‹ Histoire authentique de la Commune de Paris en 1871; ses origines, son règne, sa chuteChapitre 1 sur 40 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'étude des faits historiques qui se sont produits en France depuis le 18 mars 1871 est assurément aussi curieuse qu'intéressante; mais, poui être impartiale, elle doit être abordée avec beaucoup de calme et de sérénité d'esprit.

C'est dans cette disposition morale que nous en-

treprenons le récit de ce monstrueux épisode de nos guerres civiles. Rien jusqu'ici, dans l'histoire du rnonde, ne peut lui être comparé; car, si l'on a vu des conquérants barbares renverser et brûler des cités, détruire les monuments de l'esprit humain, anéantir les trésors des arts, on n'avait jamais pu admettre que des Français fussent assez insensés, assez misérables, pour porter une main sacrilège sur les richesses monumentales , scientifiques, artistiques, qui faisaient l'attrait, la gloire et l'orgueil de la capitale de la France.

On peut comprendre à la rigueur les dévastations d'Attila, les destructions barbares et ignorantes des Goths et des Vandales, origine du mot vandalisme, dans la langue française, de ce mot qui exprime et stigmatise tout dans cet ordre d'idées; on peut admettre aussi jusqu'à un certain point le fanatisme d'Omar, briÀlant la bibliothèque d'Alexandrie; il est permis d'admirer la sauvage mais patriotique résolution de Rostopchine, incendiant la seconde capitale de la Russie, la vieille cité do Moscou.

Les actes de la Commune de Paris détruisant les palais de la grande ville, ses bibliothèques, ses musées, et jusqu'à ses entrepôts de vivres et de marchandises, ces actes inspirés par deux des pas-

sions les plus répulsives, la haine et l'envie, nul ne saura jamais les comprendre.

Nous disions que, pour aborder l'étude des faits relatifs à la domination passagère à la Commune de Paris, il fallait savoir conserver une grande sérénité d'esprit, un grand calme d'appréciation. Ajoutons qu'on ne peut l'aborder utilement, et qu'il ne faut le faire qu'entouré des documents les plus sérieux, qu'éclairé par les renseignements, les conversations, les correspondances d'hommes considérables, très au courant des faits, et aussi très-modérés (autant qu'on puisse l'être en pareil cas, lorsqu'on aime son pays), dans les jugements à porter sur les individualités comme sur les choses.

C'est précisément dans cette situation que nous nous trouvons, et c'est pour cela que nous avons entrepris de présenter ce travail au public, trèsavide de connaître dans leur ensemble les événements qui viennent d'effrayer la France et l'Europe, non moins désireux peut-être d'être renseigné sur les origines apparentes ou secrètes d'une calastrophe politique certainement sans précédent et sans exemple.

Page 1