‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 4)Chapitre 100 sur 190 · XIII. — DARAYAVOUS TII · texte numérisé non relu

XIII. — DARAYAVOUS TII

Aapstos B TQyos n N6éboc ’Apraëtoëns 8 Mymnwy.

’Aptaktoëne y “Qyoc.

Apoñs.

Aapetos y KoÏépavvas.

Des procédés employés à la formation des écritures antiques. — Les caractères cunéiformes. — Les écritures égyptiennes : l'alphabet, le syllabaire, les caractères déterminatifs. —- Origine de l'alphabet phénicien, ses dérivés sémitiques; ses dérivés ariens.

Des procédés employés à la formation des écritures antiques. Les caractères cunéiformes.

Pour fixer l'expression de la pensée, l’homme a mis en œuvre deux procédés qu’il peut appliquer séparément ou ensemble : l’idéographisme ou peinture des idées, le phonétisme ou peinture des sons. On peut représenter les idées de deux manières : directement, par figure des objets euxmêmes; symboliquement, par reproduction d’un objet matériel ou d’une figure convenue pour rendre une idée abstraite. On peut de même représenter les sons de deux manières : par syllabes, en exprimant d’un seul signe un ensemble formé d’une où plusieurs consonnes et d’une voyelle; par caractères alphabétiques, qui représentent chacun une seule consonne ou une seule voyelle. Tous les systèmes d'écriture ont commencé par peindre les idées et ne sont arrivés que lentement à la peinture des sons.

Le procédé qui consistait à exprimer l’objet par la peinture de l'objet même, le soleil par un disque ©, la lune par un croissant ), ne permettait de rendre qu'un certain nombre d'idées toutes matérielles. I fallut aussitôt recourir aux symboles. Les symboles sont de deux sortes, simples ou complexes. Les simples se forment : par synecdoche, en peignant la partie pour le tout, la prunelle, @, pour l'œil, «>; la téte de bœuf, #, pour le bœuf complet, %s. Par métonymie, en peignant la cause pour l'effet, l'effet pour la cause, ou l'instrument pour l’œuvre accomplie, le

disque solaire, ©, pour le jour; le brasier fumant, À, pour

le feu; le pinceau, V'encrier et la palette du scribe, ou , pour l'écriture. Par métaphore, en peignant un objet qui avait quelque ressemblance réelle ou supposée avec l’objet de Tidée exprimée, les parties antérieures du lion, —?, Le pour marquer l'idée de priorité; la quépe, 12 pour la royauté; le tétard de grenouille, N, pour les centaines de mille. Par énigme, en employant l’image d’un objet qui n’a que des

rapports fictifs avec l’objet de l'idée à noter; un épervier

sur un perchoir, <, pour l'idée de dieu; une plume d’au-

truche, b, pour l’idée de justice. Les idéogrammes complexes se forment d’après les mêmes principes que les idéogrammes simples. Ils consistent, à l’origine, dans la réunion de plusieurs.images dont la combinaison rend une idée qu'un symbole simple n’aurait pu noter. Ainsi, en égyptien, un croissant renversé accompagné d’une étoile, TX, rend l’idée de mois; un veau courant et le signe de l’eau,

Per, celle de so. L'écriture idéographique était un moyen fort incomplet de fixer et de transmettre la pensée. Elle ne pouvait que placer des images et des symboles à côté les uns des autres, sans établir de distinction entre les différentes parties du discours, sans noter les flexions spéciales aux temps du verbe, aux cas et au nombre . des noms: il fallut joindre la peinture des sons à la peinture des idées. Bien que par nature les symboles d'idée ne représentent aucun son, celui qui les lisait était obligé de les traduire par le mot attaché dans la langue parlée à l'expression de la même idée. Au bout d’un cértain temps, ils éveïllèrent dans l'esprit de qui les voyait tracés, en même temps qu'une idée, le mot ou les mots de cette idée, partant une prononciation : on s’habitua à retrouver sous chaque figure et sous chaque symbole une ou plusieurs prononciations fixes et habituelles qui firent oublier au lecteur la valeur purement idéographique des signes pour ne produire sur lui que impression d’un ou de plusieurs sons.

Le premier essai de phonétisme se fit par rébus; on se servit des images sans tenir compte des idées pour représenter le son propre à leur sens premier. On en vint,

à peindre, de la même manière, des mots semblables de son, mais divers de sens dans la langue parlée. Le même assemblage de sons nowEr marquait, en égyptien, l'idée concrète de luth, et l'idée abstraite de bonté : le signe à rendit par figure l'idée de luth, par rébus l’idée de bonté. En groupant plusieurs signes on écrivit de longs mots, dont la prononciation se composait, en partie, du son de tel signe, en partie de celui de tel autre. Le lapislazuli se dit, en égyptien, xxespez; on écrit quelquefois ce mot par la figure d’un homme qu tire (Knes) la queue

d’un cochon (pEB), À. Dans une langue où tous les mots n'ont qu’une seule syllabe, en chinois par exemple, l'emploi du rébus ne pouvait manquer de produire une écriture où chaque signe idéographique, pris dans son acception phonétique, représentait une syllabe isolée. Dans les autres langues , le système de rébus ne donnait pas encore un moyen facile de décomposer les mots en leurs syllabes constitutives et de représenter chacune d'elles séparément par un signe fixe et invariable. On choisit un certain nombre de caractères auxquels on attribua non plus la valeur phonétique qui résultait du son de toutes les syllabes, mais celle qui résultait du son de la syllabe initiale. On en vint de la sorte à former des systèmes d'écriture où tous les caractères idéographiques à l'origine ne représentaient plus à l'ordinaire que des syllabes simples ou complexes".

Les Touraniens de Chaldée nous ont laissé l'exemple le plus ancien d’une écriture syllabique. Leur système adopté par les Assyriens se répandit au nord et à l'est en Arménie, en Médie, en Susiane, en Perse, et ne cessa d’être employé que vers les premiers siècles de notre ère”. Oublié pendant toute la durée du moyen âge, il n’a été sérieusement étudié que depuis une centaine d’années. Niebubr (1765), Tychsen (1798), Münter (1800), frayèrent la voie à Grotefend, qui le premier, en 1802, réussit à déchiffrer les

1. Fr, Lenormant, Essai sur la propagation de l'Alphabetphénicien parmi les peuples de l'Ancien monde, t. 1, p. 1-52.— 2. L'inscription cunéiforme la plus moderne porte le nom d'un-roi parthe Pacorus, qui régnait entre

77 eti11 après J. C. Voir Oppert dans les Mélanges d'archéologie égyptienne et ussyrienne, t. I, p. 23-29.

cunéiformes persans et donna un alphabet rectifié et compléte en 1836 par les recherches d'Eugène Burnouf en France, de Christian Lassen en Allemagne. Quelques années plus tard un Anglais, Henry Rawlinson, porta l’étude des inscriptions Achéménides à un tel degré de perfection que les travaux de MM. Oppert et Spiegel n’ont pu changer que des détails à ses premières traductions. Le déchiffrement du perse ancien n’était qu’un acheminement à l'intelligence des textes babyloniens, assyriens et mèdes. La découverte de Ninive par M. Botta, consul de France à Mossoul (1846), les fouilles de M. Layard à Koyoundjik et à Nimroud (1849-1851), livrèrent au public une grande quantité de documents nouveaux que MM. Rawlinson, Hincks et Fox Talbot en Angleterre, de Saulcy et Oppert en France, parvinrent à déchiffrer avec certitude. Dès lors les progrès de la science assyrienne ont toujours été constants; après avoir lu les textes babyloniens, ninivites et mèdes on s’est attaqué aux débris de la vieille littérature chaldéenne. En moins de trente ans, un monde nouveau de langues et de peuples inconnus s’est ouvert à l'étude : trente siècles d'histoire sont sortis des tombeaux et ont reparu au grand jour’.

Les écritures des différents systèmes sont toutes formées . par les combinaisons d’un même signe horizontal —, vertical |, ou tordu en forme de crochet <. Cet élément a le plus souvent l'aspect d’un clou ou d’un coin, d’où le nom de cunéiformes qu’on donne le plus souvent aux écritures de ce type?. Nous avons vu ailleurs que les paquets de clous qui forment aujourd’hui les caractères dérivent de signes hiéroglyphiques défigurés peu à peu au cours des âges. Quelques-uns d’entre eux sont de véritables idéogrammes; le plus grand nombre expriment des syllabes, les unes simples, c’est-à-dire composées d’une voyelle et d'une consonne; les autres complexes, c’est-à-dire formés de plusieurs consonnes,

1, Pour l'histoire du déchiffrement, voir J. Ménant, Les écritures cunéiformes , in-8°, Paris, 1864. — 2, Quelques savants anglais avaient proposé le nom de arrow-heuded, à pointe de flèche, qui n'a pas été admis généralement,

Le tableau des syllabes simples peut se dresser comme il suit :

5, B, EI, ba, =, ab; À, bi, PI, 0; 4, bu,

EY==, =, ub.

3, 6, EME D ge A, IE, aps Id, gi, ><], 19: LV, qu, HET», ug.

7, D, =], a, 4, ad; AE, &, à, dé], d: 4, du, ÈT, ud.

6 Hein

1, U, (, BA « ETF.

LA tan = az TR, TR 2i, ET, des EN, 22, LH, fu.

n, Kun, YYC, kha, |], akh; &, khi; 14], Fhu, ET ukh.

on JET, lu.

V1, =], ya. 2, K, OI, DIE, a, SS, Joe, ok; &,

LT, ki, fs EL, A, hu, EP, uk.

DL, EX, le, ET, a ES, 214, LE, EEAIT, ds UT, EE, ui, (4, (UE, ul.

D, M, ET, ma, 4, am, (CT, mi, |, mi, me, &-F-, im; , mu, =], I, um.

SL N, 2 où À na, |, ans RTS RE 2 , ne, Eee, 1 9 5, nu, ET, ff, on.

D Den PA CORTE | Poe PU AS N | à s'u, Le], us.

D, P, BE, pa, ET, ap; Èfe., pi, II, ip; TE], pu,

Eee LE, up.

by, TS fie, EC ass =, tu I, it: Es,

D, tu.

p, K, ET, SC, ka, LT, ak; JE, ki, fi:

DS fn

», RES, ra, II], or: =], ri, ET, à; ET,

ST, re, JE, ET; ur.

v,S, g,'EI, sa, =, as; 4, si, &, se, DIT, à; ET La, Ti us.

D, T, =], als ta, ET, at; ef, KT, à, Ed,

pe ef 44 — ul; ||) PP , tu, à], ut.

Les syllabes complexes peuvent s’écrire de deux manières : 1° en les décomposant de manière à en former deux syllabes simples, dont la seconde commence toujours, dans la prononciation, par la voyelle de la première. Ainsi, le mot vaPsAr, âme, peut se chiffre ZT FE, v4+ AP + SA + AT; 2° au moyen d’un caractère spécial répondant à la syllabe : =Ÿ 4, wap + 547, au lieu de ZE]

PET, NA + 4p + S4 + 4T. Le nombre des caractères complexes est très-considérable :

NE

ei = "il 1] —œ {fi

Le dise

LA

L'examen de ce tableau montre que la plupart des signes peuvent exprimer plusieurs sons différents. Ce phénomène, qu'on a nommé polyphonie, est une des grandes difficultés du déchiffrement. Ï ne m’appartient pas d'exposer ici les procédés que les assyriologues emploient pour arriver à des lectures certaines. Je me contenterai de donner la transcription et l'explication d’une phrase assyrienne, afin de montrer la manière dont se combinaient les éléments du système cunéiforme :

ANISS + EE ET

AR — KI £U NABU -— KUDUR- UTSUR NI — B1- Après lui, Naboukoudouroussour (1) les armements LE NN NT EN dE SE SU IS — SA—-A A—NA ZA — AN — KI BIR — TI de soi il porta aux défilés des frontières EI Le TE ET EN SA ASSUR A — NA KA = SA — DIN UIL NN LI W-N TEA d Assour pour la conquête il vint.

On remarquera que les noms propres d'hommes et de pays sont précédés de signes spéciaux qui les annoncent, ] se met devant le nom de Naboukoudouroussour afin de montrer qu’il va être question d’un homme; 4 devant le nom d’Assour, pour montrer qu’il va être question d’un pays. Nabou-koudour-oussour est formé de trois éléments significatifs, dont le premier est un nom divin, celui de Nebo : ce fait est annoncé par la présence du signe idéographique des dieux »—-., derrière le clou vertical ] et devant le signe idéographique du dieu Nebo =. Les deux autres éléments sont également idéographiques, mais leur valeur est prouvée par la variante purement syllabique, | il TONER LE |, wa-B1-Uv-Ku-Du-ur-RI-U-Tsu-Ur, des briques de Babylone. Le nom de lAssyrie est écrit avec l'idéogramme du dieu Assour =, précédé du déterminatif des pays

44. Les autres mots sont écrits sylabe à sylabe au moyen es signes ordinaires dont j'ai donné le tableau ‘.

Le système cunéiforme, légèremént modifié, fut employé à écrire, outre les dialectes sémitiques de lAssyrie, quatre autres langues non ariennes ?, les dialectes touraniens de la Chaldée, de la Médie‘, de la Susiane et la langue des gens d’Ourarti. Vers le vi siècle avant notre ère les Iraniens s’en emparèrent et firent, parmi les signes, un choix destiné à rendre les articulations de leur langue ”*. De cette opération sortit le système des cunéiformes ariens, le plus simple de tous et le plus facile à lire. La plupart des signes qui le composent sont alphabétiques ; quelquesuns sont restés syllabiques ou sont employés comme idéogrammes. II n’a jamais servi à écrire que les inscriptions rédigées dans les dialectes iraniens de la Perse et de la Médie au temps des rois Achéménides : apparu avec Kyros, il disparaît deux siècles plus tard avec Darios Codoman.

. Les écritures égyptiennes.

L’alphabet, le syllabaïire , les signes déterminatifs.

Lorsqu’à la renaissance des lettres, les savants s’occupèrent de recueillir les fragments relatifs à l'antiquité, les livres consacrés aux écritures de l'Égypte et en particulier des hiéroglyphes d'Horapollon attirèrent leur attention. Égarés par les témoignages grecs et latins, les uns erronés, les autres mal compris, ils imaginèrent que les caractères hiéroglyphiques représentaient chacun une idée. Pendant deux siècles et demi, les savants perdirent leur temps à

1. Pour l'étude de l'assyrien, voir Oppert, Expédition en Mésopotamie, t. Il, et Grammaire assyrienne, 2° édit. Paris, 1867; J. Ménant, le Syllabaire assyrien, in-4°, Paris, 1869-1872, et Leçons d'épigraphie assyrienne, in-8°, Paris, 1874; Sayce, Assyrian Grammar, in-12, Londres, 1872; E. Schrader, Die assyrisch - babylonischen Keilinschrifien, in-8°, Leipzig, 1872. — 2. De là le nom de cunéiformes anariens qu'on a donné aux systèmes dans lesquels sont écrits ces quatre langues. — 3, Fr. Lenormant, L'iudes accadiennes, 1-2, Paris, in-4°, 1872-1874. — 4. Norris, Memoir on the scythic version of the Behistun inscription, dans le Journal of the royal

Me Sociely, vol. XV, part I. — 5. Oppert, Journal asiatique, 1874, LE '

rechercher sur les rares monuments, alors connus en Europe, les signes idéographiques dont les auteurs classiques leur donnaient le sens. Les uns, comme le jésuite Kircher, improvisèrent, de toutes pièces, un système ingénieux :; les autres, s’adressèrent à l’hébreu, au chaldéen, . au chinois”, pour y retrouver des analogues à l’égyptien. Tous les efforts avaient été vains et le livre de l'Egypte semblait devoir rester scellé à jamais, lorsqu’en 1799 un officier d'artillerie français, M. Boussard, trouva, près de Rosette, une inscription rédigée en trois écritures : hiéroglyphique, démotique et grecque. Le texte grec montra que c'était un décret solennel, rédigé par les prêtres, en l'honneur d’un Ptolémée, le cinquième du nom. Silvestre de Sacy*, et bientôt après le Suédois Akerblad “ en étudièrent la partie démotique qu’en raison de son aspect cursif on présumait être de nature alphabétique. Aker- * blad, avec une sagacité merveilleuse, déméla quelquesuns des principaux caractères du système nouveau qu'il avait sous les yeux, et dressa un premier alphabet démotique, dont la plupart des éléments sont restés acquis à la science : s’il avait persévéré dans la voie qu’il s'était tracée, il aurait peut-être résolu le problème des écritures égyptiennes. Rebuté par le mauvais état du texte hiéroglyphique, äl laissa à d’autres le soin de reprendre son œuvre et de retrouver la clef du système.

Zoega avait remarqué déjà que les cartouches des obélisques devaient renfermer des noms de roi écrits au moyen de signes alphabétiques. Un savant anglais du plus grand mérite, Th. Young, essaya de reconstituer l'alphabet des cartouches. De 1814 à 1818, il s’exerça sur les divers systèmes d'écriture égyptienne, et sépara mécaniquement les groupes différents dont se composaient le texte hiéroyiyphique et le texte démotique de l'inscription de Rosette. Après avoir déterminé, d’une manière plus ou moins exacte, le sens de chacun d’eux, il en essaya la lecture :

1. Kircher, Œdipus Ægypüacus, f, Romæ, 1652-1654, 5 parties en 4 vol. — 2. De Guignes, dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, XXIX,, 11, XXXIV, 1. — 3. Lettre au citoyen Chaptal sur l'inscription egyptenne du monument de Rosette, in-8°, Paris, 1802. — 4. Lettre sur l'inscription égyptienne du monument de Rosette, in-8°, 1802.

les signes du cartouche ( 2 al Pa [EL | lui parurent ex-

primer le noni de Ptolémée, sans qu’il réussit à leur assigner à tous leur valeur exacte. Il reconnut que &#, æ et

|| répondaient à P, r, 1; mais il considéra A comme un caractère superflu, et donna au lion couché, +s, la valeur

syllabique 01e, à == celle de 4, à | celle de 6s, osx. Encouragé par ce succès relatif, il prit le nom de Bérénice dans les textes de la Description de l'Egypte, et.cher-

cha à déterminer le son des hiéroglyphes qui le compo-

saient. Analysant ( Ÿ | 14 FS | il trouva les lectures

Ÿ=BIR, =E, "MEN, æ = KE, KEN; il Considéra 4 comme inutile, ainsi que æ et e. Défalquant les fausses valeurs qu'il avait cru découvrir, restait un total de cinq caractères exacts: #, P; æ,T; ||, 1; mm, N; et, F, V, : qu’il avait reconnus. Toutes ses tentatives pour aller au delà restèrent infructueuses : il déchiffra Arsinoé, où à y avait le titre Autokratér, et Evergétés où ïil y avait Kæsar'. Ses idées étaient justes en partie, mais sa méthode imparfaite; il entrevit la terre promise, mais sans pouvoir y entrer.

Le véritable initiateur fut François Champollion, qu’on appelle Champollion le Jeune pour le distinguer de son frère aîné, Champollion-Figeac. Dès son enfance, äl s'était livré à l'étude des langues orientales et surtout à celle du copte. publia, de 1811 à 1814, les deux premiers volumes d’un grand ouvrage inüitulé : l'Egypte sous les Pharaons, dans lequel il rétablissait au moyen des documents coptes la géographie nationale de l'Égypte. La comparaison des monuments avec les manuscrits le porta à reconnaître que les trois systèmes de l'écriture égyptienne, l'hiératique, le démotique et lhiéroglyphique ne différaient pas en réalité : lhiératique et le démotique n’étaient que des tracés de plus en plus cursifs de l'écriture ordinaire, Après avoir cru fermement que les hiéroglyphes

1. Th. Young, Archæologia;1817,XVII,60: Encyclopædia Brit. 4" edit,

Be 1" part; Account of discoveries in hieroglypnic literature, 8°, London, 1823. è

étaient des signes d'idées, il finit par reconnaître qu'ils étaient des signes de sons, et reprit, vers 1821, le problème que M. Young n’avait pas résolu. Le premier résultat de ses travaux, publié en septembre 1822, dans une lettre adressée à M. Dacier, secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres. fut accueilli avec une curiosité mêlée de quelque incrédulité. Le Précis du système hiéroglyphique, paru deux ans plus tard, convainquit toutes les personnes de bonne foi et ne laissa subsister aucun doute sur l'authenticité de la découverte. Champollion, après avoir décomposé le nom de Ptolémée ens,r;e,r;fl,0;.2s,1; =; M,1;fl,s, essaya les valeurs qu’il avait obtenues sur les cartouches

de (Aa S) à (AAA ENS Remi)

où il lut les noms de Bérénice, de Cléopatre et d'Alexandre. I obtint de la sorte un alphabet

LR, =

Ÿ; B. creer, N.

11, 1È = P. Ki om, 4, K. æ. P, 3 Se

ù > M, —>, L,R. = ae

qu’il compléta bientôt par l'analyse des autres noms royaux qui appartenaient à l’époque grecque ou romaine, et plus tard par l'étude de cartouches plus anciens, tels que ceux

de (a1NT). Psurx, Psammétique (xxvr° dynastie);

LS î 1 , THoTums, Touthmôsis (xvurr* dynastie), etc, On

pouvait penser que cette manière d'écrire les sons avec un alphabet était propre aux noms royaux, et qu’en dehors des cartouches on ne trouverait que des signes idéographiques. Champollion prouva que son alphabet appliqué aux textes courants permettait d'y retrouver, non-seulement beaucoup des mots, mais beaucoup des formes grammaticales de la langue copte. On le mettait au défi de déchiffrer autre chose que des noms propres; 1l traduisit des phrases et prouva le bien fondé de ses traductions. L'opposition n'en devint que plus forte, surtout chez les savants qui se connaissaient ou prétendaient se connaître en langue copte. M. Étienne Quatremère ne daigna même pas examiner le système et le condamna. Klaproth ne létudia que pour le combattre, avec une mauvaise foi et une animosité que la mort même de Champollion n’apaisa jamais.

Malgré ces attaques, la science s’imposa aux gens non prévenus. Lorsque Champollion mourut, en 1832, MM. Ch. Lenormant et Nestox L’Hôte, en France; Salvolini, Rosellini, Ungarelli, en Italie; et bientôt après MM. Leemans, en Hollande; Osburn, Birch et Hincks, en Angleterre; Lepsius, en Allemagne, se mirent courageusement à l’œuvre. Les écoles qu'ils fondèrent ont prospéré depuis, et l’égyptologie a fait, en un demi-siècle , des progrès considérables. Tlustrée, en France, par MM. Emmanuel de Rougé, le second chef de l’école après Champollion, de Saulcy, Mariette, Chabas, Devéria, de Horrack, Lefébure, Pierret, J.de Rougé, Grébaut; en Allemagne, par MM. Brugsch, Dümichen, Lauth, Eisenlohr, Ebers, Stern; en Hoïlande, par M. Pleyte; en Norwége, par M. Lieblein; en Angleterre, par MM. Goodwin et Lepage-Renouf, elle ne cesse de s’affermir chaque jour. Ses recherches s'étendent, ses travaux gagnent en solidité; dans quelques années, les égyptologues déchiffreront les textes historiques et littéraires avec autant de certitude que les latinistes lisent les œuvres de Cicéron et de Tite-Live.

Man ; è . L'égyptien des époques classiques ( XI, XVIII‘-XX° dynasties), possédait vingt-deux articulations différentes ; et se

servait, pour rendre chacune d'elles, d’un ou plusieurs signes alphabétiques dont voici le tableau :

D. I. ete DR na A ou A... &. H ou H: Î À ou À... ht fe X ou Ku. ©.

Les signes employés à rendre la même articulation s’appellent homophones, égaux de son. À est homophone de — el de . c’est-à-dire que ces trois signes expriment indifféremment dans l'écriture articulation #. On pense bien que, pendant les cinq mille ans pour lesquels nous avons

des documents écrits, la phonétique de légyptien dut s'altérer. Jusqu'à présent les modifications ne sont bien

sensibles que pour les dentales et les gutturales. |, 7s, a cédé successivement la place à ==, D, puis à æ, 7; le

mot mine à MESTsErs, hair, est devenu ND,

: = 3 7" MesrsEp, puis nil . MESDED, PUIS til æ> MESTET, et en- L4

CS fin Hill \\ » MESDI, Ou Ml», môsre. Dans l’état actuel de la science il nous est impossible de retrouver la plus grande partie des altérations analogues qui se produisirent au cours des siècles.

Mélés aux signes alphabétiques, on rencontre à chaque instant dans l'écriture d’autres signes qui représentent à

eux seuls une ou plusieurs articulations formant $yilabe. On les nomme syllabiques.

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