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LIBELLULE, PAR BOUCHERON

LES ARMES

LES ARMES

Les armes doivent être considérées ici sous un point de vue tout à fait spécial. Ce n'est aucunement la qualité de l'arme au point de vue de son usage militaire qui doit nous préoccuper, c'est la forme et la décoration. Telle arme qui dans un arsenal n'occuperait peut-être qu'un rang secondaire prend au contraire la place d'honneur dans un musée consacré à des objets d'art. Par la même raison, on ne doit pas s'attendre à trouver ici une histoire même sommaire de l'armement du soldat, il s'agit tout

simplement de rappeler au souvenir des amateurs le souvenir de quelques armes de luxe qui sont considérées comme des chefsd'œuvre. Dès lors on ne sera pas surpris si nous avouons hautement nos préférences pour certaines époques et pour certains pays. Les armes de la Renaissance et les armes de fabrication orientale doivent par-dessus tout attirer notre attention.

Les armes offensives présentent rarement sous le rapport de l'art autant d'intérêt que les armes défensives, parce qu'elles

EPEE A POIGNEE CISELEE, XVIe SIECLE.

offrent moins de surfaces à décorer. Cependant il y a quelque? épées qui occupent dans nos musées une place d'honneur méritée. La forme de l'épée n'est pas très variée : sa lame droite et diminuant vers la pointe prête peu au décor, mais la rondelle qui sert de pommeau, la croix qui forme la poignée ont fourni aux artistes bien des occasions de montrer leur talent.

« Vers la fin du xvB siècle, dit Albert Jacquemart, les épées destinées à frapper d'estoc étaient longues, rigides, acérées; la poignée se complique d'abord de gardes, au nombre de deux ou trois réunies, puis des pas d'âne, puis des branches secondaires allant parfois rejoindre le pommeau; c'est vers le milieu du xvi° siècle que se montre cette disposition du berceau, qui plus tard progressera encore pour arriver jusqu'à ces poignées de ra-

pières dont la corbeille, tantôt pleine, tantôt repercée à jour, enveloppe la main et la défend complètement. Rien n'est plus élégant que ces épées à la poignée légère, dont le pommeau se couvre des méandres d'une ornementation d'argent incrusté et ciselé qui va courir ensuite sur les branches délicates et orner les boutons des quillons ou les renflements des branches. Souvent le pommeau, la fusée et le berceau même sont ciselés dans le fer et offrent des figurines merveilleuses, des enroulements d'acanthes et de rinceaux comme les savaient combiner les artistes de la Renaissance. Ici, tous les reliefs en fer poli ressortent sur un fond grainé d'or; là des camées s'insèrent dans le métal et en rompent la couleur sévère; ailleurs encore, l'émail se mêle aux sculptures, et l'arme devient bijou. Or, du moment où le luxe

ÉPÉE DU XVIe SIÈCLE, TRAVAIL ALLEMAND. (MUSÉE IMPÉRIAL DES ARMURES DE VIENNE.)

ÉPÉE DU XVIe SIÈCLE, TRAVAIL ALLEMAND. ( M USEE IMPERIAL DES ARMURES DE VIENNE.)

LE MÉTAL DANS LES TEMPS MODERNES

s'attachait ainsi à la poignée de l'arme, il fallait que la lame en fût digne. L'Espagne eut longtemps le privilège de fournir l'Europe, que disons-nous, le monde, de ses lames incomparables; on les expédiait partout, et l'Orient lui-même négligeait ses merveilleux damas si beaux de teinte et de travail, mais malheu-

reusement fragiles, pour adopter les aciers espagnols. Tolède, par-dessus toutes les autres villes, eut un renom mérité, et les plus illustres de ses armuriers signèrent souvent de leur nom, marquèrent toujours de leurs chiffres les objets sortis de leurs

mains. »

BOUCLIER ITALIEN EN FER REPOUSSÉ DAMASQUINE D OR ET d' ARGENT. (MUSÉE HISTORIQUE DE DRESDE.)

Plus tard Milan acquit de la réputation pour ses lames d'épées, et plusieurs épées de prix, dont la poignée est due à des artistes d'un autre pays, sont pourvues de lames italiennes. Deux superbes épées, conservées au Musée impérial des armures, à Vienne, présentent cette particularité que la poignée, chef-d'œuvre de l'orfèvrerie allemande du xvie siècle, est adaptée à une lame de fabrication italienne.

La forme du bouclier a naturellement varié suivant les âges. Vers la fin du xic siècle, l'homme d'armes portait un bouclier de forme allongée, arrondi à la partie supérieure et pointu par le bas. Il était à cette époque d'une très grande dimension, et sa convexité était assez prononcée, de façon que, dans certaines circonstances, l'homme en pliant le genou pouvait avoir tout le corps garanti par son bouclier. Le bouclier normand était en

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bois, recouvert de cuir et maintenu par une garniture de fer : des figures bizarres étaient presque toujours peintes sur la surface extérieure et servaient comme moyens de reconnaissance personnelle. Les boucliers de cette époque ne se trouvent guère dans les collections, mais on en voit des représentations sur quelques monuments, par exemple sur la tapisserie de Bayeux. !

Sous Philippe- Auguste, le bouclier devint plus petit et la partie supérieure, au lieu d'être arrondie, fut coupée par une ligne droite horizontale. Après la bataille de Crécy, on vit apparaître des boucliers tout à fait carrés et que les gentilshommes faisaient porter devant eux par leurs valets. On donne le nom I de targes à des boucliers de dimension restreinte que portaient

en général les archers et dont la forme varie suivant les pays. La targe allemande est carrée et à surfave concave. La rondache , bouclier de forme circulaire dont se servaient les Italiens du xvie siècle, était généralement en cuir bouilli. Il y en avait aussi en fer et quelquefois de très richement gravées qui étaient portées par les officiers.

Quant aux superbes boucliers ciselés et gravés, qui sont classés dans nos musées comme monuments des arts, ils faisaient partie des armes de parade, que les pages et les écuyers portaient devant les seigneurs pendant les cérémonies, mais qui presque jamais n'ont été employées comme armes de guerre. On

comprend dès lors que leur forme soit assez variée, et en effet les uns sont ronds, d'autres allongés et pointus par le bas. On comprend surtout que les artistes aient pu apporter tant de soins à la décoration d'ouvrages, qui, par leur allure, doivent présenter un caractère essentiellement militaire, mais qui, par leur destination réelle, devaient être assimilés aux pièces d'orfèvrerie et aux joyaux les plus précieux de la couronne. Dans ces boucliers, qui étaient généralement assez pesants, et qui eussent été d'un usage peu commode, le fer est presque toujours le métal qui domine, et l'or ne se montre que d'une manière discrète. La doublure, quoique matelassée et piquée, est quelquefois accom-

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pagnée de ravissantes figurines et les courroies qui servaient à maintenir le bouclier au bout du bras sont souvent enrichies d'arabesques.

Le bouclier, avec les grandes surfaces qu'il présente pour la décoration et la liberté qu'il laisse pour le choix et la disposition

des sujets et des ornements, a toujours été l'arme de prédilection des artistes, et il n'en est pas qui ait fourni plus de chefsd'œuvre. Les collections de Turin, inférieures sous le rapport des tableaux et des statues à celles des autres grandes villes d'Italie, renferment au contraire des armes merveilleuses, dont

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