‹ Histoire comparée des systèmes de philosophie considérés ..., Volume 5Chapitre 18 sur 19 · HIST. COUP. MS STST« M PEU · texte numérisé non relu

HIST. COUP. MS STST« M PEU

» les idées elles-mêmes. Aristote s'est donc égaré » quand il a placé en nous, et non en Dieu, les f idées objectives, et quand il a refusé aux ouvra- » ges de la nature le caractère de Fart. L'idée de »Dieu étant la cause des choses, la nôtre n'étant » que leur effet, Platon a été fondé à établir qu'il

• y a des idées^ et qu'elles sont la cause de la gé- »nération et de la science. Sans les idées^ Dieu » n'eût pu créer les choses suivant des règles et » des formes certaines, et ces choses ne pourraient

• s'imprimer dans notre entendement par leurs » similitudes. Mais Platon erre à son tour quand » il prétend que les idées comprennent seulement

• les espèces, et non les individus et les acci-

• dents (1).»

« Les choses sont vraies en tant qu'elles sont Inadéquates à l'entendement divin duquel elles

• tiennent l'être. Tout est vrai dans la nature;

• la vérité n'est que l'entité. Il y a une vérité du » signe , et une vérité du signifié. La première

• est relative à l'être de raison; la seconde à

• l'être réel (2).» Ici, on reconnaît de nouveau que Campanella avait aperçu la distinction essentielle de la vérité de fait et de la vérité logique, distinction qu'il a négligé de développer, comme tant d'autres germes utiles semés au hasard dans ses écrits.

(1) Metaphps,^ pars II, 1. XllI, c. 1, art. 4.

(2) Ibid., I. VI, c. XV, art. 1, 2.

Campanella va quelquefois jusqu'à emprunter aux mystiques les maximes qui prêtent la plus haute puissance à la contemplation, c L*âme, dit- » il, conçoit les idées universelles et éternelles, » non pas seulement dans les objets particuliers, » mais dans leur source même, c'est-à-dire dans » la notion de la Divinité (1). »

Qu'on ne s'étonne plus maintenant de voir Campanella embrasser en partie les théories des néoplatoniciens^ adopter leur distinction fondamentale par laquelle ils assimilent l'intelligence à la lumière, ranger sérieusement l'astrologie, la divination, la magie, au rang des connaissances positives, consacrer une branche de sa métaphysique rationnelle aux attributs et aux facultés des substances angéliques.

Les mêmes vues , les mêmes amalgames, les mêmes contrastes se retrouvent dans ses questions physiologiques , dans sa dialectique , dans son traité de sensu rerum. Ajoutons seulement, dans l'intérêt de sa gloire , qu'il entreprit une apologie de Galilée.

Imitant Aristote, alors même qu'il le combat sans cesse, qu'il aspire à le rectifier, à le surpasser, il a voulu, comme lui, donner des lois à la grammaire, à, la rhétorique, à la poétique, à la politique, à la science économique. Aussi, àl'exem-

(1) ^elaphvi,, pars III , 1. XIV , c. IV, art. 2.

pie des anciens , ses regards se portent-ils souvent 3ur la coordination des sciences et les rapports qu'elles ont entre elles. Le système qu'il a adopté pour leur classification encyclopédique n'est pas indigne d'attention. L'idée que nous allons en donner complétera et résumera tout ensemble l'esquisse de ses vastes travaux.

f Le mensonge et l'erreur sont le partage de » l'homme. Dieu seul est vrai, et celui qui aspire à 3» la vérité doit se diriger vers le pf emier, le seul » maître, vers Dieu. Or, Dieu instruit l'homme

* par deux genres de leçons : il déroule à nos yeux, » comme une sorte de livre, le tableau des êtres » qui sont son ouvrage; il se manifeste par la ré- » vélation religieuse. Les premières s'étendent, se

• généralisent, s'appliquent par l'induction; les « secondes nous découvrent des vérités physiques » ou surnaturelles auxquelles nos sens ne pou- » valent atteindre, si ce n'est,'d'une manière im- » parfaite, à l'aide des causes , des signes ou des «effets : elles se transmettent soit aux sens exté- » rieurs, soit au sens intérieur, soit à l'intelligence » {mens) que nous avons reçue de Dieu (1). »

a Le fondement de toute science est l'histoire, » puisque toute science commence. Or, il y a deux » genres d'histoire, l'une divine, l'autre humaine; » et la seconde, à son tour, se partage en deux

(!) Metaphys. proœmium.—De Gentilismo non retinendo, p. ^S.

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«branches, l'une naturelle, Tautre morale. De là » deux sciences principales : la théologie et la mi » crobgie. » On voit que Campanella avait conçu ridée démettre un terme aux controverses nées de la confusion de ces deux ordres de connaissances, en les séparant par des limites fixes et précises. Aussi, combat-il l'opinion accréditée dans son temps , que « ce qui est vrai en philo- » Sophie peut être faux en théologie. »

« La première branche de la micrologie , dit-il , » c'est-à-dire la physiologie, comprend la méde- » cine, la géométrie, la cosmographie, l'astronomie » et l'astrologie ; les mathématiques lui servent » d'instrument. La seconde branche, ou la morale, » comprend l'éthique, la politique, l'économique, » et la logique comme instrument. » Ajouteronsnous que Campanella admet la magie comme une classe particulière, et la sous-divise en naturelle, diabolique etangélique (l)î

Dans le chapitre trop incomplet qui termine sa grammaire, Campanella ébauche rapidement quelques principes sur la création d'une langue philosophique.

Campanella était contemporain de Bacon; il était même né Sept ans plus tard et lui survécut treize années; mais il ne connut point les ouvra-

(\) Metaphys,, 1. V, c. 11, art. 2.

ges de raïustre chancelier d'Angleterre, et îl lui est antérieur dans Tordre des conceptions philosophiques. Il eut le mérite de sentir souvent ce qui restait à faire, mais le tort de tenter une entreprise au-dessus de ses forces. 11 a laissé beaucoup de vérités fécondes, sans tirer parti de leur fécondité. Sa raison et son imagination étaient dans une sorte de lutte violente et continuelle ; la première posait des règles, des limites; la seconde violait les unes et franchissait les autres.

Uécole d'Italie , qui la première avait ressuscité les doctrines de l'antiquité, fut donc la première aussi qui donna le signal du retour à une philosophie indépendante. Ce n'étaient encore que des essais, il est vrai ; ces essais furent peu nombreux ; ils furent surtout peu heureux, parce qu'ils furent mal dirigés. Il est cependant digne de remarque qu'ils renfermaient les germes épars et informes de plusieurs systèmes qui se développèrent plus tard; il convient de remarquer aussi que, dans ces premières tentatives pour l'affranchisse* ment de la science, les novateurs dépassèrent souvent les limites. Ils ne parurent pas même son* ger qu'il y eût, en effet, des limites.

Cette faute ne fut point celle d'un Allemand dont le nom mérite d'être tiré de l'oubli et d'être rangé parmi ceux des premiers penseurs qui tentèrent de rétablir la philosophie sur de nouvelles bases. Nicolas Taurellus, né en 1547, avait d'abord étudié la théologie à Tubingue ; mais

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il se lifra ensuite à l'étude de la médecine qu'il exerça à Bâle. Son àme connut le noble sentiment qui seul pouvait rendre à la philosophie une juste indépendance : en lui respirait cet amour de la vérité, qui doit être le premier trait du caractère du sage. Cette bonne foi sincère lui fit comprendre quels étaient alors les premiers besoins, les besoins essentiels de la science. Il secoua avec hardiesse le joug qu'Aristote imposait alors à tous les esprits. II releva la dignité de la philosophie en rappelant à ceux qui la cultivent que leur devoir est de penser d'après eux-mêmes, qu'ils doivent chercher la science, non dans les livres, mais en eux-mêmes (1). A ces déclarations, qui parurent alors si téméraires, il joignit en même temps une réserve et une prudence încon* nues à ceux-là mêmes qui blâmaient sa hardiesse^ Il se demanda quête étaient les forces de l'es* prit humain, les droits de la raison et l'étendue du domaine assigné à son empire (2). Depuis qu'Aristote était mieux connu, et que, tout en le révérant comme le suprême régulateur de la science humaine , on avait été forcé de s'avouer qu'il n'était pas en accord sur tous les points avec les dogmes de la foi chrétienne, on avait contracté l'usage d'admettre , dans les exercices

J (1) Pliilosophîœ triumplius , p. I , 2, 3.

(2) De œtetnitate rerum, pTrefalîo, p. 2 et 9.

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académiques des écoles, que ce qui était philosophiquement vrai pouvait se trouver théologiquemeut faux, et réciproquement : maxime fort commode, en effet, pour ceux qui disputaient. Taurellus avait trop de droiture pour souscrire à une distinction semblable. Il s*étonna que des théologiens pussent autant se complaire dans des systèmes philosophiques contraires à leur croyance religieuse. A ses yeux , il ne pouvait y avoir qu'une seule vérité. En se répandant, en se déployant dans des régions différentes, elle doit rester fidèle à elle-même. Taurellus partit de ce principe, que la théologie et la philosophie ne peuvent se contredire , et il se proposa de fixer les limites du domaine propre à Tune et à Tautre. Il n'hésita point à proclamer que les vérités théologiques, don de la révélation, doivent d'abord être mises hors de doute et planer au-dessus de toute science humaine. Mais la philosophie peut-elle se constituer légitimement? Quelle est sa source? Si l'autorité préside nécessairement aux matières religieuses, elle n'est qu'un obstacle à la marche de la raison dans les matières philosophiques. « La philosophie est la » connaissance des choses divines et humaines, ac- » quise par la puissance de concevoir innée en nous- » mêmes , et par un enchaînement certfiin de dé-

• ductions. Concevoir le vrai, tendre au bon, sont

• les effets propres de l'âme; choisir le mal et » tomber dans l'erreur ne sont pour elle que des

«accidents (1). » Taurellus reproche à Aristote de ne pas avoir assez reconnu la part que l'âme prend, par sa propre activité, à l'acquisition de ses connaissances. Lui-même a jeté sur ce sujet si important quelques regards qui ne manquent point de sagacité ; cependant il n'aperçut point ou il négligea d'indiquer jusqu'où cette coopération de l'activité propre de l'âme s'étend dans l'ordre de ses perceptions. • L^âme huiliaine, dit- » il , ne saurait jamais être comparée à la toile » d'un peintre , à la table rase d' Aristote , puis- » qu'elle est incorporelle ; elle ne ressemble point

• a une cire molle qui reçoit passivement l'em- » preinte des objets. Ce que l'âme peut atteindre » par la pensée devient sa propriété véritable. La

• pensée n'est point, comme la sensation, un état » passif; elle est le produit de l'âme, et non une

• modification qui l'affecte, comme la douleur 9 qu'elle éprouve. » Taurellus combat , mais par de faibles raisonnements, le grand et célèbre principe d' Aristote, qu'il n'y a rien dans l'entende-' ment qui n'ait été dans la sensation'^ ou plutôt l'opinion qu'il oppose à Aristote diffère peu, au fond, de celle de ce philosophe. » L'âme, dit-il, est » elle-même l'origine de toute science, mais en ce

• sens qu'en elle est une puissance, une faculté » de comprendre tout ce que Dieu a soumis à sa

(1) rh\\osoph\(f Iriumphidi, p. 1 , 2, 42.

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• connaissance; Les principes et les raisonne-

• ments sont la voie et la méthode par lesquelles

• elle exprime ce qu'elle fait. La science, en ce » qui constitue sa forme et sa matière, n'est point

• une réminiscence; elle n'appartenait point à

• l'âme avant sa réunion avec le corps; mais la » science simple, en ce qui concerne sa fin la plus » absolue, était cachée, ensevelie en nous-mêmes, » et ne fait que se découvrir au grand jour. Ce- » pendant c'est à l'aide des images et des înduc- » tiens que la science se produit dans l'âme; car

• c'est avec le secours des unes et des autres » qu'elle considère les choses extérieures ; elle les

• emploie comme des signes qui lui découvrent » la substance ^e ces choses. La vue et les autres

• sens nous proposent les individus , qui sont les

• premiers objets de nos connaissances et dont la

• présence excite notre activité individuelle (1). » L'âme intelligente conçoit de la même manière

• que l'âme sensible voit les objets (2). »

En se proposant de séparer d'une manière précise les deux domaines de la philosophie et de la théologie, Taurellus considère la première comme une préparation à la seconde ; il considère aussi celle-là comme devant servir d'instrument à celleci. Mais, après avoir conçu un dessein aussi louable , il est bien loin de remplir l'espérance qu'il

(i) PhUnaophiœ triimphuB ^ p. Cl , 69.

(2) Ibid,, \^. 210.

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avait fait naître. <• La théologie, dit-il, repose »sar la foi, la philosophie sur la science; lapre- » mière invoque l'autorité ; la seconde, les prin- » cipes, La première est une révélation de la vo- » lonté divine ; la seconde est la connaissance de » la puissance et des autres attributs de la divi- » nité. La science n'embrasse que les choses né- »cessairesj éternelles; ce qui dépend d'une vo- «lonté libre ne peut être que révélé. » Bientôt ces limites, que le médecin bâlois s'était flatté d'établir, disparaissent; les deux domaines se confondent ; le prétendu triomphe de la philosophie, annoncé avec tant d'éclat, n'est plus qu'une véritable défaite suivie d'une nouvelle captivité. Taurellus le déclare lui-même et s'en applaudit. C'est dans les points de vue delà théologie qu'il se place pour combattre les principes d'Aristote sur la physique générale ; c'est pour appuyer les vérités de la foi qu'il construit sa métaphysique; il veut démontrer par le simple raisonnement les mystères eux-mêmes. Il composa un ouvrage tout exprès pour ramener la métaphysique d'Aristote au type de la doctrine chrétienne (1). « La phîlo- » Sophie, dit- il, trouvant l'homme corrompu, » atteint de la dégradation qui est la suite de la » chute du premier homme , ne peut que recon- » naître et proclamer le besoin d'une révélation

(1) Synopsis Aristolelis metaphysicei, etc., UBïiowix, i596, iii-S®.

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» immédiate qui répande sur la terre la lumière • divine (1). » Tant de zèle pour les intérêts religieux ne put cependant mettre Taurellus à Tabri des accusations d'hérésie, de socinianisme , et même d'athéisme. L'indépendance d'opinions qu'il professa, l'ardeur et la constance qu'il porta dans la critique des doctrines aristotéliques , excitèrent contre lui un cri général ; ses amis eux-mêmes le taxèrent d'imprudence ; il fut persécuté.

Plus on examine les diverses entreprises successivement tentées dans le xvr siècle, pour rendre à la philosophie quelque indépendance, moins on s'en, trouve satisfait. Ces entreprises ressemblent à une sorte de soulèvement contre la philosophie d'Aristote, plutôt qu'elles ne constituent une véritable réforme. Il était naturel que les esprits doués de quelque énergie, qui avaient le sentiment de la dignité de la raison humaine, s'indignassent en effet de voir la science ainsi as- . servie à l'autorité d'un seul homme, et qu'ils aspirassent à f honneur d'affranchir la philosophie. Mais ce n'est point par un examen impartial, par une critique judicieuse et méthodique des doctrines ou des méthodes du Stagyrite, qu'ils essaient d'opérer ce'tte délivrance. Les raisonnements qu'on lui oppose ne sont point empruntés à une saine

(i) Philosophiœ Iriumjfhus, p. 212, 290.

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logique. On veut le décrier, le proscrire, plus qu'on ne se montre habile à le juger. Aussi, les nouveaux systèmes qu'on prétend introduire sont-ils bien inférieurs en solidité, comme en utilité, à cette vieille doctrine aristotélique, si sage, si grande et si bien ordonnée, même au milieu de sesimpierfectionset de ses lacunes. On n'aperçoit dans ces tentatives aucun but déterminé; on n'y puise rien d'utile pour la direction de l'esprit ou pour l'amélioration des mœurs. Ces premiers réformateurs ressemblent à des esclaves qui ont subitement rompu leurs chaînes, qui courent çà et là au hasard , empressés à jouir de leur liberté , sans savoir encore en faire usage. Il ne subsiste rien aujourd'hui de tant de travaux qui répandirent quelque éclat avant Descartes et Leibniz , si ce n'est des germes qui se sont développés plus tard dans l'un ou l'autre de ces deux derniers philosophes, et si ce n'est aussi les instructions que l'histoire de l'esprit humain peut recueillir de ces exemples.

La première et la plus précieuse de ces instructions est celle qui nous montre , dans Timpuissance môme de ces premiers efforts , l'une des conséquences inévitables qu'entraîne un asservissement trop aveugle et trop prolongé à l'autorité, dans ce qui appartient au domaine de la raison. Le véritable génie inventif ne se fait point jour au milieu d'un tel genre d'habitudes; il ne se produit point par des efforts isolés, par des secousses subites et tumultueuses ; il demande un certain

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concours, une certaine préparation, une certaine suite dans les essais ; il veut être secondé par une disposition générale des esprits ; il a besoin de trouver la raison humaine déjà en possession de son indépendance, accoutumée à en jouir comme d'un droit naturel, avec paix, sécurité, régularité. On peut comparer les effets de cet asservissement philosophique à ceux de la servitude politique qui, trop souvent, rend ceux sur lesquels elle pèse incapables de recueillir, du moins dans les premiers temps, les bienfaits de la liberté.

Combien d^autres enseignements salutaires n'aurons-nous pas à puiser dans ces écarts des premiers réformateurs I Ils veulent réformer la science, et ne s'occupent point d'examiner quelles ont pu être les causes réelles des erreurs de ceux qui les ont précédés. Ils veulent apporter le remède, et ne se sont point appliqués à déterminer la nature du mal. Ils veulent créer de nouveau la science, et ils ne se sont demandé ni quelles sont les bases sur lesquelles elle peut reposer^ ni quel est le but vers lequel elle doit se diriger, ni quelles sont les limites qui lui sont marquées, ni quelles sont les sanctions qu'elle doit invoquer. Ils veulent renouveler le système de nos connaissances, et ils s'ignorent eux-mêmes ; ils n'ont point interrogé leur propre entendement, étudié la nature, la marche de ses opérations. Ils veulent être créateurs, et ils ont négligé de s'armer des instruments convenables , et ilsr n'ont pas aperçu qu'il

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fallait , avant tout , étudier et perfectionner l'art des méthodes.

Des tentatives aussi mal conçues, aussi désordonnées, ne pouvaient que fortifier encore le despotisme qu'elles prétendaient combattre ; elles discréditaient toute innovation ; le crédit de l'aristotélisme , loin d'être ébranlé , s'accroissait par ces comparaisons. Ce n'était pas, d'ailleurs, par de simples théories spéculatives , eussent-elles même été plus séduisantes et plus spécieuses, que l'enseignement établi pouvait être ébranlé. Il fallait des armes d'une autre trempe, il fallait des témoignages irrécusables, propres à frapper tous les esprits par leur évidence (B).

NOTE A

Ginguené suppose {Hist. litt, d'Italie, tom, vu, page 630) que ce que Brueker a trouvé de plus étonnant dans Jordan Bruno , c'est que celui-ci ait clairement enseigné le système de Copernic et les conséquences^ de ce système. Puis il ajoute : « Mais cela n'aurait droit de surprendre qu'en supposant que » Gopemic, mort cinquante-sept ans avant Bruno, n'avait » point publié de son vivant ses découvei'tes, etc. » Cette observation n'est pas exacte; c'est Morhoff, et non BrudiLer, qui a commis Terreur relevée par Ginguené; Brueker, au c<mtraire» rectifie Terreur de Morhoff, et dit expressém^t que « Bruno » a puisé beaucoup dans la doctrine de Copernic ( HisK eriu phU* 9 tome v» page sa ; t;. aussi les notea^au bas de la page).

litlU HIST. COMP. DES SYST. DE PHIL.

Bruno, en effet, parle souvent avec éloge des travaux dû savant géomètre prussien, notamment dans son traité De maxitno, I. III, c. IX, p. 327, 329. Copernic mourat en 1543, Bruno en IGOO.

NOTE B

Quelques historiens de la philosophie ont compté l'inforluné Vanini au nombre des auteurs qui ont tenté d'opérer une révolution dans la marche de cette science. Nous ne saurions imiter leur exemple ; Vanini est loin d'avoir, à nos yeux, ce caractère; on ne saurait reconnaître même en lui un droit réel au titre de philosophe. Car il ne suffit pas, pour mériter un tel titre, de discourir ou d'écrire sur la philosophie. Rien de plus atroce, sans doute, que Tarrèt porté contre ce malheureux, rien de plus odieux que le langage passionné avec lequel certains auteurs, tels que le P. Garasse, Durand et autres, ont encore poursuivi sa mémoire. Mais la juste indignation que les âmes honnêtes doivent ressentir en présence de telles iniquités ne doit point influer sur l'idée qu'on peut concevoir du mérite des travaux exécutés par celui qui en a été la victime. Ceux des écrits de Vanini qui nous sont connus annoncent un homme qui avait beaucoup lu, qui avait exercé son esprit sur toutes sortes de sujets, qui affectait la singularité; mais ils ne signalent point un penseur , ils annoncent plutôt le désordre des idées que leur originalité. L'un porte pour titre : Amphitheatrum optimœ Providentiœ, divino magicum^ christiano physicum^ necnon asirologico catholicum ^ adversus veteres philosophas^ atheos, epwureos, peripateiicos eistoicos; Lugd., 1616, in-8". Le second: De admirandis naturœ reginœ deœque mortalium arcanis , libri iv; Lutet., 161C, in-8°. Tous deux avaient été examinés par des docteurs, imprimés avec approbation et privilège; tous deux étaient dirifiés, en apparence du moins , contre l'athéisme ; mais dans

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l'un et l'autre on peut soupçonner l'intention cachée d'affaiblir plutôt que de faire valoir les fondements sur lesquels reposent les idées religieuses. On suppose que l'opinion secrète de Vanini confondait la Divinité avec la nature, le Créateur avec ses ouvrages. Cependant quelques savants, tels que Morhoff, Barlœus, Dieckmann, ont porté de lui un jugement plus favorable, et le procès fait à ses ouvrages ne peut certainement être considéré encore aujourd'hui comme définitivement jugé au tribunal d'une raison impartiale. On cite aussi de lui quelques autres ouvrages, tels qu'un Traité de la véritable sagesse, un autre De contemnendâ gloriâ, dans lesquels il faisait, dit-on, l'apologie de la religion, mais qui ne paraissent pas avoir survécu.

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