HISTOIRE DE LA GREC». ^ [A?. J.-C. 5M-A
prendre Athènes qui était sans défense. Sa flotte, favorisée par les vents^ doublait le cap Siînium. Mais.Miltiade, qui n'était ni enivré ni endormi par la victoire, ne laissa que mille hommes à Marathon, sous les oxdses d' Aristide, et^ franchissant avec son infatigable armée les quinze lieues qui le séparaient d^Atliènes, il arriva le même jour dans la ville, et força rennemi déconcerté à se retirer en Asie,
Cette bataille célèbre eut Ueu la troisième année de la soixante-douzième olympiade, quatre cent quatre-viDgt-dix ans avant Jésus-Christ.
Les Spartiates arrivèrent le lendemain du combat : ils avaient parcouru quarante-six lieues en trois jours; ils trouvèrent Aristide sur, le théâtre de sa gloire, entouré de prisonniers chargés de fer, et d'un immense butin que sa sévérité avait garanti du pillage.
Les Lacédémoniens rendirent aux vainqueurs im hom-^ mage. public, et conçurent une jalousie secrète, qui fit naître par la suite de longues querelles et de grands malheurs.
On éleva dans la plaine des demi-colonnes sur lesquelles furent gravés les noms des guerriers d'Athènes morts au champ d'honneur.
Dans les intervalles de ces colonnes brillaient des trophées formés avec les armes des vaincus. On devait une récompense à Miltiade; il en obtint une digne de lui par sa noble simpUcité. Les Athéniens placèrent sous un de leurs portiques un tableau qui représentait la bataille de Marathon : €«1 y voyait Miltiade, à la tête des généraux, haranguant les troupes qu'il allait conduire à la victoire.
Cette bataille, qui décida du sort de la Grèce, apprit au monde que la victoire ne dépend pas du grand nombre, que la faiblesse courageuse jpeut résister à la puissance, et qu'un peuple qui sait vouloir être libre est invincible.
Les Athéniens s'étaient vus abandonnées dans un si grand péril par plusieurs peuples qui auraient dû concourir à la défense commune; ils chargèrent MUtiade de partir avec
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soixanté-dk vaisseaux et de punir les iles grecques s6u-^ mises aux Perses.
Il en conquit plusieurs; mais Paros lui opposa ime vive résistance. Bleasé devant les murs de cette ville, et trompé par un faux bruit qui annonçait Tarrivée des Perses, il leva le siège et revint à Athènes avec sa flotte.
Les peuples sont souvent aussi injustes que les rois; La blessure de Miltiade l*empêchait de paraître en publie : Tenvie, toujours irritée contre sa gloire, l'accusa de s'être laissé gagner par Darius. La multitude, qui croit ce qu'elle craint, repoussa toutes les objections de la raison, et le peuple condamna à mort le héros qui l'avait sauvé'. . Tous les dtbyens vertueux gémissaient en vain de cette atrocité ; en vain ils s'écriaient :. « Athéniens, souvenea^ « vous de Marathon I)) ils n'obtinrent qu'une commutation de la peine de mort; elle fut remplacée par une amende de cinquante talents. Miltiade, hors d'état de la payer, resta en prison : le chagrin irrita sa blessure et termina ses jours. Cimon, son fils, héritier de ses vertus et de ses ta-r lents, obtint de ses amis l'ai^gent nécessaire pour faire ensevelir son père et pour payer l'amende à laquelle il avait été condamné. ^
Les Athéniens honorèrent la inémoire de ce grand homme par des regrets tardifs, par d'inutiles larmes. Mais Ipentôt ils donnèrent à la Grèce unç nouvelle preuve de leiu? ingratitude et de leur légèreté. Thémistocle aimait plus la gloire que sa patrie; jaloux de la vertu d'Aristide,4I craitgnait de voircet homme sévère porté par l'estime pubUque au gouvernement de l'État : son adresse trouva le moyen d'exciter la méfiance du peuple ; mais, ne pouvait accuser d'aucun crime avec vraisemblance un homiûe si juste, il éécida les Athéniens à exécuter contre lui la loi qui permettait d'exiler tout citoyen dont le mérite pouvait porter ombrage aux amis inquiets et jaloux de la liberté.
Le vertueux Aristide fut ban^i. Un citoyen de la basse classe, qui ne le connaissait pas, vint s'adresiâ'àkii-inême
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et le pria.de mettre le nom d'Aristide sur sa coquille. « Quel mal vous a fait cet homme^ dit lé noble accusé, c pour le condamner ainsi ? — Aucun, répondit le citoyen; umafs je suis ennuyé' de Tentendre toujôUPS( appeler le ajuste. » Aristide, sans répliquer, écrivit son nom.
En partant pour son exif, il pria les dieux de préserver s9l patrie de tout malheur qui pourrait la forcer à le rappeler.
Cet homme rare, comme nous l'avons dit plus haut, s'étaitformé à la vertu par les leçons de Clysthène. Une sage coutume voulait, dans ces teinps anciens, que les jeunes gens s'attachasséiSt aux vieillards les plus considéi*és. C'est €dnsi qu'Aristide fut élevé par Clysthène, Cimdn par Aristide> Polybe par Philopœmen. Le peuple athénien avait souvent re^u de ce magistrat de justes reproches sur son inconséquenceé Ayant été nommé trésorier de la réptiblique, il administra avec intégrité et découvrit sans ménage* ments les infidélités de ses prédécesseurs, et même de Thémistocle ; il s'attira par là beaucoup d'ennemia qui, som un faux prétexte, Taccusèrent : on le condamna & une cuQDmnde. L^intrigue fut découverte; on le.dispensa du payement, et ses amis le firent même renommer trésorier.
Se montrant alors plus facile, il ne pa^t point exercer fine surveillance si rigide : tous ceux qui voulaient malverser le comblèrent d'éloges, et filment tant par leurs brigues, qu'à la fin de l'année tous lefs suffrages se déclarèrent unfi^nimement pour lui. Aristide alors se leva et dit : « Athéa niens, j'ai administré comme un homme de bien; vous à m'avez abreuvé d'afiTrouts : aujpurd'hui, quand je paaiiii a fermer les yeux sur les vols publics, vous me regai^ea c comme le plus admirable des administrateurs. L'année «dernière, je m'honorais de votre condamnattoti; j'ai a honte aujourd'hui de vos éloges. Je vois ^u-il est plus 0 glorieux chnz vous de méanger les niiichantsque d'épar- « gner les trésors de l'État. ^)
€ette répri^Nuidè augmenta l'eatime pubhqûe pour Aris-
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tide. La réputation de sa jusiîce était telle. qu*6n. désertait les tribunaux pour recourir à son arbitrage. ,,
.Un jour, lorsqu'on jouait à Athènes une tragédie d'Eschyle, dans laquelle le poôte, en parlant d'Amphiara'ûs^ dit : a n veut être juste et non le paraître, » tous les spectateurs, entendant ce vers, se tournèrent du côté d'Aristide avec de grands applaudissements.
€et enthousiasme populfire fut un des principaux griefs de la faction de Thémistocle ; elle trouvait son pouvoir d'autant plus redoutable qu'il avait pour base Tamour du peuple. ^
;. Si Thémistocle était trop ambitieux^ il faut convenir que cette ambition tournait presque toujours à l'avantage dt^ la répiSblique,
Tandis que les Athéniens ne songeaient qu'à jouir Se leurs triomphes, Thémistocle, prévoyant le nouvel (»age qui se formait contre la Grèce, persuada au peuple d'employer à construire des vaisseaux le revenu des mines, qui jusque-là avait été partagé annuellement entre toiis les citoyens*
L'événement prouva bientôt la sagesse de ce conseil, puisque Athènes, attaquée de nouveau, ne dut son salut qu'à sa flotte.
Darius, furieux de la défaite de ses armées, méditdt une vengeance éclatante : il employa trois années à faire les préparatifs d'une invasion plus formidable que les précédentes et qu'il voulait dffîger lui-même ; la mort TarrÔta dans ses projets. Son fils Xerxès hérita de son trône, de ses passions, mais non des Veii;us qui hi distinguaient. S§^ violence menaça la Grccc d'une ruino totale; et le monde, qu^il voulait remplir i1e sa gloire, ue retentit que du brUit de sa honte et de ses folies.
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