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Histoire ancienne

Les 8toïeiens pensaient comme lui (Soerate) ; ils disaient que l'houuète est toujours utile, et qu*il n*y a rien d*utile que ce qui est honnête,

(CicsaoN. Deâ Devoirs, lit. III.)

J'écris ce livre pour la jeunesse; ma vieillesse veut lui être utile. L'étude de Thistoire est, selon moi, la plus nécessaire aux hommes, quels que soient leur âge et la carrière à laquelle ils se destinent Les exemples frappent plus que les leçons ; ils leur servent de preuves pour convaincre , ils les accompagnent d'images pour intéresser: l'histoire renferme l'expérience du monde et la raison des siècles.

Nous sommes organisés comme les hommes des temps les plus reculés; noiw avons les n^êmes vertus, les mêmes vices. Entraînés comme eux par nos passions, nous écoutons avec défiance les censeurs qui contrarient nos penchants et qui nous avertissent de nos erreurs, de nos dangers. Notre folie résiste à leur sagesse, nos espérances se rient de leurs eraintes.

Mais l'histoire est un maître impartial, dont nous ne pouvons réfuter les raisonnements appuyés sur des faits. Il nous montre le passé pour nous annoncer l'avenir ; c'est le miroir de la vérité.

Les peuples les plus fameux, les hommes les plus célèbres, sont jugés à nos yeux par le temps, qui détruit toute illusion^ par la justice, qu'aucun intérêt vivant ne peut corrompre. Devant le tribunal de l'histoire , les conquérants descendent de leur char de triomphe, les tyrans n^effraient plus par leurs satellites, les princes nous apparaissent sans leur cortège et dépouillés de la fausse grandeur que leur prêtait la flatterie.

Vous détestez ISans danger la férocité de Néroi^es cruautés de Sylla, les débauches d'Héliogabale, l'hypocrisie de Tibère ; ^ vous avez vu Denys terrible à Syracuse , vous le voyez humilié à Corinthe.

Les aiq^udissements d'une Inconstante multitude ne trompent pas votre jugement en faveur d'Anitus et de Mélitus ; vous mé- 1. i

prÎEKxfeiirsdâatkNiB^leiirsealomaies^ eCyonftsaîyezaTecenthocH < siasue le vertueux Socrate dans Sii prison ^ le juste Aristide dans sonexiL

Si TOUS admirez la valeur dWIexandre sur les bor^ du Granicpe et dans les plaines dMrbelIes, vous hn reprochez saus crainte son ambition démesurée qai Tentraine an fond de Flnde , et les dé- Itau^es Imntenses qai ternissent à Babylone la fin de sa vie. Ymm préférefti à an tasse gtoire fa reaonanée intacte et la vertu sans ombre dUpominûndas » de Léonidas , de Titus , de Marc- Aorèle.

L'amour des Grecs pour !a liberté peut échaufe* Totre àme ; -mais leurs jakmsfes, leur lég^^té, leur ingratitude, leurs querelles sanglantes et leur c<NTupti(n tous annoncent et voos expliquent leur ruine.

Si le colosse romain vous impose p«r sa vaste pinssanee, tous ne tardez pas tengtemps^ fiitinguer les Tertus qui firent sa grandeui^, et les vices qui amenèrent sa décadence.

Là nuit de FigiOTance couTre la terre , ia barbarie la déraste comme un délnge ; les débris de fempire sont dispersés et ensan> glantés par des sauTages, qui tous font mieux sentir tous les aTantages des scimees qu'ils ont chassées, des lois qu'ils ont détruites. Mais enfin les lumières d'une religion spirituelle dissipent les erreurs de ndolàtrie: les TÎces ne sont plus dans le ciel Dieu seul y règne; la Terlu ne manque plus de base solide : aussi vous trou- Terez généralement dans le nMHide moderne une ciTilisation mieux édairée , des mœurs plus douces ; un lien de fraternité unit le faible au frai, le pauTre au riche, les rois ans bergers.

Mais cette religion n*est pas toujours écoutée : ses ministres en abusent ; les peuples Toutragent ; les ambitieux ia braTent ; les princes Poublient : aussi, à côté d'un petit nombre de héros parfaits, au mflieu de quelques époques tranquilles et glorieuses, tous reroyez des monarques et des pontifes sanguinaires, des révolu- ' lions ftincsles, des guerres civiles et religieuses. Le flambeau de l'histoire, qui ne vous quitte pas, vous montre constamment la Justice entourée de la paix, de l'amour et de l'estime ; tandis que fambition, le fanatisme, la rébellion et la tyrannie sont toujours ' punis par de longs malheurs et flétris par les inflexibles arrêts de la postérité.

Lniabileté de Louis XI, les intrigues de Philippe n, la fortune ' Insolente de Borgia ne tous empêchent pas de ha!r leur mémoire ;

VOUS brûleriez de partager la captivité du vertueux saint Louis;

.VûDrgéiiils8éi iur la victeire du oenDétable qui combat contre sa patrie ; vous enviez le bonheur de Bayard, qui meurt pour la défendra. Partout enûn vous trouvez la preuve de cette antique maxime ^ qu'à la longue il n'y a d'utile que ce qui est honnête , qu'on n'-esi véritablement grand que par la justice, et complètement heureux que par la vertu. Le temps distribue avec équité les ré-

•eompenses et les châtiments, et vous pouvez mesurer Tuccroissement et la décadence des peuples sur la sévérité ou sur la dépravation de leurs mœurs. La vertu est le ciment de la puissance des nationBi elles tombent dès qu'elles sont corrompues.

Mais plus les leçons de l'histoire sont utiles, plus il est important qu'elles soient bien présentées. Il n'est que trop d'historiens prfH près à égarer ceux qui les lisent ; leurs plumes éloquentes ne sont pas toujoursassez^impartiales, assez exemptes de passion; elles nous trompent quelquefois et flattent nos penchants. Beaucoup d'écrivains, éblouis par la célébrité, la prennent pour la gloire ; d'autres

mettent de foiix et passagers intérêts à la place de la justice ; et «88 jugée des rois «l des peuples prononcent souvent au hasard des arrêts que leur dictent la crainte ou l'espérance, la reconnais-

ttance ou la haine, et Pesprit de secte ou de parti.*

Il fwdrait donc , pour former des citoyens vertueux et pour éelairor les hommes sur leur bonheur, que celui qui leur apprend l'histoire, se dépouillant de tout esprit de circonstance et de sysrtène, leur fit juger les hommes et les événements uniquement d'à-

.près les règles de la morale ; car l'esprit de secte et de parti n'est que pour un temps, la justice et la vérité sont de tous les lieux et de tous les siècles*

Le premier devoir d'un historien est de faire admirer la vertu, même lorsqu'elle est persécutée ; de faire hair le crime, malgré le succès précaire dont le couronne quelquefois le destin, et d'inspirer

-un juste mépris pour le vice, de quelque forme séduisante qu'il se

.montre souvent revêtu.

En développant aux yeux de nos disciples le vaste tableau de Thistoire du monde, nous leur présentons à la fois tousses exemples qu'ils doivent fuir et tous ceux qu'ils doivent imiter ; mais la vue de ces modèles a son danger comme son utilité.

Çeu boromes célèbres, qui viennent en foule de tous les pays et de tous les siècles pour appuyer nos préceptes, offrent un assem^ blage perpétuel de vertus et de vices, de grands talents et de

honteu^s faiblesses, de snqcès injustes ^t de revers no& mérités.

Nous devons donc, avec le plus grand soin, accoutumer la jeu^ nesse à bien distinguer dans ce mélange la vérité de Terreur ; à juger les hommes et leurs^ actions par leur moralité, et non diaprés les hasards des événements. Il faut enûn lui apprendre sang cesse, en admirant les vertus, les talents des h(MBmes les plus illustres, à reconnaître, à condamner leurs faiblesses et leurs défauts^ de* quelque éclat qu'ils puissent être jpouverts par la fortune et par le génie.

En présentant ainsi aux yeux des jeunes gens les hommes et les événements sous leur véritable jour, le but de Thistorien doit être d'imprimer dans ces âmes tendres le respect pour la Divinité, le dévouiQpent à la patrie et au roi, la vénération pour la justice, IV mour d'une sage liberté, et le plus profond mépris pour tout ce qui blesse l'honneur et la vertu.

En composant cette histoire universelle, je me suis pénétré des principes que je viens d'exposer : c'est ce qui me fait espérer que mou travail sera utile. Beaucoup d'autres, avec plus de talent, m'ont précédé dans cette carrière : j'ai profité de leurs lumières, et je ne me suis éloigné d'eux que lorsqu'ils m'ont paru sacrifier, en quelque partie, la justice et la vérité à l'éclat de la fausse gloire, aux préjugés des temps, aux caprices do lafortune, et aux passions politiques et religieuses.

Cependant les erreurs en ce genre sont si rares chez les bons historiens et si faciles à relever, que ce motif seul ne m'aurait pas fait entreprendre un aussi long ouvrage.

La plupart des hommes sont obligés de consacrer leur temps à ^vers genres d'études, surtout dans un siècle où, les arts et les sciences a^ant fait tant de progrès, on sent le besoin et le désir de savoir un peu de tout.

Il résulte de cette multitude de connaissances qu'on veut acquérir une impossibilité presque absolue d'en approfondir aucune. Peu de personnes ont le loisir de lire de longs volumes, et beaucoup de livres d'histoire sont trop étendus pour attirer et fixer une jeunesse dont tant d'autres objets partagent l'attention.

Les grands auteurs de l'antiquité sont des sources intarissables

de morale et d'instruction ; mais la jeunesse n'en lit que quelques

morceaux choisis. Les savants seuls jouissent complètement de ces

trésors.

Les écrivains français qui nous ont donné des histoires générales,

craignant de se répéter, n'ont point-écrit l'histoire suivie de charpie peuple depuis son origine jusqu'à sa fin , et le jeune hoittne qui étudie leurs ouvrages est à tout moment interrompu dans^cette histoire. On lui fait quitter TÉgypte dès quetVmibyse s'en empare, pour reprendre l'histoire de lît Perse; il est forcé d'abandonner celle de Perse pour l'histoire de la Grèce, lorsque les successeurs d'Alexandre se partagent sod empire : de sofle que, promené d'un ây)ays l'autre, comme dans un labyrinthe, il perd le fil des événements, et se retrouve avec peine daas un tableau tracé avec si peu dH)rdre et de suite.

On a fait , je le sais , beaucoup d'abrégés de chaque histoire ; mais ils m'ont paru généralement trop secs et trop incomplets. Beaucoup d'événements importants et de traits remarquables y sont oubliés ; et, d'un autre côté, on y trouve, comme dans les histoires plus volumineuses, <le trop longues réflexions qui coupent et ralentissent la narration.

Les autei^rs modernes veulent presque tous se trop montrer dans leurs ouvrages ; leurs dissertations morales font disparaître l'intérêt du récit. Ce n'est plus l'histoire qu'on lit, c'est le professeur qu'on entend, et le charme cesse.

Il me semble que la réflexion doit naître des faits; il faut l'indiquer plus que la faire : plus elle est rapide, mieux elle pénètre; elle perd sa force dès qu'elle s'étend.

D'après ces observations, que je crois justes, j'ai tenté de suivre une marche différente. On trouvera dans cet ouvrage l'histoire n<m interrompue de chaque peuple, depuis sa naissance jusqu'au mo- Inent où il a cessé totalement d'exister comme nation indépendante.

J'ai voulu rassembler dans le cadre le plus resserré, et sans concision, le plus d'événements possible ; j'ai cherché à y placer toutes les actions, tous les traits dignes d'ètrè cités, et à tt'y rien omettre de tout ce que la lecture des meilleurs historiens in'a fait désirer de retemr. *

Je me suis efforcé d'y peindre fidèlement tous les hommes célèbres par leurs destinées, par leurs vertus, par leul9 crimes, par leurs talents et par leurs vices ; j'ai fait le plus souvent leurs portraits et prononcé leur éloge ou^lfeur censure, en racontant simplement leurs actions, et en répétant leurs paroles.

De courtes réflexions indiquenl^à la jeunesse le jugement qu'elle doit porter sur les homjnes et sur l#faits; elles font remarquer aussi la cause de la grandeur et de la décadence des États»

èiVon trouve ma narration moraie^ intéressante et claire, mon style concis sans sécheresse, et exenspt de toute aiTectien 8an« être totalement dépourvu d'élégance i sij'aiBurtout trouvé le moyen d'instruire mes lecteurs en les attachant, et de leur donner d'utiles leçons de morale et de politique sans les fatiguer, j'aurai atteint mon but, et j'espérerai que^ malgré la juste modestie du titre d'un^ ouvrage dédié à la jeunesse^ il pourra être lu avec fruit, et aved plaisir par les hommes» , ^

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