PROTEGEAIT LES ARTS, ET PRODIGUAIT SES DONS
AU PEUPLE, dont il était rido!e,et qu'il semblait gouverner avec un sceptre de fleurs '. Capable néanmoins de revêtir toutes les formes, 'tous
' (Voyez le médaillon. ) Les insignes du plaisir, de la joie, lus grelots nirnie de la fo lie, expriment la légèreté d' Alcibiade et la frivoilté de ses gouls. L ne /> rc représente la protection qu'il accordait at/x ai ts. Et enfin les cornes d'cikvidance, indiquent ses prolusions et les dons qu'il prodlj^uaii au peuple d AlKènes,
les caractères , il cacliait , sous une apparente légèreté, une ambition profonde qui devait causer un jour le malheur de sa patrie et le sien.
4 1 9* — Nouvelle guerre du PeloponÊse. — Sparte et Athènes se plaignaient de quelques infractions au traité. Alcibiade, qui fondait ses projets ambitieux sur les troubles et sur la guerre , saisit l'occasion de reprendre les hostilités, et, malgré l'opposition de Nicias, la guerre fut bientôt déclarée. Alcibi.ade , nommé général, entra en Laconie, où il eut d'abord quelques avantages. Celte campagne se passa en petits combats partiels sans résultats positifs.
Cependant le peuple regrettait la paix : on accusait Alcibiade de l'avoir troublée par son ambition ^ on lui reprochait en même temps ses intrigues , sa légèreté et la dissolution de ses mœurs. Pour faire diversion aux attaques de ses ennemis, il se servit d'un moyen puéril en apparence , mais qui prouve à quel point il connaissait la légèreté des Athéniens.
Il avait un chien fort beau et d'un grand prix : il imagina un jour de lui faire couper la queue-, ce fut la nouvelle d'Athènes : il apprit qu'on le blâmait généralement d'avoir mutilé ce bel animal : Tant mieux ^ à\X.-i\ en riant, je veux que les Jithéniens parlent de mon chien pour quils se taisent sur ma conduite. Alcibiade donna bientôt des motifs plus graves à la critique.
4i5. — Siège de Syracuse. — Formant au aein des plaisirs les projets les plus audacieux,
6 LPOQLE, 5 SIECLE AV. J.-C I^l
Alcibiade méditait la conquête de la Sicile, pour s'emparer ensuite de Carthage, et de la se rendre maître du Péloponèsc.Nicias voulut en vain démontrer la témérité d'une telle entreprise • Téloquencc , les grâces d'Alcibiadc j enchantaient le peuple et lui soumettaient tous
les esprits. La guerre fut donc résolue , et Ton se disposa à assiéger Syracuse , ville capitale de la Sicil«Vlcibiade fut chargé de diriger celte expédition; on lui associa deux collègues, Nicias et Lama chus.
La Sicile, peuplée en partie de colonies grecques, avait obéi longtemps à des rois ou tyrans ; mais depuis Tan 466 , elle avait secoué îe joug et adopté le gouvernement populaire. Les Sj-racusains jouissaient donc des avantages de la liberté, et se rendaient redoutables :» leurs voisins, lorsque les Athéniens prirent les armes pour conquérir leur pays.
Les préparatifs se firent en dihgence , et l'armée allait partir, lorsqu'un événement singulier remplit la ville de tumulte et de terreur : les statues de Mercure se trouvèrent mutilées ; c''était un sacrilège aux yeux des Athéniens. Alcibiade en fut accusé; mais rembarquement ne pouvant se différer , l'affaire fut suspendue.
La. flotte part en effet ; t)n arrive , on débarque. Déjà l'armée avait obtenu quelcpies succès sous les murs de Syracuse, lorsque Alcibiade reçut l'ordre de revenir pour être jugé, Redoutajit l'arrêt d'un peuple aussi superstitieux que volage, il s'échappa des mains de
ceux qui le conduisaient, et s'enfuit à Sparte, jurant une haine mortelle à sa patrie.
Les Athéniens le condamnèrent à mort par contumace'. A la nouvelle de cette sentence, il s''écria : Je leur ferai bien voir que je vis encore. Trop fidèle à ce serment, il contribua il la ruine de sa patrie, en appuyant près des Spartiates les sollicitations des Syracu.sains qui réclamaient leur secours. IB^
4i5. — Défaite DES Athe'mens. — Le commandement des troupes, enlevé à Alcibiade., avait été remis aux mains de Nicias ^ mais les incertitudes et la timide lenteur de ce général augmentaient la difficulté de Tentreprise, et donnèrent le temps aux assiégés de préparer leurs moyens de défense et de recevoir les secours promis.
Enfin, après d'inutiles efforts de courage, LES Athéniens furent complètement défaits sous les murs de Syracuse. IN'icias fut pris et mis à mort.
Tel fut le résultat de celte expédition insensée. Athènes vaincue et malheureuse perdit la plupart de ses alliés que lui avait attirés sa puissance ^ ils embrassèrent successivement le parti de Lacédémone, regardé comme le plu» juste dès qu'il devint le plus fort.
^i/j. — Alchîiade a Sparte. — Poursuivant ses projets de vengeance, Alcibiade réfugié à Sparte, ne cessa d'intriguer contre
' Co/if«wace, terme de procédure, qui signifie qu'un accusé a refusé de comparaître devant le juge.
sa patrie et en se pliant aux mœurs , aux coutumes (les Laccdcinoniens , il acquit sur eux une grande influence : ce n'était plus ce brillant Athénien qui naguère éblouissait les regards par son faste , par ses richesses ; aujourd'hui fier Spartiate AVIVANT DANS UN CAMP, grossièrement vctu, frugalement nourri, il semblait oublier Athènes ou du moins il ne s'en souvenait que pour exciter ses ennemis contre elle.
Une put toutefois se contraindre longtemps et ayant irrité les Spartiates par la légèreté de sa conduite, il se vit forcé d'abandonner ce pays et de chercher un autre asile.
4 12. — Algitîiade Er^ Perse. — Conservant le même sj^stème et changeant a propos, de
MOEURS, DE COSTUME, ET DE LANGAGE, Alcibiadc
devint bientôt le favori de Tissaphcrne, satrape ou gouverneur de Sa; des, et fe^gagea à se déclarer contre Athènes.
4 10. AlCIBIADE RAPPELE a AthÎiNES.
Tandis que le frivole Athénien, exerçait à létranger une fatale influence , de continuelles dissensions déchiraient sa malheureuse patrie: le gouvernement d'Athènes avait été changé et l'autorité confiée à quatre cents citoyens qui cassèrent le sénat, méprisèrent les lois , et se rendirent odieux par leur tyrannie.
L'armée, qui était à Samos, refusa d'accéder à ces changemens et rappela Alcibiade. Mobile dans ses résolutions , non moins que ses compatriotes, ilsVmpressa de se rendre à leurs vœux, et revint A Athènes, où il fut reçu avec
3 74 HISTOIRE CnftQtE. C
enthousiasme. Milliade n'avait pu obtenir une couronne de lauriers, on oflrit au banni une COURONNE d'or ^ Ic Commandement général des forces de terre et de mer lui fut conQé, et bientôt il redevint l'idole d\m peuple léger et inconstant.
4io, etc. — Victoires d'Alcibiade. — Heureux de commander encore les Athéniens, Alcibiade, à leur tête, remporte de nombreuses victoires; il triomphe successivement des Spartiates et des Perses , dont il avait été naguère Fami et rallié; tous les ennemis d'Athènes enfin sont forcjs de lui rendre les armes, et il revient couvert de lauriers et chargé de butin.
L'époque du second commandement d"'Alcibiade fut la plus brillante pour les Athéniens, dans cette longue guerre du Péloponèse.
Après tant de succès, un léger échec essuyé par ujpi de ses lieu tenaiis fait perdre à Alcibiade la confiance des Athéniens : il est déposé, dix généraux le remplacent, et le peuple condamne au bannissement le guerrier auquel il doit sa gloire, et que peu de t^mps avant il aurait voulu porter au trône.
4o4« — Mort d^Ilcibiade. — Retiré en Perse une seconde fois, Alcibiade conserva dans l'exil le souvenir et Famour de sa pairie. 11 entreprit quelques années plus tard de la délivrer des tyrans qui Popprimaient ; mais les Spartiates, redoutant ses intrigues engagèrent le satrape Pliarnahaze à le faire assassiner. Après avoir tenté vainement de se défendre contre ses meurtriers , il succomba sous leurs coups (en
3' EPOQUE, 5^ SIÈCLE AV. J.-C. l'^5
Ainsi périt , à l'âge de quarante ans, cet homme singulier, qui réunissait dans son caractère les deux extrêmes du vice et de la vertu , et qui fut tour à tour la gloire et le fléau de sa patrie.
EXERCICES
SUR LE 5" SIÈCLE, année 4^1 , etc.