‹ Histoire comparée des systèmes de philosophie, considérés relativement aux principes desChapitre 29 sur 32 · IV. 2G · texte numérisé non relu

IV. 2G

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fcieux Eberhard , qui a particuliêrétneht éclairé la théorie de rimagination et de rassocîation des idées; Jacobi, que les kantiens eux-mêmes regardent comme leur plus dangereux adversaire, et qui , en servant la cause de la philosophie , sait aussi la faire aimer; Mérian^ liibrt depuis peu , après avoir honorablement rempli pendant un grand nombre d'années une des places de secrétaire de TAcadémie de Berlin ; Âncillon , qui continue , dans cette illustre société , la chatne dont le premier anneau se rattache à Leibniz. Digne héritier d'un si grahd hotame, il montre, par son (exemple, que le but de la vraie philosô^ phie est de multiplier et non de détruire les vérités, qu'elle tire sa principale force de l'alliante des sentiments avec les priiicipes^ et que c'est parmi les âmes élevées qu'elle aime à chercher ses premiers adeptes.

L'académie que nous venons de citer, la seule de l'Europe qui consacre expressément à la philosophie une portion spéciale de ses travaux, a puissamment concouru par ses exemples et ses conseils à retenir le plus grand hombrfe des écrivains dans une utile direction; elle à opposé sofa autorité à l'influence de l'esprit de sécle ; le choix des problèmes qu'elle a posés a valu à la philosophie des solutions importables, et Ses Mémoires éclairaient la science ^^ar d'utiles observations, pendant que ses concours en indiquaient les besoins.

Un mérite qui appartient aux philosophes éclectiques de T Allemagne, c'est d'avoir, en cherchant à simplifier le système de facultés humaines et à lui donner un caractère d'unité, distingué cependant avec soin les facultés passives et les facultés actives, et mis en opposition les ca»ractères qui les distinguent , de la manière la plus lumineuse. Ils y ont trouvé le moyen d'unir forletoent les idées morales avec l'étude de l'entendement, de mettre dans tout son jour l'immortalité du principe pensant et la liberté de nos déterminations. En vain chercherait-on dans leurs travaux un prétexte à ces déplorables abus qui ont ailleurs affligé les amis du bien, lorsqu'on a vu ou attaquer la religion au nom de la philosophie, ou proscrire la philosophie au nom de la religion. Ils n'ont point séparé les intérêts des mœurs publiques, des intérêts des lumières ; ils ont fourni un nouvel appui à ces nobles titres de la dignité de notre nature, à ces sublimes garanties du bonheur des hommes , et l'art de penser, dans leurs leçons, n'a été, pour ainsi dire, qu'une grande introduction à la science de la morale. Noiis comptons avec une sorte d'orgueil au nombre des philosophes qui ont également servi cette cause, un prince qui les éclaire par ses écrits, en même temps qu'il les encouragé par ses bienfaits; qui, guidant par son exemple sur la route de la vérité et sur celle du bien, jjait également chérir l'un et l'autre, et que nous

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nous honorons de compter au rang de dos confrères.

L'Allemagne conservera également avec reconnaissance et respect la mémoire de deux moralistes qu'elle a perdus dans ces dernières années, Garve et Herder : Garve, l'apôtre et le héros de la patience^ Garve, qui, en observant le monde avec pénétration, ne l'étudia que pour* l'améliorer ; Herder, cet ami du bien, appelé le Féne- Ion de l'Allemagne, qui mérite une si honorable comparaison par l'élévation de ses sentiments, son amour pour l'humanité, et le caractère généreux , serein et pur, qui respire dans sa doctrine.

L'étude des facultés humaines n'a point d'application plus utile que l'éducation de l'homme. L'Allemagne est riche à cet égard : craignant de sortir du cercle qui nous est tracé, nous nous bornerons à indiquer les écrits de Gedike, de Seehale ; les Principes de l'éducation, de Schwartz et de Hermann-Niemeyer ; l'estimable traité publié sans nom d'auteur, en 1795, à Francforlsur-l'Oder, sur la culture de l'esprit, les moyens de l'entretenir, de la perfectionner, de la répandre. Nous acquitterons aussi la dette des amis de la jeunesse et de l'enfance envers Campe, dont les efforts soutenus ont donné d'utiles manuels pour toutes les méthodes de l'éducation, comme pour toutes les branches de l'enseignen^nt.

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On est généralement porté à croire que l'attention da public éclairé de TAUemagne et les eflForts de ses écrivains sont exclusivement concentrés dans les doctrines spéculatives, et la multitude des systèmes philosophiques dont elle a été en quelque secte inondée, a pu fournir un prétexte à ces préventions ; mais, dans un compte aussi Solemnel que celui dont nous nous occupons, nous saurons rendre plus de justice à cette nation, et aux hommes distingués qu'elle renferme. Cette obligation pour nous est d'autant plus sacrée que la liaison des études philosophiques aux travaux de l'érudition rentre plus particulièrement dans notre domaine. Si la philosophie est aussi une science expérimentale ( et elle a sans doute ce caractère), l'histoire doit être sa première école; l'histoire des opinions l'éclaire sur la marche de l'esprit humain ; l'histoire des mœurs l'éclairé sur la théorie des passions et des devoirs ; l'histoire, étudiée sous ce point de vue, doit aux Allemands, depuis vingt ans, les plus nombreuses et les plus profondes recherches.

Il n'est d'abord aucune nation de l'Europe qui ait réuni un ensemble aussi complet de travaux sur l'histoire de la philosophie. Les services que lui ont rendus les écrivains allemands ne se bornent point à une critique savante et approfondie des écrits de rautiquité, à une analyse sévère et judicieuse des systèmes et des doctrines

qui ODt VU le jour dans les divers âges : leurs travaux se recommandent encore par le soin avec lequel ces matériaux pnt été classés et mis en ordre, par les efforts qui out été faits pour développer et l'origine et l'influence des divers systèmes, les caractères distinctifs de chacun d'eux 9 leur enchaînement ou leurs contrastes. Nous placerons au premier rang l'Histoire générale de Tiedemanq, dont le mérite est encore relevé par des rapprochements lumineux entre le tableau des institutions, de^ moeurs, et celui des opinions philosophiques; celle de Tennemann, où les doctrines de l'antiquité se trouvent développées d'une manière plus complète et plus méthodique que dans aucune autre; THistoire plus abrégée, mais sage, impartiale et Judicieuse , dont Eberhard est l'auteur ; les Vélangea de FûUeborn, remplis d'aperçus neufs çt profonds , qui font vivement regretter la perte prématurée d'un écrivain aussi distingué ; les recherches de Platner, où les opinions anciennes sont comparées d'une manière sommaire, mais avec la sagacité la plus remarquable; les ouvrages de Buhle , estimables par la méthode et par le soin que l'auteur a eu d'indiquer fidèlement les sources; ceux de Bardili, de Gurlîtt, et parmi les travaux partiels, les savantes dissertations de Heyne , l'Histoire du scepticisme de Staudling, les dissertations contenues dans le Magasin de Hismann; enfin, les Sommaifds de

MeineFS, guides précieux pour ceux qui se livrent à ces recherches.

S' élevant ensuite à un point de vue plus étendu, et saisissant la-^vaste chaîne qui unit Tétat des mœurs avec le développement des idées au sein des nations, les écrivains allemands ont traité l'histoire générale des sciences, des arts, des niœurs, des institutions et des langues, dans les rapports qui les unissent ; en un mot* comme ils Y ont dit eux-mêmes, l'histoire de l'humanitq. Si ce sujet ne leur appartient pas exclusivement! du moins l'ont-ils traité d'une manière qui leur est propre, l'ont-ils embrassé avec une émulation dont l'exemple fi été donné par leurs écrivains les plus distingués , Herder, si justament honoré et regretté en Allemagne, Meiners, Reinbard^ Mayer, Jenisch , Eichorn , Iselin, Tetens, Tîedemann, etc. Une Société qui jouit dans toute l'Europe d'une juste et noble réputation, la Société royale de Gœttingue, s'est réunie presque entière pour tracer l'histoire universelle des sciences et des arts, espèce d'encyclopédie qui suivra progressivement, dans tous les temps, le recensement des connaissances, ainsi que nous en formons le tableau pour une époque déterminée.

La philosophie a conservé généralement, en Angleterre, un caractère distinctif qu'elle tient autant de l'influence exercée par Bacon, Locke et Shaftesbury, que du génie de la nation. Moins

portés que les Allemands aux théories spéculatif ves , la plupart des écrivains anglais ont considéré la philosophie comme une science qui repose sur l'observation et qui doit se terminer à des résultats pratiques. Ils se sont attachés à étudier les faits, & les mettre en ordre , à les généraliser, et à chercher les applications utiles. Si cette marche prudente les a privés quelquefois des succès qui appartiennent à la hardiesse des abstractions, elle leur a permis de recueillir des fruits plus appropriés aux besoins de la société humaine.

Ce n'est pas que le siècle dernier n'ait vu les esprits partagés aussi, en Angleterre, entre divers systèmes spéculatifs, l'idéalisme de Berkeley, le matérialisme de Priestley , le scepticisme de Hume, l'hypothèse de Hartley sur le principe d'association, liée de près à la doctrine de Stahl. D'autres hypothèses ont été tentées pour expliquer les déterminations de la volonté par des caractères mécaniques, et la loi du devoir par des caractères étrangers aux principes de la moralité; hypothèses produites, développées avec beaucoup d'art, soutenues, au défaut de preuves solides, par le secours d'une dialectique exercée, et mêlées souvent, au travers des erreurs, d'observations neuves et judicieuses sur les opérations de l'esprit ou sur l'étude du cœur humain. Chacun de ces systèmes conserve encore aujourd'hui un certain nombre d'adhérents et de dé-

fenseurs; mais la lutte qu'ils ont excitée a peutêtre enfin contribué, par une sorte de lassitude et d'irrésolution, à l'indifférence que la plus grande partie du public anglais témoigne aujourd'hui pour les recherches philosophiques.

Cependant une école célèbre entretenait le feu sacré, conservait et développait par de glorieux travaux tout ce que la philosophie peut offrir de plus nobles et de plus précieuses vérités. L'école d'Ecosse faisait revivre les pures doctrines des sages de l'antiquité, enrichies des lumières modernes. Reid, Oswald, Beattie, opposaient àTidéalisme et au matérialisme , au doute systématique (conséquence presque inévitable de l'un et de l'autre ), l'autorité de ces vérités primitives, de ces faits d'intuition , qui sont pour tous les hommes la source des connaissances, et qui ne sont point sujets à être démontrés, précisément parce qu'ils sont la base nécessaire de la démonstration. Hutcheson faisait prévaloir sur le code insuffisant d'une morale déduite du calcul de l'habitude ou des conventions, la voix éternelle et sacrée de la nature , qui , parlant au cœur de l'homme lorsqu'il ne se refuse pas à l'entendre, lui annonce sa destination et ses devoirs; doctrines peu ambitieuses sans doute , mais qui se recommandent par leur simplicité et leur sagesse , qui donnent des bases solides aux deux biens les plus précieux de la terre, la vertu et la vérité, et qui préviennent le retour des subtilités oiseuses

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dans lesquelles ou s'égara trop souvent par la manie de subordonner au raisonnement les notions élémentaires.

Ces doctrines ont reçu , pendant les vingt dernières années, de nouveaux appuis et des perfectionnements très sensibles par les soins des dignes continuateurs de l'ccole écossaise. Les ftjiis primitifs d'intuition ou de sentiment que la philosophie est appelée, non à prouver, mais à reconnaître et à développer , pqt été mieux définis et déterminés avec plus de précision ; la génération des vérités subordonnées, l'analyse des opérations de l'entendement, la tjiéorie des affections et des devoirs, ont été éclaircies de jour en jour. Le célèbre auteur de la Richesse des nations et de l'Analyse des sentiments moraux, alégtjéaprès lui à la philosophie des fragments du plus haut prix , recueillis et publiés par une main amie, fragments qui sont comme autant de traités abrégés, mais profonds , sur la marche de l'esprit humain, l'origine des systèmes et les notions fondamentales d'une saine métaphysique. R^i^^^ Beattie, deux des lumières de cette science, vivaient encore au commencement de la période que nous embrassons. Le premier venait de pnblier son traité On active powers , complément d'une théorie qu'on pourrait justement appeler le Code du bon ^ens. Il avait achevé de détruire l'antique opinion des philosophes sur le caractère d'images ou d'empreintes attribué à nos sen-

satîons,en distinguant l'impression reçue, du jugement d'extériorité qui vient s'y joindre. Le second a continué jusque vers la fin du siècle ses travaux sur la philosophie morale , la théorie du langage et les fondements de la vérité. Ferguson a cherché dans une morale saine et pure les éléments des sciences politiques, et avec le même fla^nbeau dont il a éclairé l'histoire des nations et la législation civile, il a mis au jour les lois constitutives de notre nature, les mouvements de la sensibilité, le mécanisme de l'habitude , le jeu des facultés humaines, et observé la marche progressive de l'esprit humain. M. Dugald Stewart, l'aïiii, le disciple, et en quelque sorte l'héritier de ces grands hommes, a ordonné , continué, complété leur ouvrage , et, par un privilège bien rare, il voit de son vivant ses écrits devenus presque classiques dans ga patrie, La philosophie morale, soumise ps^r lui à la méthode de Bacon, à une classification judicieuse , à un rigoureux enchaînement, achève de prendre son rang parmi les sciences positives. Les lois de l'attention , de la mémoire, de l'imagination, celles de l'association des idées et des habitudes intellectuelles , reçoivent de lui des principes simples et des applications fécondes. 11 prête de nouvelles vues à l'antique étude des causes de nos erreurs , recueille de nouvelles observations sur les phénomènes de la folie et des songes. 11 expose surtout, dans toute Içur étendue, et l'utilité et le danger des

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notions abstraites et générales, leur utilité dans toutes les branches des connaissances, leur danger particulièrement dans les sciences politiques, conciliant ainsi deux inaiimes qui^ pour avoir été ou imparfaitement connues, ou séparées Tune de l'autre, ont occasionné successivement ou les écarts d'un dogmatisme aveugle, ou les retards d'un empirisme stérile : deux maximes dont la réunion doit fournir les plus précieux secours au perfectionnement et au progrès de l'esprit humain.

Le docteur Hutton a tenté de nouvelles recherches sur le principe des connaissances humaines et l'étude de la sagesse. Il a essayé de s'ouvrir une route entre la doctrine de Berkeley et celle de Hume, en expliquant commentseforment artificiellement en nous-mêmes les idées des propriétés que nous attribuons au corps , et comment l'activité de l'esprit, excitée par la sensation, obtient sur les causes qui l'ont produite des lumières que la sensation même ne pouvait fournir. Les explications qu'il a présentées ne nous paraissent pas avoir donné une solution satisfaisante ; mais elles servent du moins à éclairer un des problèmes les plus difficiles qui aient occupé la sagacité des philosophes. Qu^^" que le traité de Malthus sur la population appartienne par ses résultats aux sciences politiques, on peut regarder le développement de ce principe nouveau et fécond coumoie une pr^

cieuse acquisition pour la pliilosophie morale.

Si l'école d'Ecosse professe une doctrine à peu près uniforme. Ce n'est point l'effet d'un esprit de secte; son enseignement n'est accompagné d'aucun de ces prestiges , d'aucune de ces formes d'initiation, que trop souvent les auteurs de systèmes ont employés pour retenir leurs partisans dans une dépendance aveugle. L'amour de la vérité a fourni le lien qui unit ces écrivains , et ils se sont accordés, parce que des communications assidues leur ont donné le moyen de se bien entendre. On a pu trouver quelque chose de trop vague dans les termes de sens commun , d'insiinct moralj qu'ils ont employés pour désigner la faculté donnée è l'homme de percevoir immédiatement les vérités primitives, et de reconnaître , par un sentiment qui lui est naturel, les lois de la moralité ; mais on leur doit cette justice , qu'ils ont , dans l'une et l'autre branche de la philosophie, posé sagement la limite où doivent s'arrêter les analyses de l'esprit humain , et qu'ils ont ainsi rendu à la raison , au sein du vague des spéculations, le point d'appui qu'elle demande pour élever l'édifice des connaissances humaines.

De même que Hartley avait combattu le principe du sens commun , quelques écrivains anglais ont aussi, dans les derniers temps, attaqué le principe de Yinsiinct moral, et, par divers motifs, se sont efforcés de replacer les idées du juste et de Tinjusie au nombre des notions artificielles. Ainsi

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Thomas Cogau , en soumettant, dans son traité des passions, à l'analyse de la raison et à une sorte de classiQcation ou nomenclature méthodique, les affections du cœur humain, n'en indique la source que dans Tamour de soi-même et l'état de société. Ainsi Priestley, lorsqu'il anéantissait, avec le libre arbitre, la condition nécessaire de toute moralité, cherchait dans la révélation la sanction, l'appui qu'il avait refusé de lui assigner dans la nature. Ainsi W. Paiey , dans ses Essais de morale et de politique, si éminemment recommandables d'ailleurs par la sagesse des corollaires et la pureté des intentions , a cru prêter une nouvelle force aux idées religieuses et assigner au code de la morale une origine plus relevée, en faisant dériver exclusivement d'un système de peines et de rémunérations éternelles tous les motifs de nos devoirs, sans remarquer qu'une telle doctrine pourrait donner quelque force, ou du moins quelque prétexte, aux écarts d'un aveugle enthousiasme ; qu'elle enlèverait à la religion elle-même un des plus nobles témoignages qu'elle reçoit , celui qui résulte de l'accord de ses préceptes avec la morale naturelle. Loin de nous cependant la pensée de méconnaître les puissants secours que cette morale reçoit des sentiments religieux, et le caractère d'élévation que celte alliance lui donne. Considéré sous le rapport pratique , l'ouvrage de Paley sera donc encore très utile. Nous ne pouvons malheureusement

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trouver la même excuse pour celui de Beutham, qui, en aspirant à fonder sur la morale Fensemble de la législation civile , a tenté de reproduire cette Vieille opinion des sophistes , si éloquemment réfutée par les sages de l'antiquité, qui fait dériver l'honnête de Futile , ou plutôt subordonne lé premier au second ; qui donne l'intérêt de l'individu pour règle de là morale pi*!vée , et l'intérêt du plus grand nolhbre pour règle de la morale publique , doctrine qui, soùs Tappareil dogmatique dont elle s'ienvironne , ne peut conduire l'homme qu'à l'égoïsme, les États qu'à un machiavélisme funeste, et qui égarerait à la fois le législateur et le moraliste.

Contraints de marquer ici les erreurs de quelques systèmes à côté des découvertes , pourrionsnous taire les écarts auxquels Godw^in a été entraîné par la manie de l'originalité ou plutôt de la bizarrerie, lorsqu' affectant de prétendre à être le Jean- Jacques de l'Angleterre, il n'a emprunté de son modèle que la censure exagérée des institutions sociales , et l'a portée bien plus loin encore ; lorsque, dans ses aveugles critiques , il a semblé se faire un art d'attaquer tout ce qu'il y a de respectable, abusant d'un talent qui serait quelquefois digne d'une meilleure cause? Pourrionsnoiis laine les paradoxes de lord Monboddo, qui avait éclairé de quelques vues utiles l'histoire du langage , mais qui a défiguré par des rêves absurdes celle de l'espèce humaine? Au reste, To-

pioion que nous exprimons ici est celle da public éclairé de r Angleterre.

Les progrès que les sciences physiques ont obtenus dans le sein de cette nation n*ont pas été inutiles à la philosophie. La théorie de la vision, qui doit beaucoup , comme on sait, aux travaux de Priestley, a été enrichie par Dalton de remarques précieuses sur la manière de voir les couleurs; la théorie de l'instinct est redevable de vues nouvelles au petit traité, par Adam Smilb» sur les sens externes, et à la Zoonomie de Darwin , dont les aperçus hardis, quelquefois féconds, portent cependant trop souvent le caractère d'une hypothèse arbitraire.

La théorie du beau , cette portion brillante de la philosophie morale , cultivée aujourd'hui avec tant d'émulation en Allemagne, a vu éclore dernièrement en Angleterre un système nouveau.

Burke, en essayant, sur les traces de Hogarlh, de fixer les caractères des notions que nous attachons au sublime et à la beauté, a restreint les premiers à ce qui est terrible en soi ou lié à des objets terribles, les seconds a ce qui excite, mais dans des limites étroites et dans de faibles proportions, des sensations agréables et des dispositions bienveillantes. Il fait naître le sublime et le beau des deux principes qui, suivant lui, servent d'objet à toutes nos passions , la conservation de nous-mêmes et de la société. M. Uvedale Price a cru rectifier ce que la seconde de ces deux analy-

ses avait de trop incomplet, en introduisant un troisième caractère auquel il a donné le nom de pittoresque, et qu'il fait consister dans la complication et la diversité. Cette théorie, dont le talent de Burke n'a pu déguiser la faiblesse, a été combattue avec succès, en particulier par Reynolds; mais elle a appelé des discussions utiles à la philosophie des beaux -arts, et, quoique suivant une fausse route, son illustre auteur a fondé sur la connaissance du cœur humain et les lois de l'imagination , ces maximes profondes qu'il avait su mettre en pratique d'une manière si brillante dans la carrière de l'éloquence.

Nous ne saurions trop le répéter, une d^s branches par lesquelles la philosophie se rapproche davantage de son véritable but, c'est l'exposition de la morale pratique, exposition qui longtemps même, et principalement chez les nations orientales, fut presque la seule philosophie. Plusieurs écrivains anglais l'ont cultivée avec un zèle honorable. Dans le nombre, nous nous plaisons à indiquer Aikin, Wilber force , Gisborne, miss Anna Moore, M. Edgeworth, missEdgeworth, sa fille, Morrice , etc. , qui ont recueilli , développé les préceptes propres à chaque ordre de nos actions, à chaque condition de la société; qui ont appliqué les leçons de la morale au premier des arts, à l'éducation. Il nous sera permis sans doute de placer au nombre de ces moralistes estimables l'illustre Blair , devenu le modèle comme

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