‹ Histoire complète de Bordeaux (volume 2)Chapitre 27 sur 177 · Livre xiL Pendant ces divisions intestines de Bordeaux , les affaires · texte numérisé non relu

Livre xiL Pendant ces divisions intestines de Bordeaux , les affaires

mz ^^ ^^^ ^^ ^® l'ordre marchaient an gré des amis du bien. L'ar-

Montgiat, mée navale avait paru dans les eaux de la Gironde, au mois Mém., hv. IV. ^g février, et avait pris le château de Saint-Seurin, sur la côte

de Médoc ; le duc de Vendôme, qui la commandait, avait fait construire un fort dans l'île Cazaux et un autre sur la rive opposée, afin de couper toute communication avec l'étranger par la rivière. Monségur était rentré dans le devoir; le comte d'Ognon, prévoyant la défaite prochaine des Bordelais, parlait de traiter avec la cour et demandait le bâton de maréchal. On refusa ses offres : il fit parler de nouveau sur le même sujet; alors Mazarin consulta la reine, qui lui répondit : Oui, le roi lui donnera le bâton sur les oreilles. Le duc de

Candale, qui 8*élait avancé avec ses troupes jusqu'à Bègles, Livre xii. apprit les désordres intérieurs de la ville ; il crut qu'il fallait ^^ ' laisser les circonstances se mûrir et donner aux Bordelais le temps de s'entendre pour secouer le tyrannique joug d'une faction rebelle aux lois divines et humaines. Il suivit la rivo gaache de la Garonne et alla réduire Cadillac, Langon, Bazas et La Réole , pendant que Vendôme , remontant le fleuve , faisait débarquer son infanterie pour nettoyer les deux rives, yayant pas rencontré d'obstacle, Vendôme arriva jusqu'en vue de Bordeaux et concentra toutes ses forces sur la rive droite pour attaquer Lormont, qUe défendaient énergiquement 26 Mai 1655. cinq cents braves Irlandais, sous les ordres de Dillon. Sommés, après des prodiges de valeur, de se rendre à l'autorité légitime, ils crurent devoir se soumettre au roi et furent incorporés aux troupes royales. Les ducs de Candale et Vendôme résolurent alors de porter toutes leurs forces contre Bourg , où Osorio commandait à la tête de six cents hommes , que Valteville y avait laissés à son départ pour l'Espagne. Vendôme pénétra dans la Dordogne et bloqua Bourg, du côté de la mer. Le duc de Candale attaqua la ville du côté de la terre et pressa le siège avec tant de vigueur, que, le 2 juillet, étant sur le bord du fossé, il y dressa deux batteries qui, en peu de temps, firent une brèche au mur et obligèrent les Espagnols Montgiat, t. ii. à se rendre le 5. On leur accorda la faculté de sortir avec leurs Baithazar, armes et tous les honneurs de la guerre. Osorio se montra ^^J^l^^J^* lâche dans cette circonstance. Arrivé en Espagne, il fut mis en àe Guienne, accusation pour avoir trahi son devoir et fut condamné à avoir ^^^ " la tête tranchée. Deux jours plus tard (le 7), le comte d'Estrade, qui était venu de La Rochelle au secours des troupes, pénétra dans la campagne avec un corps d'armée de deux mille fantassins et quatre cents chevaux, et alla prendre les châteaux de Savignac et de Laubardemont , et arriva le 1 1 juillet sous les murs de Libourne. Le marquis de Mayac, lieutenant du comte de Maure, demanda, le 17 juillet, à capituler aux

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Lfvro xi[. mêmes conditions que Bourg. Cette proposition fut rejetée ; ^L ' mais le duc consentit que lui ( le marquis) et douze de ses *®^' oflSciers sortissent avec leurs armes, mais que les Français et les Irlandais resteraient prisonniers, et que le reste de la garnison s'en irait, un bâton blanc à la main. Libourne rendue et occupée par les troupes du roi, Vendôme alla à Lormont pour assiéger Bordeaux.

Pendant ces divers événements , notre cité gémissait sous le joug de la faction révolutionnaire : les honnêtes gens en désiraient la fin; on les appelait les bien-intentionnés ; mais les ormistes les désignaient sous le nom de chapeaux-rouges, parce qu'ils se réunissaient au Chapeau-Rouge, chez M. Martiny, président de la juridiction consulaire, qui mit plus tard, quand le temps devint moins orageux, THÔlel de la Bourse à leur disposition , et y présidait leurs assemblées depuis le 19 juillet jusqu'au 6 août. Cernés de toutes parts, les Bordelais voyaient bien que les succès de l'armée royale ne laissaient plus aux factieux que le parti de se soumettre. Les bienintentionnés devenaient de plus en plus hardis et tenaient des propos qui annonçaient les plus belles espérances et la prochaine réalisation de leurs vœux ; les prédicateurs ne se gênaient plus pour conseiller une absolue soumission; l'esprit public était à la paix. Les ormistes, toujours hardis, découragés un peu, mais pas abattus, maltraitèrent leurs adversaires et les expulsèrent même de la ville; ils firent défense aux aubergistes de loger personne sans billet; ils firent interdire toute réunion et jetèrent en prison tous les individus qu'on trouvait la nuit dans les rues.

Registres du Sachant que tous les honnêtes gens sou piraient après la paix ,

Parlement, la cour fit offrir aux Bordelais une amnistie. Le parlement lenregistra avec empressement, mais la faction ormiste la repoussa; elle comptait sur les promesses de l'Espagne. Cette puissance avait déjà fourni les six cents hommes qu'on avait chassés de Bourg, et deux mille Irlandais qu'elle avait envoyés

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en plasieoTS endroits en Gaienne, sons la conduite de Baltha- ^i^i^ ^n. zar ; elle avait fourni des vaisseaux et des secours en argent, -1 '

et, tout récemment encore, elle avait remis deux cent mille écosan marquis de Lusignan, leur député à Madrid. Tout cela entretenait l'audace des ormistes et nourrissait leurs illusions ; mais leur domination touchait à sa fin, et tous les hommes clairvoyants et raisonnables cherchaient une occasion pour se détacher de cette cohue de misérables. Le marquis de Théobon, zélé frondeur, était aussi un des premiers à travailler pour le triomphe de la cause royale. S'étant brouillé avec le comte de Marsin et ayant échangé avec lui des paroles acerbes et blessantes, il prit la résolution de s*en venger en livrant la ville aux troupes royales , et , dans ce dessein , entama des Bégociations avec le duc de Saint-Simon , qui était à Blaye ; mais, soupçonné ou plutôt trahi par ses agents, il sortit de Bordeaux. Il n'abandonna cependant pas son projet et continua d'entretenir des intelligences avec les conseillers MeusnSer et De Bordes. Tout^allait au gré de ses désirs ; plusieurs ormistes s'étaient déjà rangés de son côté; mais, dans leurs rangs, il se trouva encore des traîtres :.on dénonça le projet et fit avorter toutes les espérances.

Théobon ne se rebuta point, et voulant absolument abattre les ormistes et mener à bonne fin l'entreprise du P. Ithier et de Berthod, il se mit en relation avec le conseiller du Saait, les deux frères Chastein , attachés au comte d'Auleuil , gouverneur du duc d'Ënghien , et avec Jacques Filhot, trésorier de France, à Montauban, homme intelligent et prudent, qui fat l'flme de la nouvelle entreprise. Le duc de Vendôme fol mis dans le secret; il avait été affligé de voir échouer si inisérablement la tentative du P. Ithier; mais, rassuré par les nouveaux efforts des vrais royalistes à Bordeaux , il prévint Sa Majesté qu'il ne fallait ps désespérer de Bordeaux ; qu'elle y avait toujours de nombreux amis, désignant par leurs noms Ntes les personnes qui travaillaient avec zèle à la pacifica^

Livre xii. tion de la ville , où on comptait toujours, quoique opprimés, un grand nombre de royalistes, et, parmi les autres, les dames Boucaut et plusieurs autres également distinguées. M^^"" de Lur seconda avec zèle les efforts de M™® de Boucaut et trouva une auxiliaire empressée dans M™'' de Cbartran. La jeunesse épousa bientôt la cause des dames, et, révoltée de toutes les atrocités des ormistes , elle se rendit un jour chez le prince de Conti et lui demanda , avec une courageuse franchise , qu'il ne fût plus permis à Yillars de parcourir , comme il le faisait, les rues avec des gardes, pour assassiner les personnes les plus inoffensives. Le prince accéda à la demande de la jeunesse bordelaise, et Yillars nosa plus sortir. Voyant qu'il était temps d*agir, Filhot obtint du prince de Conti un passeport pour aller exercer sa charge à Montauban ; mais, arrivé à Cadillac, il fut arrêté par Marin, lieutenant général de Tarmée royale. Filhot, qui s'entendait avec M. de Marin, joua bien son personnage. Il fit beaucoup de bruit, allégua son office de trésorier de France et demanda sa liberté, comme officier du roi ; mais il mit à profit sa captivité prétendue pour poser les bases d'un traité régulier et établir les conditions de la reddition de la ville. On convint qu'on exécuterait les articles de la paix accordée à Bordeaux en 1649; qu'on donnerait une nouvelle amnistie; que le parlement et les autres cours de justice rentreraient à Boixleaux quand tout y serait tranquille. On s'accorda aussi sur des articles supplémentaires relatifs aux circonstances , et le tout fut approuvé et signé le 3 mai , par le duc de Candalô.

Tout étant enfin arrangé , Filhot revint à Bordeaux , se plaignant de la conduite de M. de Marin, et après avoir entretenu le prince de Conti des rigueurs de sa prétendue captivité , communiqua au parti royaliste le traité conclu à Cadil^ lac et en obtint la ratification ; il ne s'agissait plus que de l'exécuter. Le jour fut désigné , et tout conduit avec prudence et dans un secret profond ; le jeune Chastein fut envoyé prier

le duc de Candaie , qui s'approchait de la ville , de vouloir se '^îvre xii. trouver le lendemain matin, à une heure fixe, à la porte ^^'^' Saint- Julien ; mais le jeune envoyé fut à peine parti , que son frère alla tout révéler au priuce, en lui disant qu'il n'y avait pas un moment à perdre. Conti, indigné et alarmé, monta à cheval, et, ayant rassemblé tous les hommes du voisinage, courut en toute hâte à la porte Saint-Julien, qu'il fit fermer. Il en était temps , car les troupes du roi se trouvaient à peu de distance, et peu s'en fallut qu'elles n'entrassent en ville, même sans le concours des bien-intentionnés, qui, se voyant encore trahis , n'osèrent plus agir, ni même se montrer. Les ormistes, furieux , se portèrent en foule chez le jeune du Sault, conseiller. On allait le massacrer, quand son vieux père , qui avait Testime de tout le monde et avait rendu de grands services aux princes , se jeta aux genoux de ces forcenés , pour leur demander la vie de son fils. Les prières , les larmes de ce respectable vieillard attendrirent ces tigres altérés de sang humain. Oa laissa son fils en vie , mais on le jeta dans un cachot. M^'^ de Lur tomba entre leurs mains et ne sortit dune pénible captivité qu'en jetant des sacs d'argent à ces cerbères affamés de TOrmée. M™® de Chartran , qui avait logé chez elle le P. Berthod , fut traînée inhumainement devant ses bourreaux , qui s'étaient constitués ses juges. On la condamna à la question ; elle leur donna deux cents pistoles pour qn on ne Vétendlt pas sur leur chevalet I Son frère, Mingeloux, fut poursuivi , de maison en maison, comme une béte fauve; il fut assez heureux pour se cacher et pour échapper à ces monstres sanguinaires. Il fut pendu en efiigie. Chevalier, qui Gazette correspondait avec Théobon, comme nous l'avons vu plus haut, '^^ uf^ leS'' ftit condamné à être pendu par des pâtissiers , des cotdon- ^ -- ^

^ ^ , Berthod,

mers et des apothicaires. Il demanda à se confesser ; ces mi- Mémoires, etc. sérables lui refusèrent cette consolation , à moins qu'il ne le fît tout haut I Mais tontes ces atrocités et d'autres que nous passons sous

l'« Part. B.c 8

Livre XII. sileDce , ne suffisaient pas pour calmer ou satisfaire la faim ^L ' homicide de ces forcenés ; il leur fallait une victime , et cette victime c'était Filhot. On court dans la rue Arnaud-Miqueu, où se trouvait son hôtel ; il entend leurs cris de rage , et , ne pouvant pas échapper, il appelle ses domestiques, leur assigne des positions particulières , bien résolu de vendre cher sa vie. Les ormistes , lâches en présence du danger et connaissant d'ailleurs le courage de Filhot qui avait servi avec distinction dans l'armée , n'osèrent pas pénétrer dans la maison ; ils envoyèrent chercher des fagots et de la paille pour brûler les portes et asphyxier les malheureux habitants qui n'avaient pas de miséricorde à espérer. Touché du sort et des larmes de sa femme, Anne de Chimbaud, qui se trouvait à la veille de ses couches, Filhot l'encourage à rester tranquille dans son salon et à ne pas faire la moindre résistance ; quant à lui , il était décidé à les laisser entrer et à se défendre dans sa chambre. Les portes s'ouvrent : les ormistes se précipitent dans Tintérieur et ravagent les appartements. N'ayant pu ou plutôt n'osant pas enfoncer la porte de la chambre à coucher de Filhot , les plus hardis se mettent à démolir une croisée , croyant pouvoir y entrer pendant que Filhot s'occupait à défendre la porte. En effet, la croisée disparait; l'un des plus exaltés se présente pour y entrer; mais, percé d'un vigoureux coup de hallebarde , il roule en dehors , et sa mort refroidit l'ardeur homicide des autres.

Le prince de Gonti , averti de ce qui se passait , se rend sur les lieux avec quatre-vingts hommes de pied et un grand nombre de cavaliers; il donne des ordres pour qu'on s'empare de Filhot , mort ou vif, et s'avance lui-même à la porte. Les ormistes insultent et menacent la dame et ses enfants ; leurs cris parviennent aux oreilles du malheureux Filhot; il ouvre la porte et se livre à ses ennemis pour épargner à sa famille de plus grands malheurs. Alors, le voyant désarmé, les factieux se jettent dans la chambre , les uns lui présentant le

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pistolet à la poitrine , les autres Tépée , d'autres lui donnant Litre xii. des coups. Les lâches étaient devenus braves contre Thomme ^jj' de cœur sans armes pour se défendre. On le traîne dans la ^^^' me, sans chapeau et n*ayant qu'un soulier. En passant à côté de Conti , il se plaint de la barbarie de ses agents. Conti, honteux de leurs cruautés , ordonne qu'on le conduise chez lui, au Ghapeau-Rouge , et défend qu'on lui fasse aucun mal. ÂnnedeChimbaud, son épouse, qui s'était évanouie, recouvre sa connaissance ; mais, hors d'elle-même, elle court dehors comme une folle et demande à tout le monde où était son mari. On l'entraîne , on s'efforce de la calmer; mais ses plaintes , ses larmes , son désespoir, le désordre de ses habits , letat avancé de sa grossesse, le danger qu'elle courait pour sa vie , et les funestes suites que ces circonstances pouvaient avoir sur le fruit qu'elle portait dans son sein, le souvenir de la famille respectable à laquelle elle appartenait , et les cris perçants par lesquels elle appelait son mari, faisaient^ dit dom Devienne; une vive impression sur les spectateurs. Une scène si Livre x. touchante eût été capable d'opérer une contre-révolution. Les ormistes le craignirent; ils lui ordonnèrent de rentrer chez elle, l'accablèrent d'injures les plus grossières et menacéreot enfin de lui brûler la cervelle. Des personnes charitables Teotourèrent et la ramenèrent chez elle, où des factieux avaient tout brisé, tout pillé et n'avaient rien respecté!

Le conseil de guerre fut convoqué pour juger le malheureux Filhot; il fut composé des plus exaltés du parti; on y remarquait Yillars, Pontalier, Tanet, Dupuy, Mazurier, Tostal , Guiraud , Croisilhac , Le Rousseau , Corroyeur et plusieurs autres ormistes de la basse classe; en tout, quarante individus ayant à leur tête le trop célèbre boucher Dureteste , dont le souvenir provoquera toujours les malédictions des Bordelais, et qui n'a presque pas d'égal dans les annales de rinfamie. Ce Dureteste , qui , de boucher devint tribun , le législateur et le tyran des Bordelais , a trouvé des gens qui

Livre XII. préconisent sa mansuétude, sa probilé et ses vertus! Un his- ^^ ' torien l'appelle le Caton du parti, le dit ferme et fort au mi~ ^^^' lieu des défections et des ambitions les plus sordides: pauvre

Mary Lafon, , , ,

HisL du Midi, et désintéressé, parmi les affamés d'bonaeurs et d'argent ! C'est tome IV. yjj pgjj f^j.^. yQ\\^ comme on fait l'histoire, on ne l'écrit plus.

Qu'y a-t-il d'étonnant? Robespierre n*a-t-il pas trouvé des apologistes de nos jours I Ce Dureteste prit place à côté du prince de Conti , dans le conseil de guerre , entouré d'une quarantaine de ses égaux, tous prédisposés à condamner Filhot à mort. L'accusé, introduit, prit place sur la sellette et demanda, en raison de ses fonctions, d'être jugé par le parlement; mais Conti lui fit observer que, s'il ne répondait pas , on passerait outre , attendu qu'ils avaient assez de preuves de sa culpabilité. Sur ces entrefaites, on vint annoncer que les troupes du roi étaient à Mérignac. On se dispersa en désordre , mais Filhot fut reconduit en prison et y resta jusqu'au 26 juin. Alors, ramené devant le même tribunal révolutionnaire, on l'interrogea, on le confronta avebChaslein, son dénonciateur; on lui offrit sa grâce s'il voulait nommer ses complices, et, pour le décider plus vite , on lui dit que du Sault avait tout avoué. Rien n'ébranla le fidèle Filhot; il résista à toutes ces ruses. On le condamna à la question ordinaire et extraordinaire. Comme il descendait un étroit escalier pour rentrer dans la chambre du Conseil où l'on devait prononcer la sentence , le pied lui glissa et il roula de la hauteur de quinze ou vingt marches. On le releva et on le soutint par les bras. Arrivé devant le juge , les accusateurs et les bourreaux, il éprouva une faiblesse et tomba évanoui. Un médecin le saigna , et de suite , sans égard pour son état, on le fit monter en carrosse pour le conduire à l'Hôtel-de- Ville, ou l'attendaient Dureteste et plusieurs de ses satellites , chargés de l'exécution de la sentence. Ne pouvant pas espérer, vu son état, de survivre aux tourments qu'il allait subir, il demanda un confesseur et un notaire ; on eut la barbarie de les lui

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refuser. On le mit à la question , et pendant quatre mortelles Livre xn heares il souffrit tout ce que des monstres pouvaient imaginer pour loi arracher les noms de ses complices et pour avoir des raisons de décimer la population, de piller les suspects et de livrer Bordeaux , ainsi dévasté , aux Espagnols , qui avaient trente- trois vaisseaux au bas de la rivière et ne demandaient pas mieux que d'arracher pour toujours à la couronne de France la province de la Guienne. La constance presqae surhumaine de Filhot étonna et confondit lesormistes; ils se retirèrent et permirent qu'on le mît au lit. Sa femme obtint la liberté de le voir et de le soigner dans ses souffraDces.

La révoltante cruauté des ormistes indigna le peuple; pour conserver leur crédit auprès de la foule, ils indiquèrent une procession générale, afin d'implorer la protection de Dieu sur la ville et le remercier de l'avoir délivrée des dangers de la conspiralion. Un récollet prêcha sur la fidélité à la patrie; mais, quoique ormiste dans l'âme et sachant que le peuple voulait la paix , il ne se gêna pas pour exhorter Gonti et les ormistes à mettre bas les armes. Le peuple criait au miracle !

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