septembre
7. Ces détails, empruntés certainement au récit d’un témoin oculaire, ne se trouvent que dans notre texte et ses imitateurs.
Premièrt croisadt. 4
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DE CHRISTIANIS CYVITO CAESIS
Hec tribulatio fuit per vm dies. Denique dominus Alamannorum" concordatus est cum Turcis ut traderet socios illis et, fîngens se exire ad bellum, fugit ad illos et multi cum eo, Illi autem qui Dominum negare noluerent capitalem sentenciam susceperunt ; alios quos ceperunt vives adinvicem diviseruni quasi oves; alios miserunt ad signum et sagittabant eos; alios vendebant et donabant quasi animalia. Quidam conducebant suos in domum suam, alios in Corosanum\ alios in Antiochiam, alios in Aleph aut ubi ipsi manebant. Isti primo felix acceperunt martirium pro nomine Domini Ihesu.
Audientes denique Turci quod Petrus Heremita et Guualterius* Sinehabere^ fuissent in Cyvito‘‘^, que supra Nicenam urbem est, venerunt illuc cum magno gaudio ut occiderent illos et eos qui cum ipsis erant. Cumque venissent*', obviaverunt Guualterio cum suis, quosTurci mox occiderunt. Petrus vero Heremita paulo ante ierat Constantinopolim, eo quod nequibat refrenare illam diversam gentem que nec ilium nec verba ejus audire volebat^ Irruentes vero Turci super eos, occi-
a. Rainaldus dominus C^; Alamannorum Reinaldus A*, B (on remarquera que et concordent pour ne pas donner le nom du chef des Allemands ; sur cette question, voir plus haut, p. 8, noie 7). — b. Vualterius A^; Gauterius cognomento O; Walterius A*, C*; Galterius, dans Tudebode, p. i3. — c. Cyvico A^ ; Civilo C‘, O; civitate A^; Sivito C^. — d. venissent laetantes B.
I. Le Khorassan, situé au nord-est de la Perse, était le centre de la puissance des Turcs, qui l’avaient enlevé aux sultans Gaznévides vers 1037-1040 (cf. Laurent, Byzance et les Turcs seldjoucides, Paris, 1921 , p. 8), mais les chroniqueurs latins ou arméniens appliquent ce nom à tous les pays orientaux qui dépendaient des Seldjoucides, Azerbaïdjan, Arménie, Mésopotamie. Pour Albert
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MASSACRES DE CIVITOT (OClObrC IO96) Il
Cette tribulation dura huit jours, puis le chef des Allemands conclut un accord avec les Turcs pour leur livrer ses compagnons : feignant de sortir pour combattre, il s’enfuit auprès d’eux et beaucoup le suivirent. Tous ceux qui refusèrent de renier le Seigneur furent condamnés à mort; d’autres pris vivants furent partagés comme des brebis; d’autres servirent de cible aux Turcs qui lançaient des flèches sur eux; d’autres étaient vendus ou donnés comme des animaux. Les uns conduisaient leur prise dans leur demeure, d’autres dans le Khorassan^ à Antioche, à Alep, partout où ils habitaient. Tels furent ceux qui reçurent les premiers un heureux martyre au nom du Seigneur Jésus.
Les Turcs, apprenant ensuite que Pierre l’Ermite et Gautier sans Avoir^ se trouvaient à Civitot^, située au delà de Nicée, s’y dirigèrent, pleins d’allégresse, afin de les massacrer ainsi que leurs compagnons. Pendant leur marche ils se heurtèrent à Gautier avec les siens, qu’ils eurent bientôt massacrés. Quant à Pierre l’Ermite, il venait de retourner à Constantinople, incapable de discipliner cette troupe disparate, qui ne voulait entendre ni lui ni ses paroles^. LesTurcs,
d’Aix, Bagdad est la capitale du Khorassan; dans le texte de l’Anonyme, ce terme a donc un sens assez vague et signifie les pays de l’est.
2. Gautier sans Avoir (« Sensavehor », dans Albert d’Aix), chef d’une bande populaire, avait quitté Pierre l’Ermite à Cologne et était arrivé avant lui à Constantinople. Sur ce personnage, voir Orderic Vital, t. III, p. 478.
3. Civitot (Chevetot, en grec : Kivotos), port sur le golfe de Nicomédie, avec une forteresse créée par Alexis Comnène pour tenir en respect l’émir turc de Nicomédie (Orderic Vital, édition Le Prévost, t. III, p. 490-491). L’identification avec Guemlik, sur le golfe de Moudania, est abandonnée depuis les travaux de Tomaschek {Topographie von Kleinasien im Mittelalter, Vienne, 1891). Le gros de l’armée y était resté avec Pierre l’Ermite.
4. Récit plus détaillé d’Albert d’Aix, I, 18, p. 286-289, qui mentionne un voyage de Pierre l’Ermite à Constantinople pour demander des secours, et de la Chronique de Zimmem (fragments dans les Archives de V Orient latin^ t. I, p. 28-29), qui cite les noms des chefs allemands. Anne Comnène, X, 6, p. 78, place la rencontre au bord de la rivière du Dragon.
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DE CHRISTIANIS CYVITO CAESIS
derunt multos ex eis; alios invenerum dormientes®, alios nudos, quos omnes necaverunt, cum quibus quemdam sacerdotem missam celebrantem, quem statim super altare ma^ti^izaverunt^ Illi vero qui evadere potueruntCyvito fugerunt; alii precipitabant se in mare;alii latebant in silvis et montanis. Turci vero, persequentes illos in castrum, adunaverunt ligna ut eos comburerent cum Castro.
Christiani igitur, qui in Castro erant, miserunt ignem in ligna congregata et versus ignis in Turcos, quosdam eorum concremavit, sed ab illo incendio Deus nostros tune liberavit. Tandem Turci apprehenderunt illos vivos diviseruntque illos, sicuti prius fecerant alios, et disperseront illos per universas regiones bas, alios in Corosanum, alios in Persidem. Hoc totum factum est in mense octobri*.
Audiens imperator quod Turci sic dissipassent nostros, gavisus est valde* et mandavit*^ fecitque eos Brachium transmeare^. Postquam ultra fuerunt, comparavit omnia arma eorum.
[3.] Seconda vero pars intravit in Sclavinie**^ partes, scilicet cornes de Sancto Egidio Raimundus et Podiensis episcopus®.
Tercia* autem pars per antiquam Rome viam-^ venit*. In hac parte fuerunt Boamundus^ et Richardus^® de
a. dormientes, alios jacentes B. — b. phrase omise dans C>, C2. — c. mandavit pro eis B; et raandavit omis dans A^. — d. Clauinie A^; Scavinie A*; Sclaviniae B, C. — e. tertia A^t B, C. — /. Romae A^^A^, B, C; Romeniam mauvaise lecture pour Rome viam. — g. Ricardus A^.
1. Sur cette mort, voir une pièce de vers de Guibert de Nogent, 11, II, p. 146.
2. En contradiction avec le récit d’Albert d’Âix (1, 22, p. 289), qui montre l’empereur s’efforçant de sauver les débris de l’armée.
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MASSACRES DE civiTOT (octobre 1096) l3
se précipitant sur eux, en tuèrent un grand nombre. Ils trouvèrent les uns en train de dormir, les autres tout nus et les massacrèrent tous. Un prêtre qui célébrait la messe reçut d’eux le martyre sur l’auteU. Ceux qui purent s’échapper s’enfuirent à Civitot. Quelques-uns se précipitaient dans la mer, d’autres se cachaient dans les forêts et dans les montagnes. Mais les Turcs les poursuivirent dans la place et entassèrent du bois pour les brûler avec la ville.
Mais les chrétiens qui occupaient la ville mirent le feu au tas de bois; la flamme se diriges vers les Turcs et en brûla un certain nombre, tandis que Dieu préserva les nôtres de cet incendie. A la fin les Turcs les prirent vivants, les partagèrent, comme ils avaient fait des premiers, et les dispersèrent dans toutes les régions, les uns en Khorassan, les autres en Perse. Tous ces événements eurent lieu au mois d’octobre.
A la nouvelle que les Turcs avaient ainsi dispersé les nôtres, l’empereur témoigna une grande joie^ et donna des ordres pour leur faire traverser le Bras 3. Le passage terminé, il rassembla toutes leurs armes.
[3.] La deuxième division pénétra en Esclavonie^ avec le comte de Saint-Gilles, Raimond et l’évêque du Puy*.
La troisième division suivit l’antique route de Rome®. En firent partie : Bohémond"^ et Richard du Principat®,
3. Sur ce passage, voir Albert d’Aix (/oc. cit.) et Anne Comnène <X, 6, P- 78).
4. Sous ce nom, on désignait le territoire des Croates et des Serbes.
5. Raimond de Saint-Gilles, comte de Toulouse depuis i(f88, et Adémar de Monteil, évêque du Puy vers 1080, désigné par Urbain comme son vicaire et son légat. Chacun d’eux commandait une armée importante recrutée dans le midi de la France. Leur itinéraire à travers les Alpes orientales et l’Esclavonie a été décrit en détail par Raimond d’Aguilers (ou d’Aguilhe), chanoine du Puy et chapelain du comte de Toulouse.
6. Sur cette route traditionnelle de pèlerinage, voir J. Bédier, Les légendes épiques^ t. II, p. 142 et suiv.
7. C’est par simple symétrie que l’auteur mentionne ici Bohémond, dont le départ va être raconté plus loin.
8. Fils d’un frère de Robert Guiscard, Guillaume, qui s’était
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14 GODEFRIDI CONSTANTINOPOLIM ADVENTUS
Principatu, Rotbertus® cornes Flandrensis\ Rotbertus Northmannus*^, Hugo Magnus^, Evrardus de Puisatio*, Achardus de Monte Merloi^®, Isuardus*^ de Musone** et alii plures. Deinde venerunt ad portum Brandosim aut Barim sive Otrentum^.
Hugo denique Magnus et Willelmus-/, Marchisi filius®, intraverunt mare ad portum Bari et transfretantes venerunt Durachium. Audiens vero dux illius loci* hos prudentissimos viros^ illic esse applicatos» mox mala cogitatio cor ejus tetigit illosque apprehendit ac jussit Constantinopolim imperatori caute duci quo ei fidelitatem facerent^’^.
Dux denique Godefridus primus omnium seniorum Constantinopolim venit cum magno exercitu, duobus diebus ante Natale Domini nostri et hospitatus est extra urbem, donec iniquus imperator jussit eum hospitari in burgo urbis^^. Cumque fuisset hospitatus dux, secure
а. Robertus C. — b. Normandus A^; nortmannus A^^ B; norniannus C. — c. Merlor O. — d. Usuardus A^y C. — e. Musione A^y A^y C. — f. Guillelmus A^; Vuillelmus A^; Wi- Ihelmus B. — g. viros omis dans A^, C.
établi dans la principauté de Salerne et avait pris le titre de « comte de la Principauté » (Gay, L'Italie méridionale et l'empire by:{antiny p. 5o5).
1. Robert II, fils de Robert le Frison, comte de Flandre depuis
2. Robert Courte-Heuse, fils aîné de Guillaume le Conquérant, avait hérité du duché de Normandie en 1087.
3. Hugue, comte de Vermandois, frère du roi de France Philippe I". Son surnom de magnus est une traduction infidèle de « mainsné » (moins né), c’est-à-dire le « cadet ».