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Manéthon, dans Josèphe, Contra Apionem, I, XXVI, XXVIL

purifiant le grand trône d'Égypte; il fut régent des deux terres à la place de Toum, s’appliquant à réorganiser ce qui avait été bouleversé, si bien que chacun reconnut un frère dans ceux qui avaient été séparés de lui pendant si longtemps’, rétablissant les temples et les sacrifices, s1 bien qu’on rendit aux cycles divins leurs hommages traditionnels ?. »

Son fils Ramsès IIT, qu’il avait déjà associé au trône de son vivant, fut le dernier des grands souverains de l’Egypte. Pendant les trente-deux années de son règne, il ne cessa de travailler à rétablir au dehors l'intégrité de l’empire, au dedans la prospérité du pays. Malgré les succès qu'avait obtenus son père, il trouva les provinces syriennes perdues et les frontières entamées de toutes parts. A l’ouest les Bédouins harcelaient les postes fortifiés du Delta et les colonies minières du Sinaï; à l’est les nations de Libye avaient envahi la vallée du Nil. Entraînés par leurs chefs, Déïd, probablement le fils du Mermaïou qui avait été battu sous Ménephtah, Mashaken, Tamar et Tsaoutmar,les Tahennou,les Tamahou, les Kehak et leurs voisins avaient quitté les plateaux sablonneux du désert. Ils avaient occupé le nome Maréotique, le nome Saïtique, les embouchures du Nil jusqu'au grand bras du fleuve, bref toute la partie occidentale du Delta depuis la ville de Karbana à l’est® jusqu’à la banlieue de Memphis au sud. Ramsès III, après avoir châtié vertement les Bédouins, se tourna contre les Libyens en l’an V, et les battit complétement. « Ils furent épouvantés comme des chèvres attaquées par un taureau qui bat du pied, frappe de la corne et ébranle les montagnes en se ruant sur qui l’approche. » Les ravages des barbares avaient exaspéré les Égyptiens : ils ne firent point quartier dans la bataille. Les Libyens s’enfuirent en désordre: quelques-unes de leurs tribus

1. Litt. : « son frère de ceux qui avaient été murés. » — 9. Grand Papyrus Harris, pl. LXXVI, IL. 8-9. Cf. Eisenlohr, On the political condition, p. 363, 364; Chabas, Recherches pour servir à l’histoire de la XIX° dynastie, p. 23-21. — 3. Sur Karbana, voir G. Maspero, dans les Mélanges d'archéologie égyptienne, t. I, p. 110.

attardées dans le Delta furent surprises, enlevées et incorporées à l’armée auxiliaire*,

À peine délivré de ce côté, Ramsès IIT dut se tourner contre la Syrie. Les peuples de l’Asie Mineure et des îles dela Grèce, encouragés par le désordre où ils avaient vu l'Égypte plongée, s'étaient levés en masse et avaient pris une fois encore le chemin du Delta. Les Danaens, les Tyrséniens, les Shakalash, les Teucriens, qui avaient succédé aux Dardaniens dans l’hégémonie des nations.troyennes, les Lyciens, les Philisti, entrèrent dans la confédération. Les uns, montés sur les navires, devaient attaquer les côtes; les autres devaient traverser la Syrie entière et assaillir les forteresses de l’isthme. Le rendez-vous de la flotte et de l’armée de terre était à la pointe orientale du Delta, non loin du site où plus tard s’éleva Péluse. Ramsès IIT arma les bouches du Nil, mit les places des nomes limitrophes en état de défense et se porta à la rencontre de l’ennemi en l’an VIII. Les alliés avaient écrasé et entraîné à leur suite les Khètas, les gens de Karkémish, du Kati, d’Arad, de Kadesh; après avoir séjourné quelque temps aux environs de cette “ville dans le pays des Amorrhéens, ils avaient poussé droit sur l'Égypte. Leur armée et leur flotte rencontrèrent l’armée et la flotte égyptiennes qui les attendaient entre Raphia et Péluse, sous les murs d'un château fort qu'on appelait la Tour de Ramsès III. « Les embouchures du fleuve étaient comme un mur puissant de galères, de vaisseaux, de navires de toute sorte, garnis de la proue à la poupe de vaillants bras armés. Les soldats d'infanterie, toute l'élite de l’armée d'Égypte, étaient là comme des lions rugissants sur la montagne ; les gens de chars, choisis parmi les plus rapides des héros, étaient guidés par toute espèce d'officiers sûrs d'eux-mêmes ?. Les chevaux frémissaient de tous leurs membres et brülaient de fouler aux pieds les nations. Pour moi, dit Ramsès, j'étais comme Month le belliqueux :

1. Chabas, Études sur l'Antiquité historique, p. 230-250. — 2. Litt, : connaissant leur main.

je me dressai devant eux, et ils virent l’effort de mes mains. Moi, le roi Ramsès, j'ai agi comme un héros qui connaît sa valeur et qui étend son bras sur son peuple au jour de la mêlée. Ceux qui ont violé mes frontières ne moissonneront plus sur la terre : le temps de leur âme est mesuré pour l’éternité.….. Ceux qui étaient ‘sur le rivage, je les fis tomber éténdus au bord de l’eau, massacrés comme des charniers ; [je chavirai] leurs vaisseaux ; leurs biens tombèrent à l’ ner » s Cette victoire si prompte ne termina pas cependant les guerres de Ramsès III. Les anciens alliés des peuples de la mer, les Libyens, n'auraient pas mieux demandé que de prendre part à la campagne de l’an VIII contre l'Egypte : s'ils ne le firent pas, ce fut sans doute parce qu'ils n’avaient pas encore eu le temps de réparer leurs pertes. Dès . qu'ils se sentirent prêts, ils entrèrent en scène. Leur chef Kapour et son fils Mashashar entraïînèrent les Mashouash, les Sabata, les Kaïqash et d’autres tribus moins importantes, puis, aidés par des auxiliaires tyrséniens et lyciens, ‘envahirerit le Delta en l’an XI. « Leur âme s’était dit pour la deuxième fois qu’ils passseraient leur vie dans les nomes de l'Égypte et qu'ils en laboureraient les vallées et les plaines comme feur propre territoire. » Le succès ne répondit pas à leur attente. « La mort vint sur eux en Égypte, car ils étaient accourus de leurs propres pieds vers la fournaise qui consume la corruption, sous le feu de la vaillance du roï qui sévit comme Baal du haut des cieux. Tous ses membres sont investis de force victorieuse; de sa droite il saisit des multitudes ; sa gauche s’étend sur ceux qui sont devant lui, Lomklable à des flèches contre eux, pour les détruire; son glaive est tranchant comme celui de son père Month. Kapour, qui était venu pour exiger l'hommage, aveuglé par la peur, jeta ses armes, et son armée agit comme lui : if éleva au. ciel un eri suppliant et

1. Greene, Fouilles à Thèbes, 1855. Cf. de Rougé, Notice de quelques textes hiéroglyphiques, dans l’Athenæum français, 1855, et Chabas, Études sur l'Antiquité historique, p. 250-288.

son fils suspendit son pied et sa main. Mais voilà que se leva près de lui le dieu qui connaissait ses plus secrètes pensées. Sa Majesté tomba sur leur tête comme une montagne de granit; elle les écrasa et mélangea la terre de leur sang comme de l’eau : leur armée fut massacrée, mas sacrés leurs soldats... On s’empara d’eux; on les frappa, les bras attachés, pareils à des oiseaux jetés au fond d’une barque, sous les pieds de Sa Majesté. Le roi était semblable à Month; ses pieds victorieux pesèrent sur la tête de l'ennemi; les chefs qui étaient devant lui furent frappés et tenus dans son poing. Ses pensées étaient joyeuses, car ses exploits étaient accomplis. » Les Libyens se gardèrent de troubler désormais la paix de l'Égypte. À Les victoires de ces douze années réparèrent les désastres des années précédentes. Les anciennes provinces syriennes, les nations alliées de Khêta, de Karkémish, du Kati, s'étaient soumises sans résistance après la défaite des peuples de la mer. Une expédition maritime fut dirigée bientôt après contre l’Arabie. « J’équipai des vaiseaux et des galères, pourvus de nombreux matelots et de nombreux ouvriers. Les chefs des auxiliaires maritimes s’y trouvaient avec des vérificateurs et des comptables pour les approvisionner des produits innombrables de l'Égypte : il y en avait de toute grandeur par dizaines de mille. Allant sur la grande mer de l’eau de Kat, ils arrivèrent aux pays de Pount, sans que le mal les abattît, et préparèrent le chargement des galères et des vaisseaux en produits de Tonouter, avec toutes les merveilles mystérieuses de leur pays, et en des quantités considérables de parfums de Pount, chargés par dizaines de mille, innombrables, Leurs fils, les chefs du Tonouter, vinrent eux-mêmes en Égypte avec leurs tributs ; ils arrivèrent sains et saufs au pays de Coptos, et abordèrent en paix avec leurs richesses. Ils les apportèrent en caravanes d’ânes et d’hommes et les chargèrent dans des barques sur le fleuve, au port de

1. Chabas, Études sur l'Antiquité historique, p. 242-249. — 2, Un des noms de la mer Rouge’

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Coptos!. » D’autres expéditions dans la péninsule du Sinaï replacèrent les districis miniers sous l’autorité du Pharaon?. L'empire égyptien se trouva reconstitué tel qu’il était un siècle auparavant au temps de Ramsès IT. On ne vit plus les Shardanes, les Tyrsènes, les Lyciens, les Troyens, débarquer en masse sur les côtes d'Afrique. Le courant de l’émigration asiatique, tourné contre la vallée du Nil pendant cent cinquante ans au moins, reprit sa route vers l'Ouest et arriva en Italie à la suite des colonies phéniciennes. Les Tyrséniens prirent terre au nord de l'embouchure du Tibre ; les Shardanes occupèrent la grande île qui fut plus tard appelée Sardaigne. Il ne resta bientôt plus en Asie et en Égypte que le souvenir de leurs déprédations et le récit légendaire des migrations qui les avaient conduits des côtes de l’Archipel aux côtes de la Méditerranée occidentale. Un seul des peuples confédérés, celui des Philisti, réussit à s'établir en Syrie : il se logea le long de la côte méridionale entre Joppé et le torrent d'Égypte, dans une région occupée jusqu'alors par les Cananéens, et y vécut d’abord dans le vasselage de Pharaon. A l’autre frontière du Delta, une tribu libyenne, celle des Mashouash, obtint de même une concession de territoire : les soldats mashouash levés soit en Libye même, soit dans la portion de la tribu campée aux bords du Nil, formèrent un corps d'élite dont les chefs jouèrent bientôt un grand rôle dans l’histoire intérieure de l'Egypte.

Hérodote racontait qu’au retour de ses campagnes Sésostris faillit être tué par trahison. « Son frère, à qui il avait confié le gouvernement, l’invita à un grand repas et avec lui ses enfants, puis il fit entourer de bois la maison où se trouvait le roi et ordonna qu’on y mît le feu. Le roi l’ayant appris, délibéra sur-le-champ avec sa femme, qu’il avait amenée avec lui : celle-ci lui conseilla de prendre deux de ses six enfants, de les étendre sur le bois enflammé et de se sauver Sur leurs corps comme sur un pont. Sésostris le fit, et

1. Grand Papyrus Harris. Cf. Chabas, Recherches sur la XLX° dynastie, p. 59-63. — 2. Idem, ihid., p. 63-68.

brûla de la sorte deux de ses enfants; le reste se sauva avec le père.» Les monuments nous ont prouvé que le Sésostris de la légende d'Hérodote est ici non pas Ramsès IT, mais son homonyme Ramsès III. Un des frères du roi que les doçuments désignent sous le nom fictif de Pentaourt conspira contre lui avec un certain nombre de grands officiers et de femmes du harem : il s’agissait de tuer le Pharaon et de mettre son frère à sa place. Le complot fut découvert, les conjurés cités devant les tribunaux et condamnés, les-uns à mort, les autres à la prison?. Ramsès III, délivré de toute inquiétude, passa en paix les dernières années de son règne. H construisit à Thèbes, en souvenir de ses guerres, le grand palais de Mé&inet-Habou, agrandit Karnak, restaura Louqsor. Le détail de ses fondations dans le Delta nous a été conservé par un manuscrit de la bibliothèque d'Héliopolis, le grand papyrus Harris* : on voit par ce document que l'Égypte avait non-seulement recouvré son empire extérieur, mais repris toute son activité commerciale et industrielle. Les beaux jours de Thotmès IIT et de Ramsès II semblaient être revenus.

Pourtant la décadence était proche. L'Égypte, épuisée par quatre siècles de guerres perpétuelles, devenait de plus en plus incapable d’un effort sérieux : la population, décimée par le recrutement, mal renouvelée par l'introduction incessante d'éléments étrangers, n'avait plus la patience et l'enthousiasme des premiers temps. Les classes élevées, accoutumées au bien-être et à la richesse, n’estimaient plus que les professions civiles et raillaient tout ce qui touchait au militaire. « Pourquoi dis-tu que l'officier d'infanterie est plus heureux que le scribe? demandait un ‘scribe à son élève. — Arrive, que je te peigne le sort de l'officier d’infanierie, lé tendue de ses misères! — On l’ amène, tout enfant, pour l’enfermer dans la caserne : — une plaie qui le coupe se forme sur son ventre, — une plaie d'usure est sur

1. Hérodote, II, 107. — 2. Th. Devéria, Le Papyrus judiciaire de Tu- vin, où les pièces du procès sont traduites et commentées. — 3. Voir, * sur ce papyrus, Chabas, Le Papyrus magique Harris, p. 2, et les traductions de MM. Birch et Eisenlohr, dans la Zeitschrift, 1873-1874.

son œil, — une plaie de déchirure est sur ses deux sourcils ; sa tête est fendue et couverte de pus'. — Bref, il est battu comme un rouleau de papyrus, — il est brisé par la violence. — Arrive, que je te dise ses marches vers la Syrie, — ses expéditions en pays lointains ! — Ses pains et son eau sont sur son épaule comme le faix d’un âne — et font son cou et sa nuque semblables à ceux d’un âne ; — les jointures de son échine sont brisées. — Il boit d’une eau corrompue, — puis retourne à sa garde. — Atteint-il l’ennemi, — il est comme une oïe qui tremble, — car il n’a plus de valeur en tous ses membres. — Finit-il par aller en Égypte, — il est comme un bâton qu'a mangé le ver. Est-il malade, l’alitement le saisit-il, — il est emmené sur un âne; — ses vêtements, des voleurs les enlèvent; — ses domestiques se sauvent ?. » — Voilà pour le fantassin ; le cavalier n’est pas beaucoup mieux traité. « Le scribe Amenemapt dit au'scribe Penbesa : « Quand te sera apporté cet « écrit de communication, applique-toi à devenir scribe; « — tu primeras tout le monde. — Arrive, que je te dise « les devoirs fatigants de l'officier de chars. — Lorsqu'il « est placé à l’école par son père et sa mère, — sur cinq « esclaves qu’il possède (?) il en donne deux’.— Après que « l’on a dressé, il part pour choisir un attelage — dans « les écuries, en présence de Sa Majesté v. s. f.; — à peine « a-t-1l pris les bonnes cavales, — il se réjouit à grand « bruit. — Pour arriver avec elles à son bourg, — il se « met au galop, — mais n’est bon qu’à galoper sur un « bâton. — Comme il ne connaît pas l'avenir qui l’attend, « — il lègue tous ses biens à son père et à sa mère, — « puis emmène un char — dont le timon pèse trois outen, « — tandis que le char pèse cinq outen#. — Aussi, quand « il veut s’en aller au galop sur ce char, — il est forcé.

1. Cest une description des plaies produites par l’usage du casque et ; de la cuirasse. — 2. Papyrus Anastasi III, pl. V, 1.5; pl. VI, 1. 9; : Ibid. 1V, pl. IX, 1.4; pl. X, L 1; de Rougé, Discours d'ouverture, p. 34-35; Maspero, Du genre épislolaire, p. 41-49. — 3. Sans doute pour payer les frais de son éducation. — 4. C'est-à-dire un char de . pacotille dont les parties sont mal proportionnées,

« de mettre pied à terre'et de le tirer.— Il le prend, tombe « sur un reptile, — se rejette dans les broussailles : — ses « jambes sont mordues par le reptile,—son talon est percé. « par la morsure.— Lorsqu'on vient pour faire l'inspection « de ses effets, sa misère est au comble: — il est allongé « sur le sol et frappé de cent coups'. » — Songez que ces lignes furent écrites sous le règne de Ramsès IT et au bruit des chants de triomphe. La multitude se laissait encore emporter à l’enthousiasme de la victoire et suivait de ses acclamations le char triomphal du Pharaon. La première ivresse passée, les classes populaires, épuisées par des siècles de guerres incessantes, écrasées sous le poids des corvées et des impôts, retombaient dans leur découragement habituel; les lettrés tournaient les souffrances du soldat en ridicule. Cet ennui du succès, ce dégoût de la victoire sanglante et chèrement payée, nous expliquent bien des points obscurs de l’histoire d'Égypte et furent pour beaucoup dans la chute rapide de l’édifice si laborieusement élevé par les princes de la dix-huitième et de la dix-neuvième dynastie. L’Égypte de Thotmès III voulait la guerre : l'Égypte de Ramsès III voulait la paix à tout prix?.

On le vit bien au cours de la vingtième dynastie. En l'an XXXII, Ramsès, fatigué du pouvoir, appela son fils Ramsès IV à le partager *,et mourut peu après. Ramsès IV lui-même paraît n'avoir pas régné plus de trois à quatre années, et eut pour successeur un parent éloigné qui prit le nom de Ramsès V. Vinrent ensuite les quatre fils de Ramsès III, Ramsès VI, Ramsès VII, Ramsès VIII et Meïamoun-meri-toum, qui passèrent rapidement sur le trône sans laisser grandes traces de leur activité. Le règne de Ramsès IX s’écoula tranquillèment, et, pour trouver quelque événement digne d’être rapporté, il faut descendre jusqu'à Ramsès XT Meïamoun Il. Ramsès XI étendait encore son autorité non-seulement sur l’Éthiopie, mais sur

1. Papyrus Anastasi III, pl. VI, 1. 2-10; Maspero, Du genre épislotaire, p: 42-43. — 2. Idem, ibid., p. 43-44, — 3. Chabas, Recherches, p. 13-19,

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la Syrie entière. Au début de son règne, dans une visite

qu’il fit en Palestine, un des chefs du pays lui avait envoyé sa fille aînée comme otage : Ramsès l’aima et en fit sa pre-

‘ mière femme. Quelques années âprès, il apprit que la jeune

sœur de cette reine, Bentreshit, était atteinte d’une maladie qu'on attribuait à la puissance d’un esprit possesseur. Il

‘envoya pour la délivrer le chef des magiciens royaux, Tho-

temhebi, dont le savoir échoua devant la ténacité de la maladie et de l'esprit. Après dix années de souffrances, le père de la jeune fille se décida à réclamer un secours plus efficace. « Il envoya une seconde fois vers le roi pour lui : dire : & Souverain suprême, Ô mon seigneur, plaise Ta Ma- «jesté ordonner qu’un dieu soit apporté au pays de « Bakhtan pour combattre cet esprit ! » Cette nouvelle demande parvint au roi en l’an XXVI, le 1* du mois de Pakhons, pendant la panégyrie d’Ammon; Sa Majesté était alors en Thébaïde. Le roi revint en la présence de Khons, dieu tranquille dans sa perfection, pour lui dire : « Mon bon seigneur, je reviens pour t'implorer en faveur « de la fille du prince de Bäkhtan. » Puis il fit conduire Khons, dieu tranquille dans sa perfection, vers Khons, conseiller de Thèbes, dieu grand qui chasse les rebelles. Sa Majesté dit à Khons, dieu tranquille dans sa periection : « Mon bon seigneur, si tu voulais tourner ta face vers « Khons, le conseiller de Thèbes, le grand dieu qui chasse « les rebelles, et l’envoyer au pays de Bakhtan par une grâce « insigne !» Puis Sa Majesté dit : « Donne-lui ta vertu di- « vine, j'enverrai ensuite ce dieu pour qu’il guérisse la fille « du prince de Bakhtan. » Par sa faveur la plus insigne, Khons de Thébaïde, dieu tranquille dans sa perfection, donna quatre fois sa vertu divine à Khons, conseiller de . Thèbes. Le roi commanda qu’on fit partir Khons, conseiller de Thèbes; de nombreux cavaliers marchaient à sa gauche et à sa droite.

« Le dieu arriva au pays de Bakhtan, après un voyage d'un an et cinq mois. Le prince de Bakhtan vint avec ses soldats et ses chefs à la rencontre de Khons le conseiller; s’étant prosterné ventre à terre, il lui dit : « Tu viens done

« vers nous, tu descends chez nous par les ordres du roi « d'Égypte, le soleil seigneur de justice, approuvé du dieu « Rà. » Voici que ce dieu vint à la demeure de Bentrechit; lui ayant communiqué sa vertu, elle fut soulagée à instant. L'esprit qui demeuraït en elle dit en présence de Khons, le conseiller de Thèbes : « Sois le bienvenu, « grand dieu qui expulses les rebelles; la ville de Bakhtan « est à toi, ses peuples sont tes esclaves, moi-même je suis « ton esclave. Je m'en retournerai vers les lieux d’où je « suis venu pour satisfaire ton cœur sur le sujet de ton « voyage. Que Ta Majesté veuille ordonner qu’une fête soit « célébrée en-mon honneur par le prince de Bakhtan! » Le dieu daigna dire à son prophète : « Il faut que le prince « de Bakhtan apporte une riche offrande à cet esprit. » Pendant que ces choses se passaient et que Khons, le conseiller de Thèbes, conversait avec l'esprit, le prince de Bakhtan restait avec son armée, saisi d’une crainte profonde. Il fit offrir de riches présents à Khons, conseiller de Thèbes, ainsi qu’à l’esprit, et célébra une fête en leur honneur ; après quoi l'esprit s’en alla paisiblement où il voulut sur l’ordre de Khons, le conseiller de Thèbes. Le prince fut transporté de joie, ainsi que toute la population de Bakhtan; puis il se dit en lui-même : « Il faudrait que ce dieu « püt rester à Bakhtan; je ne le laisseraï pas retourner en « Egypte. » Il y avait trois ans et neuf mois que le dieu Khons demeurait à Bakhtan, lorsque le prince, reposant sur son lt, crut le voir quitter son naos; il avait la forme de l’épervier d’or et s'élevait au ciel dans la direction de l'Égypte. Le prince s'étant éveillé se trouva souffrant; il dit alors au prêtre de Khons, conseiller de Thèbes : « Le «dieu veut nous quitter et retourner en Êg gypte: faites « partir son char pour ce pays. » Khons rentra dans son temple de Thèbes chargé de présents {.

Les Ramessides firent çà et là quelques expéditions, jamais de grandes guerres : ils passèrent leurs jours dans la paix du dehors et la paix du dedans, et, s’il est vrai que ces

1. De Rougé, Étude sur une stèle égyptienne appartenant à la Bibliothèque impériale, Paris, in-8, 1856.

peuples-là sont heureux qui n’ont point d'histoire, l'Égypte fut heureuse sous leur sceptre. Plus de luttes annuelles, plus de courses lointaines aux montagnes d'Arménie et aux sources du Nil. La Syrie continua de payer tribut pendant quelque temps, car, si l'Égypte était épuisée de sa victoire et avait à peine la force de se faire obéir, la Syrie était épuisée de sa défaite et n’avait plus la force de se révolter. Mais il y avait entre les deux pays cette différence que l’un, âgé déjà de trois mille ans d’histoire, touchait à la vieillesse et ne devait plus se relever, tandis que l’autre se remit promptement de ses blessures. Des révolutions intérieures vinrent bientôt achever ce que la lassitude avait commencé. Les grands prêtres d’Ammon, chefs suprèmes du sacerdoce thébain, n’avaient cessé de croître en influence politique depuis l’avénement de la XX° dynastie : ils avaient successivement envahi toutes les hautes fonctions civiles et militaires, étaient devenus généraux, magistrats, gouverneurs des provinces du midi et du nord, princes de Koush. Quelques arnées après la mort de Ramsès XI, l’un d’eux, Her-hor, osa déposséder le Ramsès qui régnait alors et se faire roi à sa place. Il prit bravement pour cartouche prénom letitremêmede sa dignité Hon nouter tep en Amen, Premier prophète d’'Ammon, et ceignit le diadème. Son autorité fut d’abord reconnue même à l’étranger ; il put se van- ‘ ter de recevoir les tributs de la Syrie comme ceux de l'Éthiopie. Mais les partisans de Ramsès ne le laissèrent pas longtemps jouir de soa triomphe. Son fils Pinotsem I nerégna pas et fut obligé de rester grand prêtre, un ou deux Ramsès se succédèrent sans bruit sur le trône. Piankhi I, fils de Pinotsem, réussit à recouvrer la couronne et à se faire proclamer roi, dans le Sud. Une dynastie nouvelle, la XXL, s’éleva à Tanis avec Smendès et s'établit dans le Delta. Dans les guerres qui suivirent, l'Égypte usa le peu de force qui lui restait et perdit la suprématie nominale qu’elle avait gardée jusqu'alors en Syrie. Elle avait dominé près de sept siècles sur l'Asie antérieure et sur l’Éthiopie!.

1. Brugsch (Geschichte, p. 643 sqq.) a fait de la chute de la XXe dynastie et de l’'avénement des dynasties suivantes un récit que, après mûr examen, je ne puis adopter en aucune manière.

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