SÉSOSTRIS, ROT
(An du monde 2513. — Avant Jésus-Christ 1491.)
Sésostris fut le plus grand des^ois d'Egypte. L'éducation que son père lui avait donnée annonçait au monde un conquérant. Tous les enfants nés dans le royaume le même jour que lui fufent amenés à la cour par ordre du roi. Ils furent nouiTis près* du jeune Sésostris, et reçurent la même éducation. Ils partagèrent ses travaux, ses exercices ; on les accoutuma à une vie dure et laborieuse ; on les prépara par les fatigues de la cbasse à celles de la guerre, hf^rs repas étaient le prix de leurs courses et de leurs luttes. Toute cette jeunesse, liée par un attachement presque .fraternel à celui jui devait la gouverner, devint Tomement de sa cotr et Tappui de son trône. Tous veillaient poursa sûreté et combattaient pour sa gloire : jamais prince n'eut de p^ns fidèles ministres^ d'officiers plus zélés et de soldats plus ardents.
iElien prétend que Sésostris fut instruit par Mercure TrisBiiégiste, auquel on attribuait l'invention de tous les arts. Il parait qu'^Elien se trompe, car Mercure ou Hermès , existait 3u temps d'Osiris: av reste, Jamblique, prêtre égyptien, assurait que Tusage de son pays était da mettre sous le nom de Mercure tous les ouvrages que les savants publiaient.
Dès que Sésostris fut sorti de l'enfance, son père le" chargea de porter la guerre en Ajrabie, et le jeune prince soumit ce peuple^qui jusque-là passait pour indomptable.
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Il tourna ensuite ses armes du côté de la Libye, et en con* quit la plus grande partie.
Aménopbis, en mourant, laissa à son fils de grands trésors et une forte armée : mais ce qui assura principale* ment le suecès de ses entreprîmes, c'est le soin qu'il prit de ne point sacrifier le bonheur de son peuple à sa gloire; Différent de tous les autres conquérants, il chercha et trouva sa force dans l'amour de ses sujets. »
Son ambition ne lui fit jamais négUger les soins de Fadministration. Libéral^ juste et populaire, il protégea le commerce et l'agriculture* U divisa le royaume en trentesix gQuvemements, qu'il fit administrer par des hommes â<mt il avait éprouvé les vertus et la es^acité. U pourvut ainsi à la Bûreté intérieure de «es États, en s'attachant les peuples par des liens de vénération , d'affection et d'intérêt.
Son armée^ composée de six cent mille hommes de pied, de vingt-quatre mille chevaux et vingt-sept mille chars, était commairdée par dixrsept cents officiers choisis parmi, les plus braves et les plus estimés des compagnons de son enfance. Une si grande force, dirigée par tant de sagesse, devait éprouver peu de résistance; aussi Sésostris Ait un des plus heureux et des plus célèbres eonquéumts.
Il subjugua d'abord l'Ethiopie et l'obligea à lui payer tous les ans un tribut en ébène^ en ivoire et en or. Pour cette expédion il avait équipé une flotte de quatre cents voiles, qui parcourut la mer Rouge et s'empara de toutes les cétes.
n soumit toute l'Asie avec une rapidité inconcevable, et pénétra dans les Indes plus loin qu'Hercule et que Bacchus. U passa le €ange et s'avança jusqu'à la mer. La Scytliie, l'Arménie et la €appadocc reconnurent sa domination ; la Colchide reçut une colonie égyptienne, et en conserva longtemps les tî|pàrs. Du temps d'Hérodote, on voyait encore dans l'Asie' Mineure plusieurs monuments de ses victoires, et on lisait sur des colonnes cette inscri-
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piton grarée : « Sésostris, le roi des rois et le seigneur des (( seigneurs a conquis ce pays par ses armes» i>
Son empire s'étendait depuis le Gange jusqu'au Danube. Les figures hiéroglyphiques tracées sur les monuments désignaient les peuples qui avaient défendu leur liberté et ceux qui avaient cédé sans combattre^ La Thraeô Ait . te terme de ses conquêtes : FEurope) inculte et sauvage^ Qffrait alors peu d'appât à l'ambition, et n'aurait pu fournir de vivres à une armée si nombreuse.
Ce qui rendit la gloire de Sésostris aussi solide que brillante, et ce qui le préserva des désastres qui ne suivent que trop souvent les conquêtes, c'est qu'il ne songea pas à maintenir son autorité sur les nations conquises. (]on* tent de l'honneur de les avoir battues et d'y avoir levé des tributs, il se renferma sagement dans ses anciennes limites, et revint à Mempbis chargé de la dépouille des peuples vaincus. Il versa ses trésors dans son pays, récompensa magnifiquement son armcc^ et fît jouir paisiblement ses compagnons d'armes du fruit de leurs travaut.
Il employa son repos à construire des ouvrages uflle&4^ la fécondité des terres et aux transports du commerce. ' Cent temples^ érigés par lui, furent les monuments de sa reconnaissance envers les dieux. Des inscriptions gravées sur leurs portes annonçaient que ces grands travaux, faits par des captifs, n'avaient coûté ni fatigues ni sueurs à ses sujets.
A son retour, son frère ourdit une conspiration contre lui, et mille feu à son palais. S'étant sauvé de ce péril, il enrichit le- temple de Vulcain à Pélùse, croyant qu'il devait scm salut à la protection de ce dieu.
Les grandes chaussées qu'il avait construites, les canaux qli'il avait creusés, mettaient l'Egypte en sûreté contre les débordements du Nil, facilitaient les communications intérieures, et rendaient le pays îndccessible aux courses de la cavalerie arabe. Son règne glorieux fut toujours révéré en Egypte, et il pourrait sei'vir de modèle aux monanjucs,
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si Sésostrîs n'avait termi ses vertus par son orgueil. Il obligeait les chefs des nations vaincues à venir lui rendre hommage et à lui payer des tributs; il faisait atteler à son char ces rois et ces princes, fier d'être ainsi traîné par les maîtres des nations. Diodore vante cette vanité; quand ITiistoirie eômmet cette bassesse, elle est complice de la tyrannie. ^
Sésostrià devint aveugle dans sa vieillesse ; il né put supoiier ce malheur, et se tua. Il avait régné trente-trois ans, et laissa l'Egypte puissante et riche ; înais le sceptre sortit de sa dynastie à la quatrième génération : ainsi passe • la gloire humaine * il n*en reste que quelque* monuments et un tombeau!...
Les Égyptîeûî^, à cette époque,- éfablirent différentes colonies. Celle de Cécrops bâtit douze villes qui composèrent par la suite le royaume d'Athènes. Lç frère de Sésostris, Armais ou Danaûs, ti^ayant pu réussir dans sa conjuration, s'enfuit dans le Péloponèse et s'empara du royaume d'Argos, fondé quatre cents ans auparavant par Inachud.
Ce fut dans ce temps que Gadinu* porta de Syrie en Grèce leslettriss phéniciennes ou samaritaines.
Ce que l'histoire rapporte de la férocité de BusîriSj frère d'Aménophis, qui égorgait impitoyablement tous les étrangers descendus sur le Nil, est peu conciliable avec la fermeté de Sésostris et la tranquillité dont l'Egypte jouissait sous feonrègngjK.11 est probable que ce prince n'exerça ses cruautés qu'après la mort du roi.