‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 5)Chapitre 10 sur 96 · Toâtenbueh,, ch. xvn · texte numérisé non relu

Toâtenbueh,, ch. xvn

quand il est le Dieu bon et bienfaisant, Osiris^, » Aussi bien Ammon, Imhotep, Phtah, Osiris, n'étaient pas adorés indifféremment par tout le pays. Chacun des nomes de TÊgypte primitive, de même qu'il avait sa dynastie nationale, avait son Dieu national qui était une des formes et portait un des noms du Dieu unique. Formes et noms du Dieu unique s'étaient partagé la vallée du Nil en autant de domaines qu'il y avait de nomes et avaient constitué à côté de la féodalité politique une sorte de féodalité divine. Toum régnait souverainement sur Héliopolis ; Thinis et plus tard Abydos étaient sous rautoritéimmédiated'Osiris; Ammon possédait Thèbes, et Phtah vint dans les temps historiques s'établir à Memphis. Chacun de ces dieux, identique en substance au dieu des autres nomes, reconnaissait de bonne grâce cette identité fondamentale. Ammon, de Thèbes, donnait l'hospitalité dans son temple à Min ou ELhem de Goptos, à Toum d'Héliopolis, à Phtah de Memphis, qui, de leur côté, lui faisaient place auprès d'eux dans leurs propres sanctuaires. L'habitude de réunir dans une même adoration les formes différentes de la divinité amenait perpétuellement leur fusion en une seule et même personne. Sevek du Fayoum, associé à Râ, se changeait en Sevek-Râ; Phtah se confondait avec Sokari, sous le nom de Phtah-Sokari; et celui-ci, rapproché d'Osiris, devenait Phtah-Sokar-Osiris. Tous les types divins se pénétraient réciproquement et s'absorbaient dans le Dieu suprême. Leur division, même poussée à l'infini, ne rompait en aucune manière l'unité primitive de la substance divine : on pouvait multiplier à volonté les noms et les formes de Dieu, on ne multiplia jamais Dieu.

Son action s'étendant sur le chaos primordial, le débrouilla sans effort. Il dit au soleil : « Viens à moi, » et le soleil, verant à lui, coriimença de briller. A son ordre, Shou, le lumin'',ux, aplanit la terre et sépara les eaux en deux masses distinctes. L'une, répandue à la surface du sol, donna naissance aux fleuves et 4 TOcéan ; l'autre, sus-

l. Jamblique, de MysleriiSy sect. VIII, c. 3, p. 169.

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pendue dojis Joa airs, forma la voûte du ci^I, les eaux d'en hauty sur lesquelles les astres et les dieux, entraînés par un courant éternel, se mirent à flotter. Mais en 6la- Jjlissantles lois qui règlent Tharraonic du monde, l'ordonnateur universel avait par cela môme soulevé contre lui les forces malfaisantes de la nature. Leur chef, que les monuments représentent sous la figure d'un long serpent sinueux nommé Apap, essaya d'anéantir l'œuvre divine : la bataille s'engagea entre les dieux lumineux, fécondants et les fils de la rébellion^ ennemis do la lumière et de la vie. Terminée, comme de juste, à l'avantage des premiers, elle n'amena pas do résultats décisifs. Tant que durera le monde, les monstres seront vaincus, affaiblis, mais non détruits. Sans cesse en révolte contre le pouvoir qui les accable, ils menacent sans cesse l'ordre de la nature. Afin do résister à leur action destructrice, Dieu doit, pour ainsi dire, créer chaque jour à nouveau le monde. La lutte éternelle de Dieu et des mauvais principes, les Égyptiens, pour la rendre sensible à l'esprit et aux yeux, l'avaient transportée des régions mystiques de la philosophie religieuse dans le domaine matériel de la nature. Ils comparaient pieu au Nil nourricier et le mauvais principe au désert qui assiège l'Egypte de ses vagues ardentes : la guerre de Dieu contre le mauvais principe devenait alors la guerre du Nil contre le désert. Ils assimilaient Dieu au soleil, dont la naissance journalière leur paraissait être l'emblème le plus évident de la perpétuelle génération divine, et le mauvais principe aux ténèbres de la nuit. Tantôt Râ, le soleil, n'était pour eux que la créature la plus brillante du Tout-puissant et comme le corps vivant de la divinité. Tantôt il était Dieu lui-même et revêtu des pouvoirs souverains. « Hommage à loi, momie qui se rajeunit et renaît [perpétuellement, être] qui s'enfante luimême chaque jour ! Hommage à toi, qui luis dans le Nou, pour vivifier tout ce qu'il a créé, qui as fait le ciel et enveloppé de mystère son horizon ! Hommage à toi, Râ, qui [apparaissant] à ton heure, lances des rayons de vie pour les êtres intelligents! Hommage à toi, qui as fait les dieux

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dans leur totale, Pieu qui se cachQ et dont on no connaît poiot Tiinage ! Hommage à toi! quand tu circu]ej} au firmament, les dieux qui t'accompagnent poussent des cris de joie*! » Jj'assimilation et parfois Tidentitô complète du Dieu suprême avec le soleil une fois admise, Tassimilation et Tidentité complètes des formes secondaires de Dieu avec Râ devint toute naturelle. Ammoo, Osiris, Hor, Phtah lui-même furent tantôt considérés comme Came vivante de iid, tantôt comme Râ lui-même. Les phases de son cours étudiées et distinguées à Tenvi furent considérées comme autant de manifestations, autant de formes [Khoper) de son être. I^e soleil fut nommé Atoum avant son lever, Hor-em akhou-ti, Hor dans les deux horizons, THarmachis des Grecs, au moment de son lever et de son coucher, Khoper ou Harpocrate (Hor enfant) à son lever, IW, Sbou, Anhour, Hor en son midi, Nowcr-Toum à son coucher, Osiris pendant la nuit, lorsqu'il s'est enfoncé dans les ténèbres et traverse les régions du ciel inférieur. Sa vie journalière depuis le moment où il apparaît à Thorizon ou Biatin jusqu'au moment où il disparaît derrière la montagne d'Occident, devint la vie du Dieu suprême, et sa lutte contre Tobscurité, la lutte de Dieu contre les mauvais principes.

C'est lui : le voici qui se dégage lentement des étreintes de la nuit. H ne fait qu'apparaître « à l'horizon oriental du ciel », et déjà « les rayons vivants de ses yeux pénètrent, animent, fortifient tous les êtres. » Debout dans la cabine de sa barcjue sacrée, « la bonne barque des millions d'années, » enveloppé dans les replis du serpent Mchen qui est l'emblème ne son cours, il glisse lentement sur le courant éternel des eaux célestes, guidé et suivi par cette armée de dieux secondaires dont les peintures nous montrent les formes bizarres. Hor debout à l'avant sonde ITioriyon du regard et signale l'ennemi qu'il se tient prêt

1. Pc Rouge. Essai sur une stèle funéraire de la collection Passalac^ ÇMa, Berlin, 1849; G. Maspero^ <ur la LiUéralure r^igi^us^, dans la Herue politique, 1872, p. 461.

à peiter de sa knce; un autre Hor tient Je gouvernail. Les Akhimou-Ourdou, ceux qui jamais ne reposent, et les Akhimou-Sekou, ceux qui jamais ne halent, arntés de longues rames, manœuvrent la barque et la maintiennent au fil de Teau : ils se recrutent sans cesse parmi les âmes pures, et les rois des deux Ëgyptes eux-mêmes tiennent à honneur d'en faire partie.

« Tu t'éveilles bienfaisant, Ammon-Ra-Harmakhis; tu t'éveilles véridique, Ammon-Râ, seigneur des deux horizons ! 0 bienfaisant, resplendissant, flamboyant ! Us rament tes nautoniers, ceux-là qui sont les Akhimou-Ourdou ! Ils te font avancer tes nautoniers, ceux-là qui sont les Akhimou-Sekou! Tu sors, tu montes, tu culmines en bienfaiteur, guidant ta barque sur laquelle tu croises, par Tordre souverain de ta mèreNout*, chaque jour! Tu parcourt le ciel d'en haut, et tes ennemis sont abattus! Tu tournes ta face vers le couchant de la terre et du ciel : éprouvés sont tes os, souples tes membres, vivantes tes chairs, gonflées de sève tes veines, ton âme s'épanouit I On adore ta Majesté Sainte, on la suit sur le chemin des ténèbres; tu entends l'appel de ceux qui t^accompagnent derrière la cabine [de ta barque], les exclamations des nautoniers [dont] le cœur est content [parce que] le seigneur du ciel a comblé de joie les chefs du ciel inférieur, les allégresses des dieux et des hommes qui poussent des exclamations et s'agenouillent devant le soleil sur son pavois, par l'ordre souverain de ta mère Nout, [et dont] le cœur est content [parce que] Râ a renversé ses ennemis ! Le ciel est en allégresse, la terre est en joie, les dieux et les hommes sont en fête, afin de rendre gloire à Râ-Harmakhis, lorsqu'ils le voient se lever dans sa barque et qu'il a refnversé les ennemis à son heure ! La cabine est en sûreté, car le serpent Mehen est à sa place et l'urœus a détruit les ennemis.

« Avance sur ta mère Nout, seigneur de Tétemité ! Après avoir récité pour toi les charmes de l'enfantement, elles se relèvent Isis et NephthySy lorsque tu sors du sein de ta

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