‹ Histoire comparée des systèmes de philosophie, considérés relativement aux principes desChapitre 15 sur 32 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Ëcole écossaise (1).

Shëfiesbutif.'-Huiehewn. — Reid, ^ Bea$He,^Jerqne9 Oswalé. — FerffUien.-^Admn Smith.-- Edouard Settrch.—Dugald Siewari^— Watts, — Newton,

Si nous venons observer de nouveau les destinées de la philosophie dans cette île où Bacon et Locke lui avaient ouvert une carrière si heureuse, nous verrons se former, sous les auspices de ces deux grands hommes, une école aussi célèbre par les génies qu'elle a produits que par les services qu'elle a rendus à la morale. Je veux parler de l'école d'Ecosse. Shaftesbury peut être considéré, sous le rapport de la doctrine, comme le premier auteur de cette nouvelle école. Fidèle, en tout le reste, aux maximes de Locke, il donna une extension particulière à sa théorie de la réflexion ; il prêta à cette faculté un système d'af-

(1) Ce chapitre et les suivants , comme Tannonce V Avertissement mis en tête du i®"" volume, sont la reproduction de ceux de Tédition précédente. L'appréciation de la philosophie écossaise se trouvera complétée par le rappori fait, en 1808 , au nom de Tlnstitut , sur Tétat et les progrès des sciences philosophiques. La note A , qui se rapporte aux Essais de Dugald Stewart, et qui est insérée à la suite du chapitre 24 , est une note inédite trouvée dans les manuscrits de M, de Geraiido. (Note de l'éditeur.)

fections naturelles auquel il donna le nom de sens moral, et qu'il considéra comme la source de la bienveillance et de tous les mouvements généreux du cœur (1). Hutcheson, ensuite, porta dans ce système plus d'harmonie et d'ensemble, en développa les éléments, modifia de diverses manières la théorie de Locke, s'attacha à l'analyse des rapports qui existent entre la sensibilité de Tâme et les opérations de l'esprit , et donna à la philosophie ce nouveau caractère qu'on a désigné sous le nom de philosophie morale. L'université de Glascow vit alors la méthode exacte d'Aristote se réconcilier avec les idées éloquentes de Platon. En rendant aux notions du bon et du beau un caractère propre et naturel qui les distingue essentiellement des impressions transmises immédiatement par les sens externes, Hutcheson ne leur.assignia cependant aucune de ces origines mystérieuses supposées par les contemplatifs; mais ij admit qu'à Toccasion de certaines opérations (Je l'esprit et de certains retours de la réflexion, il se développe une certaine sensibilité d'un ordre plus relevé, dont ces notions expriment les aiffections diverses. Ainsi, ces notions acquièrent une sorte d'indépendance qui s'accorde avec la nouvelle théorie des générations des idées et avec les principes de l'observation (2).

(4) CharacteristicSf by L. Sliaftesbury ; London , 1737.

(2) Recherches sur Vorigine des idées de la beauté et de la vertu,

PHILOSOPHIE MODERfiE. CHAP. XXIV. 193

HutchesoD distingue trois sortes de vérités : l'une logique, l'autre morale, la troisième méiaphy^ sique. La première consiste dans Taccord de nos propositions avec les choses, la seconde dans rharmonie du cœur et des actions ; la dernière est relative au principe même de Texistence des êtres; les deux premières seules peuvent être pour nous Tobjet d'une connaissance véritable et d'une application facile.

Le professeur de Glascow eut sur la nature des axiomes, sur cette question fondamentale de la logique , des idées bien plus fixes et bien plus justes que Locke. Il expliqua enfin le secret de leur prétendue éternité et nécessité, en montrant qu'elles consistent en ce que chaque honmie les reconnaît dès qu'il dirige sur eux une réflexion éclairée ; il fit voit que c'est seulement dans le même sens qu'on peut les dire innées. Il ajouta que leur nombre est indéfini ; que leur valeur est tout hypothétique; qu'ils deviennent inutiles, oiseux, lorsque l'identité qu'ils renferment est* trop immédiate , comme lorsqu'on dit : tout être eu ou n'est pas, etc.

Du reste, jce philosophe n'alla point chercher le critérium de la vérité dans une sphère métaphysique; il est, selon lui, placé dans la raison seule, dans le sentiment réfléchi de la conviction,

trad. par Diderot. — Philoiophiœ moralis instituiio compendlarîa , 1. III.

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