SCENE II
Un livre... Quel eft-il, ce livre ? Je le tiens ouvert dans mes mains depuis deux heures comme un livre de meffe, en faifant semblant de le lire, mais ne m'en sentant nulle envie... On prétend qu'il faut toujours emporter un livre avec soi, afin d'avoir un compagnon de voyage... Un compagnon de voyage! Joli compagnon ! il faut qu'on s'occupe de lui, que l'on s'intérefle à ses aventures, sans qu'il daigne une seule fois s'intéreffer aux vôtres, sans qu'il daigne une seule fois s'occuper de vous!.... Joli compagnon de voyage!
un impertinent ! un fat ! ... . (BUe ouvre le uvre). Comment s'appelle celui-ci? Des compen/afions par M. Azaïs. Des compenfations ! . . .
2 56 Par un beau mai in d'été.
Cela reffemblefurieufement àuneépigramme, . . Je suis veuve, je sais ce qu'on doit attendre du mariage en générai & des maris en particulier ; compenfation : un nouveau mariage & un nouveau mari... qui reffemblera sans doute à l^ancien!... Je me mets en route, à moitié défolée & à moitié confolée, c'eft-à-dire complètement réfignée, pour courir vers ce phénix des épouK à qui j'ai donné, par procuration, ma parole d'être sa femme •, compenfation : je verfe sur une grande route, en plein soleil, en pleine pouflière, en plein défert ! . . .
(Jetant le lirre). Il eft abfurde, Ce livre !... (BéT*nt
Le baron de Rocheville, le phénix des époux ! . . . On s^eft peut être bien avancé en le décorant de cette étiquette ornithologique... Mais non, au fait ! tous les époux sont des phénix... Il y en a même qui sont des aigles... avant la signature du contrat. . . qu'ils signent avec une de leurs plumes... Ils se reffemblent tous, ces merveilleux oifeaux ! Tous du moins reffemblent au rofiignol qui , tant qu'il veut plaire à sa compagne, l'accable de ses fioritures mélodieufes, mais qui se tait lorsqu'il a été écouté d'elle & n'a plus à lui plaire... Je suis sûre que le lendemain de notre mariage M. de Rocheville aura perdu sa voix... Et j'aimerais
Pdrr un beau matin d'éH. zb-j
tant à entendre toujours chanter... Thommc que j'aimerais !
(Ere reste rôTeose. Oo eolenrl une voix qui chaute en se rapprochant pea à pou) :
Être ivrogne ou bien amoureux, Après tout c'est la môme ivresse . . .
L un boit Tamour, vin oapiteux, L'autre le vin, chaude caresse !
L'oubli leur vient à tous les deux Noyés en des flots de tendresse ; Au même titre ils sont heureux . . .
La bouteille vaut la maîtresse !
Tous deux ont un destin pareil :
L'amour, £omme le vin, altère.
Leur cœur est malade au réveil . . .
Ils ont tous deux la bouche amère !...
Les paroles sont impertinentes, mais Tair eft original... Voix fraîche, bien timbrée.,, moins que les paroles... Ceft une voix d'homme iotcliigent... ou de commis-voyageur. . . (On peut s'y tromper, aujourd'hui que toutes les cîafles sont confondues & que les tonneliers deviennent ténors comme de simples marquis!...) Un monfieur quelconque, enfin, qui roucoule des vers malhonnêtes pour faire concurrence aux merles du voiûnage...
2 58 Par un beau matin d'été.
Je préfère les merles : ils sifflent des airs sans paroles... Celui-ci chante des paroles qui mériteraient d'être sifflées.