Saïs et des autres villes du Delta.
— Cette période est divisée en deux parties par l'invasion perse :
a. Première période saïte. Vingt et unième-vingtsixième dynasties.
b. Deuxième période saïte. Vingt-septième-trentièmo dynasties*.
t Revue critique, 1873, 1. 1, p. 82*&3.
54 Chapitre ii.
Mena et les dynasties Thinites. — Les trois premières dynasties memphites et l'époque des Pyramides. — De la littérature égyptienne pendant la période memphite. — De la sixième à la onzième dynastie.
mena et les dynasties Thinttes.
Vainqueur de la classe sacerdotale, Mena ne crut pas devoir fixer le siège de son gouvernement au lieu de sa naissance. Théni, ville d'Osiris et centre du seul culte commun à toute TÉgypte, lui parut sans doute trop dévouée aux prêtres dont il venait de briser Tau torité. A nouvel empire, nouvelle capitale : il fonda Memphis, sur la rive gauche du Nil, à quelques lieues au sud de la pointe du Delta*. « Ce Mènes, au dire des prêtres, entoura Memphis de digues. Jadis en effet tout le fleuve coulait vers la Libye, le long de la montagne sablonneuse [qui borne TÊgypte à l'occident] : Menés, à cent stades au-dessus de Memphis, combla le bras qui va vers le midi, mit à sec l'ancien lit, et contraignit le fleuve à couler au milieu de Tespace qui sépare les deux montagnes. Encore maintenant les Perses surveillent avec le plus grand soin ce bras du Nil qui coule dans un lit distinct, et consolident la digue chaque année; car si le fleuve voulait la rompre et déborder de ce côté, il serait à craindre que Memphis entière ne fût inondée. Lors donc que ce Mènes, le premier qui devint roi, eut enclos de digues un terrain solide, il y fonda cette ville qui est aujourd'hui appelée Memphis (car Memphis, elle aussi, est
1. Diodore (I| 50) attribue la fondation de Memphis à un autre roi gu^jl nomme Ouckoreus.
dans la partie étroite de TÉgypte) ; en dehors de la ville et tout autour d'elle, il creusa un lac qui, dérivé du fleuve, va vers le nord et Touest, car le côté de Torient c'est le Nil quiTenclôt^ »
La digue de Menés existe toujours : sous le nom de digue de Koschéischy elle sert de clef aux réservoirs d'inondation de la Haute Egypte. La nouvelle ville appelée Mannower, « la bonne place *, » fut consacrée au dieu Phtah, qui lui donna son nom sacré de Ha-ka-Phtah^ « demeure de Phtah, » dont les Grecs ont lait Egypte •. Sa fondation eut sur les destinées de TÉgypte primitive une influence décisive. Jusqu'alors les nomes du sud, avec leurs sanctuaires antéhistoriques, sièges de la domination sacerdotale, avaient joué dans Thistoire de la civilisation le rôle principal. En fixant son séjour à la pointe du Delta et en attirant à Memphis les forces vives du pays. Mena déplaça pour ainsi dire le centre de gravité du pays et le porta du sud au nord. Tandis que Théni et Abydos, tombeau d'Osiris, Thèbes, patrie du dieu, Dendérah, séjour d'Hathor, étaient délaissées et s'enfonçaient de plus en plus dans une obscurité profonde, Memphis et les villes voisines devenaient le foyer de la civilisation égyptienne. C'est à Memphis que la littérature se développe et fleurit; à Memphis, dans le palais des rois, que les sciences exactes sont cultivées avec le plus de soin ; à Memphis enfin que les arts plastiques produisent leurs chefs-d'œuvre.
Mena, tel que nous le présente la tradition, est le type le plus complet du monarque égyptien. U est à la fois constructeur et législateur : il fonde le grand temple de Phtah à Memphis* et règle le culte des aieux*. Il est guerrier et conduit des expéditions hors de ses frontières*. L'histoire sacerdotale, sévère pour l'homme qui avait dépossédé les prêtres, attribue une fin malheureuse à une vie
1. Hérodote, II, 99. — 2. Peut-être ■ le bon port •. — 3. Brugsoh, C. Insch.fi. 1, p. 83. — 4. Hérodote, 11, 99. — 5. Diodore, I, 94, qui en cet endroit donne à Mena le nom de Mtuvis. — 6. Rlanéthon, édit. Ungcr, p. 78.
si brillante : elle fait mourir Mena sous la dent d'un hippopotame, après un règne de soixante à soixantedeux ans ^
La légende s'attacha bientôt à son nom. On raconta qu'il avait perdu son fils unique à la fleur de Tâge : le peuple avait composé à ce sujet un chant de deuil nommé Manéros, dont Tair et les paroles s'étaient transmis de siècle en siècle*. On fit de lui un roi ami du luxe, qui avait inventé Fart de servir un dîner, et montré à ses sujets la manière de manger étendu sur un lit '. Aussi un prince saïte, Tawnecht, père du Bokenranw^ de la vingt-quatrième dynastie, pendant une expédition contre les Arabes, où l'aridité du pays le força de renoncer à la pompe et aux délicatesses de la royauté pour vivre quelques jours durant la vie d'un simple particulier, maudit solennellement Mena, et fit graver ses imprécations sur une stèle dressée dans le temple d'Ammon, à Thèbes *. Gela n'empêcha point le premier roi humain de rester toujours cher aux Égyptiens : son nom se retrouve en tête de presque toutes les listes royales, et son culte se perpétua jusque sous les Ptolémées ^
Nous ne savons rien ou presque rien des rois qui composent les trois premières dynasties. Leurs monuments ont péri ou n'ont pas encore été retrouvés, et le peu que nous connaissons de leur vie tient plus de la légende que de l'histoire. Manéthon énumérait avec une complaisance superstitieuse les miracles qui avaient attristé ou réjoui leurs règnes. Une grue à deux têtes apparue dans la première année de Têta, le fils de Mena, avait été pour l'Egypte le présage d'une longue prospérité^; sous Ouénéphès une
t. Manétlion,p. 78-81. Cf., pour tout le rôle de Mena, Bunsen, Egypt's place, t. II. — 2. Hérodote, II, 79. Cf. sur le Manérôs, Hosychius, *. V. Mavépei);; Suidas,*. vv.Mavépw; et Ilepiiiaveô;. — 3. Diodore, 1, 45. — 4. Diodore, I, 45; de Iside et Osiride, § 8. Tawnecht et Bokenranw sont appelés TvéçayÔoç ou Téxvati; et Boxxopi;. — 5. Stèle d'Ounnowré au LOiïvre, Salle historique, 421. Cf. de Rougé, Recherches sur les monu» ments qu'on peut attribuer aux six premières dynasties de Manéthon^ p. 30-31. — 6. iElien, //. Anim,, XI, 40 qui donne au fils de Mena le nom d'O'.vîç.
grande famine avait dépeuplé le pays^ Çà et là, quelques détails trop brefs sur les constructions royales : Têta avait jeté les fondations du grand palais de Memphis^, et Ouénéphès élevé les pyramides de Kô-komè, près du bourg actuel de Saqqarah '. Plusieurs de ces vieux rois, si éloignés de nous qu'on a peine à s'imaginer qu'ils ont vécu, avaient ambitionné le renom d'écrivain ou de avant. Têta avait étudié la médecine et composé des traités d'anatomié*; le chapitre LXIV du Livre des Morts % et l'un des ouvrages contenus au Papyrus Médical de Berlin, passaient pour avoir été découverts « dans les jours de la sainteté du roi des deux Égyptes (Hesepli)) le véridique*,» Sous Sémempsès, petit-iils d^Hesepti, une peste terrible décima la population : les lois se relâchèrent, de grands crimeis furent commis, et des révoltes éclatèrent, qui amenèrent bientôt la chute de la première dynastie.
La seconde était originaire de Théni, et se rattachait par quelque lien encore inconnu à la famille de Mena. Mané- Àon ne connaissait du fondateur Boutsâou [Eorfioç) NouterbaïoUj que la mention d'un grand désastre : un gouffre s'était ouvert près de Bubaste et avait englouti beaucoup de gens ^. Mais avec Kakéou (Kaii/(tac,) commence une série de rois législateurs, dont les décrets modifièrent profondément la constitution religieuse et politique ide KÈgypte. Kakéou proclama dieux l'Hapi de Memphis, le Hnévis d'Héliopolis et le bouc de Mondes : aussi son nom royal signifie-t-il « le mâle des mâles » ou « le taureau des taureaux », par allusion sans doute aux idées symboliques qui régnaient de son temps, et auxquelles la divinilation des animaux sacrés donna une confirmation éclatante*. Son successeur, Baïnouterou (Bivœôpiç), accorda le
1. Manéthon, édit, Unger, p. 79. —2. Id., p. 78. — 3. Id., p. 79; Bragsch, G. Inseh., I, p. 124, 240; Mariette, Histoire (VÉgypICf 2*édit., |. 134. — 4. Manéthon, édit. Unger, p. 78. — 5. Goodwln, dans la ZtiUekn'ft, 1867, p. 55 56. — 6. Papyrus médical^ édit. Brugsch, |L XV, l. 1-2. — 7. Manéthon, édit. Unger, p. 84; de Rougé, Recheràttsur les monumenlSf p. 20-21. — 8. Manéthon et de Rougé, ïoc. cit.
droit de succession aux femmes de sang royal, déterminé à cela par des raisons religieuses autant que politiques. En Egypte, le roi n'était pas, comme partout ailleurs, un homme chargé de gouverner d'autres hommes. Successeur et descendant des divinités qui avaient régné sur la vallée du Nil, il est la manifestation vivante et Tincarnation de Dieu : fils du Soleil [Se jRd), ainsi qu'il a soin de le proclamer Lien haut partout où il écrit son nom , le sang des dieux coule dans ses veines et lui assure le souverain pouvoir. Sans doute, tant que la postérité mâle ne fit pas défaut aux rois, les filles, reléguées dans le gynécée, n'eurent aucun droit à la couronne. Quand la lignée mâle manqua, plutôt que de laisser tomber la royauté aux mains d'une famille humaine, on se souvint que les filles, elles aussi, pouvaient perpétuer la race solaire, et on leur accorda le droit de succession. Dès lors, toutes les fois qu'une dynastie vint à s'éteindre, le fondateur de la dynastie nouvelle, dont le plus grand souci était de se rattacher à la famille divine, épousa les princesses du sang royal ou les donna pour femmes à ses enfants. Cette union renouait la chaîne un moment interrompue des dynasties solaires, et par là même légitimait l'usurpation *.
Les autres princes de la deuxième dynastie ne nous ont guère laissé que leur nom. Send (Seôévriç) était encore vénéré à l'époque grecque *; on dit que sous Nowerkara (NsçEp^épiiç) le Nil roula du miel onze jours durant ; et Sésochris passait pour avoir été un géante Quelques-uns des monuments trouvés dans les nécropoles de Memphis, le tombeau de Thothotep àSaqqarah, les statues de Se/?a, aujourd'hui conservées au musée du Louvre, paraissent pouvoir être reportés jusqu'à cette époque. Ils présentent tous les caractères d'un art encore dans l'enfance. » Les hiéroglyphes et les figures sont en relief plus vigoureux qu'ils ne le seront par la suite. Les figures sont trapues, ébau-
1, De Rougé, Notice de quelques textes hiéroglyphiques, p. 36 sqq.; Maspero, Essai sur Vinscription du temple d'AbydoSj p. 69-70. — 2, De Rougé, Recherches, p. 31. — 3. Manéthon^ édit. Unger, p. 84.
chées à grands coups plutôt que finîes. Les hiéroglyphes sont comme en désordre ; les formes inconnues et inusitées y sont communes; ils sont lourds, espacés, gauchement ajustés. On n'a pas su les proportionner les uns avec les autres, ni avec les figures qu'ils accompagnent. Les personnages ont la paupière inférieure bordée d'une bande verte. En ce qui regarde la langue et l'écriture, on n'en saurait trop rien dire, vu le petit nombre d'exemples dont nous disposons. Cependant certaines formules, qui bientôt seront banales, semblent être inconnues. La phraséologie est brève. Il y a un moins fréquent usage du phonétisme. Les charges attribuées au défunt sont souvent propres à cette époque et intraduisibles. Tout, dans l'écriture aussi bien que dans la sculpture, présente quelque chose qui dépayse l'œil*. »
Avec le dernier roi de la deuxième dynastie s'éteignit probablement la descendance directe de Mena. Elle avait régné cinq siècles et demi, et accompli durant cet intervalle une œuvre qui n'était ni sans gloire ni sans difficulté. Mena avait réuni sous son autorité toutes les tribus qui habitaient la vallée du Nil ; mais leur fusion en un seul peuple ne pouvait être l'ouvrage d'un seul règne. Les princes des nomes, réduits à la condition de gouverneurs héréditaires, durent s'habituer difficilement à leur vasselage et saisirent sans doute tous les prétextes de révolte que leur offrirent la cruauté ou la faiblesse de certains rois, fi est très-probable que plusieurs d'entre eux réussirent à regagner leur indépendance et même à établir des dynasties collatérales qui disputèrent le pouvoir suprême à la famille régnante ou parfois la réduisirent à une impuissance momentanée. La plupart des noms royaux qui figurent sur certaines listes pharaoniques et ne se retrouvent pas dans des listes de Manéthon, appartiennent probablement à ces dynastes illégitimes. Les descendants de Mena finirent par triompher de ces résistances et par s'imposer au pays entier. Les princes des nomes plies à l'obéissance
1, Mariette, Sur les tombes de V Ancien £iupire,p, V^,
devinrent les grands dignitaires de la cour pharaonique et les premiers officiers du roi ; les tribus se mêlèrent et se fondirent « d'Abou jusqu'à Adhou », d'ÉIéphantine au Delta. Mena avait fondé un royaume d'Egypte : ses successeurs des deux premières dynasties formèrent une nation égyptienne*.
lies trots prenkièrem dynasties niemiphllcs et réipo^ue des pyramides.
La troisième dynastie était memphite. Ce fjait, attesté par Manéthon, est de la plus haute importance pour l'histoire de cette époque. Jusqu'alors, en effet, Théni avait retenu son ancien prestige et continué d'imposer ses princes au pays tout entier. En rompant avec elle, l'Egypte rompait définitivement avec son passé sacerdotal et achevait la révolution commencée par Mena. Dès lors, Théni ne cessa de déchoir. Abydos, construite à quelques milles à peine
1. Voici^ restitué aussi complètement qu'on peut le faire en ce moment, le tableau des deux premières dynasties.
!'• Dynastie thinite.
II* Dynastie thinite.
— MENA (MVjvïi;, MveOiç).
— BouTsXou (BoT)66;).
— TETACAôw6i;a').
— KÀKÉou (KaUxttK),
— ATÔTH("AecoOi<;P')
— Baïnouterou (Biv(i>6pic).
- ATA 1 Kenk^hx.
— Outsnas (TXdû;).
— Send (SÊeévyjç).
— ? (XaipTj;),
— Hesepti (OùaaçàtSo;).
— Nowerkara (Neçepxlp»);).
— Merïba (Mié6'.8o;).
— NOWERKASOKAR (lédW-
— ? (lÊ(xeV4;r5;).
xpic).
— QaBOUH'ou (Xou6i8viri; ?
— î (Xsvrfpijç).
BievéxTld.
Cf. Mariette, la Table de Saqqarah et la Nouvelle Table d* Abydos; de Rougé, Recherches sur les monuments qu'on yeut attribuer aux six premières dynasties; Dévéria, la Table d^Abydos*
de la vieille cité, autour du tombeau d'Osiris, lui enleva les hommages des fidèles. Memphis devint, de résidence officielle du roi, le berceau et Tapanage de la famille royale. Reine de TÉgypte pendant sept siècles, elle produisit successivement trois dynasties, les plus illustres de toutes celles qui dominèrent sur la vallée du Nil en ces temps reculés.
Les débuts de la troisième dynastie furent marqués par des troubles sérieux. Les Libyens, soumis depuis Mena, se révoltèrent contre le roi Nékhérôphès et menacèrent l'intégrité de Tempire. Au moment décisif, la superstition vint en aide aux Egyptiens. Une nuit, tandis que les deux armées étaient en présence, le disque de la lune sembla s'accroître démesurément, au grand effroi des ennemis qui prirent ce phénomène pour un signe de la colère céleste et se soumirent sans combat ^ La paix rétablie ne fut plus sérieusement troublée et sa durée favorisa le développement des sciences et des arts. Le successeur de Néchérôphês, Tosorthros perfectionna l'écriture et la taille des blocs de pierre. Médecin connue Téta, il avait composé des traités qui existaient encore aux premiers siècles de l'ère chrétienne : aussi les Grecs l'avaient-ils identifié avec leur dieu Asclépios, ïlmhotep des Égyptiens*. Sous l'influence de ce roi et de ses successeurs la richesse du pays s'accrut, les monuments se multiplièrent. Encore quelques règnes, et les tombeaux vont nous livrer une masse de documents originaux telle que nous pourrons reconstituer d'une manière certaine non-seulement l'histoire des souverains, mais la vie des simples particuliers.
Une lieue environ à l'ouest de Memphis, la chaîne Libyque forme un vaste plateau qui court dans la même direction que le Nil, sur une longueur de plusieurs lieues. A l'extrémité septentrionale, un roi demeuré inconnu, mais qu'il faut peut-être reporter jusqu'aux temps antérieurs à Mena, avait fait tailler dans le roc un sphinx énorme, symbole d'Harmakhis, le soleil levant. Plus tard un temple d'albâtre