‹ Histoire comparée des systèmes de philosophie, considérés relativement aux principes desChapitre 10 sur 32 · IV · texte numérisé non relu

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on établit des déductions, on trace des règles, oti coordonne d'après les principes, on lie les effets aux causes, et c'est le règne de 1& scîenèe. Eilfin, on abuse des abstractions, on se perd dans lé vague des spéculations j dans les subtilités , et le doute naît de cet abus. « La philosophie, dit ett-

• coré Garve, lorsqu'elle est au plus haut point de » sa perfection, atteint aussi le plus haut degré »de popularité, et semble venir confirmer dé » toute Tautorité de la raison les maximes de ce

• même bon sens qui, d'abord, avait occupé sel » place (1). »

Garve ne s'est point borné à montrer comment l'histoire de la philosophie peut devenir une éthde expérimentale de l'esprit humain ; il a donné des exemples remarquables de la méthode qui doit être suivie pour bien discerner le véritable esprit des doctrines de l'antiquité ; il a pénétré dans la plus intime substance des doctrines philosophiques (D) ; il a particulièrement démêlé, avec une admirable sagacité, l'origine et le caractère de cette acatalepsie qui fut professée par l'Académie, qui consistait dans l'impossibilité de reconnaître avec certitude la convenance des images sensibles avec leurs objets extérieurs, et qu'il a fait remonter jusqtfà l'enseignement même de Socrate. Il a

(i) De ratine scribendi historiam philosophie, dans les mélanges de.Fûlieborn, mélange XII, p. 88, 132.

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enrichi de plusieurs tributs la logique si neuve et si imparfaite des probabilités (1).

Feder, auteur du Nouvel Emile, emprunta à la philosophie les moyens d'améliorer le grand art de l'éducation. Professeur à Goettingue, ensuite directeur du Georgianum k Hanovre, il acquit une grande célébrité en Allemagne par ses talents, et mérita une haute estime par son caractère. Gomme Garve, il voulut mettre la philosophie en accord avecle sens commun , et ce dessein détermina l'esprit de ses travaux. Comme d'Irwing , il se rapprocha, en psychologie, des vues de Locke, plutôt que de celles de Wolflf, rejeta les idées innées, déduisit de l'expérience toutes les connaissances, jusqu'aux notions mathématiques elles-mêmes. Il adopta, en métaphysique, un éclectisme éclairé, réservé autant qu'indépendant. Adversaire de l'idéalisme, il ne vit qu'une dispute de mots dans la controverse, qui a tant agité la philosophie, sur la réalité des connaissances. Car, « les hommes, ditp il, donnent précisément le nom de réalité à cette 9 apparence objective, régulière et constante, que 9 l'idéaliste lui-même ne peut s'empêcher de re- » connaître. »

Les maximes de Feder ont- une assez étroite analogie avec celles que professe l'école d'Ecosse. Le seas commun , tel qu'il se montre à

(1) De nonnuîlis qnœ pertinent ad logicam probabilium , p. 23 et suiv., Halle, 1766.

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tous les hommes et qu'il parait appartenir à la constitution même de notre nature, est, pour lui, la règle tout ensemble et la garantie du vrai, du réel, du beau, du juste. Le principe de la causalité se légitime, à ses yeux, comme un résultat de raccord de l'expérience entière (1). Il traita dans le même esprit la philosophie morale, la fonda sur une base expérimentale, lui donna une forme populaire. Ses ouvragés , dans lesquels la philosophie se montrait ornée d'une élégance inconnue jusqu'alors dans les écoles, méritèrent de dçvenir promptement classiques et furent adoptés à la fois dans les écoles catholiques et protestantes de l'Allemagne. Feder se prononça jçontre le système de Kant lors de son apparition, et tint une sorte de milieu entre ce système et celui de Hume. 11 eut lui-ndême de nombreux disciples et des commentateurs , parmi lesquels se distingua particulièrement Tittel (2) . Si dans les travaux de Feder et de ses adhérents on ne peut signaler de nouvelles découvertes, ils se recommandent, du moins, par la prudence de la méthode, l'agrément des formes et l'utilité des résultats.

Dans ce nombreux et honorable concours de

(1) Lehrbûche ûber die gesammte theoreikche und prackdsche Philosophie, 1760.

(2) Erlauterungen der iheoreiuchen und pracklîschen Philosophie, etc., Francforl-sur-le-Mein , 1785, 4 vol. in-S^

philosophes qui cultivaient alors en Allemagne la science de la sagesse avec autant d'émulation que d'indépendance, l'histoire doit placer encore à un rang élevé le sage et savant Meiners, qui a porté de si abondants tributs à l'histoire de l'esprit humain et à celle de l'humanité, et qui a enrichi également la psychologie d'un grand nombre de travaux (1); Campe, cet illustre bienfaiteur de la jeunesse, qui a spécialement traité des phénomènes et des lois de la sensibilité, et de leurs rapports avec la faculté de connaître (2); Tiedemann , qui a exposé avec tant de profondeur et d'impartialité l'histoire de la philosophie spéculative, et qui a porté ses recherches sur l'homme et ses facultés (â); Moritz, qui associa l'étude de la psychologie expérimentale à celle de la théorie des beaux-arts (4); Busch, qui compara la philosophie moderne de la France et de l'Allemagne, et qui justifia, mais avec modération , la méthode mathématique suivie dans récole de WolflF (5); Jenisch, qui travailla sur

(1) Revision der Philosophie , 1772 , în-S". — Àbrisi der Psychologie, 1775. — Grundriss der Seeleu Lehre^ 1786. — Yerm. philosophischeSehriften, 1775, 1776, etc.

(2) Empfindungs und Erkenntnifs Kraft der Meuse h, Seele, 1776. ^"Veber Empfindmg und Empfindeley , 1779.

(3) Untersuchungen ûber den Menschen, 1777, 1778. — JSFan/Zbuch der Psychologie, publié par Wachie, 180i, elc.

('4) Aussichten zu einer expérimental Seelen Lehre, 178!2. — Maçazin zur Erfahrungen Seelen Lehre, 1793, 1795, etc. (5) V. son Encyclopédie, p. 223.

Aristote et sur les lois que suivent la culture et le développement de Thumanité. On pourrait citer sans doute encore d'autres philosophes, que Féloignementdes lieux, la dififérence des langues, ne nous ont pas permis de connaître.

Nous devrions y joindre peut-être aussi les bienfaiteurs de rhumanité qui se sont, dans le siècle dernier et particulièrement dans la seconde moitié de ce siècle, livrés avec une honorable émulation à l'art d'instruire les sourds-muets de naissance, et qui ont, dans l'étude de cet art, fourni à la psychologie des observations dont elle pourrait tirer beaucoup de fruits , s'ils n'en n'avaient pas euxmêmes trop méconnu la fécondité, et s'ils n'avaient pas trop négligé d'en tirer les conséquences philospphiques (E).

C'est au milieu de ces circonstances que Kant crut nécessaire de rétablir, sur des fondements entièrement nouveiauxi Tédifice de la science. Avant de rendre compte de sa vaste entreprise , il est nécessaire de visiter de nouveau l'Italie et l'Angleterre, pour compléter le tableau de la philosophie du xvin^ siècle.

NOTE A

Quoique le terme reprhmfation ne soit pas encore admis dans la terminologie philosophique de notre langue , je demande la permission de l'employer ici comme le seul qui

puisse traduire celui de Vorstellung , tel qu'il est reçu dans la philosophie de Leibniz. Le terme conception exprimerait sans doute le même phénomène intellectuel considéré en soi ; mais il ne l'exprimerait pas avec cette condition essentielle que lui attribue Pécole leibnizienne, d'avoir une véritable propriété représentative , d'être une sorte de miroir,

NOTE B

Ces vues sur la substance et la cause me paraissent avoir surtout une analogie assez frappante avec celles qu'avait conçues mon cher et honorable ami feu M. Maine de Biran. Cependant M. Maine de Biran n'avait point connu les écrits de Plattner.

NOTE C

« Il fut un temps où l'on avait en effet une telle confiance » en la force merveilleuse des preuves déduites des notions » abstraites , que l'on pensait avoir répandu la plus abondante » lumière sur les objets de nos connaissances réelles , soit na- D turelles , soit transcendantales , du moment où, à l'aide des 9 idées abstraites qu'on s'en était faites , quoique arbitraires * et empreintes de préjugés , on pouvait expliquer la nature , » les effets et les propriétés de ces objets. Alors ce devint une » chose très-facile que d'obtenir le titre de philosophe ; chaque » écolier même était philosophe ; mais cette époque fut aussi » celle où la dignité de la philosophie commença à décheoir.» Tora. IV, p. 268.

NOTE D

Nous avons eu occasion de publier dans les Archives littéraires (tome III , page 36!) une notice sur Garve , avec un extrait de son traité De la patience. Cet ouvrage, dicté par Garve dans le cours d'une longue maladie, mériterait d'être traduit dans toutes les langues.

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NOTE E

Noas demandons la permission de renvoyer , pour Tindication des ouvrages publiés en Allemagne sur l'art d'instruire les sourds-muets , à Tanalyse que nous en avons présentée nous-méme dans notre traité sur leur éducation, 2« partie , clfap. 10 etsuivantSy Paris, 1827.

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