‹ Histoire civile det militaire de Neufchâtel-en-Bray suivie de remarquesChapitre 5 sur 32 · XJ · texte numérisé non relu

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Tandis que l'on délibéroit si foibiement, les re^es du Parlement^ qui étoient demeurés à Parîs^ s^assemblèrent et reprirent leurpremière vigueur. Ils prononcèrent un arrêt solennel, par lequel ils soutenoient la loy salique et les autres loix fondamentales du Royaume, qui excluent de là. couronne tous princes étrangers. Cet arrest rompit les mesures de Pambassadeur d^Espagne et des chefs de la ligue (28 juin iSgS). La conversion du Roy, qui arriva quelques jours après, acheva de les déconcerter. Ce prince ouvrit enfin les yeux à la lumière, et, s'étant fait éclaircir ses doutes, il fit son abjuration à Saint-Denis (25 juillet).

Cet événement fit faire de grandes réflexions aux députés des États. Cependant la crainte que leur inspiroit la présence des chefs de la ligue les retint dans le silence. Le duc de Mayenne les congédia, quelques jours après, et fut fort aise de la trêve que le Roy accorda pour le reste de Tannée 1 594' . A peine fut-elle expirée, que plusieurs villes de divers provinces quittèrent entièrement le parti de la ligue. Pontoise fut la première de celles de Normandie qui rentra dans le devoir^. Son exemple auroit été imité de presque toutes les

I Une trêve générale fut accordée, le 3i juillet iSqS, à la Villette, entre Paris et Saint-Denis, et publiée à Paris, le i*' août, « pour le temps et espace de trois mois à commencer du jour de la publication. » Elle fîit, à l'expiration, prolongée de deux mois, jusqu'au i*' janvier 1 594. Palma Cayet, Chronologie novenaire,

a Palma Cayet dit, au contraire : « Le premier de l'Union qui alla recognoistre le Roy dans Sainct-Denis, ce fut le sieur de Boisrosé..... Entendant la conversion du Roy, il vint offrir à Sa Majesté son service et les places de Fescamp et l'Islebonne, où il commandoit. » ChronO' logie novenaire. Le roi possédait Fécamp en iSgS et sans finances. Ce fiit dans les premiers jours de janvier que Pontoise se soumit à Henri IV. « Le sieur d'Alincourt, dans Pontoise, ayant veu que M. de Mayenne ne vouloit entendre à la paix, avoit obtenu du Roy une surséance d'armes, pendant laquelle il traita son accord et celuy de la ville de Pontoise. » Palma Cayet, Jbid,,, liv. VI, 1594. — La soumission est de janvier x 594, et dans le tableau des sommes payées par Henri IV

autres, si les gouverneurs et les garnisons ne les eussent retenues dans le parti. Le sacre du Roy acheva de le confirmer dans Tesprit de ses sujets et il regagna leur fidélité (février) ».

Les Parisiens, que la crainte dMn siégé intimida, redoutèrent la colère du Roy, et résolurent de le recevoir dans leurs murailles. Les nouvelles intelligences que le Roy y avoit pratiquées en facilitèrent Texécution,' et le Roy y fit son entrée *.

Comme cette capitale avoit donné Texemple de la révolte aux autres villes du Royaume, elle leur donna aussy celuy de la soumission. Le duc de Villars traita luy-même avec le Roy, à dés conditions extraordinaires, qu'il obtint cependant par l'entremise du baron de Rony J, et livra à Sa Majesté Rouen et les autres villes dont il étoit gouverneur, et dont il se réserva toujours le gouvernement par son traité4.

pour fiûre rentrer les villes et les gouverneurs de la Ligue dans le devoir, on lit : « Au sieur d'Alincourt et autres, pour Pontoise, i24,aoo écus. » Mémoires de Groulart, ch. Vil, année i5g6,

1 Le dimanche 17 février 1 594, à Chartres.

2 a Le mardy 22 mars, à trois heures du matin, qui étoit Theure prise pour recevoir le Roy dans Paris, M. de Brissac, le Prévost des marchands L'Huillier et plusieurs notables bourgeois, capitaines de quartier et autres, armés, se saisissent de la Porte-Neuve.... » Pierre de VEstoile. — Brissac reçut le titre de maréchal et 482,000 écus pour la

. ville de Paris. Groulart, Jbid.

? Maxîmilien de Béthune, duc de Sully, baron de Rosny.

4 « Villars sçavoit de quelle importance étoient Rouen et le Havrede-Grace, sans parler des villes qui en dépendoient; et il demanda pour les rendre, qu'on le continuât dans la charge d'amiral de France, dont il avoit été pourvu par la Ligue ; qu'on lui donnât le gouvernement en chef des Baillages de Rouen et de Caux; que Ton donnât celui du Havrede-Grâce au chevalier d'Oise, son frère; que l'on lui remit entre les mains celui de Fécamp ; qu'il fût trois années sans reconnoître la supériorité du duc de Montpensier, gouverneur de la province; qu'on lui donnât les abbaies de Jumièges, de Tiron, de Bonport, du Valasse, de

Toute la province de Normandie se trouvoit par ce moyen réduite sous l'obéissance du Roy », excepté Neufchâtel, Verneuil et Honfleur. Cette dernière ne céda qu'à la force des armes', et Verneuil, dont étoit gouverneur le baron de Médavy 5, servit d'exemple à La Fontaine Martel, qui fît pareillement ses conventions avec le Roy pour Neufchâtel 4. Ses conditions étoient qu'il en resteroit gouverneur et que Pun de ses fils, qui avoit été fait prisonnier à Honfleur,

S.-Taurin et de Montivilliers, pour en pourvoir ses. amis; qu'on lui accordât quinze cents hommes de pied, et trois cents chevaux entretenus dans les places de son gouvernement; une pension de vingt miUe écus, et la somme de douze cent mille livres; et qu'enfin la religion catholique fût conservée dans ces villes, et qu'elles demeurassent dans tous leurs privilèges. » Histoire de Normandie, par de Masseville, V. 358. — Voir aussi, pour plus de détails, Palma Cayet, Chronologie novenaire.

1 Le traité fut publié à Rouen, le 27 mars 1594, et, malgré les exigences de Villars, Henri IV écrivait à M. de Bourdeille, quatre jours après, en le félicitant de ce que « la province de Normandie étoit maintenant toute en son obéissance. » — « En quoy j'ay reçu un très bon et signalé service du sieur de Villars, qui y avoit le commandement, non seulement pour leur en avoir monstre et donné le premier exemple, mais s'estant vertueusement employé pour faire eflFectuer cette bonne résolution, m Lettre du 3x mars 1594, citée dans La Ligue en Nor» mandie, 3 20.

2 Le commandeur de Grillon (Voir plus haut, p. m) soutint le siège, depuis le 9 mai jusqu'au 5 juin, jour de la capitulation. Q obtint simplement tt vie et bagues sauves, » sans une indemnité personnelle accordée aux autres gouverneurs et commandants de places qui se soumettaient au roi.

? Anne-Pierre de Rouxel, baron de Médavy. — Dans le compte « des sommes de deniers » accordées par Henri IV aux gouverneurs qui traitaient avec lui, on lit : « Au sieur de Médavy et autres, pour Verneuil, 44,000 escus. » Mémoires de Groulart. Le 26 avril 1594, Verneuil était compris dans la vérification faite par le Parlement de l'édit sur la réduction de Rouen et autres places de la Normandie. Palma Cayct, Ibid.

4 Le 2 octobre 1594, Mémoire de Miton, p. 99.

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auroit la liberté ». La conservation de Tabbaye de Beaubec à^ Guillaume Martel^ qui en étott abbé commandataire et que Ton présume estre son parent », fut sans doute aussy un article de son traité, ainsy que portoit celuy du duc de Villars qui s'étoit réservé plusieurs abbayes pour ses amis 5. Mais la mort, qui enleva Guillaume, cette même année (5 octobre), pourvut au bien de cette abbaye, dont il avoit dissipé une partie des revenus 4. Aussy la Normandie

1 II faut y joindre lyie indemnité pécuniaire, que D. Bodin passe toujours sous silence, ici comme ailleurs. Groulart la fait ainsi connaître : « Au sieur de Fontaine-Martel, pour le Neufchastel, i6,ooo escus. » Mémoires^ — Le 7 octobre 1 594, cinq jours après la reddition, Fontaine-Martel écrivait à la Chambre des Comptes : « Messeigneurs, ayant pieu à S. M. vous envoyer sa déclaration, je vous supplie bien humblement Tauctoriser de vostre jugement conforme à son intention, et vous obligerez tout ce qu'il y a de serviteurs icy (à Neufchâtel), et moi en particulier, à vous continuer le service que nous vous debvons. » Archives du Parlement de Normandie, cité par M. d'Estaintot, Ibid,^ 329.— La somme de 16,000 écus était à répartir entre Fontaine-Martel et ses compagnons ralliés au roi.

2 «^La conjecture est vérifiée par Morery au nom Martel, où il est parlé d*un Guillaume Martel, abbé de Saint-Josse, et les titres de l'abbaye de Beaubec luy donnent cette seconde abbaye pareillement. » Addition marginale qui est peut-être de la main de D, Bodin. — Voir Mémoire de Miton, p. 94. Il était fils de « Charles I", Martel, escuier, seigneur de Fontaines. » — Voir Les Martel de Basqueville, 164.

i Voir plus haut, p. 114, note 4.

4 « Guillaume Martel fit faire le logis abbatial, à l'abbaye de Beaubec, vers x58o. Guillaume aimait les beaux-arts, surtout la peinture; il fit représenter sur les boiseries de son cabinet Vénus et Adonis, Psiché, l'enlèvement de Proserpine, etc. » Ce fut sans doute pour faire face au payement de ces constructions et de ces peintures qu'il vendit son fief de Guillerville et sa vavassorie de Potot à Pierre Le Roy, escuier. Il mourut le 1 2 des calendes de novembre (2 1 octobre) 1 593^ » Les Martel de Basqueville, 179, avec les autorités à l'appui. — La date du 5 octobre, de-D. Bodin, est fausse, comme on le voit aussi par le Mémoire de Miton, p. 94. — Ce « sans doute » au sujet de la stipulation pour l'abbaye est impossible, puisque Guillaume Martel était mort, au 27 octobre 1 594, date du traité conclu par son firère.

fut entièrement délivrée du joug de la Ligue, au mois d'avril 1 594 ». Le traité du duc de Mayenne luy-même, qui obtint le gouvernement de Tlsle de France, acheva de l'étoufFer totalement (iSg6] ^

Henry IV, qui se voioit enfin monté sur le thrône, après avoir écarté par sa valeur les obstacles qui auroient été insurmontables à toutau^e que luy, pourvut à la tranquillité de son royaume par la démolition des fortifications des villes derintérieur des provinces, et n^en laissa que sur les frontières 5, Sa prudence lui dicta ce moyen d'empêcher les ré^ voltes qui auroient pu ensuite survenir, et il mit par là ses sujets dans la nécessité de rester dans le devoir et de jouir des avantages de la paix 4.

Le château de Neufchâtel et les principales fortifications des remparts de la ville furent des premières J rasées en 1 595, et dès lors cette ville, qui depuis sa fondation avoit presque toujours été en proye aux ravages de la guerre, se

1 n serait plus exact de dire : « Au mois d'octobre 1594, » puisque Neufchâtel ne fut rendu qu'à cette époque. Mais après le siège et la prise d'Honfleur et la reddition de Verneuil, les petites places, telles que Neufchâtel, ne comptaient plus guère. Elle se rendit Tune des dernières, en Normandie, à Henri IV.

2 « L'Edict dn Roy sur les articles accordés à M. le duc de Mayenne pour la paix de ce royaume, » fut publié en janvier 1 5g6, Henri IV les accorda à FoUembray (Aisne). — Palma Cayet le donne en entier dans sa Chronologie novenaire.

1 Dès 1 593, les États de Normandie demandaient la démolition d'une forteresse près de Valognes. — Cahiers des États de Normandie sous Henri IV, Voir l'article : « Démolition de forteresses. »

4 Groulart reproche aux députés des États de Normandie, en 1602, d'être « si foibles jusqu'à n'oser demander la démolition des forteresses et nicl;ies de petits tiranneaux. Toutefois j'estime que le Roy, qui veut la paix et le repos en son royautne, le fera. » Notes du premier président Groulart, Cahiers des États sous Henri IV, II, 262.

$ M En 1 594, on fit une levée de deniers pour la démolition du fort de Fécamp. » Ibid,, I, 216.

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vit affermie dans une parfaite tranquillité dont elle a toujours jouy jusques à présent. Nos monarques, pour y entretenir le bon ordre, ont continué depuis d'y nommer des gouverneurs. Celuy qui paroît avoir succédé immédiatement à François Martel, seigneur de Fontaine, est messire Jean de Létendart, baron de BuUy, par brevet de Sa Majesté de Tannée 1620, lequel étoit fils de Pierre de Létendart et de dame Filleul, dame de BuUy '. Les suivants, vu que ce gouvernement a été rendu comme héréditaire dans cette maison, sont Danet' de Létendart, fils du précédent et père de Jean de Létendart, qui le remplaça, auquel succéda par deux brevets consécutifs, dont le dernier, de Tannée 1722, confirme le premier à luy octroyé, en Tannée 17 19, sous la minorité de Louis XV, Jean Louis de Létendart, mestre de camp de de cavalerie, cy devant capitaine, sous lieutenant des gens d'armes de Monsieur le duc de Berry, chevalier de Tordre royal, et militaire de Saint-Louis, lequel étoit aussi gouverneur de Menin en Flandre, et qui fut le premier qui porta le titre de marquis de Bully, par Térection de cette baronnie en dignité de Marquisat, par les lettres de Sa Majesté données à Versailles au mois d'octobre 1677?. René Charles

1 Ce passage est on ne peut plus défectueux, car le successeur de Fontaine-Martel fut Anne et non Jean de Lestendard, qui, par la descendance indiquée, vivait au xv* siècle, comme on le voit par TAppen- DiCE VI, p. 178. Voir aussi la XlIIe Remarque sur la famille Filleul qui devient par là sans objet, p. iSg.

2 Danet est une mauvaise lecture pour Anne de Lestendart, le premier membre de cette famille nommé gouverneur de Neufchâtel. — Pierre n'était pas son père, mais son trisaïeul. Voir, plus loin, une rectification sur un passage du Mémoire de Miton, p. 182-183.

3 « Il est depuis devenu premier Président et ensuite chancelier en 1 768, et son fils aîné est gouverneur et porte le nom de Bully dans VAlmanach de Normandie. » — Addition marginale de D. Bodin. — On lit, en effet : « Neufchâtel, De Bully, commandant. » Almanach de Normandie f année 1768. (Pas de pagination.)

Nicolas Augustin de Meaupou, président à Mortier au parlement de Paris ' possède aujourd'hui (1753) ce gouverne- ^ ment aux droits de dame Anne Marguerite Thérèse de Ron- ^ cheroUes, marquise de BuUy, son épouse, petite nièce de Jean Louis de Létendart, dernier mort.

Le cours de cette histoire nous fait assés voir que, si les malheurs de la guerre servent à illustrer, Neufchâtel n'est pas une des villes du royaume qui se soit acquis le moins de gloire. Le grand nombre de ses exploits, que Ton peut compter par ses sièges, la met même sans contredit en parallèle, pour la valeur, avec les principales du royaume et la rend une des plus célèbres de la province. Après les faits aussy anciens que glorieux, que nous venons de retracer à la mémoire, peut estre avec plus de fidélité de notre part que d'exactitude et de perfection, vu le peu d'historiens qui nous sont tombés entre les mains, il est étonnant qu'un auteur moderne ^ dans un de ses ouvrages, nous donne cette ville pour unes de celles « qui ne sont, dit-il, pas connues d^Cns Thistoire avant les derniers siècles». Mais peut-être ignoroitil Pancien nom de cette ville, et, quoyque les auteurs anciens en fassent mention, cette variation a pu luy faire prendre le changea. Moréry, qui ne parle que du premier

I Voir, sur tous ces gouverneurs de Neufchâtel, TAppendice VI, pages 179-182.

a « Dictionnaire de La Martinière, » A la marge, de la main du copiste. — Tome VI, i" partie, p. 88. Mais D. Bodin aurait dû dire que La Martinière cite, comme autorité, Tabbé Dufour de Longuerue, Des-cription de la France, ir* partie, p. 69, édit. de 1722.

? Le nom de « Neufchâtel » remplaça de bonne heure celui de « Driencourt; » car « Novum-Castrum » est le seul qu'on trouve dans le Journal des visites pastorales d'Eude Rigaud, l'archevêque de Rouen qui le visita bien souvent et en parle, avec quelques détails, comme nous venons de le dire.

siège que cette ville a soutenu sous Henry IV ^, peut aussy avoir donné lieu à cette erreur.

I Celui que Montmorency du Hallot et de Guitry vinrent y mettre en 1 589. — Voir Moréri, à Tarticle : Neufchdtel. — Voir aussi plus haut, pages 104-107.

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