BOUCLIER ATTRIBUÉ A BENVENUTO CELLINI. (ARMERIA REALE DE TURIN
LE MÉTAL DANS LES TEMPS MODERNES
laquelle on a cru trouver une allusion à la duchesse de Valentinois, a été jugée un motif suffisant pour justifier l'attribution à Cellini de ce magnifique bouclier. Mais il serait au moins singulier que Cellini, qui, dans ses mémoires, décrit avec une complaisance si marquée jusqu'au moindre de ses ouvrages, ait précisément omis de signaler une pièce de cette importance. Cette omission a même entraîné quelques savants italiens à considérer
ce magnifique bouclier comme une œuvre de Jules Romain, d'autant plus que YArmeria Reale de Turin possède un autre bouclier, bien authentiquement de Jules Romain, et représentant les noces de Neptune et de Thétis, qui est également une œuvre d'art de premier ordre, et qui présente plus d'un point de ressemblance avec celui qu'on veut donner à Cellini.
La tête de Gorgone est un emblème que les artistes de la
Renaissance ont fréquemment employé dans la décoration des armures. Dans l'antiquité, on attachait une sorte d'idée superstitieuse à cette représentation qui, dans la croyance populaire, avait pour effet d'éloigner les maléfices et d'épouvanter les mauvais esprits. Sous la Renaissance on y vit un motif de décoration parfaitement approprié à des armes, puisque, selon la fable, la Gorgone inspirait, à ceux qui avaient le malheur de la regarder, une terreur si subite et si profonde, qu'elle les pétrifiait.
Le goût des Italiens de la Renaissance pour les médaillons J
à sujets mythologiques apparaît dans leurs armures, aussi bien que dans leurs décorations architectoniques et dans leurs pièces d'orfèvrerie. Dans les casques, dans les cuirasses, on voit surgir, au milieu d'exquises nervures, les images en pied, ou simplement en buste, de Jupiter, Mercure, Diane ou Neptune, et tous les attributs des divinités païennes se jouent sur des fonds damasquinés d'or. L'Armeria Reale de Turin est peut-être, pour les productions de ce genre, la plus riche collection de l'Europe. Au commencement du xvc siècle, la tête et le cou étaient
LES ARMES
protégés par le bassinet et par le camail de mailles, l'un posant sur l'autre. « Vers 1450, dit P. Lacombe, le bassinet céda la place à l'armet. Celui-ci fut formé d'une calotte de fer, qui alla s'épanouissant sur la nuque en une large gouttière, et d'une pièce courbée en forme de quart de boule, placée en bas et par devant de manière à couvrir le menton et la bouche. Cette pièce, percée de trous pour la respiration, s'appelle la bavière. A la rencontre de ces deux pièces, on en ajouta une troisième pour boucher le vide entre la calotte et la bavière; celle-ci,
mobile autour d'un rivet, se levait, s'abaissait à volonté; ce tut la visière où on perça des vues. Enfin, à la base de ce casque, on attacha un système circulaire de pièces articulées, dessinant une cravate et un commencement de justaucorps; ce fut le gorgerin, qui tint la place du camail de mailles. »
L'Allemagne a produit, au xvie siècle, de très beaux casques en fer repoussé et doré, avec des visières formées de masques grimaçants ou de têtes d'animaux. Les enroulements, souvent un peu massifs, de l'ornementation donnent à ces casques un aspect
CASQUE EN FER REPOUSSE, TRAVAIL ITALIEN DU XVI0 SIECLI (ARMERIA REALE DE TURIN.)
puissant et robuste, bien éloigné assurément des délicatesses de l'art italien, mais qui marque franchement sa date et sa nationalité.
Tantôt les figures qui décorent ces beaux casques sont dorées, tandis que le fond conserve la teinte assombrie du fer; tantôt ce sont les personnages qui gardent l'apparence du fer et le fond au contraire est doré.
Les artistes milanais du xvie siècle ont fait d'admirables armures de parade. Leurs casques de tournois, tout damasquinés d'or et d'argent, sont souvent décorés d'armes de tout genre, glaives, lances, flèches, carquois, massues, boucliers, rondaches, etc., qui, mêlés parmi des palmes et des nœuds, produisent souvent les effets les plus pittoresques et les plus imprévus.
« Les casques, envisagés au point de vue de l'art, dit Albert Jacquemart, ne remontent guère au-delà du xvie siècle; on peut bien trouver quelques armets de guerre élégants et curieux avec leur mézail en pointe, leur crête à torsade; mais c'est plus particulièrement parmi les bourguignottes et les morions que se montrent les vrais objets d'art. La bourguignotte, casque léger sans mézail, au timbre arrondi surmonté d'une crête, à petite visière, couvre-nuque et oreillettes, se prête aux plus belles conceptions ornementales; couverte de rinceaux, relevée de figures, elle se surélève souvent au moyen de représentations fantastiques comme la chimère ailée sculptée sur le casque de François Ier. Quelquefois, le timbre lui-même affecte la forme d'une tête de lion ou de dragon ; même celle d'un homme couronné de lauriers; dans quelques spécimens, l'ornementation régulière réserve
CASQUE EN FER REPOUSSÉ ET DORÉ, XVIe SIÈCLE.
CASQUE DE TOURNOIS, XVIe SIÈCLE. (aRMERIA REALE DE TURIN.)