‹ Histoire artistique des ordres mendiantsChapitre 9 sur 30 · DE PISE · texte numérisé non relu

DE PISE

Les Triomphes de saint Thomas et la peinture scolastique : I. La chapelle des Espagnols. La fresque des Arts libéraux: Tri\'ium et Quadrivium. Origine augustinienne de ce thème. L'Eglise militante. Evolution des idées et de l'art au xiv<' siècle. — II. Les Anecdotes d'Etienne de Bourbon. Goût des exemples, des manuels. Transformation du symbolisme. La Bible moralisée. Ludolphe le Chartreux elle Spéculum humanae salvationis . La morale et l'histoire remplacent la théologie. — III. L'idée de la mort dans la morale chrétienne. Le Jugement dernier. Les tableaux de l'Enfer dans les sermons des Mendiants. Le Campo-Santo de Pise. La fresque des Anachorètes. Le Dit des Trois morts et des Trois vifs. Le Triomphe de la Mort.

Un tableau de l'église dominicaine de Pise — placée sous le vocable de la a philosophe » sainte Catherine, — représente le Triomphe de saint Thomas cC Aquin. Le docteur angélique y trône e.x cathedra dans une sphère d'or. Sa face bovine et ruminante se détache en fortes proportions au milieu du tableau. Des rayons issus du Très-Haut, source de toute lumière, réfléchis par Moïse, les Evangélistes, saint Paul suspendus sur les nuées, puis par Platon et Aristote qui apparaissent un peu plus bas, baignent le front et les lèvres du saint, qui semble ainsi le centre de la pensée du monde. Toutes ces lumières convergentes, divines et humaines, se fondent dans ses écrits épars sur ses genoux, pour se diviser ensuite et se distribuer sur l'Eglise massée au pied de ce Thabor. Un seul rayon se sépare de ce second faisceau et vient foudroyer un per-

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sonnage à turban, un Sarrasin, un mécréant atterré aux pieds de saint Thomas dans une attitude de révolte et de rage impuissantes : c'est le grand philosophe arabe, le docteur de Tlslam, Averroès \

Il est remarquable que dans cette glorification du génie dominicain, la figure de saint Dominiqueest absente. Sa noble physionomie manque de ces traits saillants qui frappent l'imagination -. Il fallut toutefois un demi-siècle à rOrdre pour s'apercevoir que sa création vraiment originale était celle de saint Thomas ^ pour estimer à son prix l'œuvre de codification, la majestueuse cristallisation d'idées, la cathédrale intellectuelle élevée à l'Eglise par le penseur dominicain. De plus en plus, il prend dans son Ordre la première place, et partout on sent le désir de l'opposer à saint François. A la voûte de la chapelle Strozzi, à Sainte-Marie-Nouvelle, il figure quatre fois entre les vertus monastiques, comme saint François à Assise, à une place correspondante, dans les allégories des vertus franciscaines. Mais le thème favori en ce genre est la Dispute de saint Thomas, telle qu'on la trouve figurée dans le tableau de Pise. Ce tableau est

1 Sur ce tableau de Francesco Traini, cf. Renan, Averroès et l'Averroisme, i852 ; Supino, Arte pisana, Florence, 1904.

2 On a pourtant trop dit que saint Dominique avait peu inspiré les artistes. Il V a beaucoup do Vies de saint Dominique, à commencer par celle de Frà Guglielmo sur la châsse de Bologne, jusqu'à celles de P'rà Angelico sur les prédelles de ses tableaux du Louvre et de Cortone. — Francesco Traini en avait peint une autre en i345, pour Sainte-Catherine de Pise, dont les fragments sont partagés entre le musée et le séminaire de la ville. — Une Vie du Saint, en cinq fresques, par Ottaviano Nelli, a été découverte en igoâ dans l'église S. Domenico, à Fano (cf. Gnoli, Rassegna d'arte umhra, avril 191 1). — Il y en avait de même dans les couvents étrangers. Jean Bellegambe en avait fait une pourles Jacobins de Douai (Dehaisnes,/.^e//eg'amAe, Lille, 1890, p. 143.). Cf. au Prado (n"' 2139-48) les n^uf tableau.^ dominicains attribués à P. Berruguete. Madrazo, Catàlogo de los cuadros del museo nacional, g^édit., 1904, p. 379.

^ Il ne fut canonisé qu'en i323, près de cinquante ans après sa mort. La translation de ses restes à Toulouse eut lieu en 1369. Cf. Douais, Les reliques de saint Thomas d'Aquin, textes originaux, Paris, 1903.

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