‹ Histoire comparée des systèmes de philosophie, considérés relativement aux principes desChapitre 21 sur 32 · IV. IC · texte numérisé non relu

IV. IC

2A2 HIST. COUP. DES SYST. DE Pffît.

pour soulever Tunivers, de points d*appui qui subsistent par eux-mêmes , qui ne supposent aucune condition , c'est-à-dire , de certaines idées entièrement complètes.

• Ainsi, en remontant du prédicat au sujet, elle a besoin de s'attacher à l'idée d'un sujet absolu , qui ne soit prédicat d'aucun autre.

»En remontant d'une hypothèse à une autre hypothèse, elle a besoin d'un principe , d'un fondement absolu qui subsiste par lui-même.

» Le jugement disjonctif se fondant sur le rapport de la partie à son tout, la raison, en suivant celte ligne , a b.esoin de venir s'arrêter à l'idée d'un loul absolu.

» De là les trois formes de la raison , les trois idées primitives, originaires, nécessaires, à priorL

Sujet absolu. î j ,. * Idée psychologique.

Cause absolue. Dieu. — théologique.

Tout absolu. L'univers. — cosmologique.

Ces vingt-cinq/brmes (intuitions, notions, idées) composent l'appareil, et , si l'on peut dire ainsi, l'arsenal des instruments que l'esprit possède en lui-même , et qu'il applique aux matériaux qui lui sont donnés, soit pour former de nouvelles notions, soit pour établir le système de ses connaissances.

(i) Crit. àê la raison puri\ p. 370, 890: proli^g.. p. 126, 129.

III. Jusqu'ici donc nous n'avons encore qu'une sorte de squelette intellectuel ; il nous reste à lui donner la vie, à mettre en mouvement cette machine dont nous venons de décomposer les pièces, à voir en un mot comment l'esprit use de ces instruments. C'est ici certainement la partie la plus hardie du système de Kant.

Voyons d'abord comment l'esprit applique ces formes pour produire ou des images, ou de nouvelles notions.

cLes intuitions pures (l'espace et le temps ), en s'unissant aux intuitions empiriques , en les absorbant dans leur sein , formeront d'abord des images, des intuitions sensibles proprement dites et objectives (1).

»Les intuitions pures, en s'unissant aux notions ou conceptions pures, constituent ce que Kant appelle schéma ou type. »*

Pour concevoir la nécessité de ce schéma , il faut observer que, dans le système de Kant, les conceptions pures de l'entendement ne peuvent s'appliquer directement, immédiatement, à la matière de la sensibilité. Elles ont donc besoin d'un anneau moyen qui leur permette de se rattacher ainsi à la matière de nos connaissances. Cet anneau, c'est V intuition pure du temps ^ forme générale de la sensibilité.

(i) Crit, de la raison pure , p. 47 , 125, elc. (2) /^id., p. 176, 187.

:2â4 HisT. coMP des syst. de piiil.

• Les catégories, c'est-à-dire les notions de l'entendement, Brunissant ensuite entre elles, formeront un nouvel ordre de notions pures et à priori^ mais dérivées des prédicables du plus pur entendement (1).

» Les formes pures de la raison , les idées complètes, dans leur contact avec les notions pures de Tentendement , formeront aussi des idées pures^ mais dérivées. De là résulte une nouvelle espèce de schéma déduit des plus hautes idées , qui fonde ce que Kant appelle Vunité architectonique^ et duquel résulte ce que nous appelons une science^ le plan et la coordination de ses parties (2).

» Les formes naturelles à notre esprit n*ont par elles-mêmes qu'un caractère subjectif; pour en déduire des connaissances, il faut leur prêter un caractère objectif; il faut que les sensations soient élevées au degré d'intuitions , les intuitions rapportées à des notions , les notions enfin ramenées à des intuitions. Cette connexion entre des éléments qui ont des sources différentes et même contraires, ne peut avoir lieu que d'après des règles fondées à priori dans Ten tende ment même, dérivées de sa nature. Ces règles sont certains

(1) Crit. de la raison pure, p, 107,

(2) Ibid., p. 861.

PHILOSOPHIE MODERNE. ClIAP. XXV. 246

principes, certains axiomes, qui correspondent aux diverses formes intellectuelles dont ils règlent l'emploi (1).

• Règles pour l'application des deux formes de la sensibilité :

» V Tout objet offert à nos sens extérieurs se trouve dans l'espace et en réunit les attributs.

» 2** Tout objet offert à nos sens internes ou externes existe de même dans le temps et en réunit les propriétés (2).

» Règles pour l'emploi des catégories dans leur rapport aux objets de nos perceptions.

» Règle générale : tout ce qui doit servir d'objet à l'expérience possible doit se trouver soumis à l'une, au moins ^ des trois notions pubes qui sont renfermées dans chaque mode de la pensée (3).

» Règles particulières pour l'emploi de chaque calégorie :

T Principe de la quantité : Tous les phénomènes, dans les intuitions que nous en avons, sont des quantités extensives , c'est-à-dire , susceptibles d'être

0) Crit. de la raison pure, p. 198, 263, 830.

(2) Ibid., p. 51.

(3) Le principe suprême et primitif de tous les jugements synthétiques, au moyen desquels Texpérience devient possible, est celui-ci :

Chaque objet est soumis aux conditions nécessaires de V unité synthétique des éléments variés de l'intuition , dans l'expérience pos^ slblc, {Crit. de la raison pure, p. 176.)

2&d HKT. COMP. DES SYST. DE PHIL.

opei^çues d'une manière successive et par par*ties détachées (1).

» Principe de la qualité : Dans tous les pbénth mènes , ce qui est réel ou ce qui sert d'objet à la sensation y a une quantité intensive ou un degré de réalité qui peut diminuera l'infini jusqu'à— (2).

• Principe général de la relation : L'expérience n^est possible que par la représentation (tune connexion nécessaire entre les percef lions ^ Ce principe se sous-divise en trois autres, relatifs à la persévérance de la substance^ à la nécessité d'une cause pour chaque événement^ à l'action réciproque des substances (3).

• Principes relatifs à la modalité:

» 1° Tout ce qui se concilie avec les conditions for^ melles (l'espace et le temps) de l'expérience, est

» T Tout ce qui est lié aux conditions matérielles de C expérience (la sensation) , est réel.

» 3o Tout ce dont la connexion avec une chose réelle est déterminée par les conditions générales de C expérience ^ existe nécessairement (ft).

(1) Crit, de la raison pure, p. 202, Ce principe est appelé par Kant : Axiome de Vintuition,

(2) Ibid.^ p. 207, Ce principe est appelé par Kant : Anticifialion de la perception.

(3) Ibid., p. 218 et suiv. Ces principes sont appelés par iLani: Analogies de Vexpérienee.

(4) Ibid,^ p. 265. Kant appelle ces maximes : les Postulais de la pensée empirique.

PHlLOSOPfflE MODERNE. CHAP. XXT. 247

> Le principe général de la raison est celui-ci : Là où le conditionnel est donnée là aussi est donnée la série complète des conditions ^ et par conséquent le non-cûnditionnel ou V absolu, y

11 faut bien distinguer deux sortes d'usages que la raison peut faire de ses idées pures.

« Le premier est simplement logique , c'est-àdire, il constitue simplement la raison régulatrice suprême. Sous ce rapport , les idées lui sont nécessaires, indispensables, pour donnera nos conceptions une forme une^ complète, systématique; elle n'applique ainsi ses idées que comme des auxiliaires , des guides qui fixent sa direction ; cette liaison parfaite qu'elles servent à exécuter est rigoureusement requise pour l'enchaînement de nos connaissances.

» La règle de cet usage logique s'exprime ainsi : Cherchez à donner aux connaissances conditionnelles de r entendement une unité complète , par le moyen de l'absolu (1).

• Mais la raison est aussi poussée par un besoin naturel, constant , à faire de ses idées un autre usage plus étendu , à leur attribuer un ordre d'applications objectives et réelles , à créer ainsi, par leur moyen , par-delà le monde de l'expérience, un monde métaphysique (2). La philoso-

(1) CriL de la raison pure, p. 346, 386, 674,

(2) Wid., p. ^^65.

248 H1ST« œMP. D£S SYST. DE PHIL.

phîe critique avoue, reconnaît ce besoin, mais n'en approuve point les effets' . Elle ne considère donc ces secondes applications que comme des posiutais^ une sorte de vœux , de désirs de la raison pure.

• Les règles que nous venons d'énoncer sont autant de jugements synthétiques à prioti , dans le sens que nous avons indiqué plus haut(i). Elles déterminent et fixent pour nous la possibilité de Texpérience (2). »

Observons enfin qu'outre la réflexion logique dont nous avons parlé ci-dessus (3) , il y a aussi une réflexion transcendantale , dont Toffice est, dans le criticisme, d'une haute importance, et qui a pour objet de reconnaître quelle est celle de nos facultés à laquelle correspond une représentation, et de prévenir ainsi les méprises qui pourraient naître d'une fausse et vicieuse application de chacune de ces facultés , en les maintenant dans leur domaine légitime (û).

Tel est le tableau des nomenclatures et des méthodes qui sont propres à la philosophie critique, réduites, autant qu'il est possible, à un résumé sommaire, et dépouillées de l'appareil qui

(2) CrU. de la raison pure, p. '^64. Kant les appdlo jugemenU synthétiques à prion directs,

(i) Crlt. de la raison pure y p 316, 324.

es environne. Mais ce n'est pas tout de dresser des tables , d'imposer des noms , de distingue!*, de classer des idées; il importe encore de savoir à quoi conduit tout ce travail , quels sont les résultats qu'il présente ou qu'il peut faire espérer.

Ces résultats de la philosophie peuvent être de deux sortes :

1° Détruire ou prévenir les erreurs ;

2° Augmenter la certitude ou le nombre des vérités.

Un système de philosophie peut , dans ses résultats, ou atteindre de lui-même directement ces deux buts , ou nous préparer nous-mêmes à y parvenir.

Kant a consacré , sous le nom de dialectique tramcendantale, une des deux parties de sa logique à l'étude des causes des illusions de l'entendement, illusions {Scheine) qui ne sont point des vraisemblances, des probabilités , mais de pures chimères; illusions que, pour de très bonnes raisons , Kant et son école s'efforcent de distinguer de ce qu'ils appellent des apparences ( JBrscheinungen) (1).

11 ne s'attache qu'aux illusions qu'il appelle iranscendantales , c'est-à-dire qui naissent d'un faux usage des facultés pures intellectuelles. 11 ne

(!) Cr)t. lïc la raison pure ^ p. *{S2.

250 BIST. COUP. DE6 SYST. DE PHIl.

s'occupe point des illusions de rimagination , ni même des erreurs nées d'une violation des lois de la logique*

Les erreurs dont il a démêlé plus i>articulièrement l'origine, sont les suivantes :

Celles qui résultent de ce qu'on attribue à l'une de nos facultés intellectuelles les fonctions qui ne conviennent qu'à une autre, comme lorsque les sceptiques accusent les sens d'incertitude en attribuant aux sens une faculté de juger qui n'appartient qu'à l'entendement. Kant appelle ces illusions amphibologie des notions de la réflexion (1 ) .

Celles qui naissent d'une conclusion fausse dans sa forme ; elles ont lieu lorsque de la conception iranscendantale nous concluons à l'existence réelle de son objet, quoique ptacé au-dessus dé toute expérience. Kant donne à une semblable erreur le nom de paralogisme transcendantal{i).

Celles qui ont lieu lorsque , ayant posé une hypothèse qui renferme dans ses éléments une contradiction cachée, nous nous trouvons conduits à des paradoxes apparents ; la raison alors, en suivant ses propres lois, se trouve en opposition avec elle-même; la thèse et V antithèse se trouvent également et irrésistiblement démon-

Ci) Crit. de la raison pure, p. 316.

(2) Ibid.y [i 399.

PHIIi^SOPHIE MODERNE. CHAP. XXV. 261

(rëes : Kant appelle cette illusion V antinomie de la raison (1).

Celles qui ont lieu lorsque nous commettons la méprise d'appliquer à la sphère des choses surnaturelles les lois , les proportions du monde sensible, à l'Être-Suprême, par exemple, les attribuls de la nature humaine : c'est V anthropomorphisme (2) .

Mais une des illusions les plus communes aux philosophes , une illusion trop peu remarquée, qui a exercé une influence très importante sur riiistoire entière de la science , que Kant a le mérite d'avoir aperçue avec la plus grande sagacité, d'avoir développée avec beaucoup d'art, c'est celle qui nous fait transporter et réaliser, dans les objets, les simples règles logiques de nos pensées. Sa philosophie entière est destinée à la combattre.

Il n'est point encore question de savoir si Kant, en discutant le principe de ces illusions , ne lui a pas donné une extension très exagérée , et n'a point employé cette analyse contre des vérités très positives; il suffit, pour le moment, de remarquer que Jà où ces illusions existent réellement, il a fourni des indications pour les découvrir.

Passons à l'ordre des vérités.

(i) Crii, de la raison pure , p. 432 , 595.

(2) Ibid,, p. 725, prolég., 173.

Ici , il y a quatre choses à considérer : leur certitude, leurs limites naturelles, leur réalité, enfin lesnoioyens de les multiplier dans la sphère soumise à Tempire de nos facultés.

« La vérité est logique, formelle, produite par le simple accord des connaissances entre elles, bu objective, matérielle^ par leur accord avec les objets (1).

»Dans ce dernier cas, elle est empirique si l'objet est sensible , ou méiaphysifiue si l'objet est surnaturel (2).

» On peut distinguer quatre degrés dans la force avec laquelle nous nous attachons à la vérité ou à son apparence : la persuasion, Vopinion, la croyance , la certitude enfin , qui seule constitue la science proprement dite.

» La persuasion n'est qu'une illusion (3) . Elle n'a §on fondement que dans la disposition particulière du sujet qui en jouit. Aussi, Tépreuve assu- ;:ée pour la reconnaître est de chercher à la comn^uniquer aux au très (4).

^* » Vopinion correspond à la vraisemblance. Ses

"^ fondements ne sont suffisants sous aucun des

deux rapports subjectif et objectif. Cependant elle

est plus que la persuasion : ce n'est pas encore

(i) Crit. de la raison pure , p. 82, 670, 848.

(2) /Wrf., p. il 4, 185, 269.

(3) ma,, p. 88.

(4) Ibid.y 1). 8iî).

PHILOSOPHIE MODERN£. ClIAP. XXV 253

la vérité complète , ce n'est pas une fiction. On sait au moins quelque chose de ce qui doit fonder la connexion du problème avec les données; la loi de connexion est certaine, quoique les données soient insufflsanLes. Il ne peut y avoir d'opinion que dans les choses d'expérience ; elle ne peut avoir lieu à l'égard des jugements déduits de la raison pure^ c'est-à-dire à l'égard des mathématiques , de la métaphysique et de la morale (1).

» Croire^ c'est admettre une chose comme vraie, par des fondements suffisants sous le rapport subjectifs insuffisants sous le rapport objectif (2).

» La croyance ne s'applique point aux choses théoriques et spéculatives; elle n'a lieu que sous le rapport pratique.

» Alors la croyance est un eflFet des conditions attachées au but que la raison pratique s'est prescrit,

» Si ce but est nécessaire , si la condition est nécessairement et absolument exigée par ce but, la croyance aussi est nécessaire : telle est celle dés^ vérités morales.

» Si la condition n'est nécessaire que relativement à l'esprit de celui qui agit , parce que tout autre moyen lui est inconnu, la croyance est prag^

(1) Crit. de la raison pure, p. 850, 8bl.

(2) Crit. de la raison prat,, p. 11.

264 HîST. COMP. DES SYST. DE PBIt.

matique : telle est celle du médecin en la rerta des remèdes qu'il administre (1).

• Il y a cependant une sorte de croyance doctrinale qui peut appartenir aux idées Iranscendantales, à celle de Dieu, par exemple; elle résulte de Futilité que cette supposition nous présente pour satisfaire aux besoins systématiques de la raison (2). Mais on ne peut tenir aucun compte de cette croyance dans Tordre spéculatif; elle n*a qu'une application pratique et subjective, pour donner une car-* taîne direction aux opérations de notre esprit, et favoriser la complète formation de la grande unité (3).

» L'épreuve de la croyance est dans rétendue des intérêts que l'on pourrait se résoudre à exposer réellement pour cette croyance , épreuve à laquelle ne résisteraient pas souvent des gens qui affirment avec beaucoup de force, et qui s'imaginent peut-être avoir une croyance dont ils sont fort éloignés en effet (4).

» La certitude, enfin, est une conviction dont les fondements sont également suffisants sous le double rapport objectif et subjectif (5). Elle est apodicti-

(1) Cffl. de la raison pure, p. 852.

(2) Voyez ci-devant, p. 247.

(3) Crit.de la raison pure y p. 8S5.

(k) Ibid,', p. 854.

(5) Ibid., p. 856, 857,

que ou absolue lorsqu'elle est associée à la conscience de la nécessité (1). »

Cette certitude apodictique ou absolue devient le sujet de Tune des prétentions les plus marquées et les plus singulières de l'école kantienne. Elle pense avoir le privilège exclusif d'établir , d'une manière incontestable, Incertitude apodictique des sciences mathématiques et de toutes les sciences à priori , parce qu'elle les fonde sur sel formes naturelles et nécessaires de nos représentations , savoir : les premières sur la forme de l'espace, les autres sur les notions discursives de l'entendement (2).

Nous avons vu qu'une des intentions principales du philosophe de Koenigsberg était de fixer d'une manière précise la limite de nos connaissances.

La conclusion de ses recherches est celle-ci : Nos connaissances réelles ne s'étendent point hors du domaine de t expérience (8)»

Il ajoute même que nous sommes dans l'impossibilité de déduire de l'expérience aucune connaissance qui ne puisse être à son tour l'objet d'une expérience au moins possible (F).

Ainsi, tout ce qui ne correspond point à une

(1) Prolég., p. 49.

(2) Ppolég.. p. 54. — Cri/, de Jn raison pure , p. ii7, 868, etc.

(3) CrU» de la raison pure ^ p. 729.

256 HIST. GOMP. DJ:S SYTS. DE PHIL.

expérience possible ne peut nous fournir l'objet d'une connaissance objective.

Toutes les grandes questions psychologiques, cosmoiogiques^ théologîques , c'est-à-dire, par exemple, Texistence du principe pensant, sa simplicité, son immortalité , sa liberté , le commencement du monde, la divisibilité de la matière à rinfini, Texistence de Dieu, ses attributs, etc., toutes ces questions sont dans ce cas , et ne peuvent prendre place dans Tordre de nos connaissances (1).

Le philosophe de Koenigsberg s'est longuernenl étendu sur ce sujet. Il a rassemblé, sur les questions cosmologiques et théologiques , une série de thèses et à' antithèses qui , suivant lui, prouvent le pour et le contre avec la même force, et produisent une de ces contradictions de la raison dont nous avons parlé à la page 250.

Après avoir ainsi converti toutes ces questions en paradoxes, il s'est délivré fort adroitement de l'embarras qu'ils pouvaient causer ; il s'est dispensé , par un seul mot , de la nécessité de résoudre les questions elles-mêmes, en disant qu'elles reposent sur une supposition fausse de l'esprit, savoir : que les idées qui les occasionnent puissent avoir une valeur objective (2).

(1) CriU de la raison pure , p. 662 , 731.

(2; Ibid.t p. 432, 595.

Ainsi, une solution quelconque de ces questîons est, suivant lui, hors de la portée de notre esprit.

« Il y a cependant des sciences à priori qui ne sont point fondées sur l'expérience , qui subsistent par elles-mêmes, telles que les sciences mathématiques , la physique pure ( Reine natur-ioissen* schaft), la philosophie pure^ \ei métaphysique enfln(l),

» Mais ces sciences n'ont précisément pour objet que les /orme* de nos représentations, les conditions générales et absolues de l'expérience, et de là vient le caractère de généralité, de nécessité qui leur appartient.

» Et comme les formes de la sensibilité, de l'entendement, de la raison, ne peuvent s'appliquer directement , immédiatement aux objets réels ; comme les formes de la raison ne peuvent servir qu'à opérer l'enchaînement des notions (2) ; comme les notions ou formes de C entendement ne peuvent s'appliquer aux objets que par l'intermédiaire des formes de la sensibilité (3) ; comme, enfin, les formes de la sensibilité sont elles-mêmes vides de réalité, tant qu'elles ne sont point remplies par les sensations empiriques ; il est visible qu'aucune des représentations pures qui forment l'échelle transcendantale, ne peut offrir, parelle-

(1) cm, de la raison pure , p. 3 ; prolég., p. 48, 71 .

(2) Voyez ci-dessus , p. 233.

(3) Voyez ci-dessus, p. 24-3.

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