‹ Histoire artistique des ordres mendiantsChapitre 2 sur 30 · OBIIT DIE XV MARTIS · texte numérisé non relu

OBIIT DIE XV MARTIS

MCMVIII.

A vous^ mon premier compagnon sur la terre cV Italie, je dédie ce petit ouvrage. Vous étiez avec moi lorsque je découvris le monde de la beauté, dans ces heures de la jeunesse qui décident de la vie : je revois dans le passé, sur les routes de Toscane et de la verte Omhrie, votre ombre à côté de la mienne.

Vous souvient-il, là où vous êtes, de nos journées d'Assise? Quelle nuit mélodieuse dans la gorge des Carceri! Comme le petit noyer où se posait, dit-on, la cigale de saint François, balançait sa branche paisible! Nous gravîmes avant le jour les dômes du Subasio ; bientôt V astre , franchissant les crêtes , inonda cl un flot d'or Il coupe de V univers. Sur ces pentes pierreuses, tombent vite les heures torrides. Vous vous penchâtes pour boire à une fontaine de berger : quelle n était pas alors la lassitude de vos traits ! Souvent j'en ai revu l'expression étrange, lorsqu'une précoce langueur vous prit, ô mon ami ! au milieu du voyage.

Que de fois j'ai pensé à vous dans cette maison des Carmes où je vous ai connu ! Votre image s'ajoute aux souvenirs de mort de ce lieu pathétique. Etudiant raffiné, précieux, épiais de toutes les idées, avec un sens exquis des grâces de la vie, quel était votre charme! Déjà pourtant nous révérions en vous le signe sacré, la vocation des

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choses saintes. Mais vous ni entraîniez au jardin., cVun mouvement juvénile., et vous me faisiez lire au passage, sur le petit degré de pierre où tombèrent les martyrs de septembre., la mélancolique inscription : Hic cecidere.

Philosophe., moraliste.^ infiniment soucieux des questions présentes., votre ambition était de mettre au service de V Eglise les dons de votre cœur et de votre rare esprit. Ce que vous eussiez pu faire., seuls le savent les amis qui vous ont approché. A combien votre généreuse intelligence na-t-elle pas montré leur voie! « Il est des livres, disiezvous, qui seraient à récrire tous les cinquante ans. Le Génie du christianisme est de ceux-là. » Ceci nest même pas un fragment de V œuvre que vous aviez entrevue. Ce n est que le témoignage d'un de ceux que vous aimiez et qui., en travaillant pour ce qui vous fut cher, tournent souvent leur pensée émue vers le blanc oratoire du cimetière où vous dormez.

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