SI
Ltats. Lxs vases sacrés des ^ises j forent même employés. Cependant Philippe s^étoit emparé du Vexin, qui aToît été «donné en dot à sa sœur Adélaïde, dont Richard refiisoit ^alliance, sur les preuves qull donna à Philippe qu elle avoit été violée par Henry, son père, et entra dans le pays de Caux, où il prit Eu, Neufchâtel > et Aumale. Ses progrès luy firent prendre le dessein d'aller atuquer la capitale ; mais il fut contraint d^en lever le si^ et s^en alla exercer le pillage dans le diocèse d*Evreux.
Jean, à qui le roy Philippe avoir fait prendre les armes contre son frère Richard^ rentra dans ses intérêts et fournit par cette désertion, à ce Roy un nquveau motif de porter le le fer et le feu en Normandie :.mais Tarrivée de Richard Tempêcha de pénétrer plus avant, et le légat du pape et Tabbé de Citeaux procurèrent entre ces deux princes une suspension d^armes de quinze mois, après laquelle Philippe vint saccager Dieppe, qu'il brûla, et se retira dans le Berry (i 190}. Une conférence, que l'on ménagea entre ces deux Rois, fit enfin la. paix, sous les conditions qu^ Aumale, Eu, Drincourt, aujourd'huy Neufchâtel, et Arques seroient rendus au Roy Richard, et que Neufmarché, Gaillon, Longueville et autres places resteroient à Philippe : mais à peine un an fut-il expiré qu'ils rentrent en guerre, et Aumale, 011 Richard fut défait, retourna sous la domination de Philippe (i 199]. La mort de Richard, dont le corps fut porté à Fontevrault, auprès de celui de son père, et dont le cœur fut déposé dans Téglise cathédrale de Rouen ', sembloit devoir affermir la paix qu^il venoit défaire, une seconde fois; mais
I « Selon Dupleix, le Neufchâtel-sur-Epte fut pris aussy sur Richard, qui avoit usurpé cette place à Tabbaye de Saint-Denis, à qui elle appartenoit alors. » Addition marginale.
a U y a été retrouvé, ainsi que sa statue, dans le sanctuaire, par M. Deville, le 3i juillet i838. — Voir Les Tombeaux de la Cathédrale de Rouen, 3e édition, 3i-38.
-sale Roy de France va faire, comme nous allons le voir, de nouveaux efforts pour s'assujettir la Normandie.
Jean-Sans-Terrk. Quinzième Duc ». — Ce duc n'ayant pas laissé d'enfans, Jean-Sans-Terre luy succéda, au préjudice du jeiine Arthur, duc de Bretagne, fils de Geoffroy, son aîné. Cette usurpation fut cause d'une multitude de nouvelles calamités. Le jeune prince fournit à Philippe un nouveau motif de descendre en Normandie, en implorant sa protection. Jean, pour n'avoir point veillé à la défense de cette province, comme il fit à Pégard de celles d'Anjou et du Maine, fut obligé d'en venir à des compositions très désavantageuses avec Philippe, à qui il céda le Vexin normand. Cette aliénation fut un présage assuré de la perte prochaine de la Normandie.
I200. — En effet, sa passion pour Isabeau d'Angouléme, qu'il épousa, quoiqu'il fût déjà marié, excita de nouvelles révoltes. Hugues, comte de la Marche, frère du comte d'Eu, à qui elle étoit fiancée, s'en trouva offensé et chercha à s'en venger, en excitant du remuement dans les terres du Roy Jean, à qui Ton en donna avis en Angleterre. Jean, sur cette nouvelle, passa la mer et vint en Normandie (i 201). A son arrivée, il prit le château de Drincourt, aujourd'huy Neufchâtel, sur Raoul comte d'Eu, à qui il appartenoit alors. Ce comte en porta sa plainte à Philippe, Roy de France. Philippe écrivit au Roy Jean de rendre cette place au comte, et sur son refus il vint y mettre le siège, et devant le château de Mortemer. Les garnisons que le Roy Jean avoit mises à Neufchâtel ne purent soutenir les efforts de l'armée françoise, et furent contraintes de se rendre. Cette conqueste fut bientôt suivie de celle de toute la province (i 204). Ainsy la Nor-
I 11 fait de Jean sans Terre le 1 5e duc de Normandie, à Texemple de Masseville, Histoire de Normandie avec une « Remarque sur le nombre des ducs de Normandie, » qui varie suivant les divers écrivains. -^ Voir II, 342, 2« édition, 1708.
mandie se vit rentrer sous la domination de son primitif souverain. La léthargie de Jean en fut un moyen facile et les gouverneurs de cette province, qui avoient en vain sollicité du secours auprès de luy, semblèrent, par leur prompte reddition, venger la mort d^Artbur, que Jean avoit poignardé de sa propre main.
Neufchâtel peut donc s'attribuer la gloire d'avoir don né le motif à cette réunion, qui luy procura ensuite et à toute la province une paix dont elle n^avoit depuis longtemps goûté les avantages. Les armes de Philippe achevèrent de poner le dernier coup à l'Anglais, en luy enlevant en un an toutes les provinces qu^il possédoit dans notre continent. Le gouvernement tyrannique de Jean fit mesme soulever contre luy les Anglois, qui appelèrent à leur secours Louis, fils de Philippe, pour le déclarer leur Roy (121 6). Jean fut si pénétré de ce revers qu'il en mourut > ; mais Henry, son fils, regagna les suffrages, et contraignit Louis de se retirer. Bientôt il dénonça à Philippe ses prétentions sur la Normandie; mais ce monarque luy fit sçavoir quMl ne la luy céderoit qu'à la force des armes. Henry n'osa rien tenter contre Philippe, lequel mourut en la laissant dans le calme.
1223. — Louis VIII, son fils, devint son successeur. Lorsque Henry vit ce Jeune prince sur le thrône, il lui envoya faire la même proposition qu'il avoit faite à Philippe II, son père; mais il n'en eut pas plus de satisfaction, et ses ambassadeurs luy portèrent la nouvelle de ce nouveau refus. Comme les armes, chez les Rois, règlent leurs droits, ils se déclarèrent une guerre sanglante, dont toutefois la Normandie n'éprouva point les ravages (1226). Louis ne fut pas longtemps sur le thrône, et
» I-es continuateurs de Farin disent que, retiré en Ecosse, il «< mourut dans le château de Newerc d'une indigestion, le 19 octobre 1216.» Histoire de Rouen (i73i), I, première partie, yS.
laissa cinq fils, dont Taîné, qui fut Louis IX, honoré du nom de Saint, fut son successeur. Le jeune âge de ce monarque, qui n'avoit que douze ans, outre les troubles qu^excitèrent les grands du Royaume, porta Henry III à tâcher de rentrer dans la Normandie. Cette occasion de se rétablir luy paraissoit certaine; mais ses sollicitations auprès des Normands furent inutiles, et, sous le règne de notre saint monarque, nous fûmes à Tabri des incursions de ces étrangers. Il fit même avec PAnglois un traité par lequel ce dernier renonçoità la Normandie et acceptoit d^autres pays en échange (1270). Philippe, son fils aîné, qui luy succéda, travailla de même au bonheur de ses sujets, par la bonne union qu^il entretint avec Edouard, fils et successeur de Henry. Philippe III, dont nous venons de parler, mourut, et son fils, quatrième du même nom, surnommé Le Bel (i285), procura le même avantage. Ce fut ce Roy qui institua TEchiquier de Normandie, qui n'étoit qu'un parlement ambulatoire, où les évesques, les abbés et les seigneurs de la province avoient séance.
i3i4. — Louis, Roy de Navarre, son fils, hérita, à sa mort, de sa couronne, et fut le dixième du nom. Le règne de ce Roy fut court et Philippe V (i322), son frère, dont le règne ne fut que de cinq ans, et après qui la couronne passa à Charles, son frère, quatrième du nom, ne forma aucun changement dans la Normandie.
1328. — Philippe Vï, seizième duc ', qui avoit succédé à ce dernier, comme étant le plus proche prince du sang,
» « Ce fut à la mort de ce Roy (i35o) que Neufchâtel fut donné en douaire à Blanche d*Evreux, soeur de Charles II, Roy de Navarre, que son fils, duc de Normandie, devait épouser, et qu'il ne faut pas confondre avec la Reine Blanche, mère de saint Louis. Elle mourut à Neaufle-lc-Châtcl, le 5 octobre 1398, suivant Moréry, ou le a8 octobre iSqS, suivant V Histoire de la Haute-Normatidie, par D. Godcfroy, Bénédictin. Elle est enterrée à Saint-Denis dans la chapelle de
rétablit la Normandie en duché, et en investit Jean *, son fils, qui fut le second du nom%
i35o. — Charles, dauphin, dix-septième duc. — Jusqu^alorscette province étoit restée dans le calme, et Jean, qui avoit été couronné Roy, après Philippe de Valois, pourvut aussy de cet apanage Charles, son fils aîné ' ; mais les factions de Charles, Roy de Navarre, troublèrent bientôt le repos dont on jouissoit: toute fois, le Roy Jean sut préserver la haute partie de cette province^ et la basse servit seule de théâtre à ces révolutions, qui passèrent ensuite en Poitou, où il fut fait prisonnier par les Anglois (i356), et ne fut rançonné que quatre ans après. Le Roy forma ensuite le
Saint-HippolTte. » Les deux dernières phrases ont été ajoutées par Dom Bodin à la transcription de son copiste.
Philippe de Valois prit, pour deuxième femme, Blanche de Navarre, >3coode fille de Philippe, Ille du nom, roi de Nav.irre, et de Jeanne de France, reine de Navarre, par contrat passé à Brie- Comte-Robert, le 29 janvier 1349, et il mourut le aa août i35o. On ne comprend guère comment Jean le Bon« rival de son père, « dut épouser » Blanche d*Evreuz ou de Navarre, puisqu'il était marié à Bonne de Luxembourg, encore vivante, et qui mourut le 1 1 septembre 1 349, plus de huit mois sprès le second mariage de Philippe VI. — A propos de « Reine Blanche,» une autre confusion a fait voir assez souvent « la Mère de saint Louis » dans ce nom donné aux reines veuves des rois de France, parce qu'elles portaient le deuil en blanc. — Le Bénédictin appelé « D. Godefroy, » est Dom Toussaint Duplessis, qui donne bien cette date « du a8 octobre 1398 » pour la mort de Blanche d'Evreux. Description de la Haute^Normandie^ t. I, p. 19. — « Le ai août i359, le régent céda à la reine Blanche, en Change de Melun, les chfttellenies, chftteaux et villes de Vemon, Vernonnet et Pontoise, le château de Neaufie auprès de Gisors, toute la vicomte de Gisors, à l'exception de la ville et du château, Ntufchâtel et Gournay. » Secousse, Mémoires pour servir à ^Histoire de Charles JJ, roi de Navarre, 1. 1, première partie, p. 398. " Voir Appendice, III, p. 168, un prélèvement sur les imp>ositions accordé par Philippe VI, qui montre le triste état des fortifications de NeuFchâtel, en 1346.
I Vers Tan i33o. i En i335.
dessein de ne plus donner en apanage les provinces aux cadets de France, pour prévenir les suites dangereuses qaî pourroient en arriver; ce qu'il exécuta.
[ Jean, Roy de France, fut fait prisonnier par les Anglais à la bataille de Poitiers, en 1 356, et il resta prisonnier pendant deux ans >.
Charles, son fils aîné, régent du royaume, duc de Normandie, et dauphin de Viennois, se mit à la tête du gouvernement. Il demanda aux Etats généraux quelle résolution ils avoient prise pour la délivrance du Roy; ils luy répondirent que le clergé et la noblesse offroient la dixième partie de leur revenu, et que les villes fourniroient 3o,ooo hommes d'armes, à la charge que les levées d'argçnt ne passeroient pas par les mains des officiers du Roy ny du Régent; et que les Etats établiroient des receveurs qui auroient soin du payement de Tarmée et de l'administration des finances.
Le Régent ne put se résoudre à accepter des conditions si préjudiciables, selon luy, à l'autorité royale.
Les provinces se cotisèrent d*elles-mémes. Les jeux, les divertissements, les habits éclatants furent interdits jusquà ce que le Roy fût sorti de prison. Elles résolurent de donner leur argent et les parures de leurs femmes pour contribuer à sa rançon.
Les affaires alloient prendre un asBés bon train, si les Parisiens ne les avoient troublées par leur sédition. Etienne Marcel, prévôt des marchands, les fit soulever, sous le prétexte de la nouvelle monnoye que le Régent fit battre; et ils obligèrent ce prince à casser une partie des ofiiders du Roy, du Parlement et de la Chambre des comptes.
Ils mirent à leur tâte le Roy de Navarre, qui étoit prisonnier de France, pour ses attentats et ses crimes. Ceux
' Cest quatre ans, comme il a été dit plus haut, p. 55.
de son parti se servirent du désordre de TEtat pour le mettre en liberté. L'évéque de Laon ' , et le prévôt des marchands le connaissant propre à soutenir une faction le déclarèrent chef de la leur.
Etienne Marcel fit assassiner, dans le palais du Régent, à Paris, Robert de Vermont, maréchal de Normandie, et Jean de Conûsins, maréchal de Champagne, lesquels faisoient le plus d'obstacle à l'exécution des projets du conseil de Paris, par les avis qu'ils donnoient au régent (iSSj). Mais la puissance du prévôt Marcel étant à un si baut degré, ce prince se fit déclarer régent au Parlement, afin d^acquérir plusd^autorité qu^il n'en avoit. Il ne prcnoit auparavant que le titre de Lieutenant générai pour le Roy; mais depuis il mit dans les actes Charles, fils aîné du Rojrde France^ régent du roy. Duc de Normandie et Dauphin de Viennois.
Ce prince trouvoit tous les jours quelques nouveaux monstres à combattre ; ce n'en étoit pas assez que la révolte de la capitale du royaume et la guerre que luy faisoient les Anglois et les Navarrois en plusieurs provinces, il survint un autre désordre, qui auroit achevé de bouleverser TEtat, si Dieu ne Tavoit soutenu. Les peuples de la campagne, accablés par la misère du temps et par la tirannie de la noblesse, se soulevèrent. La sédition commença en Picardie, où plusieurs paîsans firent des exclamations sur la conduite des gentilshommes, « qui avoient, disoient-ils, laissé prendre le Roy, qui ne se mettoient point en peine de le faire sortir de captivité, et qui n^employoient leur pouvoir qu'à opprimer leurs pauvres vassaux. » De tout cela ils conclurent qu^il falloit exterminer la noblesse, et ils en passèrent à la condamnation en ces termes : Honni soit celuy, par qui il demourra que tous les gentilshommes ne soient destruits. Il
' Robert Le Coq.
s*assemblèrent d'abord deux ou trois centSi et le pillage qu'ils firent en attira plus de 80,000, répandus en divenei bandes. Ils firent d^tranges cruautés, et ils auroiem maisacré toute la noblesse, si Ton n^avoit fait marcher des tnmpes réglées contre eux. Celles du Régent et celles du Rc» de Navarre prirent le même parti dans cette conjoncture, et quelques corps de gentilshommes aguerris sY étant joints, on défit ces rustres en divers lieux, et après que Ton en eat taillé en pièces 20 ou 3o,ooo, le reste se trouva dissipé. Cet soulèvement fut appelé la Jaquerie, d*un nommé Jacques Bonhomme, de Qermont en Beauvais, que ces canailles élurent pour leur Roy.
i358. — Jean, Roy de France, et Edouard, d^Angletenre, conclurent un traité par lequel on accordoit à TAnglois les provinces.... sicK
1 36 1 . — Cependant Charles, Roy de Navarre, gendre du Roy et fils de Philippe, comte d'Evreux, avoit repris le parti de la révolte et faisoit toujours des incursions dans la Basse-Normandie, oti il occupoit plusieurs places; mais enfin il se vit chassé par la valeur des Rouennois, qui marchèrent contre luy sur ces entrefaites ; le Roy Jean fut surpris, à la cour d^ Angleterre, oti il étoit allé', d'une maladie qui termina par sa vie, et fit passer son sceptre entre les mains de Charles, cinquième du nom, son fib (1364).
La guerre avoit continué en Basse-Normandie, depuis vingt-deux ans; Charles fit enfin, un an après son avène-
I En tête du passage entre crochets, contenu sur deux petits feuillets collés entte deux pages du manuscrit, se trouve rindication suivante : « Histoire de Normandie par Afasseville, tome III, pages 271, 162 (282). N — Cette indication se rapporte à la fin de la Remarque. Le début est le résume de ce qui précède chez cet auteur. — La phrase est inachevée, il y eut deux traités, Tun négocié, en i35g, pendant que Jean était en prison; Tautre, définitif, celui de Brétigny^ 8 mai i36o.
3 il mourut à Londres, dans Thôtel de Savoye, le 8 avril 1 364, et son Hls, Charles V, fut sacré le 19 mai suivant.
ment à la couronne, la paix avec le Roy de Navarre ( 1 364) '. Les Anglois^ à qui ces troubles faisoient toujours concevoir req;>érance d^y rentrer, firent une descente à Harfleur. Les trésors quHls avoient cachés ranîmoient leur ardeur; mais le Roy pourvut si bien à la défense de cette frontière qu^après quelques ravages dans le pays de Caux et le Vexin, ils se retirèrent. Ces ravages recommencèrent à l'occasion de la découverte du noir dessein du Roy de Navarre, lequel possédoît toujours quelques places, entr^autres le comté de Longueville. Ce prince intrigant avoit osé attenter sur la vie du Roy de France, et cette conspiration, dont on voulut tirer vengeance, exposa la Normandie à une nouvelle combustion, qui ne finit qu'à la mort de Charles V, qui eut pour successeur son fils, sixième du même nom (i 38o).
La minorité de ce jeune Rby fut remplie de factions de la part des princes du sang. Le Régent, par ses exactions, fit soulever plusieurs villes, dont la capitale de cette province, oti 200 anisans prirent les armes (i38i) et proclamèrent Roy un marchand drapier nommé Le Gras, fut du nombre '. Les Anglois, toujours attentifs, désiroient fort de se prévaloir de ces troubles; mais ce fut en vain qu^ils tentèrent diverses irruptions sur nos côtes.
La frénésie, dont le Roy Charles VI fut attaqué, lorsqu'il fut parvenu à Page de majorité, fit chercher les moyens de faire avec ces étrangers un accord, par lequel leur Roy vendit Cherbourg et Brest, dont les garnisons fatiguoient toujours cette province. Les Anglois, irrités de la perte de ces deux places et fatigués des impositions dont ils étoient surchargés, levèrent Tétendart de la révolte et poussèrent leur fureur jusquesà faire mourrir leur Roy Richard,
t 1364. Après la bataille de Cocherel, près d*Évreux, livrée le 16 mai 1364.
i La révolte de la Harelle éclata, à Rouen, en octobre i38i.
après avoir élu, en sa place, Henry de Lancastre (iBgS)'.
1404. — La France n*étoit pas plus tranquille, et les divisions de la maison d^Orléans et de celle de Bourgogne, qui coûtèrent tant de sang, pendant l'espace de trente ans, donnèrent occasion aux Anglois de rentrer dans nos plus belles provinces. Philippe, duc de Bourgogne, étant mon après avoir eu la principale autorité dans le gouvernement de TEtat, Jean, son successeur et prince du sang, voulat avoir la même part à Padministration. Louis d'Orléans, frère unique du Roy, s'y opposa et soutint que la Régence devoit luy estre confiée, pendant la maladie du Roy, préférablement au duc de Bourgogne. Ces deux princes mirent des troupes sur pied pour soutenir leurs prétentions; mais le duc de Bourgogne fut toujours victorieux, et s'empara de la personne du Roy, au nom duquel il faisoit déclarer rebelles ceux du parti contraire (i4o5).
Le duc d'Orléans, qui regardoit le gouvernement de Normandie comme son unique ressource, s^il pouvoit robtenir, vint à Rouen, comme de la part du Roy, pour se faire reconnaître gouverneur de la province; mais ne montrant aucun ordre, on refusa de le reconnaître en cène qualité. Les autres villes luy firent la même déclaration, ce qui le porta à en faire la demande au Roy, mais en vain. Le duc de Bourgogne, dont l'ambition augmentoit de jour en jour, résolut de se défaire de ce rival ; ce qu'il fit exécuter par des assassins (1407). Le jeune duc d^Orléans, parvenu en âge de pouvoir témoigner le ressentiment quUl avoit de la mort de son père, forma le dessein de le venger par les armes (1410).
Les Anglois, à qui le duc de Bourgogne faisoit ombrage, et que le désir de rentrer en France dominoit toujours,
' Richard II, de la famille des Plantagenct, périt le 29 septembre 1399 et fut remplacé le 3o septembre par Henri IV, de la famille de Lancastre.
quittèrent son parti pour épouser celuy du jeune duc, son adversaire. Le Roy, sur la nouvelle de leur arrivée, fit des propositions de paix qui furent acceptées, moyennant que le duc d^Orléans les défrayeroit de leur armement.
141 3. — Quelques années après, le duc de Bourgogne excita de nouveaux troubles contre la cour, principalement à Paris, ce qui donna occasion aux Anglois, toujours attentifs à nos divisions, de tenter deux fois le siège de Dieppe ; mais, ayant été repoussés, ils firent voile vers le Tréport, où ib descendirent et mirent tout à feu et à sang, à quatre ou cinq lieues d'étendue dans le pays de Caux (14 Aoust 1413) >.
Deux ans après, Henry V, leur Roy, qui venoit de succéder à la couronne, voyant que la maladie du Roy Charles contin'uoit et que Tanimosité des princes étoit toujours la même, prit la résolution de faire valoir ses prétentions sur 1a Normandie, et y descendit, à la tête d'une armée formidable. Cette première démarche donna le commencement à une guerre qui dura trente-cinq années^ pendant lesquelles le Royaume se trouva à deux doigts de sa perte. La preniière conqueste fut la prise de Harfleur. Le Roy Charle s leva, à la hâte, une armée si nombreuse que TAnglois en vint à des propositions, dont la perte de la bataille d'Azincourt, en Picardie, nous fit regretter le refus.
Leduc de Boiu-gogne partit de Flandre, oti il s'étoit retiré, pour se rendre devant Paris, prétendant se remettre en possession de la régence, malgré le dauphin et ceux qui avoient été nottimés pour Tadministration des affaires, pendant la maladie du Roy. Charles sortit de Rouen, où il étoit, et le prévint à Paris, d'où il envoya luy ordonner de
» « L'Ânglois alant fait descente (au Tréport), en 141 3, 16 juillet, feit main basse partout. » Histoire de Vabbaye de Saint-Michel du TVéportf par F.-B. Coquelin, édit. de la Sociiré ob l'Histoire de Fkamce, par M. C. Lormier, I, 167.
se retirer sur ses terres. Leduc obéit, sans toutefois ahandonner son dessein, dont il remit Texécution à un temps plus favorable.^ En effet, le dauphin venant à mourir, et peu de temps après Jean, duc de Touraine, son firère, leur titre de dauphin passa à Charles, comte de Ponthieu, leur cadet '. A cette nouvelle, le duc de Bourgogne reprit kstrmeS| et plusieurs villes, entr^ autres Rouen, se déclarèrent pourluy (1416). Le dauphin aussitôt vint faire rentrer cette capitale dans le devoir.
141 7. — Cependant, les Ânglois avoient à peine repassé en Angleterre, après avoir saccagé le pays deCaux jusqu^aux portes de Rouen, quMIs revinrent, au nombre de 5o,ooo hommes, exercer de nouvelles hostilités dans cette province. Bientôt les villes de la basse partie qui se trouvoient sans secours cédèrent à leurs armes (1418). Le duc de Bourgogne, loin de la défendre contre les insultes de ces étrangers, comme sa qualité de prince du sang et de pair de France Vy obligeoit, y envoya une partie des troupes, pour tirer avantage de ce pays abandonné. Rouen lui ouvrit ses portes, et Dieppe, Gournay, et d'autres villes furent emportées par surprise. Ces prospérités n'arrétoient pas le duc de Bourgogne, et partout ce prince fomentoit le trouble et la division par les promesses qu'il faisoit d'exempter les peuples d'impôts. La plus grande partie des habitants de Paris euxmesmes formèrent la résolution de le recevoir de nuit dans leurs murailles, et le projet fut exécuté. Le duc s'assura de la personne du Roy, qui étoit dans les accès de sa maladie; la fuite du dauphin fut ménagée par Tanneguy du Châtel, qui le fit échapper par la Bastille. Ce jeune prince ne perdit
» Ce « dauphin >» était Charles de France, duc de Guyenne et dauphin de Viennois, mort le 11 janvier 1400. — Jean de France, duc de Touraine, mourut le 5 avril 1415. — Le « comte de Ponthieu » sera Charles Vil,
œpendant point courage, dans une si grande révolution, et sa constance fut plus grande que ses adversités.
Rien n'étoit plus avantageux au Roy d'Angleterre, déjà maître de la Basse Normandie, que cette manie des François, et il crut Poccasion de continuer ses conquestes très favorable. Il fit donc marcher ses troupes devant Rouen, pOQcen former le siège; les habitans, quoyque sans provisions suffisantes, résolurent de se défendre avec la dernière intrépidité, et la famine, à laquelle ils furent exposés, pen* dantsept mois entiers >, fut la seule cause de leur reddition.
141 9. — Les Anglois, fiers du succès de leurs armes et de la prise de cette place, 16 Janvier, achevèrent de soumettre les antresy que les malheurs et l'exemple de la capitale, joint au peu de garnison qu^elles avoient, ébranlèrent beaucoup. Neufchâtel fut une des premières 'dont la conqueste les flattoit davantage, et, après en avoir fait le siège, qui ne laissa pu d^estre opinâtre, ils y établirent leur domination sou- ^waine».
Sur ces entrefaites, par Tentremise du pape ', le Roy Henry consentit à écouter les propositions de paix et se rendit àPentrevue indiquée auprès de Meulan. La maladie du Koy Charles Pempécha de s^ trouver, et la Reine y vint accompagnée de la princesse Catherine, leur fille, du duc de
' En réfdité cinq moii et seize jours. Les Anglais parurent devant ^^^^'len, le ag juillet 14 18, et les clauses de la capitulation furent signées ^ i3 janvier 1419^ après quatre jours de conférences. La remise de la ^eut lieu, le jeudi xg janvier, et Henri V d'Angleterre y faisait son ttdée presque immédiatement. ^ Voir Siège et prise de Rouen par '^ anglais (14x8-14x9), par L. Puiseux, passim, La date du « 16 jan- ^^ * manque doilc d'exactitude.
' Dieppe capitula et se rendit au comte d'Exeter, le 9 février ; Eu 4>leQient. Goumay se rendit au duc de Clarence, le 9 février aussi. Neofchfttd dut être soumis à la même époque.
' «iartin V.
BourgDgne et du comte de Saint-Paul. Henxy demanda Catherine en mariage; mais les conditions delà dot, quiétoienr de posséder la Normandie et d'autres provinces en tonte souveraineté, ayant été rejetées, l'assemblée se rompit >. On exhorta, après cette rupture, le dauphin à faire la paix avec le duc de Bourgogne, ce qu'ils promirent; mais le manque de parole du duc luy coûta la vie, dans une autre entrevue qu^il eut avec le dauphin, qui luy reprocha son peu de fidélité. Le duc, à ces reproches, ayant porté la main sur son épée, fut mis à mort sur Theure ^ ce qui produisit par la suite d'étranges effets; car le fils de ce duc, pour venger la mort de son pèrey se joignit à Henry, en faveur de qui se déclara la Reine elle-mesme, en luy accordant sa fille Catherine en mariage '. Le Roy, dont Timbécillité augmentent de jour en jour, le fit déclarer pour son successeur, malgré la prétention héréditaire du dauphin (1420). Le mariage fut accompli 4, et TÂnglois, par ce traité, que Ton doit regarder comme nul, de plein droit, se vit maître de la capitale du Royaume.
Le dauphin, voyant ses états envahis, chercha à se maintenir dans d^autres provinces; mais la mort de Henry et de Charles VI luy rendit sa couronne, (3i août, 22 Octobre 1422). II fut reconnu comme légitime successeur de son père par les vrais François et proclamé Roy sous le nom de
I Bodin résume ici VHistoire de Normandie, par de Masseville, à Tannée 1419, IV, 82-$3.
a Jcan-sans-Peur, duc de Bourgogne, tué par Tanneguy DuchAtel, le 10 septembre 1419, à Tentrevue du pont de Montereau.
3 « Ce fut à cette reine, qui étoit la deuxième femme de Henry, que fut donne en douaire le Neufchâtel. Elle épousa ensuite Ouvin Tidcr», seigneur du pays de Galles, dont la naissance est problématique. Elle mourut en 1438. » Note du manuscrit. — Owin ou Owoen, Tyderou Tudon.
4 Elle fut mariée, le 2 Juin 1420, dans Téglisede Saint-Jean deTroycs, & Henri V, roi d'Angleterre.
Charles VII; et ce fut en vain que les partisans du jeune duc de Bouif;ogne déférèrent le mesme titre au jeune Henry VI, Roy d'Angleterre. Cependant, quoyque Charles VII fût le légitime héritier de la couronne, la foiblesse de ses troupes et la puissance des Anglois le mettoient dans un danger extrême de perdre ses Etats (1429), lorsque Jeanne d'Arc, dite la Pucelle d'Orléans, vint s'offrir pour raffermir sur son thrône chancelant. Bientôt cette jeune héroïne se signala par ses exploits. La bataille de Patay, en Beauce, dont les troupes du Roy sortirent victorieuses, abattit le courage de ces fiers ennemis, et le Roy, dans Tadmiration des services que la Pucelle venoit de luy rendre, Tannoblit elle et sa famille, et changea le nom d'Arc, qn^elle tiroit de sa naissance, en celuy du Lys. Le Roy, qui s'étoit £Eiit sacrer, résolut de faire une tentative sur Paris ; mais le petit nombre de ses troupes ne luy permit pas d^y tenir. Après avoir envoyé en Normandie le connétable ', pour empêcher les garnisons angloises de se joindre au duc de Bedford, qui assembloit une nouvelle armée, il y vint luy même, oti il prit Andely, Torcy, Etrepagny et Aumale, et ravagea le pays circonvoisin (i43o). Neufchâtel, oti la domination des Anglois étoit bien établie, puisque Catherine leur Reine possédait cette place, à titre de douaire, paraît avoir tenu ferme, comme le prouve d'ailleurs la suite de cette histoire; et ce lieu de retraite fut peut être même pour eux un moien de reprendre, peu de temps après, les villes conquises^ dont nous venons de parler, et qui se trouvoient destituées de tout secours.
Compiègne étoit aussy du nombre des villes conquises par le Roy. La Pucelle, qui s'étoit jetée dans cette place, fit une sortie sur Tarmée du duc de Bourgogne, qui la tenait assiégée, et elle y perdit la liberté. Elle fut vendue 10,000 liv.
' Arthur de Bretagne, comte de Richemont, connétable, en 1435.
aux Anglois, qui renvoyèrent à Rouen^ où elle fiit mise dans les fers et ensuite brûlée vive, après Tavoir fait condamner sous des fausses accusations, devant le tribunal ecclésiastique (1431) : mais sa mémoire fut rétablie^ vingt-quatit ans après, et sa statue, qu^on voit encore aujourd^huy, fut érigée à Rouen, dans une place publique, dite le marché au veaux. Le sang de cette illustre héroTire subsiste encore dans divers endroits du Royaume^et l'on voit, dans Tabbaye de Beaubec, le tombeau d'un de ses parens. Religieux de cette abbaye >, mort vers la fin du 17^ siècle, fib d^'un lieutenant criminel de cette ville de Neufchâtel^, mort en 1673. 1432. — Cependant la guerre continuoit toujours et deux ou trois campagnes se terminèrent à la prise de quelques places de part et d'autre; toutefois la Normandie, succombant sous la tyrannie des Anglois, tenta de secouer leur joug (1433). Les habitans du pays de Caux et de quelques autres cantons prirent les armes et chassèrent une partie des garnisons Angioises. Le chef de ces Rustres ' étoit le sieur
t « Jacquc Bayard dont l'épitaphe cy après.
« Epitaphe.
« Jacobo Baillardo, hujusce monastcrii religioso, ex illustri génère « aurelianensis heroins prognato, grati animi et benevolentis monu- «< mcntum posuit mœrens Joseph Prignani abbas regularis. 1673. »
« Nota. Dom Robert de Roncherolles, religieux de Beaubec, mort 1722, neveu de Louis de Roncherolles, abbé régulier, avoit été nommé abbé successeur de son oncle. Mais un placet que présenta au Roy, sur la route de Fontainebleau, dom Baillard, à genoux, fut cause que le Brevet ne luy fut pas expédié, mais à dom Prignany, Théatln, cousin de l'envoyé du Pape à Paris. »
Addition au bas de la page 65 du manuscrit, de la main de Pauteur.
a 11 l'était déjà en 1606, comme on le voit par le Mémoire de Miton, qui en parle à plusieurs reprises. — Voir « Index des noms de perhonne, » p. 245 de notre édition.
1 Cet injuste dédain pour les paysans de Normandie et pour les comluuncH 80 soulevant contre les envahisseurs de leur patrie, se retrouYC
de Monteraulier % à qui on donna le surnom de Père des Cauchois' : mais ces troupes sans discipline firent plus de ton à leur patrie que les ennemis eux-mêmes, et leurs excès firent déserter tout le pays, qui resta abandonné^ et dont les forteresses seules demeurèrent habitées. Le manque dei vivres les fit bientôt aussy déserter eux-mêmes, et se débandèrent pour passer en d^autres provinces; deux ans après (i435), le pape ' et le concile de Bâic, pour mettie.fin à ces ravages, proposèrent des moyens de paix aux deux Rois: mais TAnglois, ne se contentant pas de la Nonnandie et de la Guyenne, perdit dans la suite, par la force, ce qu^il avoit refusé par opiniâtreté. Cette assemblée, qui s'étoit tenue à Ârras 4, ne fut pas toutefois inutile, elle procura la paix entre le Roy et le duc de Bourgogne, fatigué
encore ailleurs, dans le Journal d'un bourgeois de Paris^ à Tanncc H^4f P* 437, et dans les Vigiles^ de Martial de Paris.
Uu peu après ccste saison, Les communes de Momundic Si s*emearcnt ouirt raison Par une manière estourdie.
' Oq « Monsticraulicr, » nom primitif de « Montérollicr, » commune du cintonde Saint-Saéns, à 16 kilomètres S.-O. de Neufch&tel.
' «Les Cauchois se allièrent des François, et vindrent à leur aide La Hire, ^uetyle sire de Monstieraulicr qui es toit nommé le père des Cauchois (et <pre<ia mort eurent fort à souffrir et d'autres capitaines se trouvèrent à leurtide). » — Les Chroniques de Normandie (1223-1453), édition de M. A.Hellot, 188 1, p. 84. — « Le sire de Monstieraulicr était Jean de Groudij, chevalier, aussi seigneur du Mesnil-Durdent. Ses biens avaient été confisqués par Henri V et donnés à Thomas Maisterson, écuyer, capitaine du Pont-de-r Arche, en i42i,bailly de Caux en 1425. >» Id., Ibid., note, page 264. — En 1418, il demeurait à Saint-Martin-lc-Blanc, paroisse voisine de Montérollier, et réunie aujourd'hui à Osmonville, d*où lui est venu le nom de Saiut-Martin-Osmonville. Il mo'jrut à la prise d*Harfleur, le 4 novembre 1435.
I Eugène IV.
4 Le traité d*Arras, à la suite du congrès, est du Ix septembre 1435. Rjrmer, V.
de favoriser les étrangers contre sa propre patrie. La Reine mère, Elizabeth de Bavière, mourut enfin >, mal satisfaite du Roy Henry, qu^elle avoit préféré à Charles VII, son propre fils. Ces conjonctures donnèrent lieu aux conquestes des François, qui réduisirent à leur obéissance Dieppe, Aumale, et plusieurs autres châteaux (1436), lesquels en partie furent repris, Tannée suivante, faute de garnisons. Paris, qoi n'avoit reçu les Ânglois qu^à cause du duc de Bourgogne, imita le retour de ce prince et se rendit au Roy. La peste, qui se mêla aux malheurs ordinaires de la guerre, suspendit les progrès des François, et plusieurs années se passèrent à surprendre, de part et d^autre, quelques places, sans avantage définitif. Dans des échanges de prisonniers, le comte d^Eu, qui Tétoit en Angleterre >, fut rendu pour le comte de Sommerset, que les François avoient pris, et tous deux furent faits gouverneurs de Normandie, chacun pour son parti (1440).
Cependant les Anglois tenoient toujours ferme en Normandie, et la révolte des ducs de Bourbon et d^Alençon ^ qui entraînèrent aussi dans leurs brigues le jeune Louis, dauphin de France, auroit fort tourné à leur avantage, si la vigilance du Roy n'eût promptement dissipé cette rébellion. Leurs vaines tentatives sur plusieurs villes ne les pouvoient faire renoncer à leurs prétentions chimériques; mais les échecs qu'ils reçurent, en diverses occasions, rabattirent leur fierté; et aux instances du pape 4^ ils consentirent à une trêve. Les conventions étoicnt de ne faire aucune entreprise les uns sur les autres : mais leur manque de parole leur coûta
1 La trop fameuse Isabelle ou Isabeau de Bavière mourut à Paris, dans l'Hôicl Saint-Paul, le 23 septembre 1435.
2 Charles d'Artois, prisonnier depuis la bataille d*Azincourt, rentra en France, vers la fin de 1438.
î Charles Kr, duc de Bourbon, et Jean IV, duc d*Alcnçon. 4 Martin V,
k perte de la Normandie et renouvela la guerre, qui fut la dernière que la Normandie ait eue avec eux (1449). Les armes du Roy furent heureuses et les Anglois sévirent bientôt avec honte expulsés de plusieurs places. Le Roy ne voulut point leur donner de relâche, et, pour achever de les chasser, il divisa son armée et fit attaquer en même temps le pays de Caux, le Yexin, le Cotentin, les places du diocèse de Séez^ de Lisieux et de Bayeux.
Le comte d'Eu (Charles d'Artois), général des troupes qui banoient le pays de Caux^ vint à la tête de quatre mille hommes mettre le siège devant le Neufchâtel > en septembre ou octobre', oti PAnglois tenoit ferme. Les attaques furent vivement repoussées, et la garnison angloise étoit résolue de la défendre jusqu^à la dernière extrémité. On avoit essaie des sorties et des assauts les plus vigoureux, lorsque Ton fit monter une dernière fois à l'escalade. Les efforts des assiégés ne purent repousser l'ennemy et la ville fut emportée. Le château, qui avoit tenu, fut ensuite réduit à se rendre par composition. Les villes voisines furent aussy rangées au nombre des conquestes du Roy : il prit ensuite
r m Le Père Daniel le nomme encore Neufchâtel d*Elicourt et Jean de Serres dit : « L'armée marche contre Neufchâtel de Nicourt et emporte la ville par force : le château par composition. » Page 234. — Note du manuscrit.
a L'hésitation entre « septembre ou octobre » n'a pas sa raison d*étrc. — (1449). « Et lors se rendit le chastel du Neuf-Chastel-Denicourt aux contes d'Eu et de Sainct-Pol, qui y avoient mis le siège dès le viij* jour de ce dit mojrs de septembre, et ce pendant prindrent la ville d'assaut. » Les Chroniques de Normandie, édit. de M. Hellot, p. 116. L'éditeur met en note sur ce passage : « D'après J. Charticr, t. II, p. 116, la ville de Neufehastel (en Bray), assiégée le mardi 11 septembre 1449 (le 21 était un dimanche), fut enlevée d'assaut le jeudi ; et le chastel se rendit par composition au bout de quinze jours, n Jhid,, p. 296. — La ville aurait donc été prise le 23 septembre, et le château, le 8 octobre suivant. — Notre manuscrit devrait donc porter : « septembre et octobre, » au lieu de : « 011. »
Rouen ', et, en six semaines^ il se vit maître de toute la Normandie, à l'exception de quelques places, qu'il acheva de réduire Tannée suivante. Les Anglois furent contraints de repasser en Angleterre (1450], avec le triste souvenir de leur prospérité en cette province, dont ils avoient possédé plus de soixante places, pendant plus de trente ans. Le R07 Charles porta ensuite ses armes en Gascogne, d'où il les chassa pareillement (i453). Talbot, leur général, qui s'étoit tant signalé en Normandie, y fut tué *.
La Normandie, depuis sa réunion à la couronne, étoit dans une entière tranquillité, lorsque la révolte du dauphin, sur le refus que luy fît. le Roy du titre de duc de Normandie, jeta ce monarque dans une mélancolie extrême. Les soup«;ons oii il étoit qu'il ne le fît empoisonner, le portèrent à se refuser toute nourriture^ ce qui occasionna sa mort (1461).
Le dauphin se vit donc au-dessus de ses prétentions et luy succéda, sous le nom de Louis XL Les changements de ce Roy dans TEtat et ses impositions exorbitantes luy attirèrent la haine de ses sujets; mais les troubles des Anglois, à qui leur expulsion de la France fit jeter leur ressentiment sur Henry VI, leur Roy, étoient garans de son repos et luy assuroient, malgré l'oppression de ses sujets, la tranquille possession de ses états : cependant Louis vit naître des ennemis dans son propre Royaume. Ce fut la ligue des princes mécontents, par laquelle voyant Pinclination des Normands pour le duc de Berry, son frère, qui étoit à leur tête, et qui s'étoit emparé de la plupart des villes de cette province, sans résistance, il fut contraint de la luy accorder à titre de duché.
' Rouen fut repris sur les Anglais, le 9 octobre 1449, et Charles VII y lit son cntrcc triomphale, le lo novembre suivant.
3 11 perdit la vie et la viltoire à CastUon, le l'S juillet 1455.
14^3. — Dix-huitième et dernier doc. La Normandie se >uva donc sous la domination de son dernier duc, qui t le dix-huitième; mais la condescendance du Roy n'étoit lie Teffet des conjonctures pressantes oti il se trouvoit. Il rotesta même en secret, au Parlement de Paris, qu'il avoit n cela excédé son pouvoir. Peu de temps après même, il esolut de le dépouiller de ce titre, et^ soutenu de troupes nombreuses, il parut tout à coup en Normandie. Les Bourgeois le Rouen, sur la nouvelle de la prise du Pont-de-F Arche, traitèrent avec luy et se rendirent. Le duc de Normandie, chassé de toutes ses places, se retira en Bretagne ( 1466). Le Roy, quoyque maître absolu de la province qu'il venoit de conquérir^ songea à pourvoir à une plus grande sûreté. Il la parcourut d'un bout à Tautre, mit dans toutes places des gouverneurs, dont il connaissoit la fidélité, et punit ceux qui en avoient manqué. Il fit ensuite la paix avec le duc de Bretagne et Charles, son frère (1468) >, sous les conditions que ce dernier renonceroit au duché de Normandie, et se contenteroit d'une pension de 60,000 liv. et une terre de 12,000, avec titre de duché': de sorte que la Normandie fut réunie à la couronne d^une manière plus inséparable que jamais '.
1469. — Les troubles d^ Angleterre continuoicnt avec la dernière fureur. Louis trouva à propos d'y prendre part. Edouard d^York, que les Anglois avaient suscité pour compétiteur à Henry, leur Roy, étoit vainqueur. Marguerite, épouse d^Henry VI, et le prince de Galles, son fils, furent obligés de se retirer en France, où le Roy les reçut avec dignité 4.
» François H, duc de Bretagne, et Charles de France, duc de Berry.
a Charles de Berry fut nommé duc de Guyenne, le 29 avril 1469.
) Le 14 avril 1467, rassemblée des États-Géncraux, réunie à Tours, déclara m la Normandie désormais inséparable du domaine royal, » en présence des députes norman.1s.
4 Voyez Remarviues et Additions, IX, p. i3i.
Cette même année, le Roy Louis, qui avoit besoin de finance pour les desseins qu^il projetoit tant au dedans qu'au dehors du Royaume, envoya des commissaires en Normandie, pour faire des levées sur les francs fieft et les nouveaux acquêts. Onassembla à Caen les Etats généraux de la province, et à leur requête, le Roy modéra les sommes qu'il avoit demandées pour les fiefs nobles qu'avoient acquis les évéques, les abbés et les autres ecclésiastiques. Il annoblit en même temps les roturiers qui en possédoient de semblables, à condition qu'ils vivroient noblement à Tavenir, et dans Texercice des armes pour la défense de Tétat. Ces som* mes, qui avoient été réduites à 40,000, furent réparties entre eux, suivant la valeur des fiefs, de sorte que ceux qui en possédoient de médiocres, furent annoblis pour une modique finance.
Henry VI avoit repris les armes, après sa défaite, et remonta sur le thrône d'Angleterre. Edouard, qui avoit été contraint de se retirer en Bourgogne, auprès du duc, repassa Tannée suivante, en Angleterre, oti, après avoir vaincu une seconde fois Henry^ il cimenta son règne par la mort de ce irival. Tandis que l'Angleterre étoit ainsy agitée, la France ctoit dans une grande tranquillité. L'esprit du Roy n'étoit cependant pas en repos ; les avis qu'il eut des liaisons suspectes du duc de Bourgogne le portèrent à s'emparer d'Amiens et de Saint-Quentin ' appartenant à ce duc, dont les forces n'étoient point alors capables de les secourir: mais quelque temps après (1472), il renouvela la ligue qu^il avoit faite autrefois avec Charles, duc de Guyenne et le duc de Bretagne, et ils convinrent de se trouver devant Rouen. Sur ces entrefaites, Charles mourut et le poison, dont on assura le Roy de l'avoir fait périr, fournit un nouveau prétexte aux
' En 1470.
Bourguignons de luy déclarer la guerre >. Ils firent une violente irruption en Picardie, et entreprirent d'assiéger Beauvais; mais la garnison normande, qui y étoit, soutint les efforts des assiégeans avec tant de valeur que, dans la dernière attaque, la perte de 1 5 ou i,6oo hommes contre 4 ou 5 personnes des assiégés seulement, fit résoudre le duc à se retirer avec autant de disgrâce que de fureur '. Pour s'en venger, il vint piller les pays voisins des côtes de la mer, et tout le [Miys de Caux. Il fit ouvrir les portes d'Eu et brûla Neofcbâtel et Longueville. En juillet ou août 1472 1.
Le conétable de la province, à la tête de 800 lances, uniques troupes qui fussent alors en Normandie, le repoussa si vivement devant Rouen 4, qu'il fut obligé de reprendre
' Charles, duc de Berry, mourut à Bordeaux, le 12 mai 1472 (le 24, d'tprès d'autres), du poison que Jean Favre Versois, abbé de Saint-Jeantl'Angély, son aumônier, lui versa.
> Chiries le Téméraire, arrivé devant Beauvais, le 27 juin 1472, livra ton dernier assaut, le 22 juillet suivant, jour où il leva le siège.
) Auparavant, il avait brûlé Gaillefontaine, dont le château fut détruit, ainsi que celui de Haucourt. — « Les dicts Bourguignons alerent mettre et asseoir leur parc entre la place d'Eu et Dieppe, en un villaige nommé Ferriéres. Et illec depuis y seiourna bien grant pièces sans lien conquérir, sinon le Neuf-Chastel de Nicourt où ils se boutèrent, pour ce que dedens ny trouvèrent aucun qui leur contredist» et y furent par Fespace de trois iours, puis s'en alerent, et au partir y boutèrent le feu, et brûlèrent la ville et chastel, qui fut ung moult grant et piteux dommaige, car c'estoit vne moult belle ville de guerre et grande. » Histoire de Louys XI, autrement dite la Chronique scandaleusej publiée à la suite des Mémoires dé Philippe de Commines, par Denys Godefroy. Bruxelles, 1706, II, i56..— H n'y a pas de n Ferriéres» entre Eu et Dieppe. Le plus voisin serait « Ferriéres, » canton de Picquigny, arrondissement d'Amiens, ce que la possession d'Abbeville rend très vraisemblable. II brûla aussi Longueville, Auffay, le chftteau de Torcy, et quelques autres places.
4 Charles le Téméraire vint camper, le 3o août 1472, sous les murs de Rouen, où commandait Louis de Luxembourg, et il se retira le 6 septembre suivant.
sa route vers Abbeville. Dans ce même temps, le Roy avoit envoyé le comte d^ Auvergne avec des troupes pour user de représailles sur les terres du duc, qui tâcha en vain d'engager le Roy Edouard dans sa querelle^ avec qui le Roy Louis fit une trêve (1475). Deux ans après, le duc de Bourgogne, que son ambition démesurée portoit à de nouvelles conquêtes sur les princes ses voisins, fut tué à la bataille de Nancy*. Ses Etats furent réunis à la couronne; mais le duc Maximilien d'Autriche, qui se portoit son héritier, prit les armes et rentra dans plusieurs places des Pays-Bas, et de Franch^ Comté. Celles de Picardie et du duché de Bourgogne demeurèrent toujours au Roy, qui mourut enfin peu regretté de ses sujets (1483) '.
Charles VIII, son fils, luy succéda, et ne régna que quinze ans, plus chéri que son père, ce' qui luy mérita le surnom d^AfTable. La Normandie, sous son règne, jouit d^une paix profonde (1498). Louis, duc d'Orléans, premier prince du sang, douzième du nom, son successeur, luy procura le même avantage, pendant son règne, qui fut de dix-sept ans. Claude, sa fille aînée, épousa François d'Orléans, duc de Valois, qui le remplaça comme plus proche parent (i5i5| et fut le premier du nom. Le repos de la Normandie, sous son règne, fut un peu troublé par les impositions dont il fut contraint de charger ses états, principalement pour sa rançon; ce fut alors que plusieurs abbayes furent obligées d'aliéner une partie de leur revenu pour remplir leur taxe. L'abbaye de Beaubec vendit la terre des Ventes. Toutefois la Normandie fut exempte des guerres, sous son règne, et le perdit K
1 Le 5 janvier 1477.
2 Au château de Plessis-lès-Tours, le samedi 3o août.
; En face de ce passage, se trouve sur les de Mailly, une Addition marginale qui ne se rapporte pas au texte. Voir Remar(^ubs et Additions, XI, la première partie, p. i36.
i547' — ^ couronne passa à son fils Henry II, qui mourut au bout de douze ans, peu regretté des Normands, qu^il chargea d'impôts. Les décimes mêmes étoient si excessives que les curés et les vicaires, faute de pouvoir payer, se rendoient fugitifs, ce qui fit cesser Tofiice dans un grand nombre de paroisses.
iSSg. — François, Taîné de ses fils, deuxijème du nom, monta après luy sur le thrône. Ce fut sous le régne de ce Roy que commencèrent à prendre les armes les Calvinistes, ainsi nommés de Calvin, auteur de cette secte, qui avoit commencé en i534, postérieurement à celle de Luther. Comme les révoltes ne sont jamais sans prétexte spécieux, celuy de ces sectaires étoit de réformer la Religion et l'Etat. Le prince de Condé et le Roy de Navarre, à qui la puissance des Guise, dont la Reine mère, Catherine de Médicis^ avoit recherché l'union, portoit ombrage, se mirent à leur tête.
La Normandie était infectée de ces hérétiques et ilsavoient établi des prêches dans plusieurs de ses places. La Reine mère, qui gouvernoit TEtat, pourvyt cependant à la préservation de cette province, en y envoyant des troupes pour les tenir en bride. La foiblesse de la complexion de François II le mit au tombeau, après avoir vécu dix-sept ans et avoir régné dix-sept mois, sans avoir eu d^enfans de Marie Stuart, Reine d'Ecosse, qu'il avoit épousée.
1 56o. — Charles, son frère, dixième du nom, luy succéda, n'étant âgé que de dix ans. Les Huguenots crurent que la minorité de ce prince et l'administration de la Reine mère, qui s'étoit fait déclarer Régente, étoient des conjonctures favorables à leurs desseins et propres à affermir leur parti. Le duc de Bouillon >, gouverneur de Normandie, les
> Robert de la Mark, duc de Bouillon, lieutenant général en Normandie
favorisoît sous main : mais s'étant trouvé suspect, la cour pourvut à la sûreté des catholiques contre les protestans, en y envoyant les ducs d'Aumale et d'Estampes. Les protestans eux-mêmes avoient secoué le joug du duc de Bouillon, qui les contenoit trop, ne voulant pas que leur révolte éclatât. Ils s'emparèrent d'une grande partie des villes et entre autres de Dieppe et deRouen, dont la proximité nous &it appréhender pour Neufchâtel (i562]. Les églises furent pillées et ceux qui s'y réfugioient y trouvoient une mort assurée. Les hérétiques, se voyant enfin dans Timpossibilité de se ' soutenir sans secours, sollicitèrent celuy de la Reine Elisabeth d'Angleterre, dont ils furent écoutés favorablement.
Cependant le Roi vint à la tête d'une puissante armée, reconquit les villes dont les protestans s'étoient emparés, et la bataille de Dreux, gagnée parles Royaux, acheva de ruiner les Calvinistes. La mort du duc de Guise, tué au siège d'Orléans (i563), porta la Reine Catherine de Médicis, qui se croyoit maîtresse absolue des affaires, à faire la paix, conformément à ses anciennes vues >. La crainte où elle étoit que la Normandie ne re.tombât en la puissance des Anglois, dont les rebelles attendoient un nouveau renfort, acheva de la déterminer. Un des principaux articles du traité fut que Ton accorderoit aux Huguenots un prêche dans chaque Bailliage, dont le Roy marqueroit le lieu hors des villes. Ils dévoient aussy en avoir un ou deux dans celles dont ils étoient maîtres : mais il leur étoit défendu de se servir des églises pour faire leurs prières et leurs assemblées; les seuls seigneurs hauts-justiciers avoient permission d^exercer, dans leurs maisons, avec leurs vassaux, leur Religion prétendue réformée.
Le nombre des anciens monuments qui subsistent en-
I La paix d*Amboisc fut publiée sous forme d'cdit royal, le 12 mars i563.
oore à Neufchâtel, dont partie sont convertis en habitations ^t partie en magasins, semble nous confirmer dans ce que Clous avons dit cy-dessus, et prouve que la faction hugue- ' laote y étoit puissamment établie. Ce traité apporta, il est . ^vray, quelque soulagement à la France, puisque Ton y passa cjuatre années sans trouble ; mais, comme les esprits n'étoient pas entièrement guéris, on ne fut jamais dans une parfaite tranquillité. De temps en temps il s'éleva des que- . relies sur la Religion, et principalement en Normandie. Les levées secrètes de troupes, que faisoient les chefs des Huguenots sous prétexte de défendre leur Religion, dont ils disoient que Ton conjuroit la ruine, déterminèrent le Roy aies contenir parles garnisons qu'il mit partout (1567). Bientôt ils reprirent les armes et la guerre recommença avec autant d^acharnement qu^auparavant. Ils s'emparèrent de rechef de Dieppe et d^autres villes; mais leur parti fut encore défiEiit. Quelques suspensions d^armes, de peu de durée, donnoient à peine aux huguenots le temps de se remettre, que les catholiques les inquiétoient de nouveau. Enfin, plusieurs années s^étant écoulées dans de pareilles hostilités, on résolut que Tunique remède à ces désordres étoit d'exterminer, à quelque prix que ce fût, ces ennemis implacables. On en vint, à Paris, à cette sanglante exécution, le jour de la Saint-Barthélémy (1572), dont elle a retenu le nom, et elle dura sept jours entiers. Les provinces suivirent cet exemple ; tout étoit dans un trouble affreux et Ton compte plus de 3o,ooo Huguenots massacrés, dans ces conjonctures. Ce coup foudroyant n'étoit pas capable d'abattre leur parti, tant l'esprit de nouveauté en matière de Religion est dominant. Résolus de se venger, ils reprirent les armes; la Basse Normandie fut principalement désolée par ces factieux et la mort du Roy Charles IX ne fit qu'augmenter leur fureur.
1574. — Henry, son frère, renonça au Royaume de Po-
logne et vint en France se faire reconnoître. Son avènement à la couronne faisoit espérer la paix; mais les intrigues de la Reine sa mère et du duc de Guise, surnommé le Balafré, qui avoit la même puissance que le duc son père, lui firent renouveler la guerre. Alors les Huguenots, dont le duc d'Alençon, frère du Roy, s'étoit rendu le chef, moins pir envie d*embrasser leur secte que pour parvenir à ses fins, et se venger du refus qu'on luy avoit fait de la charge de général d'armée, après que son frère Henry eut été élu Roy de Pologne, les Huguenots, dis-je, reprirent les armes, sous un tel chef, et portèrent le fer et le feu en diverses provinces. 1 575. — La Basse Normandie surtout en fut le théâtre. La vie molle et efféminée d'Henry III, le fit résoudre à leur proposer un traité indigne de sa couronne, et du Roy très chrétien, ce qui fut TeSet des sollicitations de la Reine mère, qui ne croyoit pas de meilleur moyen de faire la paix ( 1 576). On leur accorda huit places de sûreté, en diverses provinces, et pleine liberté de conscience. Rien n'étoit plus conformée leurs désirs et en même temps plus dangereux. Ils obtinrent aussy des rangs dans les chambres de justice, à Paris, Rouen et plusieurs autres provinces, oîi elles étoient my parties de catholiques et de protestans. Une paix si avantageuse aux Huguenots pénétra si fort les catholiques qu'ils firent des associations pour la défense delà Religion. Leduc deGuise, à qui son pouvoir et son grand crédit dans Tesprit du peuple avoient attiré la haine du Roy, forma le dessein de les unir. Son ambition naturelle et Tenvie qu'il avoit de monter sur le thrône, si le Roy venoit à mourir sans enfans, furent regardées comme Tunique motif qui le faisoit agir. Cette confédération fut appelée la sainte union ' ; mais,
' Ou Sainte-Ligue, née à Péronne, sous l'inspiration de d*Humières, Hon f?()uverneur, après l'indignation soulevée chez les catholiques par IVvlit lie pacification, dit de Bcaulieu, signé le 6 mai 1576, le plus favoluMo de loua ceux qu'avaient obtenus les protestants.
comme il n*est jamois pennis de se Eure des chefs, sans Tordre du souverain^ on iuy donna le nom de ligue, quelle ledat jusqu^à son extinction. Le Roy comprit bientôt combien cette association étoit de pernicieuse conséquence; mais îlcnit que* saille témoîgnoit alors^ il se rendroit odieux <Ux catholiques. Il feignit donc de l'approuver et s^en déclara le chef', afin de prévenir les desseins du duc de Guise ; Qiais ce prince eut toujours, préférablement au Roy, le cœur et Testime des catholiques. Cette faaion se grossis^it de jour en jour, dans toutes les provinces. Les principaux seigneurs Normands, qui y étoient entrés, étoient le duc d*Aumaie et François de RoncheroUes, Baron de Menneville'. Le Roy crut enfin y apporter un prochain remède, en convoquant les Etats généraux du Royaume à Blois, où les provinces envoyèrent des députés. Jean de Fautreau, abbé de Séry, député du clergé pour le Bailliage de Caux, le seigneur de Goustimesnil pour la Noblesse et Guillaume de la Frenaye pour le tiers, état i. Le Roy fit un discours fort éloquent sur le malheur des guerres civiles : mais la pluspart des députés ligueurs conclurent, à la pluralité des voix, que Ton ne devoit permettre en France que la Religion catholique, etqu^il &lloit au contraire reprendre les armes pour exterminer celle des protestans. Jean Bodin, célèbre jurisconsulte, connu par son excellente méthode hystorique, sa république et divers autres ouvrages 4, avoit été député par
I Aux premiers États de Blois, le i3 décembre 1576.
3 Manneville.
i Ici, comme pour tout ce qui précède, D. Bodin ne fait que résumer de Masseville, Histoire de Normandie , V, 237-239. On y trouve la liste complète des députés de la Normandie.
4 Né à Angers, vers i53o, et mort de la peste à Laon, en i5g6. On a de lui : Methodus ad facilem historiarum cognitionem, Paris, 1 366, in-40 ; six livres de la République, 1 376, in-f». « République » doit s*entendre dans le sens ancien du mot : « Administration de la chose pu-
la province du Vennandois et fut presque le seul qui, par son éloquence, contrebalança ce sentiment. Il exposa^ dans sa harangue dont le Roy releva souvent après les paroles, que révoquer Fédit de pacification, c'estoit précipiter TEtat dans une nouvelle guerre ' : enfin, après plusieurs coniérences, qui occupèrent la fin de cette année (1576) et le commencement de la suivante ', on se trouva d'autant plus disposé à déclarer la guerre aux Huguenots que, bien loin d'attendre la résolution des Etats, ils avoient eux-mesmes rompu la paix 1.
Le prince de Condé et le Roy de Navarre, que nous verrons bientôt monter sur' le thrône, sous le nom de Henry IV, s'étoient mis à leur teste et déjà s*étoient emparés de plusieurs places du Royaume. Le Roy fit marcher deux armées contre eux, Tune^ sous la conduite du duc d'Alençon, son frère, qui avoit quitté leur parti et par ce moien étoit rentré en grâce, et Tautre sous celle du duc de Mayenne. Leurs conquestes faisoient espérer aux catholiques la réduction entière des protestans ; mais le Roy, devenu ennemy et incapable de tout travail, leur accorda la paix et se trouvoit heureux de les avoir obligés à renoncer aux chambres de justice my parties de Paris, de Normandie, de Bourgogne et de Bretagne, et de les avoir restreints à n'exercer leur Religion que dans certains lieux de chaque province.
blique ou de TÉtat. » Cet ouvrage, dont Tinfluence en Europe fut immense, fit considérer Bodin comme le créateur de la science politique en France. L'auteur de VHistoire de Neufchatél ne paraît pas avoir été de sa famille.
I Cette opposition lui fit perdre la place de procureur du roi qu'il avait à Laon.
3 « Les premiers États généraux de Blois, ouverts le 1 3 décembre 1 376, furent congédiés à la fin de février 1577. » Mémoires de Pierre de VEstoile,
? Leur sixième prise d'armes est du ler mars 1577.
1579. — Cette contrainte leur parut trop dure, et Pexclusion des princes hérétiques de l'ordre du saint Esprit^ que le H07 venoit dUnstituer I, leur fut un nouveau prétexte de éprendre les armes. Le Roy mit sur pied trois armées pour r^mer ces mutins (i58o). L^offre qui fut faite au duc d'Alençon , par le prince d'Orange, qui avoit secoué le joug de FEspagnol *, rendit ce prince médiateur entre les huguenots et le Ray, dont il obtint des troupes pour se mettre en possession de la souveraineté des Pays-Bas, qu'on lui présentoit. 400 gentilshommes Normands le servirent dans cette expédition (i58i) ; mais le prince de Parme, général de l'armée espagnole, luy fit tête et le contraignit de revenir en France, oîi il mourut un an après 3 (i 584).
Par la mort de ce prince, le Roy de Navarre devenoit donc héritier présomptif de la couronne de France; mais la religion prétendue réformée^ qu'il professoit, fut aux ligueurs une occasion de rappeler leur ferveur et de reprendre les armes. Le duc de Guise qui s'étoit toujours déclaré leur chef, croyant que leur parti seroit plus autorisé, s'ils y faisoient entrer un prince du sang, y attacha le cardinal de Bourbon, archevêque de Rouen. Le Roy d'Espagne, soit par politique, soit par esprit de religion, épousa aussi leurs intérêts et fournit à l'entretien des troupes. L*approbation du pape pour cette union fut même sollicitée; après quoy le duc de Guise donna le signal de la guerre. Bientôt un grand nombre de villes de toutes les provinces se rangèrent de leur parti. La Normandie, excepté quelques places de la basse, s'étoit déclarée entièrement pour la ligue, ou par le motif de
I Le 3i décembre 1^78.
a Guillaume I*' de Nassau avait soulevé les Pays-Bas contre Philippe n, roi d^Espagne, en iSyi.
i La lutte du duc d*Alençon pour les Pays-Bas durait depuis iSyS . Après Téchec d*Anvcrs, le 17 janvier i583, et la défaite de Steenberg, il rentra en France et mourut à Château-Thierry, le 10 juin 1584.
la défense de la religioiii ou à l'instigation des partisans ligueurs dentelle étoit remplie. Etienne, seigneur d' Arques, depuis duc de Joyeuse^ qui en étoit gouverneur ^ marcha contre le duc d'Elbeuf, qui y ' assembloit des troupes pour la ligue, et le mit en déroute. Les ducs d'Épemon et de Montpensier eurent aussi quelques avantages sur les ligueurs, dans d^autres cantons; mais le duc de Guise, qui parut à la tête d'une puissante armée, les intimida beaucoup. Le Roy lui même en redouta les suites et luy envoia taiie des propositions de paix. Il' accorda à ceux de son parti plusieurs villes de sûreté^ des gouvernements considérables, et sunout un édit contre les protestans par lequel Texercice de leur religion étoit entièrement prohibé, avec ordre à leurs ministres de sortir du royaume ^
i585. — Cet édit fut comme un éclair qui précéda la foudre du Vatican. Le pape, alors Sixte V, à la sollicitation du cardinal Pelvé, fulmina contre le prince de Condé et le Roy de Navarre, et les déclara inhabiles à succéder à la couronne de France. Cette nouvelle irrita les princes, et leur fit reprendre les armes avec plus de fureur que jamais. La guerre continua dans plusieurs provinces; mais la Normandie fut celle qui en fut alors la moins troublée.
1587. — Le Roy de Navarre avoit défait le duc de Joyeuse à Couiras, oîi il fut tué 4. Le duc de Guise, au contraire, battit les protestans d'Allemagne s , et tels furent les
> Anne de Joyeuse, connu d'abord sous le nom de d*Arques, avait fait son entrée solennelie à Rouen, le 2 5 mars i584, en qualité de gouverneur de la Normandie.
2 C'est en Touraine que Charles I*', duc d'Elbeuf, fut défiait.
î Ce passage est textuellement extrait de De Masscville, Ibid,, t. V, p. 249 et suivantes. — Le traité de Nemours, dont il est question, est du 5 juillet i585.
4 Le 20 octobre 1587.
J A Auneau, 24 novembre 1587.
principaux exploits de cette guerre. L^annje suivante (i588),
le refus du gouvernement de Normandie, vacant par la
Qiortdu duc de Joyeuse, que le duc de Guise reçut du Roy,
i qui il Tavoit demandé pour le comte de Brissaci, fit
ttnaître la ligue. Les précautions que le Roy prenoit pour
sa défense et celle de Paris excitèrent, dans Tesprit du peuple,
des soupçons que les chefis de la ligue achevèrent de confirmer.
Le x>euple crut que les troupes que le Roy y faisoit
entrer^ étoient préposées pour luy £Eiire violence. Il
s^arma, se barricada dans les rues, attaqua les troupes, et
s^empara de toutes les pones, jusques aux pones du Louvre >.
Dans cette extrémité, le Roy, après avoir vainement tenté
d^en venir à une négociation, par le moyen de la Reine
mère^ qui se transporta chez le duc de Guise, ne se crut pas
en sûreté et fut obligé de prendre la fuite à Chartres s oti, de
Tavis de son conseil, il céda en partie aux prétentions que
luy avoit fait savoir le duc de Guise. Cependant il ne voulut
pas retourner à Paris; il vint à Rouen, dont il s'étoit assuré
par Villiers, gentilhomme Normand, qui avoit disposé des
esprits en sa faveur 4 : ce fut pendant le séjour qu'il fit, tout
l'été 5, dans cette ville, qu'il ratifia la paix avec les ligueurs,
I Dom Bodin a dénaturé ce passage de Massevillc qui dit : « Le duc de Guise pria le Roy de donner la charge d* Amiral au comte de Brissac... Néanmoins le Roy, sans avoir égard à la prière du Duc ni aux mérites du comte, donna cette charge au Duc d*Épemon, avec le Gouvernement de notre Province. » Histoire de Normandie, V, 253. — Louis de Nogaret de la Valette, duc d*Épernon, pair, amiral et grand colonel de France, fit son entrée à Rouen, le 3 mai 1 388.
a Le 12 mai i588.
) Le lendemain, i3 mai.
4 Jean d^Emery, sieur de Villiers, reçut des lettres de créance, à Chartres, le 27 mai 1 588. C'est lui qui annonça que, le 26 mai, le duc d*Épernon avait été remplacé par le duc de Montpensier comme gouverneur de la Normandie.
( Henri III resta seulement six semaines à Rouen, du 1 3 juin 1 588 au 22 juillet suivant, d'où de Masseville le fait partir « à la fin de septembre. » Ibid.f V, p. 261. De là vient « tout l'été, n chez Bodin.
qui fut appelée le traité de runion>. Il se dédan, ane seconde fois, chef de la ligue et protesta de ne point quitter les armes qu^il n^eût banni Thérésie de son royaume. Le duc de Guise fut, comme il le prétendoit, déclaré généialissime des armées, et le Roy donna ordre aux États des^assembler, non pas à Paris, où les ligueurs étoient en trop grand nombre, mais à Blois, où il les avôit tenus 'quelques années auparavant'.
Les États assemblés, tous les députés des provinces dqà gagnés par le duc de Guise, ennemy irréconciliable de son Roy, exposèrent les articles de leur commission. Le Roy promit, en termes généraux, de les satisfaire : mais informé, par la suite, que ces prétentions outrées, dont on luy avoit fait les propositions, avoient été inspirées aux députés par le duc de Guise, qui ne cherchoit qu^à diminuer son autorité Royale et à le rendre odieux à ses sujets, il résolut de s^en défaire absolument et du cardinal, son frère; la tenue des États luy en facilitoit les moïens, et il s^en servit. L'expédient dont il usa fut un ordre spécieux, qu'il luy envoia, de se rendre dans son cabinet pour conférer avec luy. Le duc, à l'entrée de Tantichambre, se vit assailly de neuf meurtriers afiidés, que le Roy y avoit fait aposter, et fut assassiné sur le champ'. Porcheux, que d'autres nomment Palcheul, gouverneur de Neufchâtel4, fut du nombre de ces ministres de
1 Ccst le i8 juillet qu*il ratifia « les articles apportés à Rouen par Pierre d'Espinac, archevêque de Lyon, et par Claude de La Châtre, cçouverneur de Bourg::s. » — Voir tous les détails de ce séjour dans la publication de M Ch. de Beaurepaire : he séjour de Henri III à Rouen, pour la Société des Bibliophiles normands.
2 Les seconds États-Généraux de Blois s'ouvrirent le 1 6 octobre i588. Les premiers s'étaient tenus en iSjô, comme on Ta vu plus haut, page 79.
j Le vendredi 23 décembre i588, Henri de Lorraine, duc de Guise, fut assassiné à Blois.
4 II U deviendra seulement en iSSg. — Voit Mémoire de Miton, p. 71 .
la vengeance du Roy, ce qui luy attira, comme nous le verrons bientôt, une fin aussy tragique '. Ce qui fait vraisemblablement penser que, si la ville de Neufchâtel prit pan dans la ligue, c^est que les ligueurs s^en étoient emparés de vive force.
Le cardinal, frère du duc, que le Roy avoit fait confiner dans un endroit de son château, eut un même destin, quelques jours après'. La mort de ces deux princes, qui étoient regarda comme les deux protecteurs de la foy, et l'einprisonnement du cardinal de Bourbon, archevêque de I^ouen, du prince de Joinville, fils du duc de Guise, des ducs de Nemours et d^Elbeuf, et de quelques autres chefs de la ligue, achevèrent de perdre le Roy dans Fesprit de la Plus[Mirt des catholiques; et, bien loin que cette action étouffât la ligue, elle se ralluma avec plus de fureur (i 589). Les villes des provinces et surtout de Normandie, dont *^oucn fut une des premières?, y rentrèrent en foule, ^Xccpté Gien et Dieppe. Quelques-unes avoient encore tenu Pour le Roy. Le duc de Mayenne, que les ligueurs avoient ^hoisy pour leur chef, après la mort du duc de Guise, son *Vére, les réduisit et les força d'y prendre parti, ce qui confirme ce que nous avons dit cy-dessus par rapport à Neufchâtel.
La division régna partout. Chaque province et chaque '^îlle avoit un gouverneur pour le Roy, et un autre pour la I-«igue. Le sieur de Châtillon paroit avoir été celuy de Neufchâtel pour la Ligue, et Porcheux ou Palcheul l'étoit pour
I Cette tradition n'a aucun fondement. — Voir Mémoire de Afiton, p. 87.
> Le lendemain, 24 décembre, Louis de Lorraine, cardinal de Guise, périt de la même manière.
) Le 5 février 1 589, Rouen, à rimitation de Paris, fit des barricades, et adhérait ouvertement à la Ligue, le 7 février, par la nomination d*un Conseil des Dix. •— Voir La Ligue en Normandie ^ 1 388-1594, p. 10.
— Sole Roy '. Les protestans, qai, de tous côtés, se relevoient de leurs ruines, composoient un troisième parti, et n'exerçoient pas moins de ravages qu^'auparavant. Tout le Royaume étoit dans un état si affreux que Ton ne pouvoit cultiver la terre, personne ne se découvrait qu'il ne fût dépouillé, misa rançon, ou massacré par Tun de ces trais partis. Le Roy, à qui tous ces désordres firent mettre tout en usage pour les apaiser^ eut recours au Roy de Navarre (avril iSSg], après avoir vainement tenté un accommodement avec le duc de Mayenne. L'espérance où il étoit que ce Roy rentreroit dans réglise catholique, le porta à faire une trêve avec luy, il en reçut des troupes, que ce prince commanda lui-même.
Vers ce même temps, le duc de Montpensier, gouverneur de la Normandie pour le Roy ^, assiégea plusieurs villes de la basse partie de cette pravince, oti il étouffa la faction d'une troupe de pa^^sans nommés les gantiers, à cause de la Chapelle-Gautieri, oîi ils s'^étoient associés. Cependant le duc de Mayenne, sur la nouvelle de la défaite des ligueurs par les Royaux, auprès de Senlis (17 may iSSq), partit de Normandie, oti il s'étoit retiré pour aller rassurer les provinces que cette défaite avoit effrayées. Sur ces entrefaites, le Roy reçut un secours considérable d^AlIemans et de Suisses auxquels il joignit les troupes du Roy de Navarre et la noblesse de Normandie conduite par le duc de Montpensier. Comptant sur son armée, composée de 3o.ooo hommes, il résolut de faire le siège de Paris, où, sur le point de la
1 Tel est le texte primitif du manuscrit qu*on a eu le tort de modifier en mettant « le Roy » pour Châtillon et « la Ligue » pour Palcheul. Châtillon, ou plutôt Castillon ou Câtillon, qu'il ne faut pas confondre avec François de Coligny, sieur de Chastillon, commandant de l'armée royale, tenait pour la F^igue, et Palcheul pour le Roi, comme on l'a vu dans le Mémoire de A///o« (passim), et comme on le verra par la suite de cette Histoire. — Voir Remarq.ues et Additions, XIV, p. 1 39.
2 Le comte de Brissac Tétait pour la Ligue.
? Eure, arrondissement de Bernay.
[aire, il fut poignardé à Saint-Cloud (i^^ j^out iSSg), et mourut le lendemain.
Henry de Bourbon, à qui toutes les qualités Royales, dont il étoit revêtu, et les héroïques actions par lesquelles il rendit la tranquillité et la splendeur au royaume de France méritèrent le surnom de Grand, tiroit origine de Robert de France, comte de Clermont, seigneur de Bourbon, le cinquième et dernier fils du Roy Saint-Louis. Son droit à la couronne, par le titre de sa naissance, quoyqull ne fût parent du feu Roy qu^au 22« degré, étoit trop constant pour qu^on la lui disputât. La présomption du vieux cardinal de Bourbon, archevêque de Rouen, que le duc de Mayenne avoit fait reconnaître par la Ligue, sous le nom de Charles X, n^étoit donc qu'une vaine chimère; puisque c'est une loy fondamentale du Royaume que ceux de la branche ainée doivent toujours remporter sur ceux de la cadette, quelque proches qu^ils puissent estre. Cependant les ligueurs opposoient pour obstacle à son couronnement sa religion pour laquelle, et. parce qu'il étoit relaps, le pape Favoit déclaré incapable de succéder à la couronne de France.
Cette raison eut un si grand poids sur l'esprit des catholiques, même de ceux qui étoient demeurés fidèles à Henry III, que, malgré le serment que ce prince avoit exigé en mourant des principaux de sa Cour, de reconnaître pour son légitime successeur le Roi de Navarre, ils résolurent de prendre tout autre parti que celuy de se soumettre à un Roy huguenot.
Le maréchal de Biron et le baron de Givry se déclarèrent d^abord pour le Roy, et un grand nombre de seigneurs, parmy lesquels on compte Charles et François de Martel, gentilshommes normands S souscrivirent ensuite à l'accord
f De la branche des Martel, seigneurs de Fontaine, et vraisemblablement Charles I*% Martel, et François 1*', Martel. — Essai historique sur les Martel de Basqueville, 241-242.
que fit le Roy, par lequel il s'engageoit de maintenir la religion catholique et de ne conférer les gouvememeats qu^à ceux de cette religion, outre l'envie qu^il témoignoit de se faire instruire et de s'en tenir à la décision des États. Ces conditions ne parurent pas assez solides à bien desseigneurs, qui désertèrent son parti. Le Roy, voyant que retarder ce seroit donner lieu aux ligueurs de se fortifier de plus en plus, quitta le siège de Paris ' et se mit en campagne après avoir divisé son armée en trois corps. Le duc de Longueville marcha en Picardie^ avec le premier^ le second se rendît en Champagne, sous la conduite du maréchal d'Âumont,et le Roy retint le troisième, qui étoit composé de i,ooo chevaux, 3,000 fantassins françois, et de deux régiments de suisses; il prit la route de la Normandie, dont la conservation lui parut la plus importante, et dont il tira en effet les principales forces pendant le cours de cette guerre. Le duc de Montpensier,. gouverneur de la Normandie, après la défaite des gauthiers, et avant de sçavoir la mort de Henry III, venant le joindre par le bord de la Seine, s'étoii emparé des deux Andelys». La prise de ces deux places, quoyque peu fortes, étoit de conséquence pour assurer et faciliter la marche de Tarmée Royale en Normandie. Elle s'avança jusqu'au Pont Saint-Pierre ', à cinq lieues de Rouen, d'oti elle prit le chemin du Pont-de-P Arche, dont le gouverneur, du Rollet4, vint présenter les clefs au Roy,
' « Le Mardy 8 Aoust, le Roy qui ne pouvoit plus tenir le siège devant Paris, faute d*argcnt et de munitions, le leva. » Mémoires de Pierre de l'Estoile.
2 Pendant le mois de juillet iSSg. Il adressait au Parlement de Caen une lettre datée : « Du camp d'Andely, 2 août. » La Ligue en Normandie, p. 33.
î Le 22 août i58g. Ibid., p. 45.
4 Le Blanc, sieur du Raulet. C'est au Pont-Saint-Pierre (Eure) qu'il présenta à Henri IV les clefs du Pont-de-l* Arche. Ibid.
uù le confirma dans son gouTemement. Le Roy vint Qsulte se camper à DamétaL', bourg à demie lieué de toaen, qui en fut d'autant plus alarmé qu^il avoit fait tous les semblans d'*en &ire le si^ : mais son prindpal dessein étoit de s^assurer de Dieppe, dont le port luy étoit trèscommode pour recevoir les secours d'An^eterre. De Chattes, gouverneur de cette place, luy en ouvrit les portes, et il fut aussy confirmé dans son gouvernement >.
La prudence du Roy, jointe à sa grande expérience, luy fiaiisoit prendre toutes sortes de mesures de peur de surprise. Étant donc à Dieppe, il forma le dessein de se rendre maître de NeufchâteP; il s*y détermina à la prière des habitans de Dieppe, parce que la garnison de cette ville les incommodoit fort par ses courses. François de Montmorency du Hallot et Guitry y allèrent à la tête de quelques escadrons de cavalerie et de la garnison de Dieppe. Celuy-cy étant tombé (aoust i 589) 4 sur un corps de troupe de 700 paysans qui s'étoient rassemblés pour secourir la place sous les ordres de Châtillony seigneur du pays de Caux, qui y cornmandoit pour la ligue s, les tailla en pièces, et cette défaite
( Le 24 août, sur le versant de la côte Saint-Jacques, à TEst de Darnétal, en face de l'église de Long-paon, dans un endroit appelé encore aujourd'hui : « Le Petit-Camp, » et où il était à Tabri des boulets du fort Sainte-Catherine.
2 Ajrmart de Qermont de Chastes, commandeur de Malte, nommé gouverneur de Dieppe, par l'amiral de Joyeuse, en mars i583.
I Arrivé le a6 août à Dieppe, Henri IV vint retrouver, le ag, son armée à Damétal.
4 Cest donc entre ces deux dates, du 26 et du 29 août, qu'il faudrait placer la prise de Neufchâtel par le Roy. M. d'Estaintot lui assigne la date du 27 août. — Voir la Première campagne de Henri IV en Normandie, Introduction, p. VI, publication de la Sociéré des Bibliophiles NORMANDS.
s Le root>^ a été ajouté, en inteiligne, par une autre main que celle du copiste, et il faut Tentendre de « la place » occupée par Châtil)on, d'après de Thou. — Palma Cayet, dit au contraire : « Un gentilhomme
fit rendre la ville '. Les Dieppois furent si contents de la manière dont le Roy leur rendit ce service, par lequel il ks affranchissoit d^une crainte continuelle, et des invasions réitérées qu'on faisoit dans leurs terres, et jusquessous leurs murailles, qu^ils s'offrirent de luy donner autant d^hommes et d^argent qu^ils le pourroient, s'^il vouloit £EÛre le si^de Rouen ».
Voicy comme parle le président de Thou de cette expé-. dition (97« livre). « Dum Dieppae esset, cognito Novnm « Castrum septem inde milliaribus in caletensi pago positam, « quod a Castellione è provincial! nobilitate tenebatur ', mul- « tum hinc inde commeantibusincommodare, per Guitrium, « et Momorantium Hallotum in potestatem redegit, nisticis « ad Dcc (700) cassis qui auxilio obsessis vénérant. Diep- « penses, hâc molestiâ liberati, in spem majorera erecti, de « Rothomago capiendo mentionem injecerunt, operam et « opes suas in eam obsidionem ultro déférentes. » Il accepta leurs offres. Quoiqu'il jugeât la chose impossible avec le peu de troupes qu'il avoit» il ne laissa pas, étant retourné à son
de ce pays de Caux, nommé Chastillon, assembla une grande quantité de paysans et de soldats, en intention de se jeter dans Neufchastel et le dcffcndre. » Chronologie novenaire, iSSg. Mais Châtillon aurait donc tenu la campagne avec une bande de partisans, qu'il tâchait d'introduire dans Neufchfitel. Il en serait alors sorti pour aller chercher du renfort, et c'est pendant cette tentative qu'il aurait été défait. — Un hk certain est qu'en juin et juillet iSSg, Neufchâtel était bien au pouvoir de la Ligue, comme le prouve la tentative de d'Alègre pour le surprendre. Mémoire de Miton, p. 66.
1 Miton place la prise de Neufchâtel au 1 2 septembre 1 589. — Voir Mémoire p. 68. Il pourrait bien être dans l'erreur, puisqu'à cette date il ctait absent de Neufchâtel et prisonnier dans le château de Blainville. — Voir Mémoire de Miton, p. 67.
2 II Tavait commencé le 24 août.
? Voir plus haut la note 5 de la page 90.
camp de Darnétal S de iaire comme s'il eût véritablement dessein d'assiéger la place : il commença à distribuer les quartiers et à se saisir des postes des environs. Le duc d^Aumale et le comte de Brissac, qui étoient dans la ville avec beaucoup de cavalerie, en furent si alarmés qu'ils envoyèrent courriers sur courriers au duc de Mayenne, pour le presser de quitter Paris, oti il grossissoit le parti de la ligue, et de venir empêcher le siège de Rouen ^ (août iSSg). Le duc de Mayenne, dans la confiance de battre le Roy, dont l'armée n'étoit que de 8000 hommes, partit aussitôt à la tête de 3o,ooo; il prit sa marche en tirant vers la Picardie, et vint à Goumay, qui venoit d'estre pris d^assaut parle duc de Longueville, qui commandoit un corps de troupe de ligueurs '. Laprise de cette ville 4, oti fut fait prisonnier Rubempré, qui y commandoit s le conduisit à Neufchâtel, dont il résolut de faire le siège, à cause de Tutilité qu'il en retireroit pour ses convois. Après y avoir éprouvé la valeur de la garnison Royale et le courage des habitans qui avoient aussy
I Son retour est du ag août.
a Henri IV s'empressa de s'éloigner de Rouen. « De ce jour, fête de Saint Barthélémy (24 août), Rouen fut assiégé et bloqué par le roi de Navarre, et a duré le siège jusqu'au samedi deuxième de septembre audit an i SSg, qu'il a été levé. » Registres du Tarlement de Rouen, cité par M. N. Periaux, Histoire de Rouen, 3^b.
) Henri d'Orléans, I*' du nom, duc de Longueville, était au contraire à la tête « des royalistes. » Il n'eut pas « à prendre d'assaut » Gournay, dont il était seigneur. C'est par erreur que « de Longueville » a pris la place de « Mayenne. »
4 « Le 5 septembre, Mayenne fit approcher son artillerie; le 6, la tranchée est ouverte et la ville forcée de se rendre. » M. d'Estaintot, La Première Campagne de Henri IV en Normandie, Introduction, VII. — Palma Cayet donne la date du 7 pour la reddition.
5 Bourbon-Rubempré avait été établi gouverneur de Gournay, le 2 1 août 1 58o, par Henri IV.
pris les armes, il s^en rendit enfin maître >, et se flatta d^avoir autant de succès au château d'Arqués où était le Roy.
Ce monarque ne se trouva jamais dans de si périlleuses conjonctures; sa vie et sa couronne étoient également dans un danger évident : mais accoutumé, depuis longtemps, à mépriser les plus grands périls ou à en sortir plus glorieux par sa valeur et son habileté dans la guerre, il prit toute la précaution possible pour se tirer de celuy-là. Ne croyant pas qu'il fût de sa gloire de s^enfermer dans Dieppe, nydesa prudence de marcher contre le duc de Mayenne, il prit k parti de se retrancher à Arques, sous le canon du château, (i3 septembre). Le duc parut enfin et marcha vers Dieppe' prétendant en faire le siège. Le Roy laissa le soin du camp d'^Arques au maréchal de Biron, et vint à Dieppe pour donner ordre à la défense de cette ville. Les escarmouches qui se firent de part et d'autres engagèrent les deux armées dans plusieurs combats, tant devant cette ville que devant le château d'Arqués, dont le dernier qui fut à Arques ', tourna enfin à la gloire du Roy, et au déshonneur du duc de Mayenne, qui, rebuté de tant de disgrâces et averti du secours qui venoit au Roy, tant de la reine d^ Angleterre que du reste de ses troupes, qui étoit parti pour le joindre, décampa le 5 octobre et sortit honteusement de notre province, après avoir perdu, en trois semaines, devant ces deux places, plus de 1,200 hommes.
La perte que fit le Roy ne monta au contraire qu'à 5oo.
> « Le 5 ou 6 septembre, » porté à la marge, n*e8t pas admissible : c'est la prise de Gournay, que Palma Cayct place « le septième septembre. » — Voir plus haut, p. 91.— Il prit Neufchâtel après Gournay et avant Eu, sur sa route.
> « Le 16 septembre, » d'après Palma Cayet.
* Le jeudi, 21 septembre iSSg.
iHns cette bmeose bataille «rAïqnei, le comte de BeUn, ixiaiéchal de camp dans les troupes de la Ligne, fat £iit ptisonnier par Pordieux oa mieux Pakheol, goaver- ^ear de Neuficfaâtd pour le Rcj >. Il fut rançonné de ses mains sur la parole qu*il donna au Roy d^mplojrer son Crédit dans la Ligue, auprès du duc de Mayenne, pour luy proposer quelques ouvertures d^'accomodement : mais ce fut en vain qu^il le sollicita, et il revint se remettre prisonnier >. Cependant le Roy, profitant de la déroute de son ennemy, fut à la poursuite, et reprit sur luy Eu et le château de Gamache' (21 octobbs).
Le duc sut dissimuler sa perte, et envoya à Paris, en signe de triomphe, 1 1 drapeaux et 2 cornettes qu^il avoit remportés à Goumay, Neufchâtel et ailleurs 4. Cette ruse luy
t Palcheul était gouyeraeur de Nenfehâtel dès le mois d'octobre 1 689. — Voir Mémoire de Mitom^ note 3, page 71.
s « Les dernières éditions de l'Histoire du P. Danid doivent avoir changé en ce point, et, au lieu de M. de Malagny que nuirquent les premières, on doit y lire Paldieul ou Porcheux, cette faute ayant dû estre corrigée sur le témoignage du brevet d'Henri IV qu*a produit M. Palcheul, gentilhomme demeurant aujourd'hui dans le Boulonnois, par les amis de M. Du Sauzet Dumas, abbé de Beaubec ^ Palcheul étoit huguenot et avoit, en 1 38a, une prêche à Neufchâtel, suivant les Mémoires du j* Miton, » Addition marginale. — Voir Remakoves kt Additions, XIV, — Dans V Abrégé de l'Histoire de France, par le P. G. Daniel, Paris, lySi, in-12, on lit simplement : « Les Ro3raux firent un assés grand nombre de prisonniers, et, entre autres, le comte de Belin, leur Maréchal. » T. VUI, p. a65. — Notre auteur, écrivant en lySS, cite d*après une des dernières éditions. Mais la correction devait se trouver ailleurs comme le porte la XIV* Remarque, p. 140. — Charles François du Mas fiit abbé de Beaubec de 1727 à 1765.
I Palma Cayet dit : « Sa Majesté ne laissa à sa vue (de Mayenne), et, dès le jour de son arrivée, de prendre et forcer la ville et chasteau de Gamache : depuis, il reprint la ville d'Eu. » Chronologie novenaire (iSSg).— Voir App£ndice8, IV, 170.
4 Quelques-uns avaient été pris au combat d'Arqués, lors de la trahison de la Maladrerie. Il faut y joindre les deux récits que fit publier
réussit et auroit donné quelques espérances au peuple de cette capitale, à qui la &mine se foisoit cruellement sentir, si le Roy ne fût venu camper devant ses portes (3 1 octobre). Le jour de la Toussaint il fit battre la ville et prit les foux-booigs d^assaut : mais le duc de Mayenne, qui s'avança à grandes journées, lui fit lever le siège, et le contraignit de se retirer (3 novembre). Le Roy ne se rebuta point des rigueurs de rhiver, et continua ses exploits dans la Basse Normandie, qu'il acheva de soumettre à ses armes avant la fin de cette année.
1 590. — De son côté, le duc de Mayenne travaiUoit à se faire des passages par oîi les vivres pussent venir à Parispour le ravitailler. Il s'empara surtout des places situées sur la Seine, pour entretenir des relations avec les ligueurs de Rouen. Le Roy vint s'y opposer et prit le château de Bouvreuil de cette ville (février)', où il avoit pratiqué deux capitaines ' : mais le peu de monde qu'il y avoit fait entrer fut obligé de le rendre '. Il prit ensuite sa route vers Yvry
le duc de Mayenne, où il s'adjugeait la, victoire. L*un d'eux a pour titre : La Deffaite et route des trouppes du Roy de Navarre entre le chasteau d'Arqués et la ville de Dieppe, le 21^ jour de septembre, par Monseigneur le' D. de Mayenne. — Voir les textes dans la Première Campagne de Henri IV, publication de M. d*Estaintot pour la Soatri DES Bibliophiles normands.
1 Ce ne fut pas Henri IV, mais Tun de ses partisans, le marquis d'Alègrc qui, sorti du château de Blainville, vint surprendre le château de Rouen, le lundi 19 février iSgo.
2 Jean Louis, capitaine du château de Rouen, et Pierre du Jloussel, dit La Cave, autre capitaine.
? « Ils se rendirent le leudy à heure de dix heures à la merci de Monseigneur le chevallier d*Aumale. »Ce fut le 22 février iSgo; le 23, on pendit, sur le Vieux-Marché, les complices de d'Alègre, qui trouva le moyen de rentrer sain et sauf dans son château de Blainville. — Voir Discovrs véritable de l'exécution f aie te de plusieurs traystres et sédideux de la Ville de Rouen, etc., et nos Recherches historiques sur les sires et le château de Blainville, où se trouvent d*autres renseignements concernant Ncufchâtel pour cette période de son histoire.
f mars) y où la rencontre de Fennemy l^engagea à une taille, dont ce monarque sortit vainqueur, et où La Fonne-Martel s qui étoit du parti de la ligue, se distingua lucoup, quoiqu'il y fût fait prisonnier.
Le gain de cette bataille fit rentrer plusieurs places dans devoir, et le Roy voyoit de plus en plus sa domination et 1 parti se fortifier. Il se retira ensuite avec une partie de I troupes vers Paris qu'il tint investi pendant tout Pété. Ce Kus augmenta tellement la misère de ces habitans 'après avoir mangé les animaux les plus vils, et du pain Msements de cadavres, il en périt un nombre de plus de ,000. Le Roy fut encore forcé de lever le siège, à l'arrivée duc de Parme, gouverneur des Pays-Bas et général de rmée Espagnole, qui y fit entrer des vivres et des troupes > >dt).
Cette même année, au mois de may, le cardinal de Bourn avpit laissé, par sa morti, son siège archiépiscopal, au xlinal son neveu 4, qui aspiroit aussi au titre de Roy, que 1 oncle avoit porté jusques alors; le retardement de la con- •sion du Roy luy servoit de motif pour former une >ale de mécontens, dont toute fois les efforts furent vains sans succès (iSgi). Sur ces entrefaites, le Roy, averti que Pape et le Roy d'Espagne, Philippe II, étoient résolus.
Trançois Martel, c'est-à-dire François 1er Martel, seigneur de Fonae. — Voir Essai historique sur les Martel de Basqueville, etc, 242. ' « Le jeudy, 3o d'aoust, le siège qui avoit été mis devant Paris le oay fut levé au matin. » Mémoires de Pierre de l'Estoile,
« En ce moys de may, et le 7 d'iceluy mourut prisonnier à FonterAe^jomtc (en Poitou), le bon homme cardinal de Bourbon, roy de Ligue, sans couronne toutesfois sinon celle de sa profession. » Id., d.
Dès i582, Charles I" de Bourbon, archevêque de Rouen, s'était nis en faveur de Charles II de Bourbon, son neveu, son coadjuteur, i lui succéda et fut créé cardinal de Vendôme, le 12 décembre i583.
de soutenir fortement la ligue, sollicita de nouveau le secours des protestans d^AUemagne et d'Angleterre; et de plus, la perte réitérée de plusieurs places de Normandie, que les troupes de la ligue avoient reconquises sur luy, fit prendre la résolution d*y retourner en personne. Gouniay' et Louviers *, dont Fontaine Martel, qui avoit été rançonné ou échangé, après la bataille dTvry, étoit alors gouveniear, furent emportés, et du Raulet eut le gouvernement de cène dernière place, quoy qu^l eût déjà celuy du Pont-der Arche i.
Cependant le secours de la Reine Élizabeth arriva à Dieppe. Le Roy s^ achemina aussitôt pour aller le recevoir4, et sur son chemin» il emporta d^emblée, en plein jour, par une entreprise que le capitaine Hallot avoit prudemment
I Le duc de Mayenne, maître de Gounuy le 6 septembre iSSg (voir plus haut, p. 91), y avait laissé Philippe de Maries, chevalier, seigneur de la Falaise, pour gouverneur. C'est le a8 septembre iSgi que Biroa vint investir la place, qui se rendit le 7 octobre suivant à Henri IV, présent à la fin du siège. Recherches sur la ville de Goumay^en-Bray, par M. Potin de la Mairie, I, 296-304.
i « L'entreprise sur Louviers s'exécuta le sixième jour de juin iSgt. » Pal ma Cayet a raconté, avec force détails, la surprise de cette place, où le capitaine Marin et le prévôt Morel joucrent le principal rôle. ChronO' logie novenairCf année 1591. On a vu les nombreuses penderies du prévôt Morel, à Neufchâtel, dans le Mémoire de Mitons à partir de iSgS. — Voir pages 100-107.
? Du Raulet ayant joué un rôle des plus actifs dans cette surprise, où Fontaine-Mancl^ gouverneur pour la Ligue, fut fait prisonnier. Palma Cayet, Ibid.
4 « Quatre jours après (la surprise de Louviers, du 6 juin iSgi), le roi alla coucher à Andely, d'où il partit le quatorzième dudit mois de juin pour aller à Dieppe y recevoir cinq cents Anglois et des munilions. » Palma Cayet, Ihid.
ménagée, la ville de Neufchâtel ' que les ligueurs avoient Toujours conservée, après la bataille d'Arqués '.
Le Roy, se voyant des troupes plus nombreuses, vint ensuite presser le siè^e de Rouen ' (d^cembreI, qui fut le plus lerrible que cette ville ail jamais essuyé*, et où commandoit le vicomte de Tavannes, auquel fut substitué André de Brancas, duc de Vilkrs, déjà gouverneur du Havre de grâce i.
tSgs. — Leduc de Mayenne, quicraignoitque cette ville ne succombât sous tes efforts des Royaux, sollicita le duc de
I Aucun hiitorien ne parle de celte prise de Neufchiiel en juin iSçt, et le nom de «du Halloia prouve que D. Bodin a fût une confusion évidente, oubliant ce qu'il a dît lui-même en i58g. — Voir plus tiBUt, p. 89.
> Ccfl une erreur. Le Mémoire de Miton (p. 67-72) et nos noies monlrenl que NeurchStel fut pris pnr du Hulloc, à la fin d'ooûl i5Sg: que d'AIËgre, £[abli comme gouverneur pour le roi, rendit la place au chevalier d'Aumale, dans la première quinzaine de septembre tSSg; mail que cette ville, rentrée au pouvoir du roi, à une date qui dut Être très TDÎiine de la victoire d'Arqués {%i septembre i5Sq], avait Palcheul pour gouverneur avant le 18 mai iSgo. — De plus, Miton r - l'arrivé de Henri IV au Neufcliitel, le %t juin i5gi,- où entrée triomphale, en revenant de Dieppe, (voir p. 7S), sans de cette prétendue prise de Neufchâtel, où se trouvait, un mo vant, un gouverneur de son parii. Voilà 1 erreurs de détail qui se glissent trop soui seconde main.
I Le maréchal de Biron s'était présenté, le lundi 11 novembre 1S91, pour l'inveitir^ et il avait établi son camp ù Darnélal. ■ Le Ro]r arriva au camp au commencement de décembre. » De Masseville, Hitloirt de Rouen, V. 3i5.
4 Celui de [4 [8, par Henri V d'Angleterre, fut plus long de quelques jours et beaucoup plus meurtrier.
1 De Saulx, vicomte de Tavannes, gouverneur de Rouen, fut remplacé, à la lin de juillet iSqi, par André-Baptiste de Brancas, seigneur de Villara, déjà installé dans le palais arcbiépiscopal, A le date du »3 juillet.
1 nouvel exemple de ces ;nt dana les ouvrages de
pour obliger le
Roy à Inner ce âège. Ce doc, qui recot en même temps des ordres da Ror dTjpagne ', son maître, se mit en tandie avec soo armée pour la Picudie, où le duc de Mayenne fat à sa renomtre' '4ia3ctiib;; ils joignifent leurs années^ qui composoient ensemble 12.000 cfaevaiix, et 24.000 fro-
L approche do secours jetoit le Roy dans de gnuidcs inquiétudes, et, pour s^instruiivpar lui-même de la rouie de Tannée ennemie et de Fétat des troupes, il partit de son camp avec 4.000 homme de caTalerie fiançoise , autant de reistres et i«ooo arquebusiers à cheval, que Ton appelloit, dès ce temps là même, du nom de diagons 1. Le maréchal de Biron eut le soin du si^ de Rouen. L'intention du R07 étoit d'attaquer la cavalerie ennemie, s'il pouvoit la joindre séparément de rinfanterie"; mais le prince de Parme n'étoit pas homme à se laisser surprendre.
Le Roy tira vers Neufchâtel, et la première escarmouche se 6t auprès de Folleville, petite bourgade à Feutrée de Picardie 4. Les sentinelles que Lavardin.( avoit postées sur les avenues du chemin prévinrent la surprise qu^auroit
» Philippe IL
> Les ducs de Mayenne et de Parme étaient à Nesie, au commencement de janvier iSga, et y restèrent du 4 au la. La date du « 4 janvier » est une addition de Bodin au texte de Masseville.
i Ces chiffres sont dans les Économies royales ou Mémoires de Sully. Davila les diminue et Palma Cayet également : « Le Roy, qui désiroit lui même les recognoistre, étoit party du siège de Rouen avec quinze cents cuirasses et quinze cents argoulets. » Chronique novenaire^ 1592. Henri IV partit le 29 janvier du camp de Damétal. — D. Bodin emprunte tout son récit à VHistoire de France du P. Daniel, t. XI^ édit. in-i2, 702-706.
4 Somme, arrondissement de Montdidier, canton d'Ailly-sur-Noye, sur la limite de la Normandie, à 4 myriamctres à Test d*Aumale J Jean de Beaumanoir de Lavardin.
faine sur eux une troupe de fantassins espagnols, en leur criant que les fruits du pays nMtoient pas encore mûrs >. Cependant, on en étoit venu aux mains >, et les ligueurs, qui avoient repoussé les Royaux, les auroient enveloppés, sans quelques escadrons de troupes fraîches, qui survinrent. Ils se retirèrent, suivant les ordres qu'ils avoient d'éviter la meslée et allèrent informer le duc de Parme du grand nombre de cavalerie que le Roy avoit avec luy. L'armée de la ligue s^avançoit toujours, et les trois jours suivans, il se donna quelques escarmouches ' ; mais la plus chaude fut au bourg de Bures, où le Roy enleva le quartier du duc de Guise^ connu cy-devant sous le nom de prince de Joinville, et pensa l'enlever lui-même. Deux cents ennemis restèrent sur la place; Ton fit quelques prisonniers et il ne se trouva, du costé du Roy, que peu de blessés 4. L'échec qu'a voit reçu le duc de Guise, à qui Ton venoit d'enlever son bagage et sa cornette verte, fit que le duc de Parme marcha avec
I Le fieiit est présenté différemment par Davila. Cest un détachement de droite, sous la conduite de Bellegarde, grand écuyer de France, qui cria à Lavardin, commandant du détachement de gauche : « Les fruits de Tarbre ne sont pas mûrs. » — Voir aussi le récit habilement composé, d'après les mémoires du temps, sur le combat d'Aumale, par M. Semichon, Histoire d'Aumale, II, 387-312.
a L'engagement de Folleville est du 3 février iSgi. «
I Le combat d'Aumale étant du 5 février, les deux armées ne passèrent donc pas « trois jours » à escarmoucher.
4 Dom Bodin se trompe encore, avec Palma Cayet, le P. Daniel et d'autres, en plaçant le combat de Bures avant le combat d'Aumale. Il est postérieur de 12 jours, c'est-à-dire du 17 février. — Voir la lettre du 18 février, où Henri IV en rend compte à M. Ansel, serviteur ordinaire de sa chambre. — Lettres missives de Henri IV, III, Sôg. — M. l'abbé Decorde semble croire que « deux combats auraient été livrés en peu de temps à Bures ou aux environs. » Histoire de Bures^en» Bray, p. sS. ^ Les marches des deux armées permettent d'affirmer qu'il n^ en eut qu'un considérable, celui dont parle la lettre de Henri IV, du 18, et où le duc de Guise fut défait.
plus de précaution : mais le Roy en agit autrement et courut fortune de sa vie. Il s^avança jusques à Aumalesi à la teste de 6000 hommes de cavaleriei dont il détacha le Baron de Givry, pour aller à la découverte. Ce seigneur luy ayant rapporté que toute Farmée ennemie s^étoit ralliée, à quelques lieues de là, on tint le conseil de guerre, où il fut résolu de renvoyer la plupart des troupes et le bagage à Neufchâtel, où il seroit plus en sûreté, et de retenir seulement au delà d'Aumale 400 chevaux et 5oo arquebusiers à cheval, qu^il seroit facile de ramener, sans beaucoup de péril.
Le Roy demeura à la tête de ce corps, et voulut reconnoître Pennemy de plus près. II fit prendre le devant au même baron de Givry avec ses courriers, et le suivit avec le reste, accompagné d'une trentaine des plus braves seigneurs et gentilshommes de son armée. Il monta la coste d^audelà d'Aumalle *, et marcha deux lieues, sans rien rencontrer^ jusques à ce qu'étant arrivéà une plaine ', et le temps étant éclaircy, Givry luy manda qu'il voyoit Farmée ennemie, qui approchoit en bel ordre.
Sur ce rapport, le Roy jugea qu'il n'y avoit point d'espérance de rien tenter, et, après avoir luy-même considéré cette armée d'une hauteur, il retourna sur ses pas. Étant arrivé à la hauteur d'Aumale, il fit repasser le pont de cette ville 4 à 3oo de ses cavaliers, et n'en retint que 100. Il
' Davila dit que Henri IV vint à Aumale le lendemain de l'engagement de FoUeville, c'est-à-dire le 4 février, et le Journal militaire de Henri IV dit qu'il y était des le premier.
2 La route d'Aumale à Amiens, par Poix, franchit une côie assez raide, au delà de la Bresle, à la sortie d'Aumale, par l'Est.
î Entre Saint-Saturnin et Caullicres, sur la route de Poix.
4 Pont jeté sur la Brcslc, portant le. nom « de pont d'Henri IV et de porte de la Longue-Rue, « dans le Plan de la ville d* Aumale et de son ancien DourgagCf joint à I'Histoire d'Aumale de M. Semichon, t. I.
nm à Lavardin de se loger aux environs d'Aumale, et
border les fossés, et les bayes avec les 5oo arquebusiers
ival, pour le soutenir dans sa retraite, s'il étoit pressé.
[ les seigneurs qui craignoientpour sa personne, le soUi-
»t de se retirer, mais en vain. Cependant l'armée espa-
i avaoçoit toujours, et elle ne s'arrêta qu'à peu de
nce de l'escadron du Roy. Le prince de Parme jugea &
Ds de faire halte en cet endroit, parce qu'il ne doutoit
lue la cavalerie françoise, beaucoup meilleure que la
le, ne fût fort proche. Ce fut par la même raison qu'il
idit à sescourrien de se mesler et de faire autre chose
le pistolet : mais comme ceux-ci, en caracolant et en
rtant sur les côtes voisines, luy eurent rapponé que cet
roa étoit seul, en deçà de la rivière; et qu'il ne parois-
[u'un petit corps au-delà, il fit charger avec plusieurs
rons de telle manière que le Roy fut poussé avec le J
[usques dans le vallon '.
prince compioit y trouver ses arquebusiers qui ient le soutenir et arrêter les ennemis par leur feu ne il l'avoit ordonné : mais les arquebusiers ou épouis, ou pour prendre l'avantage de quelque baye, ent plus éloignés qu'il ne pensoit ; il ne laissa pas de ler tête et de faire ferme, après avoir fait le ralliement. 1 il s'écria à haute voix : ■ Charge, Chakge >. A ce cri, .nemîs, qui appréhendoient toujours quelqu'embuscade, itèrent, persuadés que les hayes et les maisons étoient lies d'infanterie. Mais comme ils virent que le feu qu'on X sur quelques uns de ceux qui s'étoient avancés n'étoit on violent et qu'après 5o à 60 mousquetades, on ne plus, ils poussèrent leur pointe, et serrèrent le Roy de •rés. Ce prince avoit pris le moment que les ennemis
dul dans lequel coule la Bresie, tu N.-E. d'Auititle qu'elle tr4et «ervant de limite entre la Picardie et ta Normandie.
s'étoient arrêtés pour faire repasser le pont à ses cavaliers, et étoit demeuré à la queue pour empêcher le désordre de li retraite. Ce fut là i qu'il reçut un coup de mousquet dans les reins, au défaut de la cuirasse : mais, par bonheur, h balle ne fit qu^effleurer la peau (le 5 février). Il perdit 3 7 cavaliers, dans cette action, et environ 200 arquebusiers à cheval, qui furent coupés, les échalats des vignes de k plaine d'en bas les ayant retardés dans leur retraite '. Le R07, après avoir repassé le pont, se mit à la tête de sa troupe, et fit si bonne contenance que le prince de Parme crut encore que toute la cavalerie étoit derrière; ainsy ce général fit sonner la retraite pour empêcher les gens de passer le pont, et ce fut là une des occasions oti il arrive que par prudence on manque les coups les plus essentiels et les plus décisifs. En effet le Roy étoit perdu, si Tarmée espagnole eût entrepris de forcer le passage; maisia crainte oti étoit le duc de Parme de tomber dans l'embuscade, ne connoissant pas le pays, et la nuit qui survint, à son entrée dans Aumale,dont les habitans furent passés au fil de Tépée, quoyqu'ils n'eussent point fait de résistance, fut le salut du Roy.
Ce prince se fit panser, à la hâte, dans le bois, à une demie lieue de là ?, et voyant que sa blessure n^étoit pas
1 En avant du pont jeté sur la Bresie, et sur la rive droite de cette rivière. Une gravure de Touvrage du P. Dondin : Historia de rébus in Gallia gestis ab Alexandro Farnesiensi, est conforme à ce récit. Le groupe où se trouve Henri IV porte : « Là, le roy fut blessé. »
2 Dctail curieux, qui prouve qu'en iSgi, dans le vallon situé entre la côte rôtie et les murs d*Aumale, à TEst de la ville, on cultivait U vigne, à la fin du xvi* siècle.
J « Maître Jean le Cauchois guida le roi jusque dans un bosquet appelé le Bois Quatre-Sols, à une demi-lieue d*Aumale. » Certificat de 1700, cite par M. Semichon, Histoire d'Aumale, II, 307. — « Le Bois Quatre-Sols » figure sur la carte de Cassini et de l'Etat-major, au sudouest d*Aumale, et à droite du chemin d'Aumale à Neufchâtel, à la distance de trois à quatre kilomètres.
profonde ■» il continua sa route le plus vite qu'il luy fut possible, et 8*en alla droit à Neufchâtel *, où ses troupes le revinrent rejoindre. On appréhendoit que, le lendemain, le prince de Parme ne poursuivît son voyage en diligence, et qu^il ne se rendit devant Rouen, où le bruit de la déroute et de la blessure du Roy eût mis en alarme et en confusion toute Tannée Royale/ qui continuoit le siège de cette ville, ^ quoy Ton ne trouvoit point d^autre remède ny de plus sûr moyen de le retarder que la défense de Neufchâtel ; car on ne crroyoit pas qu'il dût laisser derrière luy cette place, qui étoit sur sa route, principalement s'il voyoit qu'il y eût bonne garnison, étant vraisemblable qu^il tâcheroit plutôt de s'en rendre maître, afin qu'elle ne pût luy rompre les chemins ny luy empêcher la conduite des vivres qui dévoient passer par là nécessairement.
Anglurei, baron de Givry, commandant des chevaux l^ers, quoyque fort blessé de la chute de son cheval, qui avoit été tué sous luy, dans une rue d^ Aumale, s'offrit à y
I « Le Roy receut un coup d'harquebuze au défaut de la cuirasse qui luy bnitla sa chemise et luy meurdrit un peu la chair sur les reins. » Palma Cayet, Chronologie novenaire.
s Et non à Gerberoy, à plus de 3o kilomètres d'Aumale, comme le prétend Jean PiUet, dans son Histoire de la ville et chasteau de Ger* heroy^ Uv. IX, ch. z. Il s*appuie sur une tradition locale, qu'il tente de justifier par un raisonnement qui ne se tient pas. L'anecdote qu'il avance n'est pas plus fondée que celles dont on gratifie Henri IV, à Damétal, pendant le séjour qu'il y fit, lors du siège de Rouen, iSgiiSga. n y a, dans son Journal militaire, par De Valori, un récit de la journée d'Aumale, adressé à M. de Villcroy et daté : « Fait au camp de Neucfafltel, le 6 février iSgi. » L'auteur n'hésite pas à dire : « Ce récit a été dicté évidemment par Henri IV, de son quartier général de Neufchâtel. » lbid.,'p, 114. Il y resta le 6 et le 7 ; il en repartit le 8, jour où le président Groulart le reçut à Saint-Aubin-le-Cauf, en affirmant aussi que le roi vint d'Aumale à Neufchâtel.
I Anne d'Anglure^ baron de Givry.
pour la défendre, comptant qûîs, penaant qo'il occuperoîi Tennemy, le Roy se irouveroii en état de monte*" à cheval, et par sa présence rcmetiroit le courage de sc^& soldais, seul moyen de les tenir en haleine. Le Roy ayaac: donc laissé â NeuTchùtel, avec Givry, 3oo gendarmes et 401^ carabins, s'achemina droit à Dieppe ', où le suivit le barorL de Biron, fils ' du maréchal qui commandoit devant Rouen, afin de faire mieux traiter sa playe ), et le reste de k&troupes tira vers Rouen.
Cependant le ducdeParmes\ivan.;aâ Ncufchâtcl, à petite journée, craignant toujours d'êire surpris. Arrivé enfin devant cette ville, il fit sommer, par un trompette, les gouverneurs de la rendre; mais ce fut en vain. U résolut donc d'en faire le siège, dans les règles, après en avoir fait reconnoîire la situation (11 février iSni). Les premières décharges qui se firent de part et d'autres furent violentes. Le duc, surpris de la hardiesse des assiégés et de l'incommodiié qu'il en recevoli, fil pointer toute son artillerie vers une partie des murailles, qui, outre que ce côté éioit vieil et sans terre plein 4, regardoit son camp. Bientôt après les décharges
I Ou plutdl ■ dms la directEon de Dieppe; <• car il l'arréu à Saini- Aubin-lc-Caur, sur la rouie de Neufchltcl i Dieppe, ï S kilomètre* S.-E. de cent dernière ville, dans le chiicau du premier préiidcni Gniularl. »on ami dévoué.
1 C'eti ■ pire • du futur marâchal, Armand de Gonlaut, bacon de Biron, tué au *iige d'Epcrnay en lïçii, eut pour fils Charles de Goa-
ut, duc de Biron, qui ma Fait maré>^hil en ib<}4..
I ■< Le Roy, dii Gcoulnrt, porta le coup jutquci h Neuf-Chnslel, et
II trouvé si favorable, que la balle, qui entra d environ deux doigta, ne perça U chemise, el rnppotta la balle quant el «oy. — Le Roy ayini
u que le Neuf-Chaticl n'eatojt OMOuré vînt loger chei rou k Saint- Aubin, 0(1 il arriva le 8 fcbvricr ibt)%. ■ At^'fioiret àe Creoil^rf, ïh. m.
4 ■ Terre-plein aignihe des buitei de terre, dont on garniMaii en
dedans let murnillei jusqu'au parapet. ■ Addition tnai^nale. — Voir le
le cl le* Noiet du Mémoire de Miton, pages 85-88 et iiq-iii.
réitérées, fiit fidte une brèche assez considérable pour faciliter ^assaut, ce que Givry n'eut pas plustôt reconnu qu^il t'avança sur la muraille. Ce brave commandant faisoit tête auxplos hardis*, que le point d'honneur poussoit à monter les premiers à Tassant, et il les précipitoit du haut de la brèche : mais le duc de Parme, qui l'avoit en une singulière considération, pour la courtoisie dont il avoit usé envers luy, au siège de Corbie, l'exhorta à se rendre, et d^épargner le sang des citoyens qui auroient tous été passés ^ii fil de répée. Givry capitula enfin à des conditions fort honorables et sortit, le même jour, qui tomboit au mardy Sns, sept heures après Tattaque, avec armes et bagages >•
Fabien Rebours, mestre de camp, qui n'avoit pas voulu ^tre compris dans la capitulation de Givry , s'étoit retiré ^nsle château, où commandoit Porcheux ou Palcheul ), et lisoit qu'il y arréteroit l'ennemy un mois entier; mais 'oyant éa diligence, il changea de langage, et Porcheux ^^pimla, quelques jours après, pour sortir, par le moyen du ^tieur du sieur du Rhône 4, son amy, sur quoy arriva un ^JifiTérent notable.
I « Le xo décembre (iSgo) le Roi receut les nouvelles comme la ville
^Je Gorbie, distante de trois lieu£s d'Amiens, avoit esté surprinse, dez la
^^xûnte du jour, avec un pétard et une escalade, par les sieurs de Hu-
^nières, de La Boissière et de Parabelle. » Palma Cayet, Chronologie
^WHmaire. •— « Le duc de Parme le traita avec beaucoup d'égards, se
ressouvenant du procédé qu'avait eu ce brave officier après la journée
^Ivry, de lux renvoyer l'ordre de la Toison d'or, dont le comte d'Eg-
mont éuit décoré lorsqu'il avait été tué à cette fameuse bataille, etf
^ne autre fois, deux mulets du bagage du duc de Parme. » Goube,
Jlitt. du duché de Normandie, II, 459.
> Voir le texte et les notes du Mémoire de Miton pour les remarques sur ce passage, pages 85-88 et 219-225.
} Voir le Mémoire de Miton, p. 82-83. — Le grade de « Mestre de camp »- répondait à celui de colonel.
4 Chrétien de Savigny, baron de Rosne, au duché de Bar, n'ayant pu obtenir de Henri IV la grâce d'être nommé mar<fchal, s'abandonna en-
— io6 —
Cest que Rebours, vu sa qualité de mestie de camp, n'ayant pas été compris nommément dans la capitulation de Porcheux, après avoir refusé celle de Givry, les ennemis prétendoient qu^il devoit demeurer à leur discrétion. Les Royaux, au contraire, soutenoient qu'il étoit libre, comme étant compris sous les termes généraux de la capitulatioa, nonobstant sa charge. Le duc de Parme renvoya la décision de ce différent au Roy même, lequel, de l'avis des piinàpaux de son armée, jugea que Rebours, notant pas gouverneur de la place rendue, devoit être compris dans la capitulation générale. Rebours eut donc sa liberté; mais Porcheux, ou mieux Palcheux, contre le droit des gens, fut conduit en lieu de sûreté, où il fut assassiné > par des personnes qui Vj attendoient, par ordre du duc de Mayenne, qui le soupçonna d'avoir trempé ses mains dans ie sang du duc de Guise, son frère, tué à Blois, par ordre d'Henry III, comme nous l'avons dit cy-dessus*.
Le président de Thou rapporte ce siège sans toutes circonstances. — Voicy ce qu^il en dit, livre i02«, page 207, tome 5. Thuanus de Historid sui temporis. — « Cùm jam advespc- « rasset, non ultra progressi hostes, in diripiendâ Aumalâ « occuppato milite. Id acmm nonis februarii '. Rex casu a paullum turbatus, veritusque famâ successûs in majus « auctâ, si hostis, nuUâ morâ interpositâ, iter persequeretur, « ne obviis citrà negotîum disturbatis in urbem perrumperet, « Novum Castrum, quod in itinere occurrebat, etquodeum
ticrcmcnt aux Espagnols et à la Ligue. — Dans sa harangue célèbre, nu nom du Tiers-État, d*Aubray rappelle « le conseil de Rosne qui, pour tout brouiller, dit (à Mayenne) qu'il ne falloit que mettre la religion on avant. » Satyre Mcnippée.
1 Le Mémoire de Miton prouve la fausseté de cette assertion, dément ie encore par les Mémoires de Groulart, — Voir p. 87.
2 Page 84.
) Les « Nones de février » correspondent au 3 de ce même mois.
à tergo minime lelictonmi appaiebat, ultra pnesidiam )ain imposînim novo OCC loiicatonim sobsidio firmat, GÎTriusque locom quamvis debilem ad aliquot dics tuendum ultro suscepit, magnum se opene predum ratus focturum, si tantisper Parmensem, dimi Rex, in cujus praesentiâ, si pndii aléa tentanda esset, omnes spes repo-> : sitaeerant, carato vnlneie, in cquo sederc posset. Cùmque camisprivii die ■ admota essent tonnenta, tandem édita ingenti mina deditio âicta est honorifids admodum conditionibus, sive id gratiâ Givrii à Parmensi, qui ejus gloriae £ivebat, damm, sive Castrei vitrici commendationi >. Erat cum Givrio Fabianus Reburius, de quo aliquamdiù altercatum fuit, an conditionibus comprehensus intellîgeremr, qui quoniam legionis Tribunus erat, ipsius nomen speciatim mimine appositum fuerat, et res generosè à Parmensi R^s arbitrio permissa, qui de eâ juxtà leges militares decemeret. lUamdimissus Reburiuscùm rem iisdem verbis, quibus convenerat, coram ducum beili concilio ad id a R^e convocato^ exposuisset, ex eorum sententiâ liber pronunciatus est. Intereâ modids itineribus semper ulterius prc^rediebamr Parmensis, etc. > Quoyque cet obstacle de Neufchâtel n'eût occupé 1 en-
I « Le jour du mardy gras, » dit une note marginale. — Ce serait un mot mal choisi par De Thou. En effet, « carniprivium » ou « carnis privium, » par sa composition veut dire : « Tabstinence ou la privation de la chair » (carême-prenant) Cest « camicapium » ou « camivora, » qui veut dire : « Le Mardi gras. » (Prendre ou de dévorer de la chair). Mais c'est bien le jour du mardi gras, ii Yévrier, que rartillerie de Mayenne fut mise en batterie contre Neufchâtel. — Voir Mémoire de Miton. p. 85-86.
> De La Chastre, beau-père de Guitry, l'un des capitaines de l'armée de la Ligue, était alors avec Mayenne, sous les murs de Neufchâtel. Ce motif vient s'ajouter « à la courtoisie, » née d'un service rendu.— Voir plus haut, p. io5, note i.
- io8 —
nemi que quatre jours *, il fut cependant d'un grand avantage pour le Roy, dont les troupes reprirent haleine, pendant le séjour de Tannée ennemie à Neufchâtel, qui fut de dix jours entiers >; car les ligueurs, dont la pluspart des vivics étoient épuisés, furent obligés de s*arréter pour faire de nouvelles provisions de bouche, ce qui étoit d'autant plus difficile, que le pays déjà ruiné depuis plusieurs mois que Ton tenoit Rouen assiégé, ne pouvoit d'ailleurs rien produire, à cause de la stérilité de rh]rver. Outre cela, les incursions des troupes du Roy qui, de leur camp d'Arqués, voltigcoient sans cesse, empéchoient les convois que l'on attendoit de Picardie et rompoient tous les chemins, ce qui donna lieu à plusieurs escarmouches autour de Neufchâtel ) dont le succès fut toujours égal de part et d'autre 4.
1 Du mardi ii au vendredi 14 février. Tout ce qui suit est tiré du livre XII de VHistoire des Guerres civiles de France^ [mt Divila, traduite par J. Baudoin (lôSy).
2 « Dix-sept jours, » suivant Miton. Voir Mémoire^ p. 87. Le chiffre de « dix jours > paraît plus exact. Si on les compte à partir de la reddition du château, 14 février, le duc de Parme et Mayenne auraient donc quitté Neufchâtel, le 24 février 1592.
? Ici devrait se trouver le combat de Bures, qui fiaillit être fatal au viuc de Guise. Il est du 17 février 1 5g2, comme il a été dit plus haut, p. 09. Les écrivains qui ont placé le combat de Bures avant la prise do Neufchâtel, l'ont fait sur l'autorité de Palma Cayet et de Sully, sans tenir compte de l'observation que ce dernier se fait adresser pas ses secrétaires, d*aprt.s le procédé bizarre qu'il a adopté dans ses Mémoires. <« Nous nous contenterons de vous ramentevoir (rappeler) deux occasions où vous vous trouvastes durant ce voyage, vous priant de nous excuser 5/ nous en transposons peut-être l'ordre et le temps^ pour ce qu*â la vcritc il ne nous un souvient pas bien, » Mémoires des sages bt royales (KcoNOMiEs d'Estat, ch. XXXIV (iSgi). — La première de ces « occasions » est précisément le coup de main de Bures, auquel est jointe l'aventure de M. de Nevers à Bully, par suite de sa négligence, deux laits postérieurs à la prise de Neufchâtel, que Sully plaça, par une erreur manifeste, « environ le douze ou quinziesme de mars de l'année • ^02, » ch. XXXV.
4 Voir, sur cette partie peu connue et assez confuse des marches de
Cependant les ducs de Pftime et de Mayenne sMtoient mis en marche pour Rouen, lorsque le Roj, goéry de sa ble»ure« s^étant avancé sur une colline siniée à main droite du c6té du grand chemin par où filoient toutes les troupes de Tarmée ennemie, fit assaillir à Timproviste le quanier du duc dWumaie qui menoit Tarrière garde : mais après une légère escarmouche, comme les Royaux s''en vouloient retirer, ils furent tout-à-coup chargés par les ligueurs et se virent engagés dans un rude combat, qui se donna en la plaine de Belencombre, et qui dura deux heures entières. Ceux de la ligue voulurent alors faire retraite, mais le baron de Biron qui les vint prendre en flanc, ce qui devoit les obliger à tourner bride et à prendre le grand galop, en fit plusieurs prisonniers, dont le comte de Chaligny, parent du duc de Mayenne fut du nombres
Le jour suivant, sur le point que Tarmée de la ligue délogeoit, le baron de Biron assaillit encore dans la plaine, les premières files; on commençoit déjà, de part et d'autre, à s'échauffer bien avant dans Tescarmouche, quand le baron, voyant venir de ce même côté, Tarmée ennemie, qui marchoit en ordônance de bataille, s^avisa pour le mieux de se retirer sur les prochaines collines qui pouvoient servir aux troupes R.oy, d^un lieu de retraite, par les arbres dont elles étoient couvertes. Toutes ces escarmouches et ces dangereux combats qui ne cessoientny de jour ny de nuit, étoient cause que le duc de Parme ne faisoit que fon peu de chemin et qu^il marchoit toujours avec ordre; déjà, cependant il étoit
Henri IV et des combats livrés à Tarmée de la Ligue, le résultat des détails empruntés à Henri IV, Davila, Palina Cayet et Sully. Appendices, V, pages 170-177.
I La prise du comte de Chaligny se rapporte au combat de Bures, livré le 17 février, comme on le voit par la lettre de Henri IV « escriptc au camp de Buchy, le xviij* febvrier 1592. » Lettres missives de Henri IV, III, 569.
à Franqueville, à demy lieue de Rouen ' , dont il s^'approcfaa ^ Les deux armées se livrèrent plusieurs attaques, auxquelles celle du Roy, qui se trouvait entre les assiégés qui faisoieot de vigoureuses sorties et entre leurs alliés qui la pressoicot de près, fut obligée de céder et de se retirer, après cinq mois d'investiture) (1592K La mésintelligencedesducsfùtensuiie cause de leur séparation 4 (1592).
Cette même année, il arriva des démêlés entre André de Brancas, duc de Villars, et quelques autres chefis du parti de la ligue. La gloire qu'il s'étoit acquise au siège de Rouen le rendit si ambitieux qu^il devint insupportable aux autres seigneurs vis à vis de qui il afiectoit des airs de hauteur. François de Fontaine-Martel s^ que la ligue venoit de biie gouverneur de Neufchâtel ^, ainsy nommé de sa seigneurie
1 Saint-Pierre de Franqueville est à 8 kilomètres S.-E. de Rouen. Le récit de Dom Bodin est ici fort incomplet, car il passe du 18 ftrrier 1 592 au 20 avril, jour où Tannée de la Ligue arriva à Damétal et força Henri IV à lever le siège de Rouen et à se replier sur Gouy et le Pont-de-l'Arche.
2 n Le mardy vingt et vniesme (avril 1592), Messeigneurs àt Mayenne, de Guyse, d'Aumale, prince de Parme, cardinal de Plaisance, Légat de Sa Saincteté, et plusieurs autres grands seigneurs de diuerses nations arriuercnt pour nostre secours. » Discours du Siège de la vill^ de Rovcn, par V'aldory, feuillet 143, verso, édit. de 1592.
? Les troupes de Henri IV avaient levé le siège, la veille, le 20 avril; il avait duré cinq mois et neuf jours.
4 « Le duc de Parme se retira en Picardie, pour retourner en Flandrcy ce qui Ht que le duc de Mayenne évita toujours ensuite les batailles que le Roy lui offroit. » Addition marginale. — La Normandie fut le thcâtre d'une campagne, vers Yvetot et Caudebec, que D. Bodin passe sous silence.
5 Le de est de trop. 11 s'appelait François 1er Martel, seigneur de Fontaine, comme on Ta vu plusieurs fois.
11 awiii acheté ce gouvernement de La Pinelière, que la Ligue avilit mis à Neufchâtel, après l'expi.lsion de Palcheul, en février iSqî, et il en prit possession le 22 août 1592.— Voir le Mémoire de Miion, p. 89.
de Fontaine, et le cheyalier Grillon % gouverneur de Honfleur, en écrivirent au duc de Mayenne, qui sMtoit retiré vers Paris. Plusieurs gouverneurs particuliers quittèrent même son parti, et aimèrent mieux se rendre au Roy que de luy obéir.
On apprit dans ces conjonctures la mort d'Alexandre Farnése, duc de Parme, quelques mois après son retour en Flandre».
X SgS. — G>mme la guerre continuoit toujours dans les provinces et que les peuples étoient réduits à la dernière miisère, le Roy fit faire des propositions de paix qui donnèrent lieu aux ligueurs de prier le duc de Mayenne de convoquer les États-Généraux du Royaume. Il y consentit, dans Tespé- X'aiice que Ton y parleroit de l'élection d'un Roy catholique ^t quUl auroit le plus grand nombre des voix. Il écrivit aux "ailles de la ligue d'envoyer leurs députés à Paris, et l'ouverture des États se fit le 26 janviers
La Normandie, comptant sur le cardinal Pelvé, à qui elle «ivoit donné le jour^, et qui étoit à la tête du clergé, tfenvoya que quatre députés^ qui furent Tévêque d'Avranches, Tabbé de Saint Taurin d'Évreux, Antoine de Magneray, seigneur d'Hermanville,et Jean Dadré, docteur en théologie et grand pénitencier de Rouen s,
1 Le commandeur de Grillon, qui tenait pour la Ligue, frère du brave Grillon, qui tenait pour le roi.
2 « Le 2 décembre iSga, il mourut à Arras, à Tâge de 47 ans, des suites d*une blessure qu'il avait reçue, au mois d'avril précédent, en faisant le siège de Gaudebec. » Addition marginale, de la main de M. Germain Barré, curé de Monvillc^ alors possesseur du manuscrit de D. Bodin.
3 C'est la date donnée par Pierre de l*Ë8toile. — Voir Mémoire de Miton, p. 91.
4 « n étoit d'une ancienne et illustre maison de Normandie, originaire du Constantin où est située la vicomte de Valognes dont son bisayeul avoit le titre. » Le P. Maimbourg, Histoire de la Ligue.
I De Masscville, d'où tout ceci est tiré, dit plus explicitement :
L'ambassadeur d'Espagne > représenta, avec beaucoup d'exagération, les secours que le Roy, son maitie, avoit donnés à la ligue, et en conséquence alléguoit que la reconnoissance devoit porter les éuts à élire, pour leur Reine, Tinfante' à qui on feroit épouser un prince de France. Mais plusieurs véritables François), qui ne pouvoient souffrir que la couronne passât dans une famille étrangère, proposèrent avec plus de justice le mariage do cardinal de Bourbon, Archevêque de Rouen 4, qui n'étoit pas prâtre, avec rin&nte , soutenant qu'il étoit plus conv^ nable de procéder en cette manière à l'élection d'un Royf.
« François Péricard, évêque d'Avranches; Guîllauine Péricaid, abbé de Saint-Taurin d*Evreux; Antoine de Magnerey, baron dliennanville, et Jean Dadré, docteur en théologie et pénitencier de Rouen. » HitUÂrt de Normandie, V, 342.
> « Le duc de Feria, Dom Diego dlbarra et Mendoze, agents de TEspagne, furent reçus dans les États de la Ligue le a avril iSgB, y firent les propositions de la part du Roy d'Espagne, et présentèrent aux États les lettres dudit Roy. Keria harangua en latin, le cardinal de Pclvé luy respondit de la part des Estats en latin, prié et conjuré d'ainsi le faire par Feria. » Note de la Satyre Ménippée, édit. de Ratisbonne, i6c)6, p. 190.
2 Isabcllc-Claire-Eugénie d'Autriche, née en i566, fille de Philippe U, qui l'avait eue de sa troisième femme, Elisabeth de France, fille de Henri II. Mais les vrais Français redisaient, comme le parchemin de la vieille dame de la Satyre Ménippée, habillée à l'antique gauloise :
Gallorum Imperii succestmr masculus ato.
? «c Le tiers party avoit été conseillé au jeune cardinal de Bourbon par Jean Touchard, abbé de Bcllozane, son précepteur, et Jacques Davy du Perron. « Notes sur les Mémoires de P. de VEstoile, année iSgB.
4 Charles II de Bourbon, archevêque de Rouen, né le 3o mars i562, archevêque de Rouen, depuis i583.
î L'affaire, connue de Henri IV, fit grand bruit, et le roi, loin de trouver qu'elle était le fait « de véritables Français, » piquait au vif le cardinal de Bourbon « par ses gausserics accoutumées. » Mémoires de P, de VEstoile.
aodis que l'on délibéroit si foiblement, les restes du Parleeut, qui étoient demeurés à Paris, s^assemblèrent et repri- Qt leur première vigueur. Ils prononcèrent un arrêt solenl, par lequel ils soutenoient la loy salique et les autres X fondamentales du Royaume, qui excluent de la cousine tous princes étrangers. Cet arrest rompit les mesures Tambassadeur d^Espagne et des chefs de la ligue (28 juin 93). La conversion du Roy, qui arriva quelques jours rés, acheva de les déconcener. Ce prince ouvrit enfin les HZ à la lumière, et, sMtant fait éclaircir ses doutes, il fit I abjuration à Saint-Denis (25 juillet).
jst événement fit faire de grandes réflexions aux députés i États. Cependant la crainte que leur inspiroit la présence \ chefs de la ligue les retint dans le silence. Le duc de lyenne les congédia, quelques jours après, et fut fort aise la trêve que le Roy accorda pour le reste de Tannée 1 594'. peine fut-elle expirée, que plusieurs villes de divers proices quittèrent entièrement le parti de la ligue. Pontoise : la première de celles de Normandie qui rentra dans le roir >• Son exemple auroit été imité de presque toutes les
Une trêve générale fut accordée, le 3 1 juillet i SqS, à la Villette, re Paris et Saint-Denis, et publiée à Paris, le 1" août, « pour le ips et espace de trois mois à commencer du jour de la publication. » s fut, à Fexpiration, prolongée de deux mois, jusqu'au i** janr 1 594. Palma Cayet, Chronologie novenaire.
Palma Cayet dit, au contraire : « Le premier de l'Union qui alla
sgnoistre le Roy dans Sainct-Denis, ce fut le sieur de Boisrosé
tendant la conversion du Roy, il vint offrir à Sa Majesté son service es places de Fescamp et l'Islebonne, où il commandoit. » Chrottof!e novenaire. Le roi possédait Fécamp en iSgS et sans finances. Ce dans les premiers jours de janvier que Pontoise se soumit à tiri IV. ««Le sieur d*Alincourt, dans Pontoise, ayant veu que M. de yenne ne vouloit entendre à la paix, avoit obtenu du Roy une surnce d'armes, pendant laquelle il traita son accord et celuy de la ville Pontoise. » Palma Cayet, /Wi., liv. VI, 1594. — La soumission est janvier 1594, et dans le tableau des sommes payées par Henri IV
autres, si les gouverneurs et les garnisons ne les eusKot retenues dans le parti. Le sacre du Roy acheva de ieœntirtner dans Tesprit de ses sujets et il regagna leur fidéliié
Les Parisiens, que la crainte d^un siège intimida, redoutèrent la colère du Roy, et résolurent de le recevoir dus leurs murailles. Les nouvelles intelligences que le Roy y a^-oit pratiquées en facilitèrent Texécution, et le Rby y fit son entrée '.
Comme cette capitale avoit donné Fexemple de la révdie aux autres villes du Royaume, elle leur donna aussy cdoy de la soumission. Le duc de Villars traita luy-mëme avecle Roy, à des conditions extraordinaires, qu^il obtint cependant par Tentremise du baron de Rony ', et livra à Sa Majesté Rouen et les autres villes dont il étoit gouverneur, et dont il se réserva toujours le gouvernement par son traité^.
pour fidre rentrer les villes et les gouverneurs de la Ligue dans le devoir, on lit : c Au sieur d*Alincourt et autres, pour Pontoise, 124,200 <5cus. » Mémoires de Groulart, ch. Vil, année ibgS.
I Le dimanche 17 février 1594, à Chartres.
a « Le mardy 22 mars, à trois heures du matin, qui étoit l'heure prise pour recevoir le Roy dans Paris, M. de Brissac, le Prévost des mar* chands L'HuilHcr et plusieurs notables bourgeois, capitaines de quartier et autres, armés, se saisiKsent de la Porte-Neuve.... n Pierre ii VEstoilc. — Brissac reçut le titre de maréchal et 482.000 écus pour U ville de Paris. Groulart. Ibid.
ï Maximilien de Béthune, duc de Sully, baron de Rosny.
4 « Villars^sçnvoit de quelle importance étoient RoQen et le Havredc-Gr.K"c, sans parler des villes qui en dépendoient; et il demanda pour L^s rendre, qu*on le continuru dans la charge d'amiral de France, dont il avoii clé pourvu p.ir la Ligue; qu'on lui donnât le gouvernement en chef des Baill \ges de Rouen et de Caux; que l'on donnât celui du Havredj-Grâce nu chevalier d'Oise, son frère; que l'on lui remit entre les mains celui de Fécamp ; qu'il fût trois années sans rcconnoître la supériorité du liuc de Monipensier, gouverneur de la province; qu'on lui donnât les abbaies de Jumicges, de Tiron, de Bonport, du Valassc, de
Toute la province de Normandie se tronvoit par ce moyen rédaite lous Tobéissance du Roy ^, excepté Neufcbfltel, Verneoil et Honfleur. Cette dernière ne céda qu^à la force des armes >, et Verneuil, dont étoit gouverneur le baron de Médivy i, servit d^exemple à La Fontaine Martel, qui fit pareillement ses conventions avec le Roy pour Neufchâtel 4. Ses conditions étoient qu'il en resteroit gouverneur et que l^iin de ses fils, qui avoit été foit prisonnier à Honfleur,
S. -Taurin et de Montivilliers, pour en pourvoir ses amis; qu'on lui ^coofdlt quinze cents hommes de pied, et trois cents chevaux entreteonidans les places de son gouvernement; une pension de vingt mille ^cui,et la somme de douze cent mille livres; et qu'enfin la religion ca- ^lx>lique fût conservée dans ces villes, et qu'elles demeurassent dans ^Qui leurs privilèges. » Histoire de Normandie, par de Masseville, V. 358. » Voir aussi, pour plus de détails, Palma Cayet, Chronologie no- ^Hnaire.
I Le traité fut publié à Rouen, le 27 mars i5q4, et, malgré les exigences de Villars, Henri IV écrivait à M. de Bourdeille, quatre jours ^près, en le félicitant de ce que « la province de Normandie étoit maintenant toute en son obéissance. » — « En quoy j'ay reçu un très bon ^ signalé service du sieur de Villars, qui y avoit le commandement, non seulement pour leur en avoir monstre et donné le premier exemple, inais s'estant vertueusement employé pour faire effectuer cette bonn;; résolution. » Lettre du 3i mars i5g4, citée dans La Ligue en Nor- "mumdie, 3io.
2 Le commandeur de Grillon (Voir plus haut, p. m) soutint le siège, <lepuis le 9 mai jusqu'au 5 juin, jour de la capitulation. H obtint simplement « vie et bagues sauves, » sans une indemnité personnelle accordée aux autres gouverneurs et commandants de places qui se soumettaient au roi.
1 Anne-Pierre de Rouxel, baron de Médavy. — Dans le compte « des sommes de deniers » accordées par Henri IV aux gouverneurs qui traitaient avec lui, on lit : « Au sieur de MéJavy et autres, pour Verncuil, 44,000 escus. » Mémoires de Groulart. Le 26 avril 1594, Vcrncuil était compris dans la vérification fiitc par le Parlement de l'édit sur I.1 réduction de Rouen et autres places de la Normandie. Palma Cayct, Ibid.
4 Le 2 octobre i5g4, Mémoire de Miton, p. gy.
auroit la liberté >. La conservation de Tabbaye de Beaubecà Guillaume Martel, qui en étoit abbé com mandataire et que Ton présume estre son parent >, fut sans doute aussy on article de son traité, ainsy que portoit celuy du doc de Villars qui s*étoit réservé plusieurs abbayes pour ses amis ). Mais la mon, qui enleva Guillaume, cette même aaoée (5 octobre], pourvut au bien de cette abbaye, dont il atoit dissipé une partie des revenus 4. Aussy la Normandie
I U faut y joindre une indemnité pécuniaire, que D. Bodin pute tos> jours sous silence, ici comme ailleurs. Groulart la fiut ainsi conoalM : « Au sieur de Fontaine-Martel, pour le Neufchastel, i6,ooo efcns.» Mémoires, — Le 7 octobre 1 594, cinq jours après la redditioo, Footaine-Martel écrivait à la Chambre des Comptes : « Messdgneortiayint pieu à S. M. vous envoyer sa déclaration, je vous supplie bien humblement Tauctoriser de vostre jugement conforme à son intentioiii et vous obligerez tout ce qu*il y a de serviteurs icy (à Neufchfttel), et moi en particulier, à vous continuer le service que nous vous debvons. * Archives du Parlement de Normandie, cité par M. d'Estaintot, I^.* 32g. — La somme de 16,000 écus était à répartir entre Fontaine-Msitd et ses compagnons ralliés au roi.
3 « La conjecture est vérifiée par Morery au nom Martel^ où il est parlé d'un Guillaume Martel, abbé de Saint-Josse, et les titres de Tabbaye de Beaubec luy donnent cette seconde abbaye pareillement >• Addition marginale qui est peut-être de la main de D. Bodin. — Voir Mémoire de Miton, p. 94. Il était fils de « Charles !•', Martel, escuicrseigncur de Fontaines. » — Voir Les Martel de Basqueville, 164.
? V^oir plus haut, p. 114, note 4.
4 « Guillaume Martel fit faire le logis abbatial, à Tabbaye de Beaubec, vers i58o. Guillaume aimait les beaux-arts, surtout la peintur:; il fît représenter sur les boiseries de son cabinet Vénus et Adonis* Psiché, renlcvement de Proserpine, etc. ■ Ce fut sans doute pourfair^ face au payement de ces constructions et de ces peintures qu'il venditson ticf de Guillerv'ille et sa vavassorie de Potot à Pierre Le Roy » cscuier. Il mourut le 12 des calendes de novembre (2 1 octobre) i593. • Les Martel de Basqueville, 179, avec les autorités à Tappui. — La dates du 5 octobre, de D. Bodin, est fausse, comme on le voit aussi par I^ Mémoire de Miton^ p. 94. — Ce « sans doute » au sujet de la stipul*-"" tion pour l'abbaye est impossible, puisque Guillaume Martel était mofi» «u 27 octobre 1594, date du traité conclu par son frère.
entièrement délivrée du joug de la Ligue, au mois ril 1 594 < . Le traité du duc de Mayenne luy-méme, qui it le gouvernement de Tlsle de France, acheva de ufler totalement (i5g6) >.
enry I V, qui se voioit enfin monté sur le thrônc, après r écarté par sa valeur les obstacles qui auroient été insurtables à tout autre que luy, pourvut à la tranquillité de loyaume par la démolition des fortifications des villes ntérieur des provinces, et n'en laissa que sur les frons I. Sa prudence lui dicta ce moyen d'empêcher les résqui auroient pu ensuite survenir, et il mit par là ses s dans la nécessité de rester dans le devoir et de jouir des liages de la paix 4.
: château de Neufchâtel et les principales fortifications remparts de la ville furent des preitiiéres s rasées en ', et dés lors cette ville, qui depuis sa fondation avoit lue toujours été en proye aux ravages de la guerre, se
serait plus exact de dire : m Au mois d'octobre 1594, » puisque hâtel ne fut rendu qu'à cette époque. Mais après le siège et la d*Honfleur et la reddition de Verneuil, les petites places, telles leufchfltel, ne comptaient plus guère. Elle se rendit Tune des tes, en Normandie, à Henri IV.
L'Edict du Roy sur les articles accordés à M. le duc de Mayenne [a paix de ce royaume, » fut publié en janvier iSgô. Henri IV »rda à FoUsmbray (Aisne). — Palma Cayet le donne en entier A Chronologie novenaire,
H 1393, les États de Normandie demandaient la démolition d'une »se près de Valognes. — Cahiers des États de Normandie sous ' IV, Voir l'article : « Démolition de forteresses. i> roulart reproche aux députera des États de Normandie, en i6oa, « si fbibles jusqu'à n*oser demander la démolition des forteresses les de petits tiranncaux. Toutefois j*cstimc que le Roy, qui veut c et le repos en son royaume^ lu fera. » Notes du premier présijroulart, Cahiers des États sotis Henri IV, II, 262. £n 1 594, on fit une levée de deniers pour la démolition du fort camp. » Ibid,, I, 216.
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vit affermie dans une parfiiite tranquillité dont elle a toa« jours jouy jusques à présent. Nos monarques, pour y entr> tenir le bon ordre, ont continué depuis d^y nommer des gouverneurs. Celuy qui paroît avoir succédé immédiatemem à François Martel, seigneur de Fontaine, est messire Jean de Létcndan, baron de BuUy, par brevet de Sa Majesté de Tannée 1620, lequel étoit fils de Pierre de Létendan et de dame Filleul, dame de Bully >. Les suivants, vu que ce gouvernement a été rendu comme héréditaire dans cette maison, sont Danet' de Létendart, fils du précédent et père de Jean | de Létendart, qui le remplaça, auquel succéda par deux brevets consécutifs, dont le dernier, de Tannée 1722, confirme le premier à luy octroyé, en Tannée 17 19, sous la minorité de Louis XV, Jean Louis de Létendart, mestre de camp de de cavalerie, cy devant capitaine, sous lieutenant des gens d'armes de Monsieur le duc de Berry, chevalier de Tordre royal, et militaire de Saint-Louis, lequel étoit aussi gouverneur de Menin en Flandre, et qui fut le premier qui porta le titre de marquis de Bully, par Térection de cette baronnic en dignité de Marquisat, par les lettres de Sa Majesté données à Versailles au mois d'octobre 16775. René Charles
1 Ce passage est on ne peut plus défectueux, car le successeur de Fontaine-Martel fut Anne et non Jean de Lcstendard, qui, par la descendance indiquée, vivait au xv* siècle, comme on le voit par TAppw- DicE VI, p. 178. Voir aussi la Xllle Remarque sur la famille Filleul qui devient par là sans objet, p. i^g.
2 Danet est une mauvaise lecture pour Anne de Lestendart, !c premier membre de cette famille nommé gouverneur de Neufchâtel.— Pierre n'était pas son père, mais son trisaïeul. Voir, plus loin, une rectification sur un passage du Mémoire de Miton, p. 182-183.
î « Il est depuis devenu premier Président et ensuite chancelier en 1 768, et son fils aîné est gouverneur et porte le nom de Bully dans VAhnanach de Normandie. » — Addition marginale de D. Bodin- "" On lit, en eft'et : • Neufchdtel. De Bully, commandant. » Almanachàe Normandie, année 1768. (Pas de pagination.)