‹ Histoire anonyme de la première croisade éditée et traduiteChapitre 171 sur 188 · DUX GODEFRIDUS PRINCEPS ELIGITUR · texte numérisé non relu

DUX GODEFRIDUS PRINCEPS ELIGITUR

Venerunt autem nostri gaudentes® et pre nimio gaudio plorantes ad nostri Salvatoris Ihesu sepulchrum adorandum^ et reddiderunt ei capitale debitum**. Mane autem facto®, ascendenint nostri caute supra tectum templi et invaserunt Saracenos masculos et feminas, décollantes eos nudis ensibus; alii vero dabant se précipités e templo^. Hoc videns Tancredus iratus est nimis.

[39.] Tune nostri tenuerunt consilium"**^ ut unusquisque faceret elemosinas cum orationibus, quatinus sibi Deus eligeret quem vellet regnare super alios et regere civitatem**. Jusserunt quoque Saracenos mortuos omnes ejici foras pre nimio fetore, quia omnis urbs fere-^ plena erat illorum cadaveribus et vivi Saraceni trahebant moriuos ante portarum exitus et faciebant^ montes* ex eis, quasi essent domus. Taies occisiones de paganorum gente nullus unquam audivit nec vidit, quoniam pire erant ordinale ex eis sicut mete et nemo scit numerum eorum' nisi solus Deus®. Fecit vero cornes Raimundus conduci admiralium* et alios qui cum eo erant^ usque Scalonam^ sanos et illesos.

Octavo autem die quo civitas fuit capta®, elegerunt ducem Godefridum principem"*® civitatis, qui debella-

a. deinde venerunt gaudentes C. — b. tributum A^, C. — c. in templo B. — d. his (itaque O) gestis tenuerunt seniores

consilium C. — e. super . civitatem omis dans A^. — /. fere

omis dans B et C^. — g. ordinabant A^y B. — h. inde aggeres C. — I. quorum numerum nemo scit C. — k. ammiralium B, C*, C®. — /. Ascalonam A^, A^; Ascaloniam Ci. — m. in principem A^y A^.

1. Sur l’état du Saint-Sépulcre en 1099, voir la restitution des PP. Abel et Hugue Vincent, Jérusalem nouvelle (Paris, 1914).

2. C’est-à-dire du vœu qu’ils avaient fait en prenant la croix.

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ÉLECTION DU DUC GODEFROI (22 Juillet IO99) 20']

Puis, tout heureux et pleurant de joie, les nôtres allèrent adorer le Sépulcre de notre Sauveur Jésus* et s’acquittèrent de leur dette envers lui*. Le matin suivant*, les nôtres escaladèrent le toit du temple, attaquèrent les Sarrasins, hommes et femmes, et, ayant tiré l’épée, les décapitèrent. Quelques-uns se jetèrent du haut du temple. A cette vue, Tancrède fut rempli d’indignation.

[39.] Alors, les nôtres décidèrent en conseil^ que chacun ferait des aumônes et des prières, afin que Dieu élût celui qu’il voudrait pour régner sur les autres et gouverner la cité ®. On ordonna aussi de jeter hors de la ville tous les Sarrasins morts, à cause de l’extrcme puanteur, car toute la ville était presque entièrement remplie de leurs cadavres. Les Sarrasins vivants traînaient les morts hors de la ville, devant les portes et en faisaient des monceaux aussi hauts que des maisons. Nul n’a jamais ouï, nul n’a jamais vu un pareil carnage de la gent païenne : des bûchers étaient disposés comme des bornes et nul, si ce n’est Dieu, ne sait leur nombre®. Le comte Raimond fit conduire l’amiral et ses compagnons^ jusqu’à Ascalon, où ils arrivèrent sains et saufs.

Le huitième jour après la prise de la ville®, on élut le duc Godefroi prince de la cité®, afin de combattre les païens et

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