‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 5)Chapitre 22 sur 96 · Hérodote, II · texte numérisé non relu

Hérodote, II

ments. Cela donna lieu plus tard de lui attribuer, au détriment du fondateur réel, la construction de la pyramide entière. Les voyageurs grecs, à qui leurs exégètes racontaient rhistoire de la belle aux jolies de rose^ changèrent la princesse en courtisane et substituèrent au nom de Nitaqrit, le nom plus harmonieux de Rhodopis. Un jour qu'elle se baignait dans le fleuve, un aigle fondit sur une de ses sandales, l'emporta dans la direction de Memphis et la laissa tomber sur les genoux du roi qui rendait alors la justice en plein air. Le roi, émerveillé et par la singularité de l'aventure et par la beauté de la sandale, fit chercher par tout le pays la femme à qui elle avait appartenu, et c'est ainsi que Rhodopis devint reine d'Egypte. A sa mort, elle eut pour tombeau la troisième pyramide*. Le christiarnisme et la conquête arabe modifièrent encore une fois le caractère de la légende sans effacer entièrement le souvenir de Nitocris. « L'on dit que l'esprit de la pyramide méridionale ne paroist iamais dehors qu'en forme d'une femme nue, belle au reste , et dont les manières d'agir sont telles que, quand elle veut donner de l'amour à quelqu'un et luy faire perdre l'esprit, elle luy rit, et, incontinent, il s'approche d'elle et elle l'attire à elle et l'affole d'amour; de sorte qu'il perd l'esprit sur l'heure et court vagabond par le pays. Plusieurs personnes l'ont veué tournoyer autour de la pyramide sur le midy et environ soleil couchant ^. » C'est Nitocris qui hante ainsi le monument dont elle avait achevé la construction.

De la mort de Nitocris à l'avènement définitif de la onzième dynastie, près de cinq siècles s'écoulèrent sur lesquels l'histoire reste à peu près muette. Quatre dynasties s'élevèrent, puis retombèrent rapidement pendant cet intervalle, sans laisser aucun monument qui nous permette de déterminer les noms et l'ordre de succession des Pharaons qui les composent. Manéthon indiquait d'abord une septième dynastie memphite, qui, d'après une version, aurait

1. Strabon, l. XV, c. 1. Cf. Hérodote, II, 134-135. — 2. VÉgypte de Murtadi, ^Is du Gaphiphe^ de la traductioq 4e M. Herre WatiierT AParUjMDGWn, p.65,

duré seulement soixante-dix jours et n'aurait pas compté moins de soixante-dix rois ; d'après une autre, aurait été formée de cinq rois et aurait régné soixante-quinze ans. Il parlait ensuite d'une seconde dynastie memphite, la huitième, dont les vingt-sept souverains n'exercèrent l'autorité que pendant cent quarante-six ans. Le Papyrus de Turin, tout mutilé qu'il est, nous donne en effet pour cette époque l'indication de règnes forts courts. Le roi Nowerka^ suceesseur immédiat de Nitaqrit, garda le pouvoir deux ans, un nsois, un jour; le tkàNowtovs^ quatre ans, deux mois, un jour; le roi ^6, deux ans, un mois, un jour; un autre roi, dont le nom est illisible, un an et huit jours. Il faut voir dans l'insignifiance de ces chiffres la preuve des trou- * bies incessants et des guerres civiles qui ruinèrent l'Egypte entière et amenèrent probablement sa division en plusieurs États indépendants sur lesquels les princes de la dynastie officielle, retirés à Memphis, n'eurent plus qu'un droit de suzeraineté purement nominal.

Après un siècle et demi d'agitations et de luttes, la ii« gnée memphite finit par s'éteindre et fut remplacée par une famille d'origine héracléopolitaine. Uâkhnen-souien\ THéracléopolis des géographes grecs, dont le nom, altéré successivement en Khvninsou et Hnès^, est reconnaissable encore aujourd'hui dans la forme arabe Ahnas-eUMedinehy était l'une des villes les plus anciennes et les plus riches de l'Egypte. Située au cœur même de l'Heptanomide, à trente lieues environ au sud de Memphis, elle s'élevait dans une île assez considérable formée par le Nil à l'orient, par le grand canal qui longe le pied de la montagne Libyque, à l'occident. Fondée, aux temps antéhistoriques, autour de l'un des sanctuaires les plus vénérés du pays, elle n'avait pas encore de rôle politique, lorsqu'un de ses princes, dont le nom nous est arrivé sous la forme grecque d'Achthoès, la tira de son obscurité et parvint à lui donner la prééminence .qui avait si longtemps appartenu à Memphis, «Il fut )0plus cruel de tous ceux qui avaient régné

]. Littér., la demeure de VenfarU royal. — 2. Èuie, XXKi ^; Ghaïq-f poUloo, l^tgMftU «OUI lf$ Pharaons, 1. 1, p. 309-310,

jusqu'alors et commit beaucoup de crimes. U finit par être frappé de démence et mis en pièces par un crocodile*.» Après sa mort, Héracléopolis, dfevenue pour un temps ville dominante, produisit successivement deux dynasties, la neuvième et la dixième. Les fragments du Papyrus de Turin, la deuxième rangée supérieure de la table d'Abydos, le canon d'Ératosthènes, nous ont conservé sans doute quelques-uns des noms de cette époque. L'absence complète de monuments originaux ne nous permet point de classer et de répartir entre les dynasties les rois dont les cartouches plus ou moins mutilés sont parvenus ainsi jusqu'à nous. Régnèrent-ils trois siècles comme l'affirment les uns ou six comme le veulent les autres? Réussirent-ils à étendre leur autorité sur toutes les régions comprises entre la première cataracte et les côtes de la Méditerranée, ou ne possédèrent-ils qu'une partie du pays? Ce sont là autant de questions auxquelles il est impossible de répondre dans l'état actuel de la science. On voit seulement que les derniers d'entre eux, après avoir lutté vainement contre la révolte des provinces du midi, finirent par succomber sous l'effort toujours croissant des princes thébains qui forment la onzième dynastie de Manéthon '.

1. Manéthon, édit. Unger, p. 107. — 2. Voici, restitué aussi complètement qu'on peut le faire en ce moment, le tableau des sixième, septième, huitième, neuvième et dixième dynasties :

VI* Dynastie éléphantimb (4.dyd£nienne}.

Teta. (à Memphis)

ÂTi (dans le Sud)

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MBRmA Pàpi 1

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MSRBNRA [MbNTBMSAW I]

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Netaqrit

N(T«MipK.

VII* DTIf ASTIS MBMPHITB.

VIII* DyN ASTIB IfEMPHITE.

IX* Dtnastib HéRACiioPOUTAiicB. I. — XxB6vic.

X* Dynastie hbracléopolitaine.

PEEIODE THÉBAINE.

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