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La Réforme ne peut considérer sans s’irriter les ordres religieux : ils lui rappellent l'apostasie de son fondateur.
Les invectives des protestants contre les vœux, contre celui de chasteté surtout, ne sont qu'un écho de la voix du moine sans pudeur qui viola les siens. Les déclamations contre la perfection monastique viennent des passions ignobles du cœur qui s'irrite en voyant des exemples qui protestent contre elles et condamnent leur faiblesse. La haine de la philosophie s'explique de la mème manière. Ainsi que le protestantisme, elle a joint aux déclamations et aux insultes, la violence et la cruauté contre les religieux.
Les institutions monastiques se retrouvent partout ; détruites, elles renaissent bientôt : cela prouve qu'elles ont un principe fécond de vie en elles-mêmes. (Lacordaire, Mémoire pour les Frères Prêcheurs, p. 34.)
On dit : la religion peut exister sans les institutions monastiques. Cela est vrai à la lettre : mais il y a une dépendance nécessaire entre les communautés religieuses et la religion. La religion donne l'être à ces institutions,elle les vivifie : elles sont dans son esprit,elles aident puissamment l'Eglise, qui les approuve et les défend. Attaquer ces institutions, c'est attaquer l'Eglise et la religion.
Une institution religieuse est une société de chrétiens, vivant réunis, sous certaines règles, dans le but de mettre en pratique les conseils de l'Evangile.
Les associations sont dans l'esprit de la religion. On voit les chrétiens, sous la direction des apôtres, vivre en famille, mettre leurs biens en commun, et n'avoir qu'un cœur et qu’une âme. Cette vie se continua par les ascètes et les moines.
La persécution peupla les déserts, où bientôt on vit s'élever d'innombrables communautés religieuses, donnant le spectacle de toutes les vertus : toujours, dans les vues de Dieu, le malheur amène un résultat utile.
Depuis la paix de l'Eglise, il y a eu, toujours et partout, des communautés religieuses. On peut les considérer comme l'effet spontané de la religion.
On a dit : ce sont les papes qui ont créé ces institu-
tions, pour trouver en elles une ressource puissante. L'histoire fait voir que ces institutions sont nées d’un grand nombre de causes différentes, amenées par les nécessités des temps. Aucune n'a été créée par des papes. Ceux-ci ont travaillé à en restreindre le nombre, comme Innocent III, au concile de Latran.
Les Protestants qui veulent lire la Bible sans commentaires, auraient dû remarquer le sens facile et clair de cette foule de textes qui recommandent l'abnégation de soimême,ie renoncement à tous les biens,la privation de tous les plaisirs. L'attrait pour la vie religieuse et solitaire,est dans le cœur de l’homme. (Hurter, Institutions du Moÿen- Age, T. II, p. 295 et suivantes.)
La perfection des conseils évangéliques peut se pratiquer dans la famille, mais incomparablement plus facilement dans les sociétés religieuses, à cause du bon exemple, de la règle, de l'éloignement des occasions, etc.
Le vœu est le plus grand acte de la liberté : il ne la détruit pas, mais il la retient en de certaines bornes. Le mérite a été bien grand dans l'acte du vœu, il l’est encore tous les jours dans chaque exercice du vœu. La liberté, dit Cicéron, consiste à être l'esclave de la loi.
La vie monastique montre le plus grand exemple de la perfection sur la terre. C'est la réalisation des plus belles maximes de l'Evangile : elle devait servir au monde de leçon et d'exemple. (Peinture de la vie des moines d'Orient, p. 311 et suiv.)
C'est dans l'Egypte que la vie cénobitique fleurit le plus : c'était alors le centre des débats de l’intelligence,du combat entre la philosophie payenne et la doctrine évangélique. Le spectacle des vertus des solitaires, près desquels tout le monde accourait, était une forte preuve de la vérité d’une religion dont les préceptes conduisaient à une telle perfection.
Là se trouvait pratiquée une doctrine philosophique bien plus élevée et plus sévère que celle de l'antiquité. Là se trouvait accompli le triomphe de l'esprit sur la matière: la possibilité de vaincre ses penchants était démontrée.
Ce fut sous le climat le plus propre à l’amollissement de l’âme, à la volupté, que fut pratiquée la plus extraordinaire mortification. Il fut démontré que l'esprit des lois chrétiennes ne se renferme point dans le cercle étroit que
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l'Esprit des Lois de Montesquieu a prétendu lui assigner. (p. 321 et suiv.)
C'est au milieu des solitaires que se sont formés les grands apologistes de l'Eglise Orientale, St-Basile, St- Grégoire de Nazianze, St-Ephrem, St-Jean Chrysostôme.
Si les institutions monastiques n’ont pas eu la même influence sociale en Orient qu’en Occident, cela est du à la séparation schismatique de l'Orient d'avec Rome. Il n'y eut plus d'unité, de principe commun, dans les diverses parties de l'Eglise grecque : mille querelles théologiques s'élevaient sans cesse, occupaient et divisaient les esprits, et l'influence de la grâce manqua.