BRONZE DORÉ
mental, et ses plus petits ouvrages pourraient toujours, s'ils étaient grandis, former la de'coration d'une place publique. Un fait qu'il est bon de noter, parce qu'il est contraire à nos habitudes contemporaines, c'est que Barye, comme les sculpteurs de la Renaissance et de l'antiquité', ne se contentait pas de faire le modèle, il travaillait personnellement le bronze et n'e'tait étranger à aucune des parties techniques de son art. « Quant à la reproduction de son œuvre en métal, dit M. Guillaume, j'admettrai volontiers que les soins de la fonte peuvent être distraits du
labeur de celui qui crée le modèle. Un grand artiste que nous admirons tous, M. Barye, pense autrement. Il ne se remet à personne du soin de fondre ses ouvrages ; il ne les quitte qu'achevés; il est dans le vrai. Mais l'habileté de nos fondeurs ne laisse rien à désirer. Chez eux l'on moule au sable d'une manière excellente : nos fentes brutes sont parfaites. Les procédés de la cire perdue ne sont point tombés dans l'oubli ; mais à cet égard notre indifférence est extrême Il est certain, ajoute M. Guillaume, que, dans l'antiquité, les statuaires non seulement mode*
CANDELABRES LOUIS XVI.
laient leurs statues, mais encore qu'ils les fondaient et leur donnaient, en les ciselant eux-mêmes, la dernière main. Les artistes du moyen âge et ceux de la Renaissance continuaient ces errements. Quelques-uns même, et des plus illustres, se livraient par plaisir à des travaux que nous délaissons ; car nous savons que Brunelleschi, le grand architecte florentin, qui était aussi un grand sculpteur, dans ses loisirs, aidait Ghiberti à ciseler les portes du Baptistère. Si l'admiration qu'excitaient les beaux bronzes était raisonnée, les sculpteurs modernes essayeraient de suivre l'exemple de leurs devanciers. »
Voici comment Clarac, dans son grand ouvrage sur la sculpture, énumére les opérations de la fonte d'une statue équestre colossale à cire perdue, depuis le moment où le statuaire com-
mence sa statue, jusqu'à celui où elle est prête à aller décorer un monument :
— Le statuaire fait son petit modèle en terre.
— On le moule en plâtre et il le répare.
— Il l'exécute en grand en terre.
— On le moule à creux perdu pour en avoir un plâtre.
— Le plâtre est réparé.
— On le moule à bon creux.
— On garnit le moule avec de la cire.
— On le construit dans la fosse et l'on place les armatures.
— On finit d'élever le moule et d'y repousser la cire.
— On coule le noyau.
— Le moule est démonté.
i34 LE MÉTAL DANS LES
— Après avoir réparé la cire, on dispose les jets et les évents.
— On fait le moule de potée.
— On rétrécit et l'on remplit la fosse.
— Fusion de la cireet cuisson du moule.
— On l'enterre et l'on fait l'écheno.
— Le moule étant prêt, on coule la statue.
— On la tire du moule.
TEMPS MODERNES
— Elle est réparée, ciselée, assemblée, mise en place.
Ce n'est pas ici le lieu de décrire en détail chacune de ces opérations, mais, pour la partie technique de la fonte des grands ouvrages, on trouvera tous les détails désirables, soit dans le récit que Cellini a donné dans ses mémoires de la fonte de son Persée, soit dans les écrits du sculpteur Falconnet, qui décrit minutieusement toutes les opérations auxquelles il s'est livré