DE LA LANGUE LATINE, COMME LANGUE DF L'EGLISE
S. Grégoire a fini à peu-près par son Sacramentaire la liturgie de l'Eglise. Sa réforme du chant s'est perpétuée, et le chant grégorien est encore le chant de l'Eglise. [ci se présente la question, pourquoi l'Eglise conserve-telle le latin pour sa langue liturgique ?
Du temps des apôtres et dans les premiers siècles le service divin se fit en syriaque clans la Palestine et la Syrie, en grec dans les autres provinces de l'Asie et de l'Europe, où l’on parlait cette langue, en latin dans l'Italie et les parties occidentales de l'empire ; peut-être l'a-t-on célébré en cophte dans l'Egypte. Mais il ne parait pas qu'on l'ait fait en arabe et en persan dans l'Arabie ou la Perse, quoique le christianisme 4 ait très longtemps subsisté. Du temps de S. Augustin, la langue punique était la seule qui fut entendue par une grande partie des chrétiens d'Afrique : l'office ne se fit point en cette langue. Il en a été de même dans les Gaules, en Espagne, dans les îles britanniques, chez les peuples du Nord, où la langue latine n'était pas la langue vulgaire. Ainsi on ne peut dire que ça été l'usage général de la primitive église de célébrer l'office dans la langue des divers peuples. D'ailleurs le grec vulgaire est bien différent du grec ancien ; il en est de même de l'arménien, et les peuple es qui se servent pour leur liturgie du syriaque ne l’entendent plus. L'Eglise romaine n’est donc pas la seule qui ne change pas sa langue liturgique. Quelquefois, mais rarement l'Eglise a permis l'introduction d’une langue nouvelle dans la liturgie, pour faciliter la conversion d’un peuple entier ;
ainsi au dixième siècle, il fut permis de célébrer en esclavon pour les Moraves et les Russes, mais ceci fut dû à des circonstances extraordinaires et Grégoire VII retira cette permission.
L'Eglise a bien fait de conserver l'unité de langue.
1°, L'unité de langage est nécessaire pour entretenir une liaison plus étroite et une communication de doctrine plus facile entre les différentes églises du monde.
Si les Grecs et les Latins n'avaient eu qu'une même langue, il n'aurait pas été aussi facile à Photius d’entraîner | Eglise grecque dans le schisme, en attribuant à l'Eglise romaine des erreurs dont elle n'était pas coupable. Un catholique reconnaît son culte dans tous les pays de la langue latine ; partout il peut mêler sa voix à celle de ses frères.
Une langue universelle doit convenir à une église universelle.
2. Une langue savante, qui n’est entendue que des hommes instruits, inspire plus de respect. Beaucoup de passages des livres saints et des liturgies paraîtraient ridicules, s'ils étaient exprimés dans un langage trop familier, ce qui est arrivé chez les protestants par la traduction des Psaumes, faite par Marot en vieux français. Souvent le peuple comprendrait mal, et son attention serait distraite par ce qu'il trouverait d'extraordinaire, de bizarre peut-être à des prières, ou à des considérations dont il ne pénétrerait pas le sens.
3”. L'instabilité des langues vivantes aurait forcé de refaire la liturgie à chaque siècle : le changement dans les formules entraînerait peu-à-peu une altération dans la doctrine.
S'il a été si difficile à l'Eglise de s'assurer de la correction de la Vulgate, quelle difficulté serait-ce pour des traductions changées et refaites très souvent. Qui ne voit que la conservation inaltérable du dogme fut devenue impossible ; : on en voit la preuve chez les Protestants.
d'à La nécessité d'apprendre la langue de l'Eglise a conservé dans tout l'Occident la connaissance du latin. Sans cette connaissance, comment les conciles eussent-ils pu avoir lieu avec des évêques qui ne se seraient pas entendus ?
Comment a-t-on pu s'assurer de l'identité de la tradi-